Juil 102012
 

A quelques semaines de la rencontre qui se déroulera en novembre 2008 au Vatican entre le Pape Benoît XVI, ses collaborateurs et des représentants du “groupe des 138” musulmans ayant rédigé une lettre aux responsables religieux chrétiens, il est bon de relire la conférence faite par Claude Geffré aux Journées romaines dominicaines de juillet 2001.

Il est très difficile de risquer une parole sur la présence des minorités chrétiennes au sein d’un islam majoritaire quand on a pris une meilleure conscience de la diversité et la complexité des situations. Conformément à la demande qui m’a été adressée, je voudrais tenter d’esquisser ce que pourrait être une théologie de la différence. L’intuition de base qui me guide est celle-ci : il faut aller jusqu’au bout de la différence de l’Autre pour découvrir avec des yeux neufs sa propre différence. C’est pourquoi j’ai choisi de prendre comme sous-titre : identité, altérité, dialogue. C’est à travers la reconnaissance de l’altérité de l’autre que je découvre mieux ma propre identité et alors les conditions d’un vrai dialogue sont posées. La question importante en effet est celle-ci : comment demeurer fidèle à soi-même sans concession et cependant favoriser les chances du dialogue ? Il y a une troisième voie possible entre un dialogue de sourds et un dialogue complaisant qui ne serait qu’un leurre. Même s’il s’agit d’un idéal jamais atteint, je reprends volontiers à mon compte le titre que Michel de Certeau avait cru pouvoir retenir pour un de ses livres : L’Étranger ou l’union dans la différence.

Le plan de mon exposé sera simple. Dans un premier temps, je commencerai par rappeler l’étrangeté ou encore l’énigme de l’islam comme unique religion mondiale survenue après le christianisme. Il s’agira de souligner son étrangeté alors que par ailleurs il a la prétention d’accomplir et le judaïsme et le christianisme. Et nous verrons les difficultés propres du dialogue islamo-chrétien par rapport aux conditions générales et aux critères du dialogue interreligieux. Dans un second temps, j’insisterai sur les fondements théologiques qui nous permettent de définir le christianisme comme une religion de l’altérité. C’est justement, le défi du pluralisme religieux qui nous invite à revenir au coeur du paradoxe chrétien comme religion de l’incarnation et comme religion de la kénose de Dieu. On peut alors continuer d’affirmer le caractère unique de l’identité chrétienne sans faire du christianisme une religion totalitaire. Enfin dans une troisième partie, nous réfléchirons sur ce que peut être une présence d’Église dans un pays à majorité musulmane et sur les différentes formes de dialogue qui peuvent être à leur manière des formes de la mission dans un environnement hostile.

I. L’énigme de l’islam

L’étrangeté du Coran

L’étrange méconnaissance du vrai christianisme

Une rivalité mimétique

Le conflit de deux imaginaires

La difficulté du dialogue islamo-chrétien

II. Pour un christianisme comme religion de l’altérité

Le paradoxe du dialogue interreligieux

Une théologie du pluralisme religieux

Le scandale de l’incarnation

La kénose du Christ

Un accomplissement non totalitaire

III. Présence d’Église et respect de l’autre dans sa différence

La mission comme témoignage rendu au Royaume de Dieu qui vient

Le dialogue comme dialogue de salut

Les formes diverses du dialogue

Le dialogue de la vie

La solidarité dans le combat pour la justice et pour la paix

L’échange dans l’ordre spirituel

Le dialogue d’ordre doctrinal

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