Mar 212008
 

« Nous devons apprendre à vivre ensemble comme des frères, sinon nous allons mourir tous ensembles comme des idiots. » (Martin Luther King)

L’espace méditerranéen est constitué de peuples de la mer toujours animés par la volonté d’aller vers l’autre. C’est parmi ces peuples qu’est né le vouloir vivre ensemble. Pourtant, dans cet espace lié à une grande densité de cultures, de traditions et d’histoires, la communication est rendue parfois très difficile.

En effet dans cette zone la plus militarisée au monde[1] où, aujourd’hui, des projections de puissances créent des enjeux inattendus, la diversité risque de devenir tensions graves et guerres meurtrières ruinant un vivre ensemble devenu fragile.

Qu’est ce qui rend difficile la possibilité de comprendre et d’accueillir l’autre avec humilité et ouverture en Méditerranée ? Telle est la question clé à laquelle il est urgent de répondre pour agir.

I-/ le vivre ensemble : le piège des approches réductrices

Deux approches ont, jusqu’à présent, dominé la lecture des tensions et violences qui minent les rapports entre le Monde arabo-musulman et le Monde occidental et nuisent au vivre ensemble sur et entre les rives Nord et Sud : il s’agit d’une part du culturalisme, d’autre part du volontarisme politique.

A- Le culturalisme

Il regroupe les approches qui font de la culture une entité fermée et autonome. Elle traverse le temps sans être modifiée par lui. Selon ces approches, la culture est totalisante et revêt un sens qui orienterait l’action de ceux qui lui appartiennent. En d’autres termes, la culture est appréhendée, analysée et exposée comme un ensemble homogène, englobant et, le plus souvent, figé. Dans cette optique, la culture de « l’Autre » est assimilée à un ensemble de représentations dans lequel le devenir s’abolirait au profit de l’histoire. S’il ya donc crise du vivre ensemble avec le monde arabo musulman, ce serait, dans le cadre d‘une telle vision, dû d’abord à la « maladie » de sa culture trop imprégnée par une religion intolérante et incompatible avec la modernité occidentale[2].

En emprisonnant cette région dans une définition substantialiste[3] de son identité, ces approches n’envisagent avec elle que des relations belliqueuses.

A ce culturalisme du Nord répond au Sud un discours totalisant, non moins belliciste, qui diabolise en bloc un « occident impie et impérialiste » qu’il faut affronter. Depuis deux décennies ces discours n’ont cessé de se conforter dans leur aveuglement.

B -Le volontarisme politique

A l’inverse de la première, cette approche est liée à une vision politique qui croit pouvoir modifier le cours des événements et surmonter les tensions par la simple prise de décision. Or, comme le soulignait Michel Crozier « on ne change pas la société par décret »[4]

En proclamant que tout est possible, cette approche ne commet pas seulement l’erreur du déni des données du réel, mais aussi celle de l’histoire « demain commencera seulement demain, sans aujourd’hui ni hier. » Dans cette optique « des négociations » des « politiques de bon voisinage », « un remodelage », « une démocratie par le haut »… suffiraient à introduire, sans heurts ni malentendus, des changements majeurs dans les rapports entre les deux rives de la Méditerranée[5] et du même coup ,à instaurer un vivre ensemble paisible et durable.

Alors que certains parmi les tenants d’une telle vision, Arabo musulmans et Occidentaux, croyaient poser des fondations pour un mieux- vivre ensemble , ils n’ont aboutit, en fait, qu’ à multiplier les ingérences et frayer le chemin devant un néocolonialisme destructeur ruinant des sociétés entières : l’exemple irakien en dit long.

On constate donc que le culturalisme comme le volontarisme sont deux approches sélectives basées sur une lecture unilatérale et simpliste de l’origine des tensions et des violences qui minent la stabilité du monde arabo-musulman et menacent un vivre ensemble fragilisé dans la Méditerranée. Sans privilégier une analyse pluridimensionnelle qui favorise la complexité, les deux mettent l’accent sur la nécessité du « changement »et « l’ouverture » des Musulmans habitants du Sud de la Méditerranée. Ce sont eux et seulement eux qui doivent changer. Aux voix qui s’élèvent parmi ces derniers pour dire qu’il est temps de « voir autrement » et de « voir autre part » la réponse est la même « devenez comme nous et nous vous écouterons après ».

Partant de l’idée maîtresse des philosophes grecs « qu’on peut changer sa manière d’agir si l’on modifie sa façon de penser », la rupture de l’enveloppe culturaliste et la réfutation de la panacée du volontarisme politique sont pressantes pour traiter avec plus d’objectivité la crise du vivre ensemble en Méditerranée

II-/ la menace, l’agression et l’injustice brisent le lien social et ruinent le vivre ensemble

Le vivre ensemble est la capacité pour des femmes et des hommes, quelles que soient leurs différences à cohabiter. Il ne se réalise ni dans l’indifférence ni dans l’imposition de ses propres visions et valeurs à l’autre[6]. Une des conditions du bien vivre ensemble est à la fois de savoir donner et de savoir accepter pour mieux partager.

Les difficultés auxquelles se heurte le vivre ensemble entre les deux rives ne sauraient être dissociées ni des impasses économiques et politiques qui jalonnent le monde arabo musulman depuis bien longtemps, ni des événements dramatiques qui secouent, depuis deux décennies, l’arc de crise qui s’étend de l’Afghanistan au Soudan , en passant par le Pakistan, l’Iraq, le Liban et la Palestine sans oublier la Somalie. Dans cet arc de crise, on assiste à une extension du domaine de la guerre sans précédant dans l’histoire de la région. s’agit d’une guerre meurtrière contre un ennemi sans visage nommé par les puissances du nouvel ordre mondial le « terrorisme d’origine islamique ». Du coup, des millions d’humains musulmans se trouvent jugés sanctionnés martyrisés à cause de la violence d’une poignée d’extrémistes organisés formés et soutenus par ceux qui prétendent aujourd’hui les combattre. C’est sur ce tout complexe qu’est venue se greffer la variable culturelle qui n’est aujourd’hui dopée à l’extrême que pour expulser les crises de cette partie du monde de la sphère politique[7]. Il n’est pas dans mon intention de victimiser le Monde arabo-musulman ni de diaboliser l’Occident et de le rendre responsable de tous les maux ; il s’agit seulement de mettre en exergue sans prétendre à l’exhaustivité, un nombre d’éléments sous jacents aux réactions de rejet et de fermeture dans la rive Sud.

Le rejet par le repli est, pour la psychothérapie, signe de l’existence d’un malaise dû à une menace réelle ou imaginaire. Or, si dans la rive Nord, la peur plus fictive que réelle ,d’un « islam conquérant » sème la panique et transforme en forteresse des pays puissants obsédés par l’impératif sécuritaire[8], comment envisager une réaction autre que la fermeture et le rejet de la part des peuples de l’autre rive, alors qu’ils voient les guerres néocolonialistes menées ou soutenues par ces pays, au nom de cette peur, tout saccager autour d ‘eux ?

L’hégémonie arrogante de puissances ayant trahi leurs idéaux, leur soutien inconditionnel à la politique criminelle de l’Etat sioniste, leur pratique de cette autre forme de terrorisme qui consiste à laisser mourir dans la pauvreté, l’occupation, les blocus et dans l’enfer des armes conventionnelles et non conventionnelles des civils en Iraq, au Liban et à Gaza au vu et au su de tous ,sont autant de plaies saignantes dans le corps du Monde arabo musulman [9] Toutefois ce serait une démission morale et intellectuelle d’ignorer notre part de responsabilité dans la dégradation de nos sociétés. Celle-ci sont aussi affaiblies par le désastre de l’immobilisme[10], le manque de liberté, la paupérisation de secteurs de plus en plus larges de population et les formes inédites de pillage interne et externe.

Un tel contexte laisse en fait peu d’espace pour penser et pratiquer le vivre ensemble, et ceci, malgré la centralité du concept de paix en islam, concept intimement lié à la reconnaissance sans condition de l’autre et au vivre ensemble. (Dans le Coran le mot paix et ses dérivés sont mentionnés 136 fois alors que le mot guerre ne l’est que 6 fois seulement.) En effet, l’Islam de l’ouverture, qui a pu perdurer sans pouvoir s’affirmer durant les derniers siècles marqués par les dégénérescences politiques, sociales et culturelles et le déclin de la raison autocritique se trouve aujourd’hui dans l’impasse.

Cet Islam qui veut allier modernité et authenticité, autonomie et vivre en commun, est coincé entre les tenants du communautarisme, défenseurs du repli basé sur un littéralisme étroit qui croit préserver la fidélité aux textes, et ceux de la dilution et l’occidentalisation aveugle qui appréhendent ces textes avec des préjugés, déformant de la sorte leurs messages et leurs valeurs.

Il n’y a aucun doute qu’une autocritique par l’analyse rationnelle, sans l’ombre d’une concession sur les pratiques qui nuisent à l’Islam [11] d’une part , les crises, les blocages internes et les insuffisances d’action au niveau régional et international d’autre part, est urgente pour corriger les dérives. La reforme tant souhaitée par la majorité des Musulmans avides de dignité et de paix juste se heurte à des obstacles majeurs dont le manque de liberté à l’intérieur, la méconnaissance des dynamiques fondatrices et structurantes de la foi et de la culture de l’islam à l’extérieur, mais aussi l’instrumentalisation de leur religion par les extrémismes de tout bord. Que reste-il pour les Musulmans du juste milieu ? Ont-ils un choix autre que la résistance pour ne pas succomber à la dilution ou à la fermeture et pour sauver un équilibre permettant de garder la voie de la mesure et de l’objectivité ?

La résistance est vitale pour rester libre, sauver le droit à la différence, accueillir la diversité. « Rester neutre face à l’injustice, c’est choisir le parti de l’oppresseur » [12].

III-/ droit à la résistance :

Résister est inhérent à la condition humaine. La résistance suppose une tension, une défense contre une oppression physique ou morale inacceptable. Vivre sous l’oppression et se soumettre aux injustices est incompatible avec la santé psychologique.

Il n’est pas sans intérêt de rappeler que dans l’Islam il n’y a de soumission qu’à Dieu seul. L’acte de témoignage auquel le Musulman est appelé dans tous les détails de la vie lui rappelle la nécessité de rester maître de soi, indépendant, vigilant, inventif, sans jamais renoncer, ni à la puissance vitale de l’interrogation, ni à la pratique de la vertu.

Rappelons aussi, que pour le fidele, la vie est une épreuve dans laquelle l’acte de résister est central. Si le croyant est appelé en premier lieu à s’opposer à la force de la tentation de ses propres passions et au penchant vers la démesure, l’épreuve consiste aussi à résister aux injustices. L’action qui en découle peut revêtir des formes diverses, mais les outils doivent toujours être licites et légaux pour tous les humains, dans toute les terres : nulle démesure et nulle outrance contre quiconque.

Le Coran est explicite sur le principe de la justice. Dieu s’adresse directement aux croyants en disant “ Ô vous qui croyez. Tenez-vous fermes comme témoins devant Dieu en pratiquant la Justice. Que la haine envers un peuple ne vous incite pas à commettre des injustices. Soyez justes. La justice est proche de la piété” (Cor 5,8). Pour le Musulman il n’y a pas de résistance pour la résistance car dans ce cas elle n’est qu’enfermement .La visée de tout acte de résistance est de remettre les choses à leur place, dans le bon ordre pour que l’homme, devant le Créateur et avec ses semblables, redevienne une fin et non plus un moyen[13].

De ce fait, pour le croyant marqué par l’impératif coranique de justice, d’équité et d‘égalité, la résistance à un monde dominé par la pratique de la loi du plus fort qui tente d’imposer sa vérité par tous les moyens jusqu’à l’emploi d’armes prohibées contre les civils, est une responsabilité morale. Dans ce cas précis une résistance armée défensive de la part des agressés n’est-elle pas tout à fait légitime ? Ne fait elle pas partie du droit à l’autodéfense, à la liberté, à la dignité, à la souveraineté, à l’égalité ? N’est-ce pas une règle du droit international et d’application universelle ? Sans résister pour rester en vie les autres droits ne deviendraient-il pas dépourvus de sens ?

Assister passivement à la dégradation du droit international, à la mise en pièce du système multilatéral de sécurité par les auto proclamés maitres du monde, à la guerre agressive, à l’occupation des territoires des autres et à l’érection de murs dont le « mur d’acier » n’est-ce pas un acte de mise à mort de toute possibilité de vivre ensemble ?

Le monde qui se profile devant les yeux du croyant ne peut s’accorder ni avec ses convictions morales et religieuses, ni avec les droits fondamentaux de homme.

Ce monde auquel le Musulman cherche à résister (sans oublier les autres croyants et non croyants aussi) est un monde en désordre, le monde du ” du “Divin-marché[14] ” aux yeux duquel la société n’est qu’un corps productif. Dans ce corps les hommes n’ont besoin ni de se parler, ni de s’aimer, ni même de se connaître, ils n’ont qu’à travailler consommer sans jamais réfléchir ni contester.

La domination du néo libéralisme sauvage qui fait de la compétition, de l’agressivité, de la force corruptrice, de l’expansionnisme, de la cupidité et de la vénalité des principes de base (aux dépends de la générosité, de l’altruisme, de la bienveillance envers l’autre considérés comme des faiblesses), ruine non seulement nos âmes, nos rapports à l’autre, le vivre ensemble mais aussi la planète toute entière qu’il gère à courte vue par les seuls arbitrages marchands[15] .

Il est clair que pour construire un monde harmonieusement viable pour tous, le droit de résistance à toute tentative de faire diversion aux problèmes d’injustice relativisée en fonction des profits des grands, de colonisation de notre intelligence ,de marginalisation de nos choix pour un avenir de coopération, de fraternité et de paix, est un droit inaliénable. Toutefois, la résistance au sens islamique ne saurait être réduite à un acte purement défensif, elle est polymorphe, créatrice de liens et de formes alternatives : le dialogue est une forme de résistance

IV-/Devoir du dialogue

Face à l’emprise de la « pensée unique » et au développement d’un modèle marchand totalitaire qui place les personnes, les entreprises et les peuples en rapport de guerre permanente, allongeant l’ombre de la« normalité de l’inhumain » sur la planète, rien ne semble plus urgent que de dépasser l’indignation et l’hyperactivité pathétique par la multiplication des initiatives et de réfléchir à une autre mondialité. Celle-ci est non seulement possible, mais absolument nécessaire.

Dans ce monde qui semble avoir cessé d’être commun, aucune initiative ne sera trop modeste en vue de faire reculer les incompréhensions les crispations et les tentions. Partant de là, le dialogue aussi bien horizontal que vertical [16], n’est pas un luxe conforme à l’esprit de tolérance de l’époque moderne. Il est plus qu’une urgence pour ne pas succomber au désespoir et au repli, c’est un devoir.

Le dialogue qui aidera à instaurer une nouvelle volonté de vivre ensemble ne saurait être ni un moyen de consolation ou de compassion, ni une occasion pour faire diversion aux situations intolérables ou faire oublier les problèmes concrets de notre monde[17]. Le temps n’est plus celui des bons sentiments et des discours si peu engagés dans le réel .En ces moments critiques de l’histoire, il est pour nous salutaire d ‘assumer nos responsabilités de croyants.

En effet, sans concession sur le droit à la différence et à la critique constructive de soi et de l’autre, les croyants sincères sont appelés à travailler et à chercher les meilleures issues qui conduiront leurs religions à surmonter les hostilités qu’elles ont les unes pour autres et les conflits que celles-ci ont pu générer ,et ceci ,en vue d’une meilleure interconnaissance[18]. La méconnaissance de ce que nos cultures doivent les unes aux autres, en particulier l’apport de la civilisation islamique à la modernité occidentale, alimente, chez les uns, le dénigrement de l’islam comme menace contre les valeurs de cette modernité et, chez les autres ,une réaction de violence aveugle : « l’homme est l’ennemi de ce qu’il ignore ». Se libérer du doute et du fanatisme est essentiel pour alerter sur les dérives de la confusion et les dangers de la manipulation de la religion, de part et d’autre, causant des violences qui portent atteinte à la liberté humaine. Personne n’en est à l’abri, la violence est virale, elle opère par contagion et par réaction en chaîne [19]. Il est à noter que, par la pratique de l’amalgame et de la désinformation, les « médias de la haine » portent de très lourdes responsabilités dans la méconnaissance de la réalité de l’autre et le déclenchement des crises qui attisent le climat de suspicion et les préjugés mutuels.

Toutefois, et compte tenu de l’importance capitale de la dimension religieuse dans l’instauration d’un vivre ensemble paisible, le débat ne doit pas se limiter à cette dimension .Se focaliser sur l’aspect religieux dans l’approche des tensions qui déchirent notre monde est, en fait, réducteur de la complexité de la situation. Les musulmans se partagent de plus en plus la conviction que la « théologisation » des origines de leurs problèmes n’est autre qu’un moyen qui vise à les « enfermer dans le religieux pour mieux les expulser du politique »[20]. D’autant plus qu’une telle approche contribuera, sans le vouloir, à crédibiliser les pernicieuses thèses du « choc ».

Par conséquent, et même s’il n’appartient pas aux religions de résoudre les problèmes économiques, politiques et sociaux de notre monde, leurs capacités d‘induire un changement dans les orientations, dans les mentalités et les cœurs des gens rendent nécessaire l’élargissement du débat. Une telle démarche est d’une grande utilité pour penser ensemble les thèmes relatifs au droit, à la justice, à la démocratie, à la modernité, à l’universel…. Elle l’est aussi pour réfléchir sur les moyens à mettre en œuvre pour faire face aux défis du devenir humain, civilisationnel et écologique et de nous entendre sur l’essentiel pour un vivre ensemble en paix durable.

Face à une tendance à admettre que le Nord est seul détenteur des valeurs universelles, sans qu’il ne les considère nécessairement comme une revendication propre à tous les êtres humains, le dialogue devrait permettre à chaque partenaire d‘exposer sa propre vision du monde et d’apprendre à tenir compte de celle des autres. Le décentrement, le déplacement du regard, constituent les conditions minimales pour se mettre à l’écoute de l’autre, l’accueillir, tenter de le comprendre et respecter sa différence. Il n’ya pas d’autre alternative pour se rendre compte de notre relativité et, éventuellement, de nos faiblesses et erreurs : nul ne peut prétendre détenir le monopole de la vérité.

Si on ne peut envisager le vivre ensemble sans partage[21], le partage ne devrait pas concerner seulement les valeurs religieuses mais aussi les valeurs humaines. De ce fait la rencontre et le débat avec tous ceux qui , même sans croire , s’interrogent sur les questions du sens, du droit, de la justice, du devenir du vivre ensemble sont vitaux .Notre responsabilité est commune pour dépasser les visions étroites et œuvrer ensemble pour transformer la peur, l’incertitude et la tension en espérance .Espérance d’un monde autre sans rupture des liens entre les dimensions clés de la vie , un monde juste où il y aurait assez de places pour nous tous. Mais un tel espoir est- il réalisable si les questions écologiques restent prisonnières des réformettes des puissants, peu soucieux de l’impact de la destruction des équilibres écologiques sur le monde ?

Le « vivre ensemble » est, en fait, indissociable de l’écologie[22], car la Terre est précisément cette maison partagée, au sein de laquelle nous devons apprendre à vivre ensemble. Il est donc, de notre devoir de répondre à des questions clés pour l’avenir de la paix et le vivre en commun. Comment devons nous agir face à cette course vers l’abîme, lancée par les nantis du nouvel ordre mondial, derrière le profit et le progrès matériel dépourvu de sens moral, course qui non seulement ruine l’équilibre écologique dont le Sud subit aujourd’hui les conséquences tragiques, mais menace la planète entière et la survie de notre espèce ?

Comment contribuer à la promotion d’une politique climatique écologiquement efficace et socialement juste et qui prenne en compte le nécessaire développement du Sud ?

Conclusion

Le vivre ensemble ne va pas de soi. Il ne se construit, ni sur le vide, ni sur l’absence de conviction. Il dépend d’une volonté non seulement religieuse mais surtout politique. Les gestes d’espérance exprimés à travers les dialogues culturels et interreligieux, nonobstant leur importance dans la construction d‘un monde de paix, restent insuffisants. En effets, si dans la rive Nord on continue à marginaliser les attentes des populations de la rive Sud, à fermer les yeux sur l’évolution en cours dans le Monde arabo musulman, à nier à sa culture la capacité à exprimer l’universel, à faire diversion sur le règlement des questions de justice et de droit dans les relations internationales…, tous les dialogues et les bonnes volontés, des deux côté, pour promouvoir et consolider la paix resteront dans l’impasse.

  1. [1]voir à ce sujet :
    - Institut des hautes études de défense nationale : « La méditerranée, espace de sécurité pour l’Union Européenne » , 61e session nationale (2008-2009), Premier Ministère, République Française .
    - « Les pays Sud-Méditerranéens dans la stratégie de l’OTAN » http://www.nato.int/acad/fellow/99-…
  2. [2]voir à ce sujet Gema Martin Munoz, Culture et politique dans les perceptions entre l’Orient et l’Occident, in Abdelhak Azzouzi, Figures et valeurs du dialogue des civilisations et des cultures, Editions l’Harmattan 2008, pp.83-89
  3. [3]-Substantialiste : qui adhère aux thèses du substantialisme. Le substantialisme est une théorie philosophique qui attribue une existence substantielle aux idées générales ou postule l’existence de réalités permanentes.
  4. [4]voir Michel Crozier, On ne change pas la société par décret, Grasset, 1979
  5. [5]Joseph maila , « Pour une politique de la culture en Méditerranée ». http://www.iemed.org/publicacions/q…
  6. [6]Voir André Barral-Baron, vivre ensemble Vivre ensemble avec nos conflits, Editions de l’Atelier, 1995
  7. [7]François Burgat, « Union européenne et monde arabe Fragilités d’un partenariat trop sélectif », confluence Méditerranée ,Numéro 60, Hiver 2006-2007, p.104.
  8. [8]voir Jérôme VALLUY , L’Europe des camps : la mise à l’écart des étrangers, Editions L’Harmattan, 2005.
  9. [9]Salah Mouhoubi, La régression de l’Afrique et du monde arabe face à la mondialisation, Editions L’Harmattan, 2010, pp.97-100
  10. [10]Zidan Mohammad, État et tribu dans le monde arabe : deux systèmes pour une seule société, Editions L’Harmattan, 2007.pp.292-293
  11. [11]Mustapha chérif, L’islam, tolérant ou intolérant Odile Jacob, 2006. P.114
  12. [12]paroles du révérend Desmond Tutu
  13. [13]Tariq Ramadan, « Le devoir de résistance » http/www.tariqramadan.com/ ?page=p…
  14. [14]Dany-Robert Dufour, Le Divin marché, Denoël, 2007.
  15. [15]A titre d’exemple, voir Benoit Paraut , Le pétrole au Nigeria : un instrument au service de quel développement ? : Pillage, crise identitaire et résistance dans le delta du Niger, Editions L’Harmattan, 2009.
  16. [16]le terme dialogue d’horizontal désigne le dialogue entres les pays arabes et musulmans et au sein de chaque pays. Le terme dialogue vertical désigne le dialogue Nord/Sud
  17. [17]Mustapha Chérif , « L’avenir de l’Occident et le monde musulman » ,in Revue internationale et stratégique, 2009/3 (n° 75), pp.77 à 86.
  18. [18]Mustapha Chérif, « Enjeux objectifs et difficultés du dialogue » , in, Abdelhak Azzouzi, op cit, pp41-44.
  19. [19]Jean Baudrillard, « De l’anti terrorisme à la guerre :la violence de la mondialisation »,Le monde diplomatique, Novembre2002, P.18.
  20. [20]Francois Burgat, L’islamisme à l’heure d’Al-Qaida, La Découverte, 2005, chap 9.
  21. [21]Jean laurain, Oskar Lafontaine , Du partage , Ou le retour aux sources du socialisme, Editions L’Harmattan, 2006, pp.52-53.
  22. [22] Voir le Rapport de l’Institut Worldwatch sur le développement durable, L’état de la planète : Redéfinir la sécurité mondiale ,Par Michael Renner, Hilary French, ,Erik Assadourian , Broché, 2005.

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