Juil 202012
 

Chers Frères, Chers sœurs, Chers amis,

Nous sommes réunis ici pour rendre un dernier hommage et un ultime Adieu à Mohamed FARAH CHEMS EDDINE LEGOUANE. Nous sommes tous venus témoigner la considération, l’estime et l’affection que nous portons à un frère que Dieu, le tout puissant, a rappelé auprès de lui. Qu’Allah Lui accorde son pardon pour ses péchés, le couvre de sa miséricorde et Lui offre le paradis. Nous vivons un moment tragique. Mohamed FARAH CHEMS EDDINE LEGOUANE, âgé d’à peine 23 ans, a été lâchement assassiné de sang-froid par un criminel qui, par son geste de folie, a tenté de souiller la religion musulmane en l’associant à ses actes barbares, en assassinant sans pitié sept innocents dont trois enfants.

Nous adressons nos sincères condoléances aux familles des victimes marquées à vie par ces crimes effroyables. Nous prions le Tout puissant de les aider. Nous espérons qu’elles arriveront à trouver le courage de surmonter cette épreuve. Il est difficile de concevoir un crime plus ignoble et plus haineux. Les motivations apparentes de ces honteux meurtres sont aussi tristes que révoltantes. Aucune raison au monde, supposée ou réelle, ne saurait justifier de tels gestes aveugles.

C’est aujourd’hui, face au drame de ce soldat mort pour la France, que tous nous pleurons. N’ayons pas honte des larmes, n’ayons pas honte de souffrir ! N’ayons pas honte d’avoir le cœur déchiré ! Mais nous ne devons jamais céder à la panique, nous ne devons jamais sombrer dans la vengeance par respect à Myriam, Imad, Ariel, Mohamed, Jonathan, Abel et Gabriel.

Depuis que l’identité de l’auteur de ces crimes barbares a été divulgué, il n’y a pas une musulmane ni un musulman en France qui ne soit interpellé sur les questions de la guerre et de la violence. Certains chercheraient même à établir un lien, qui s’apparenterait implicitement à une règle, selon laquelle la violence serait une donnée intrinsèque à l’islam.

Que disent les textes fondateurs de l’islam ?

C’est parce qu’il est capable du pire, que l’homme doit faire un effort à l’intérieur de lui-même pour être le meilleur. L’homme doit lutter au quotidien contre les forces les plus négatives de son être. Son humanité dépendra essentiellement de la maîtrise de ses pulsions, de ses tensions et de ses démons intérieurs, nous dit le Prophète (Psl). Ainsi, au lieu de déclarer la guerre au monde entier, l’homme devrait d’abord apprendre à faire la guerre à l’intérieur de lui-même, dans son cœur.

Car l’homme est sur terre non pas pour détruire la vie, mais pour la donner. Dieu dit : « Quiconque a tué un être humain, à l’exception en punition d’un meurtre ou d’autres crimes odieux, doit être considéré comme ayant tué toute l’humanité ; et quiconque a sauvé une vie humaine doit être considéré comme ayant sauvé la vie de toute l’humanité » (Coran 5/32).

Et dans la tradition musulmane, on trouve cette parole du prophète (Pal) : « Celui qui tue un homme engagé envers Dieu, ne pourra pas respirer le parfum du Paradis ». Et dans une autre version : « Celui qui fait du mal à un Juif ou à un Chrétien trouvera en moi son adversaire au Jour du Jugement » (parole du Prophète).

L’homme n’est pas sur terre pour haïr mais pour aimer.

« Nul d’entre vous n’a la vraie foi s’il ne désire pas pour son prochain ce qu’il désire pour lui-même » (hadith, parole du Prophète). L’homme n’est pas sur terre pour prêcher la violence, semer des peurs, mais pour propager la paix comme le recommande une tradition musulmane : « Soyez les propagateurs de la paix » (hadith, parole du Prophète). C’est au fond ce que disent toutes les religions, toutes les philosophies. C’est l’essence même de toute culture et de toute civilisation. C’est précisément sur ces valeurs que nous devons fonder la politique de civilisation dont le monde a besoin aujourd’hui. Une politique qui intègre à la fois la dimension intellectuelle, morale, éthique, mais aussi et surtout la dimension spirituelle dont les hommes et les femmes d’aujourd’hui ont besoin. Une politique de civilisation qui fait du respect de la vie, de la diversité, de la dignité humaine, du respect des croyances et des religions un principe universel.

Pour les musulmans, la diversité religieuse est une volonté divine. C’est Dieu l’avait voulu, comme le dit un verset coranique, nous serions tous des juifs ou des chrétiens ou des musulmans : « Si Dieu l’avait voulu, certes Il aurait fait de vous une seule communauté. Mais (Il ne l’a pas fait) afin de vous éprouver dans ce qu’Il vous a donné. Concurrencez vous donc dans les bonnes œuvres » (Coran 2/48).

La diversité est notre défi, aujourd’hui. Elle est notre épreuve de tous les jours, de tous les temps : apprendre à respecter les amours, les sentiments, sensibilités et la complexité de ceux qui ne partagent pas notre Foi, ni entièrement notre mémoire, mais avec lesquels nous devons immanquablement construire notre avenir. Parce que nous vivons ensemble et nous partageons les mêmes responsabilités. Nous sommes une communauté de destin. Quand elle est bien gérée, cette diversité est une richesse : elle équivaut à une rivalité dans la bonté. Mais quand elle est mal gérée, elle peut s’exprimer dans la volonté de puissance, de pouvoir sans partage, d’exploitation et la violence dans ce monde ou différentes traditions se mêlent et vivent ensemble.

Chers Frères, Chers sœurs, Chers amis

Nos valeurs et nos espoirs communs sont plus essentiels et plus nombreux que nos divergences. Et au-delà de nos différences apparentes, nous partageons beaucoup de valeurs à partir desquelles le « vivre ensemble » est possible dans nos sociétés pluralistes, multiculturelles, et où coexistent plusieurs religions. Ce message est évidement difficile à faire entendre en ces temps de débats passionnés où les simplifications, les manipulations et les raccourcis intellectuels et médiatiques se généralisent.

Les responsables musulmans de France ont beaucoup à faire aujourd’hui : relire leurs textes fondateurs, étudier leurs environnements, les lois de leur pays et produire une pensée en phase avec leur époque et leur contexte. Ils doivent également repenser l’éducation islamique donnée à leurs enfants, tant dans son contenu que dans sa forme, afin de la replacer dans le contexte de leur environnement Français, en tenant spécifiquement compte des nombreux défis qui se posent aux musulmans de France. Ils doivent, dans ce contexte, se préoccuper de comprendre les facteurs qui poussent les jeunes à adopter des interprétations extrémistes de la religion, voire à s’engager parfois dans des actes de violence.

L’état doit également assumer ses responsabilités vis-à-vis de ces jeunes qui ont souvent droit à de grands discours sans portée pratique. Il faut que cela change, car s’ils ne doivent pas avoir plus de droits que les autres, il faut en revanche veiller à ce qu’ils n’en aient pas moins que les autres. Quand un jeune a le sentiment que l’Etat ne le défend pas, ne le protège pas et ne pense pas à lui alors il se tourne vers sa communauté pour se protéger et assurer sa défense. Mais il peut se tourner aussi vers des groupes aux idées obscurantistes. Les tentations du repli sur soi et le risque de tomber dans le radicalisme et l’extrémisme sont alors nombreuses.

Chers Frères, Chers sœurs, Chers amis

C’est ensemble, les uns avec les autres, et non les uns contre les autres, que nous devons faire face aux prêcheurs de la haine, aux entrepreneurs de la violence et aux professionnels des peurs. C’est de cette manière et de cette manière seulement que l’on pourra apprendre à vivre justement, tranquillement et paisiblement ensemble aujourd’hui.

Que Puisse Dieu vous aimer et vous offrir de L’aimer ! Que Puisse Dieu vous pardonner vos péchés et vous couvrir de Sa miséricorde ! Que Puisse Dieu vous accompagner et vous protéger, vous et tous ceux que vous aimez !

Azzedine GACI

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