Mar 212008
 

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Avant-propos

Mon accent me trahit. Au bout de quelques phrases, mon interlocuteur me demande amicalement :
-  Et alors, d’où vient notre sœur ?
-  Je suis d’origine Egyptienne
-  Ah ! d’Egypte ! Ce n’est pas grave ; nous sommes tous musulmans, nous sommes tous frères … Sois la bienvenue ! Je suis en Tunisie depuis 26 ans ; cette scène se répète une dizaine de fois par an. Je voudrais lever l’équivoque : non je ne suis pas musulmane… Mais oui ! Nous sommes tous frères ! J’essaie quelquefois. C’est difficile. Bien souvent, mon interlocuteur ne voit pas très bien ce que je veux dire, tant il est vrai qu’en Tunisie, être Arabe et être Musulman sont confondus. Alors, d’autres fois, je reste perplexe, j’hésite. Je souris sans rien dire, parce que ce sentiment de fraternité, très précieux, me semble plus important à préserver que l’affirmation de mon identité. Mais je suis mal à l’aise, d’être prise pour une autre que celle que je suis …

Que le lecteur me pardonne de commencer par cette petite anecdote personnelle. Si je me permets de la partager, c’est parce que la réflexion qui suit découle de mon vécu quotidien lié à cette situation spécifique.

Introduction.

Les lignes de partage Orient / Occident, Islam / Christianisme, Sud / Nord, Tradition / Modernité, Spiritualité / Rationalisme, coïncident-elles pour scinder le monde en deux blocs distincts et destinés à s’opposer ?

Chrétiens et musulmans, artisans de paix, nous ne pouvons être insensibles à cette question. Pour l’aborder, nous interrogerons d’abord la notion d’identité, car elle est inséparable de celle des frontières – matérielles ou immatérielles – entre les groupes humains. L’identité se décline en plusieurs dimensions et plusieurs niveaux. Nous réfléchirons d’abord sur les processus par lesquels se déterminent l’identité collective et l’identité individuelle, et sur la prise en compte de ces deux réalités au sein de la société. Nous considérerons ensuite les conséquences de la superposition abusive de plusieurs frontières, superposition qui ignore la réalité de nos appartenances multiples. Nous aborderons enfin les relations entre civilisations, selon que celles-ci sont considérées comme des blocs cadenassés par de multiples barrières, ou comme des milieux ouverts et différenciés, évolutifs et communicant à travers une relation d’osmose.

1. Les contours de l’identité

Le terme “identité” est d’origine latine et désigne le semblable et le même par opposition à ce qui est différent et divers. Ainsi donc, l’identité, par son étymologie même, se réfère à l’altérité [1]. Altérité et identité se déclinent à deux niveaux, celui du groupe et celui de l’individu.

Construction de l’identité communautaire.

Dans les sociétés premières monolithiques, culture, ethnie, langue, religion, territoire … forment un tout et ne peuvent être dissociés les uns des autres. L’art est au service du sacré. L’idéologie, l’art, la culture coïncident parfaitement avec le religieux. L’identité communautaire est prégnante. Elle induit une cohésion sociale très forte, des relations marquées par une grande solidarité. Chaque membre appartient corps et âme à la collectivité, et ne vit que par elle et pour elle. Dans le même temps, cette forte identité communautaire est instrumentalisée au profit d’une position défensive : le « nous » massif tient lieu de bouclier et permet de faire face comme un seul homme contre toute menace extérieure. Le monde est partagé de manière radicalement binaire : il y a nous et il y a eux …

Les mouvements migratoires des temps anciens rendent la situation plus complexe. On trouve sur une même terre des groupes ethniques différents, véhiculant avec eux des traditions, des cultures, des croyances différentes …

Plus tard, la naissance du christianisme, puis de l’islam, sont venues amplifier ce phénomène. Religions à prétention universelle, elles se sont implantées par vocation, dans des contrées lointaines, chez des peuples différents, avec des langues et des cultures différentes. L’appartenance à un groupe se décline alors dans différentes dimensions. Il y a des lignes de partage ethniques, linguistiques, religieuses … Ces lignes de partage multidimensionnelles peuvent être vues comme de simples démarcations, mais peuvent aussi être chargées d’une symbolique de frontières. Les sociétés se trouvent ainsi devant une réalité polymorphe, mais l’identité collective joue toujours un rôle fondamental. Ceux qui détiennent le pouvoir continuent de partager schématiquement le monde en deux clans totalement distincts : nous et les autres… Dans les cités médiévales, chrétiennes ou musulmanes, on trouve toujours un mur d’enceinte, citadelle ou forteresse censée protéger de l’envahisseur. Sur le plan symbolique, le « nous » qui oppose à « eux » ne joue pas un rôle moins important. La différence avec les sociétés monolithiques, c’est que le « Nous » se dote d’attributs multiples, mais qu’on ne sépare pas : « nous » les blancs chrétiens de langue latine de culture occidentale … « Eux » les musulmans orientaux de langue et de culture arabes (ou l’inverse, selon le sujet qui parle).

Dans les états modernes, l’identité nationale est souvent tracée sur cette base : on définit une frontière multidimensionnelle : linguistique, religieuse, ethnique … Pour chacune de ces dimensions, c’est la caractéristique du groupe dominant qui est prise en compte. En une schématisation réductrice, on superpose ces différentes démarcations pour définir les frontières symboliques, plus ou moins étanches, qui séparent les nationaux du reste du monde. Au cours des siècles, les murs des forteresses sont tombés ; utiles en cas de guerre militaire, ils sont désuets devant les formes modernes de guerre, de nature plutôt économique et financière. Cependant, la frontière symbolique du « nous » subsiste ; il s’agit d’ailleurs d’une frontière qui peut s’avérer utile en termes de guerre économique et financière.

La superposition des frontières dimensionnelles peut conduire à une superposition manichéiste de caractéristiques positives ou négatives pour les deux camps ainsi tracés. Une telle vision a notamment pour but de mobiliser toutes les forces du « nous » pour combattre la menace, réelle ou fictive, que représentent « eux ».

Si la frontière symbolique permet de définir les contours d’un peuple, elle permet aussi de tracer des frontières communautaires à l’intérieur d’un même pays.

Dans tous les cas, la définition de l’identité collective basée sur une superposition de frontières permet à la communauté de s’assurer une emprise totale sur ses membres. Etant soumis à l’obligation de préserver la « pureté », l’« authenticité » du groupe, ils sont privés, sous peine de trahison, du droit d’évoluer librement, de devenir eux-mêmes. L’authenticité (al assala en arabe) d’un membre du groupe est alors mesurée par son degré de conservatisme des valeurs, des traditions et des coutumes ancestrales de ce groupe. La mémoire collective, souvent chargée de la nostalgie d’un passé idéalisé, peut abriter une conception de la pureté et de l’authenticité, normative, statique, et par là-même contraignante, surtout pour les nouvelles générations. Le terme d’ « appartenance » à un groupe laisse d’ailleurs penser que la personne est la propriété du groupe, qui exerce alors sur elle une forme d’autorité. Il serait intéressant de proposer un autre terme, exprimant l’idée de lien, purifiée de celle de possession.

Construction de l’identité individuelle.

A. Malouf considère que chacun de nous est dépositaire de deux héritages [2] : l’un, « vertical », lui vient de ses ancêtres, des traditions de son peuple, de sa communauté religieuse ; l’autre, « horizontal », lui vient de son époque, de ses contemporains. Edward Said, quant à lui, se plait à se retrouver au confluent de courants multiples : « J’ai l’impression parfois d’être un flot de courants multiples. Je préfère cela à l’idée d’un moi solide, identité à laquelle tant d’entre nous accordent tant d’importance. Ces courants, comme les thèmes de nos vies, coulent tout au long des heures d’éveil et si tout se passe bien, n’ont pas besoin de s’accorder ni de s’harmoniser. [3] »

A notre naissance, nous sommes des commencements d’être. Dieu n’est pas un fabricant qui met au monde des êtres préfabriqués. Il nous crée, capables de contribuer nous-mêmes à notre propre création. Nous naissons chrétien ou musulman, Arabe ou Français, riche ou pauvre, dans une famille moderne ou conservatrice… Ce sont là des facteurs qui vont influer sur l’identité de notre personne, mais qui sont loin de la déterminer totalement. L’enjeu de l’aventure humaine est de construire notre être profond, l’être le meilleur que nous sommes appelés à devenir. Nous disposons pour cela de multiples ingrédients, de matériaux de construction de toutes sortes, véhiculés par notre famille, son histoire, ses traditions, l’éducation que nous recevons … Nous disposons aussi de briques et de ciment plus « actuels » : nos rencontres, notre vécu personnel, notre profession…

Soumis à de multiples influences, il nous appartient de choisir parmi tous ces courants, ceux qui peuvent être utiles à la construction de notre moi profond. Cette construction est par essence un acte de liberté qui suppose des choix lucides, intégrant nos appartenances héritées, sans en être l’esclave, ainsi que les apports de notre vécu avec lesquels nous sommes en résonance profonde. Nous avons à nous situer d’un point de vue idéologique, religieux, culturel, sociologique … Chacune de ces dimensions permet d’innombrables modalités. A nous de trouver celles qui nous correspondent le mieux. Au point de rencontre des manières d’être pour chacune de ces dimensions, se trouve notre personne, être unique, irremplaçable, précieux pour l’humanité… L’identité devient, non plus une appartenance étouffante parce que figée, mais une construction originale, un itinéraire unique, alliant des composantes héritées, des composantes liées à l’histoire personnelle, et d’autres librement choisies.

Si les différentes dimensions de l’être existent de manière distincte dans une vision analytique, elles se fondent en un tout chez celui qui réussit à construire son unité. Nous dirons alors que l’authenticité (al assala) d’une personne réside précisément dans sa capacité à être elle-même, à être vraie, à réussir la construction de cet être unique, à partir d’influences diverses et variées. Chacun de nous est marqué par plusieurs appartenances qui ne s’excluent pas mutuellement, et qui sont des appartenances au sens de la théorie des ensembles flous [4]. Notre identité est constituée par la synthèse de nos appartenances, sans oublier la plus fondamentale d’entre elles, l’appartenance à la grande famille humaine.

Il est intéressant de constater que si l’on prend deux personnes au hasard, on trouvera toujours entre elles des ressemblances et des différences, qui ne sont pas les mêmes suivant les deux personnes considérées. De là naît une diversité merveilleuse, nécessaire pour la complémentarité et la création de synergies. Il n’y a pas de synergie possible entre deux clones. La différenciation est nécessaire. Elle s’accompagne souvent de l’édification de frontières. Mais pour conserver nos différences, avons-nous vraiment besoin de frontières ? ou plutôt de contours ?

Les minorités et le respect des différences

Le besoin de reconnaissance identitaire est un besoin vital. Chacun de nous se pose, explicitement ou implicitement les questions suivantes :
-  qui suis-je ?
-  en quoi je me distingue de l’autre ?
-  comment les autres me perçoivent-ils ? Nous éprouvons ainsi le besoin de marquer nos spécificités et de tracer les contours de notre personnalité. Cela est nécessaire pour l’image que je me forme de moi-même, et qui me sert de référent pour mon vécu quotidien. Mais cette identification des contours de ma personne est également importante pour l’image qu’autrui se forme de moi et qui va influencer mes relations avec lui.

Il est donc essentiel que chaque personne soit identifiée, puis reconnue avec toutes les composantes qui forment sa personnalité. Cela suppose que la société reconnaisse et respecte la pluralité d’expression et les différences, politiques bien sûr, mais aussi culturelles, linguistiques et religieuses. Une société qui, dans un souci d’unité, voudrait imposer une sorte d’homogénéité culturelle à ses membres, peut au contraire, aboutir à l’éclatement. « Le déni de reconnaissance culturelle peut provoquer des dégâts moraux tout aussi dévastateurs que la précarité économique, et peut conduire très souvent au repli identitaire que l’on veut justement éviter » [5].

Les minorités tentent de résister à ces partages arbitraires et binaires où les frontières multidimensionnelles sont toutes confondues. De par leur situation, elles sont obligées d’approfondir davantage les concepts liés à l’ethnie, à la religion, à la langue… La pratique des amalgames est insoutenable pour elles. Dans le partitionnement schématique du monde, elles sont un grain de sable qui dérange. C’est ainsi que lors des Croisades, les minorités chrétiennes des pays arabes ont combattu les croisés aux côtés de leurs frères musulmans … A l’heure actuelle aussi, ces minorités sont un témoignage vivant de la nature artificielle des partages binaires. De l’autre côté de la Méditerranée, ce sont les musulmans émigrés qui jouent le rôle de grain de sable. Ils ne peuvent plus se penser en dehors de l’imaginaire collectif des sociétés occidentales. Le sentiment des appartenances change : ils sont musulmans et occidentaux.

Les minorités peuvent jouer un rôle important dans un contexte de mutation, et pour la clarification des concepts. Ce sont elles qui réclament l’égalité dans la citoyenneté, insistant par là sur le découplage nécessaire entre appartenance politique et appartenances de type religieux, ethnique ou culturel.

Relation entre individus et communautés

La communauté est souvent conçue comme une entité homogène, monolithique, délimitée par des frontières-contours, qui ont tendance à se transformer en frontières-barrières. L’individu, lui, est le point de rencontre unique d’influences très diverses.

Si la place d’une personne dans une société est uniquement déterminée par son appartenance exclusive à une communauté, son appartenance héritée, on se trouve dans un système pervers qui peut rapidement devenir explosif (voir les guerres du Liban ou la situation d’apartheid en Afrique du Sud).

Pour concilier la reconnaissance de l’identité individuelle et celle des identités collectives, il est essentiel d’adopter un modèle de multi-appartenance dans différentes dimensions. Chaque personne pourrait ainsi appartenir à plusieurs communautés culturelles (et linguistiques), à plusieurs communautés ethniques, à une communauté religieuse, qui ne se confondrait pas forcément avec sa communauté culturelle ou sa communauté ethnique. Si l’on ajoute à cela son appartenance à une famille politique, à une communauté professionnelle, à des groupes sportifs, de loisirs etc., on finit par aboutir à une identité individuelle particulière, mais rattachée à différents groupes et aux autres membres de la société par tout un réseau de liens.

2. Frontières et appartenances dans le monde contemporain

Durant les années 70, et dans le double sillage de la décolonisation et de mai 68, cette dernière mouvance s’étant manifestée surtout en France, mais aussi dans d’autres pays, un rêve un peu fou a galvanisé de larges franges de la jeunesse. Par delà les frontières de l’ethnie, de la couleur, de la colonisation, de la nationalité et de la religion, nombreux sont ceux qui se sont proclamés « citoyen du monde ». En un élan subversif et généreux, ils espéraient que la fraternité humaine retrouvée et pleinement vécue permettrait de balayer de manière quasi magique toutes les frontières, tous les clivages … C’était peut-être aller un peu vite en besogne, et ignorer les forces ataviques de la peur qui ont édifié au cours des siècles, de multiples frontières, ayant des répercussions évidentes sur la scène contemporaine.

La superposition des frontières et ses conséquences

Malgré la complexification des sociétés contemporaines, la superposition, abusive, de plusieurs frontières-contours, aboutit à l’édification d’une frontière-barrière, accompagnée de durcissement et d’étanchéisation.

De par les phénomènes migratoires, de par la globalisation qui favorise les échanges, la superposition des frontières devrait devenir caduque ; elle va à contre-courant de l’Histoire. Fort heureusement c’est souvent le cas. Mais pas toujours … Les situations de menace, le sentiment de danger et d’injustice, sont le terreau idéal pour les amalgames et la superposition de frontières. A titre d’exemple, le mouvement de libération de la Palestine et l’OLP se revendiquaient comme des mouvements de résistance, pour la libération des terres palestiniennes injustement occupées. Dans les années 70, il s’agissait d’une mouvance éminemment laïque, au sein de laquelle chrétiens et musulmans œuvraient ensemble, plusieurs chefs historiques du mouvement étant chrétiens. Avec la poursuite de la politique expansionniste de l’Etat israélien, caractérisée par un recours accru à la violence, admis sinon soutenu par plusieurs pays occidentaux, avec l’hostilité des Etats-Unis et de leurs alliés envers les pays musulmans (les deux guerres du Golfe …), le mouvement a basculé, conduisant à l’identification de l’OLP comme mouvement musulman, puis à la naissance et à la domination du Hammas, mouvement islamiste. Dans l’esprit de nombreux Palestiniens, l’Occident judéo-chrétien, économiquement et militairement puissant, perçu (à tort) comme un seul bloc opprimant les Arabes, les musulmans, et soutenant Israël, il devenait nécessaire, de se démarquer de lui le plus possible. Le cantonnement dans une identité exclusivement musulmane, correspond à ce besoin de démarcation radicale.

Au niveau mondial et avec la fin de la guerre froide et la disparition du clivage Est / Ouest, c’est le clivage Occident / Islam qui a pris le devant de la scène. L’opposition même de ces deux entités révèle un amalgame lié à une superposition de frontières. A une aire définie par ses dimensions géographique et culturelle, on oppose une aire définie par sa religion. Cela suppose que l’Occident est judéo-chrétien, ou en tout cas non musulman, et que l’Islam est non européen…

Les frontières dans un monde globalisé

Le processus de mondialisation que nous connaissons actuellement bouscule les notions de frontières, sans échapper à des réactions chaotiques, qui accompagnent souvent les bouleversements de cette envergure.

La mondialisation ouvre certes des portes et élargit les horizons de populations entières. Ce processus est créateur de liens qui pourraient être les fondements d’une civilisation universelle. La circulation des objets, des personnes, des informations, des images et des idées jette des ponts et tisse un écheveau de liens entre des personnes dispersées sur toute la planète. Mais dans le même temps que ce rapprochement positif, elle est génératrice d’un malaise, du fait qu’elle accroit trop nos similitudes et réduit nos différences, Elle s’avance telle une lame de fond, puissante, inexorable, balayant sur son passage nos spécificités, nos singularités. Ecoutons Hamdi-Cherif et Hannah Arendt nous parler du malaise qui résulte quand nous perdons nos spécificités : « Longtemps les hommes ont cru qu’un jour viendrait où l’on serait citoyens du monde. Nous savons aujourd’hui qu’il n’en est rien et que plus le monde s’ouvre, plus il est nécessaire d’être de quelque part. Dans ce processus de désidentification généralisée, l’humanité perd pied, et, pour ne pas se perdre en route, exprime une demande de plus en plus forte de racines. Et si ce processus de mondialisation n’a pas réussi à unifier les hommes dans une humanité générale, c’est précisément parce que l’unification technico-économique a produit des objets sans âme et coupé les individus de leur(s) appartenance(s). A partir du moment où une origine, une singularité sont niées, apparaît une crainte de la disparition. Il faut à l’intégration un minimum de singularité. Comme le dit Hannah Arendt : ” Un homme qui n’est rien d’autre qu’un homme a précisément perdu les qualités qui permettent aux autres de le traiter comme leur semblable.” [6] »

De plus, cette désidentification généralisée s’accompagne de l’hégémonie d’une seule culture. Avec l’effondrement du bloc communiste, la culture occidentale, et plus particulièrement américaine, s’est libéré des entraves qui limitaient son champ d’influences. Cela est perçu par une fraction des populations arabo-musulmanes, comme un impérialisme culturel, idéologique, bien qu’en réalité, ce n’est plus tellement l’idéologie qui est à l’origine du modèle occidental, mais le marché… Il est normal que des communautés de personnes ne se reconnaissent pas dans le système de valeurs, dans les schémas de pensée qui accompagnent ce processus de consommation mondialisée. Plus pernicieuse que la frontière sociale classique entre ceux qui consomment et les exclus de la consommation, une nouvelle frontière s’élève entre ceux qui conçoivent et ceux qui sont exclus de la conception et de la création. Les populations arabo-musulmanes vivent souvent très mal cette hégémonie culturelle et idéologique. Pour imposer des modes de vie et des schémas de pensée, les armes et l’oppression politique ont cédé la place à la technologie et à la consommation, d’autant plus efficaces qu’elles sont désirables et séduisantes. Les jeunes en particulier, notamment leurs élites, vivent parfois cette situation dans un déchirement douloureux.

La question de la superposition des frontières est ici au cœur du problème. Il s’agit de savoir si dans l’imaginaire de chacun, il y a superposition des frontières suivantes :
-  Orient / Occident
-  Judéo-christianisme / Islam
-  Athéisme / Foi
-  Tradition / Modernité
-  Liberté de mœurs / Valeurs du couple et de la famille
-  Spiritualité / Rationalité
-  Technologie / Retard technologique
-  Autocratie / Démocratie … La réaction de chacun devant la mondialisation va dépendre de sa réponse à cette question. En ce qui concerne le monde arabo-musulman, la plupart des citoyens conçoivent une coïncidence assez importante entre ces différentes lignes de démarcation, ce qui les conduit à éprouver un malaise devant la vague de la mondialisation qui les transporte. Le malaise est d’autant plus marqué que la superposition imaginaire des frontières est forte. La réponse de la majorité des personnes est une acceptation de la technologie, de la modernité (conçues comme liées à l’Occident) et souvent de la démocratie. Elles tentent de préserver leur identité sur le plan religieux surtout, et sur celui des valeurs morales. Dans la mesure où elles considèrent une superposition des démarcations, leur marche vers la modernité peut être plus ou moins freinée.

D’autres, surtout parmi les jeunes, ont une attitude beaucoup plus radicale. Ils ont un sentiment très fort de la superposition totale de toutes ces frontières. Ne retrouvant pas leur identité profonde dans ce visage déshumanisé d’une mondialisation anonyme, ils tentent en un sursaut brutal, de se dégager de son emprise tentaculaire. Désespérément, ils essaient de dissocier une seule de ces frontières de toutes les autres : celle de la technologie. Conscients que celle-ci est aujourd’hui indispensable à une certaine qualité de vie, mais surtout à une efficacité d’action, ils décident de l’adopter. Pour lutter contre la collusion supposée de la technologie avec la modernité, l’Occident, le rationalisme, la démocratie et le judéo-christianisme, ils rejettent avec force l’ensemble de ces concepts. Le décor est planté pour un repli identitaire, dont l’ultime aboutissement est le fondamentalisme.

Europe et immigration

La présence de citoyens musulmans en Europe est en train de modifier des préjugés dans les deux sens. Le regard européen à l’égard du monde musulman devient plus respectueux, grâce à une meilleure connaissance de ce monde. Cette nouvelle donne a le mérite d’attirer l’attention sur les notions d’identité et d’appartenance. L’immigration est parfois perçue comme un danger pour l’identité nationale. Ce serait oublier que celle-ci est appelée à évoluer, sous peine de sclérose, en intégrant de nouvelles composantes. Pour une société ouverte, l’immigration est une formidable chance d’évolution et de créativité.

De l’autre côté, deux problèmes peuvent se poser aux immigrés, notamment maghrébins, en Europe. Le premier est celui de vivre sur une terre différente de celle où l’on a ses « racines », culturelles et religieuses, dans une société qui affiche des valeurs apparemment différentes, qui propose des comportements éloignés. Le deuxième problème provient du regard de l’autre. Regard qui tend parfois à emprisonner l’immigré dans un ghetto en l’enfermant définitivement dans la catégorie de l’arabe-musulman-sous-développé, affublé d’un certain nombre de prétendus défauts. Dans d’autres cas, regard un peu moins sévère mais qui maintient une frontière infranchissable avec cet « autre » en ignorant superbement tous les liens, toutes les similitudes, qui existent avec lui.

Une partie des jeunes issus de l’immigration vivent mal cette situation, se sentant déchirés entre deux mondes. Leur réponse est un enfermement dans « la Cité ». Pour garder son identité, le jeune “beur” va se sentir obligé de se différencier de l’autre, de parler avec une certaine intonation, d’adopter un style vestimentaire, de suivre certains codes de la Cité, qui vont lui servir d’identificateurs. Cependant, une grande partie de ceux qui sont issus de l’immigration vont choisir de s’intégrer, de s’adapter à leur nouveau contexte. Il s’agit d’une démarche qui ne va pas sans difficulté, et qui a le mérite de soumettre la personne à de nombreux questionnements, concernant son identité réelle, ses appartenances, ses relations avec sa culture d’origine et celle de son pays d’accueil. L’intégration à la société européenne se fait tout en gardant une appartenance forte à la culture et surtout à la religion d’origine. Il en résulte une nouvelle conception de l’appartenance à l’islam, et aussi une nouvelle idée de la citoyenneté européenne. Une vision dynamique de l’appartenance culturelle, qui n’est plus exclusive, mais qui admet la symbiose d’influences diverses pour créer de nouvelles teintes culturelles. Les frontières-barrières sont dépassées, la coïncidence des frontières devient obsolète. Ces réalités nouvelles commencent à amener les sociétés européennes à adopter une conception plus ouverte sur cette question essentielle des appartenances multiples.

3. Clivages et rencontres civilisationnels.

Les rencontres entre groupes humains font intervenir les contours qui délimitent une civilisation. Ces contours peuvent agir comme des barrières, matrices de conflits potentiels, ou alors comme des lieux de passage ouvrant sur une découverte enrichissante.

Les rencontres civilisationnelles.

Une conception rigide et figée des contours qui définissent les civilisations, conduit à un partitionnement schématique qui renforce le sentiment d’appartenance à deux mondes bien distincts. A l’inverse, une conception plus ouverte et plus dynamique de ces contours conduit à envisager une osmose entre les civilisations, facteur de paix et d’enrichissement.

Tout au long de l’histoire, l’Occident (l’Europe surtout) et l’Islam se sont continuellement rencontrés, sur de multiples terrains et dans de nombreux registres. Rencontres guerrières, commerciales, culturelles… Heureuses ou malheureuses, toutes ces rencontres ont tissé un écheveau de liens multiples, qui excluent toute tentative d’indifférence d’un de ces mondes par rapport à l’autre. “On ne peut pas pleinement comprendre le passé et l’avenir de l’Occident, sans prendre en compte la relation qu’il entretient avec son frère jumeau, l’Islam, depuis 14 siècles. Et c’est vrai aussi du monde musulman [7]” L’imbrication des parcours est aujourd’hui plus forte que jamais. Pour les pays du bassin méditerranéen en particulier, les flux migratoires soutenus, dans un sens, et les flux touristiques dans l’autre sens, créent d’innombrables situations de rencontre sur le terrain. La réflexion sur la rencontre entre l’Europe et l’Islam doit tenir compte de la logique d’évolution de chacun. Ecoutons Dassetto [8] : « La mondialisation de l’économie capitaliste est une des logiques à l’œuvre, qui mettent en forme le monde. Mais elle doit tenir compte des appartenances, des modes de vie, des visions du monde qui relèvent de logiques civilisationnelles. Celles-ci sont faites de permanence et de réinvention, de mémoire et d’actualisation. Si elles ne se réinventent pas, elles se figent, deviennent stériles et sortent ainsi progressivement de la scène du monde. »

La division schématique en blocs civilisationnels

Sous l’égide de Nasser, Nehru et Tito, les peuples du Tiers-Monde ont rêvé de conquérir leur autonomie, grâce à un développement économique national, libéré aussi bien du modèle communiste que du modèle capitaliste. La déception générée par l’échec de cette politique a été déterminante pour le basculement des sociétés de plusieurs de ces pays dans l’identification exclusivement musulmane. La frontière-contour de l’appartenance religieuse a largement pris le pas sur toutes les autres, les reléguant presque au rang de détails folkloriques.

La fin de la guerre froide a privé les Etats-Unis de l’indispensable adversaire – en l’occurrence communiste – à combattre. Les poches de résistance à l’exportation du modèle américain se sont trouvé les plus nombreuses dans les pays musulmans. Pour les idéologues américains, ceci, ajouté au regroupement de nombreux pays musulmans sous l’étendard de l’identité musulmane, a facilité le choix de ce monde – ou même de l’Islam pour les plus radicaux – comme nouvel adversaire à combattre, en remplacement de l’adversaire communiste. Le Président Bush et son administration veulent faire coïncider la modernité mondialisante avec le modèle civilisationnel occidental (ou plutôt américain), considéré comme supérieur. L’affrontement supposé (le “choc”) des civilisations devrait alors se terminer par l’absorption de l’une par l’autre.

Du point de vue musulman, nombreux sont ceux qui sentent que l’”Occident” est en train d’humilier l’Islam : les deux guerres du Golfe, les circonstances de l’exécution de Saddam Hussein, Guantanamo, les caricatures du Prophète … Les nouvelles blessures ravivent les cicatrices des humiliations coloniales. Certains analystes du monde musulman et une partie des populations perçoivent l’Occident comme un seul bloc qui les écrase. De nombreux autres musulmans, intellectuels ou non, ont une vision plus objective et nuancée, mais trop peu relayée par les media. Les extrémistes exploitent les stratégies hégémoniques de certains pays occidentaux et la sensibilité à vif des sociétés musulmanes, pour prôner une attitude hostile – parfois jusqu’à la violence – envers l’Occident dans son ensemble.

Universalisme et osmose civilisationnelle

Chaque civilisation s’épanouit et prospère, quand elle s’ouvre à des apports civilisationnels externes, aux progrès accomplis par l’imagination créatrice de tous les hommes qu’elle rencontre, quand elle se laisse interroger par eux. C’est le cas de la civilisation arabe : durant les siècles de son apogée, elle a su s’ouvrir aux richesses culturelles (égyptiennes, turques, persanes, andalouses) des pays qu’elle avait conquis. Elle a marqué ces pays, mais elle a également été façonnée par eux. Cette construction civilisationnelle à partir de matériaux divers est une condition nécessaire à l’innovation, qui permet l’épanouissement et la création de quelque chose de neuf et d’une identité propre, authentique. Durant l’ère moderne, c’est plutôt l’Occident qui s’ouvre aux autres peuples, aux autres civilisations et connaît ainsi une apogée. Cela signifie que l’authenticité d’une communauté, d’une culture, d’une civilisation ne se mesure pas à son degré d’enfermement ou de repli sur elle-même. Bien au contraire, elle se mesure à sa capacité de vie authentique, c’est-à-dire à sa capacité d’évolution. Et il n’y a pas d’évolution possible sans ouverture aux autres.

La rencontre constructive entre les civilisations passe par la reconnaissance de l’universel en chacune d’elles. L’universalité suppose qu’il existe des valeurs communes qui concernent tous les êtres humains, sans distinction aucune. Chaque civilisation met davantage l’accent sur certaines de ces valeurs, et surtout chaque civilisation a imaginé des modalités pratiques différentes pour faire vivre ces valeurs.

Dans le domaine des comportements sociaux, par exemple, les cultures orientale et occidentale ont forgé des codes de conduite différents, mais qui traduisent un souci de respecter les mêmes valeurs. Ainsi, lorsqu’on est invité à partager un repas en Europe, la politesse veut que l’on termine son plat. En Orient, au contraire, il serait indécent de vider son assiette. Il s’agit toujours de faire plaisir à son hôte, en lui signifiant dans le premier cas que son plat est excellent, en soulignant dans le second cas la générosité de la portion servie. Il s’agit de la même valeur : la reconnaissance, la sympathie envers son hôte, mais son expression prend des formes contradictoires. En demeurant au niveau de la forme de l’expression, chacun peut juger le comportement de l’autre « non civilisé ». Sur la base d’un a priori négatif, se creuse la fracture et s’édifient des frontières fondées sur l’incompréhension. Inversement, si partant d’un a priori positif, chacun interroge la civilisation de l’autre pour y retrouver des valeurs universelles sous des expressions différentes, alors l’osmose entre les civilisations peut avoir lieu, conduisant à un enrichissement mutuel et fécond, à un progrès civilisationnel pour chacun. Les clivages deviennent des frontières-contours, lieux de passage vers des horizons nouveaux.

Il en va de même des religions. Celles-ci comportent elles-mêmes plusieurs dimensions : sociale, rituelle, identitaire, spirituelle … Les dimensions sociales ou identitaires peuvent être facteurs de séparation (frontières) entre les adeptes de différentes religions, alors que la dimension proprement spirituelle est facteur de rapprochement, parce qu’elle se situe dans la sphère du lien à Dieu, qui est Lui, universel. Les révélations différentes conduisent au même Dieu unique, par des chemins qui se recoupent par moments, et s’écartent à d’autres. Convivance et hospitalité inter-confessionnelles peuvent être favorisées par la perméabilité des communautés de croyants.

L’osmose entre les civilisations a toujours eu lieu, mais elle peut être favorisée ou contrariée par les circonstances. Il est certain qu’une communauté met plus de temps qu’un individu à évoluer. Plus un système est grand et complexe, plus grande est son inertie au changement. Lorsque les contacts entre les civilisations étaient limités et que les communications étaient lentes, cela laissait relativement le loisir à chaque communauté d’assimiler les apports venus de l’autre. De nos jours, avec les techniques nouvelles d’information et de communication, la circulation des modèles va extrêmement vite. Bien trop vite pour que la communauté (grande inertie) puisse s’y adapter, ou se les approprier. D’où des raidissements. C’est ce qui se passe en ce moment entre certaines parties du monde musulman et le monde dit occidental. L’individu lui, a par définition, une constante de temps beaucoup plus faible ; il peut évoluer bien plus rapidement. C’est pourquoi les communautés ont intérêt à ne pas emprisonner leurs membres dans des carcans conservateurs, mais à encourager leur mutation, leur adaptation à un monde qui bouge très vite. Cela ne signifie pas que l’individu doit se détacher de sa communauté ; bien au contraire. Mais s’il a ce degré de liberté nécessaire, il évoluera et créera des courants d’évolution bénéfiques, au sein de son groupe, favorisant par là l’osmose civilisationnelle, qui fortifie le sentiment d’appartenance à la grande famille humaine.

Conclusion

Nous avons voulu montrer que le mouvement de l’histoire qui va vers une pluralité d’appartenances pour chacun, rend la superposition des frontières caduque et obsolète. Comme tout mouvement historique, il ne s’agit pas d’une évolution linéaire, mais d’une marche faite de progrès et de reculs, d’avancées, d’hésitations et de résistances, à travers laquelle se dessine cependant une évolution claire vers le progrès.

La superposition schématique et abusive de plusieurs frontières d’ordre ethnique, culturel, religieux, territorial, politique … ne correspond pas à la réalité des situations contemporaines ; elle peut avoir des conséquences graves aussi bien sur les collectivités que sur les individus. En ce qui concerne ces identités collectives que sont censés représenter l’Occident et l’Islam (alors qu’en réalité il y a des Occidents et des Islams), cette superposition conduirait à la conception de deux blocs monolithiques et étanches, destinés par là-même à un affrontement inévitable. Sur le plan des personnes, la définition de tels blocs emprisonne l’individu dans un carcan rigide, conduisant à un appauvrissement humain généralisé.

Le respect de l’identité de chaque personne suppose de reconnaître ses attaches à plusieurs communautés. De multiples clivages parcourent l’humanité dans tous les sens. Grâce au foisonnement d’intersections qui en résulte, la multi-appartenance est une chance formidable de création de liens forts entre tous les hommes.

Les contours qui délimitent les grandes religions sont nécessaires à une identification claire des croyances qui les sous-tendent. Cependant, dans le monde contemporain, il serait anachronique et dangereux de confondre ces contours avec des frontières territoriales, politiques ou culturelles.

Une conception dynamique des frontières permet à l’individu d’évoluer librement, et d’influer sur l’évolution des groupes auxquels il appartient. C’est ainsi que l’authenticité d’une personne ne peut pas être conçue comme étant son degré d’attachement conservateur aux coutumes de sa communauté d’origine, mais plutôt comme la mesure dans laquelle elle a réussi à construire sa personnalité propre, en toute vérité et sans faux-semblant.

Dans la grande symphonie humaine, chacun de nous a une partition très particulière à jouer, à une place spécifique de l’orchestre. Cette partition ne peut se substituer à aucune autre, mais ne peut non plus exister indépendamment des autres. La construction de soi implique de trouver sa place précise dans l’orchestre, d’inventer cette note unique, tout à la fois modeste et précieuse pour l’ensemble. L’authenticité consiste à la jouer juste. L’harmonie est au bout du chemin.

En restant perméables, les frontières peuvent favoriser la transhumance culturelle des nouveaux nomades, de ceux qui se trouvent aux confluents de plusieurs cultures, de ceux qui sont curieux de la civilisation de l’autre, voyageurs perpétuels en quête de nouveaux horizons, bâtisseurs de ponts et de passerelles, et artisans infatigables de l’osmose civilisationnelle.

Nadia Ghrab-Morcos est une Egyptienne, chrétienne (copte catholique), épouse de Tunisien, vivant et travaillant en Tunisie depuis 1981

  1. [1]Fathi Triki, La stratégie de l’identité, Arcantères, Paris, 1998
  2. [2]Amin Malouf, Les identités meurtrières, Grasset, Paris,1998
  3. [3]Edward Said, A contre-voie, Mémoires, Le Serpent à plumes, 2003
  4. [4]La théorie des ensembles flous, développée par Lotfi Zadeh en 1965 pour modéliser la représentation humaine des connaissances, considère qu’un élément n’appartient pas à un ensemble de manière binaire : oui ou non, mais qu’il est caractérisé par un degré d’appartenance à cet ensemble
  5. [5]Hafid Hamdi-Cherif, Individu et communauté(s) : la question des appartenances, Colloque international Individu(s) et communauté(s) : entre Maghreb et Europe, Faculté de Droit et de Sciences Politiques de Tunis, octobre 2006, Tunis
  6. [6]Hamdi-Cherif, ibid
  7. [7]Richard W. Bulliet, La civilisation islamo-chrétienne, Flammarion, Paris, 2006
  8. [8]Felice Dassetto, ibid

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