Mai 132016
 

L’arche vogue sur les eaux tumultueuses. Elle porte en elle tout un lot d’habitants, depuis Noé et les siens jusqu’aux quadrupèdes ou oiseaux de tout genre représentant toute la création.  Dieu dit en effet à Noé : «  De tout ce qui vit, de tout ce qui est chair, tu feras entrer dans l’arche deux de chaque espèce, pour les garder en vie avec toi ; qu’il y ait un mâle et une femelle… », (Gen. 6,19 et sv.).

Dans les éléments déchaînés de la nature, signes de la colère divine contre la corruption généralisée et la violence qui remplit la terre (Gen. 6,5), il y a cette arche qui vogue vers son destin, destin de l’humanité et de la création.

Les cataractes du ciel vont s’apaiser. Dieu a accordé son pardon. Noé a entendu la Parole divine et l’a accueillie comme une parole salvatrice pour lui et pour toute créature. Il a de ses mains construit l’arche du salut en obtempérant à la Parole, Parole offerte, Parole reçue. Grâce à ce dialogue, cette intimité entre Dieu parlant à Noé et Noé parlant à Dieu, dans cet échange plein de mystère et de lumière, l’arche va pouvoir se poser sur un sommet de la Terre redevenue ferme, là où l’olivier fleurit et donne son fruit de paix dont la colombe est désormais le symbole.

De l’arche sort alors, telle une nouvelle naissance, une humanité transformée, guérie, réconciliée avec Dieu au milieu d’une création restaurée. Etres humains et tout ce qui porte souffle de vie sont appelés à croître, à se multiplier sous le signe d’une alliance divine indéfectible, alliance noachique qui relie désormais ciel et terre dans la douceur et la beauté inégalée de l’arc-en-ciel (Gen. 9,12-17).

            Du pardon de Dieu naît la grâce pour un monde nouveau où la création toute entière est appelée à bénir son Créateur. Noé, nous dit la Bible, construisit un autel au Seigneur (Gen. 8,20). Il lui offrit les prémices d’un nouveau culte plus intérieur, par un sacrifice d’action de grâce et de reconnaisance pour le salut octroyé, la vie redonnée en abondance. Et Noé, ajoute la Bible, vécut encore 350 ans (Gen. 9,28). Belle prodigalité de la part de Dieu !

            Dans la tradition catholique, il est un texte connu des moines[1]. Ce texte décrit la porte située sur le côté de l’arche (Gen. 6,16) qui s’ouvre pour laisser passer tous ceux qui ne devaient pas périr dans le déluge comme une préfiguration du côté ouvert du Christ en croix (Jn. 19,34) : « L’évangéliste a veillé au choix de ses mots, en sorte qu’il n’a pas dit du soldat qu’il frappa le côté du Christ ou le blessa, ou autre chose, mais qu’il l’ouvrit, afin que là en quelque manière, soit percée comme une entrée sur la vie, d’où se sont répandus les sacrements de l’Eglise[2] sans lesquels on ne peut accéder à cette vie qui est la véritable vie ».

Plusieurs expéditions plus ou moins récentes ont été faites pour rechercher les traces de cette arche fascinante qui a frappé les imaginations pour en faire des représentations diverses au cours des âges. Ces entreprises n’ont jamais donné de résultats sûrs et gardent un caractère vain. Et même la trouverions-nous, cette fameuse arche, à Dogribayazit en Turquie à une vingtaine de kms. de l’Ararat ou sur le Mont Ararat lui-même à 4.724 m. d’altitude [3].

, l’important pour les croyants que nous sommes n’est pas dans sa localisation matérielle. L’important est dans la posture de Noé devant son Dieu. A son exemple, nous sommes invités à nous convertir à la Parole créatrice pour que l’entente, le pardon, la coopération règnent dans notre village planétaire et pour qu’ensemble nous préservions la création. Il y a urgence : le respect de l’être humain et de la nature doit être reconnu comme le plus sûr fondement du sens de la vie portée à son accomplissement, à son salut. Il y a urgence à choisir la vie et non la mort.

 

Les citations de la Genèse sont empruntées à la Bible de Jérusalem.

  1. [1] Sermon de Haymon, évêque d’Halbertstat (+858). Lectionnaire des heures, vigiles, deuxième nocturne, année II. Halbertstat était une principauté ecclésiastique membre du St Empire romain germanique.
  2. [2] Allusion à l’eau et au sang qui s’épanchent du côté transpercé du crucifié, signes mystiques du Baptême et de l’Eucharistie (Jn. 19,34)
  3. [3] Didier Decoin, Dictionnaire amoureux de la Bible, Plon 2009, p. 193

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