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    Marie

    Regard chrétien de Marie dans le Coran par André Ferré GRIC Tunis

    Gric Internationalpar Gric International30 juin 2016Aucun commentaireLecture : 6 minutes
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    Le texte qui suit n’a aucune prétention scientifique, il n’est pas un essai d’étude comparative sur la place de Marie dans le Coran et dans les Evangiles. On n’y trouvera aucune approche exégétique des textes de référence. Il s’agit ici simplement de la réflexion d’un chrétien catholique qui relit les versets du Coran concernant Marie, en étant attentif aux échos qu’ils éveillent dans sa foi et dans sa piété nourries de la Bible et de la Tradition de l’Eglise catholique. J’ai retenu cinq de ces échos.

     

    1. Marie est consacrée à Dieu par sa mère, dès avant sa naissance et préservée des attaques de Satan. Mon Seigneur, je te consacre ce qui est dans mon sein ; accepte-le de ma part. Et elle ajoute : Je l’appelle Marie, je la mets sous ta protection, elle et sa descendance, contre Satan le réprouvé (3 :35-36). En effet, Satan est toujours à l’affût pour tromper les hommes et les détourner de Dieu, mais contre Marie il ne peut rien. (On peut rappeler ici le hadîth célèbre : « Tout fils d’Adam, nouveau-né, est touché par Satan, sauf le fils de Marie et sa mère »). Dans le Livre de la Genèse, Dieu s’adresse ainsi au serpent, symbole de Satan le tentateur : Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et la sienne. Elle t’écrasera la tête (Gn 3 :15). Et à l’autre extrémité de la Bible, au chapitre 12 de l’Apocalypse, l’antique serpent, le diable, le Satan, essaie d’attaquer la femme qui accouche et de dévorer son fils nouveau-né, mais il échoue dans sa tentative. C’est à partir de ces textes que s’est élaborée, dans l’Eglise catholique et dans l’orthodoxie, la foi en l’ « Immaculée Conception », c’est-à-dire le privilège accordé à Marie de n’avoir pas été atteinte par les séquelles de la faute originelle.
    2.  Dans la sourate Âl `Imrân, les anges disent : « Ô Marie, Dieu t’a choisie et purifiée ; il t’a choisie de préférence à toutes les femmes » (3 :42). Dans l’Evangile de Luc, Gabriel salue Marie en ces termes : Réjouis-toi, toi qui as la faveur de Dieu (Lc 1 :30), une formule qui n’est utilisée nulle part ailleurs dans la Bible quand intervient un messager de Dieu. Et quand Marie visite sa cousine Elisabeth, celle-ci lui dit : Tu es bénie plus que toutes les femmes, béni aussi est le fruit de ton sein (Lc 1 :42). Et ces paroles ont été insérées dans la prière à Marie la plus souvent répétée depuis des siècles, par les catholiques de tout âge et de toute condition : « Je te salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi ; tu es bénie entre toutes les femmes, et Jésus ton enfant est ».
    3. Dieu annonce à Marie la Bonne Nouvelle d’une Parole (kalima) émanant de lui. Son nom est le Messie, Jésus fils de Marie, illustre dans ce monde et dans la vie future (3 :45). Indépendamment des interprétations que les commentateurs ont données de ce verset, la Parole émanant de Dieu est ici identifiée à Jésus, fils de Marie. Comment ne pas rapprocher ce verset de ce que je trouve au début de l’Evangile de Jean : Au commencement était le Verbe (kalima), et le Verbe était auprès de Dieu… Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. Et dans l’Evangile de Luc, l’annonce faite par l’ange à Marie : Tu concevras et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé fils du Très-Haut… Il régnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n’aura pas de fin (Lc 1 :35).
    4. Nous avons fait du fils de Marie et de sa mère un Signe (Âya) (23 :50). Nous avons fait d’elle et de son fils un Signe pour les mondes (21 :91). Ici nous retrouvons le chapitre 12 de l’Apocalypse que j’ai déjà mentionné : Un grand Signe apparut dans le ciel : une femme vêtue du soleil, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle était enceinte et elle criait dans les douleurs de l’enfantement (Ap 12 :1-2). (Ces douleurs ne sont pas mentionnées dans les Evangiles, mais la sourate Maryam du Coran les décrit) (19 :23-25). Par définition, un signe est destiné à nous faire pressentir une réalité, une vérité ; il demande pour cela un travail d’interprétation qui ne peut évidemment pas être entrepris ici. Retenons simplement que ce Signe commun à nos textes sacrés, à propos de Jésus et de Marie, est une invitation à réfléchir et à chercher ensemble.
    5. La virginité de Marie : Et celle qui était restée vierge (21 :91). Elle dit : Comment aurais-je un fils, quand aucun homme ne m’a touchée et que je ne suis pas prostituée ? (19 :20). Evangile de Luc : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? (Le terme connaître a ici le sens biblique de relations charnelles). Le Coran affirme avec force et à plusieurs reprises la virginité de la mère de Jésus, rejoignant en cela la foi des chrétiens qui s’exprime sous le vocable de « La Vierge Marie ».

     

    Marie préservée des séquelles de la faute originelle, choisie parmi toutes les femmes, vierge, mère de Jésus, signe pour les mondes : nous avons là de solides points d’appui dans nos traditions respectives pour faire route ensemble. De fait, autant il est difficile de nous retrouver autour de la personne de Jésus, à cause des graves différences qui existent entre le Jésus des Evangiles et celui du Coran, autant Marie rend possible un dialogue fructueux entre croyants de l’Islam et disciples de Jésus. Notre rencontre de ce matin en est un exemple.

    Toutefois, ni les Evangiles ni le Coran ne disent tout de Marie. De plus, ce qu’ils nous en disent conserve une part de mystère. Nous devons nous en réjouir. Ils laissent ainsi place à nos pourquoi ? à nos comment ? ils laissent aussi un espace à la contemplation. Cette part de mystère qui entoure nos textes fondateurs, mais aussi les échos qu’ils se renvoient les uns aux autres, tout cela nous incite à cheminer ensemble, à rechercher ensemble les significations profondes des mots que nos traditions nous ont légués et dont nous sommes loin d’avoir épuisé la richesse. 

    Marie et Coran
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