Mai 012020
 

Le 1er octobre 2014, après la publication par la presse des comportements criminels de l’Etat islamique en Irak et de Boko Haram au Nigeria, tous les responsables religieux de la Région Rhône-Alpes, prêtres, imams et rabbins convoquaient une grande assemblée, ouverte à tous, sur la Place Bellecour au centre de Lyon (F). Ils publiaient à la fin de cette rencontre un texte  intitulé « Nous nous engageons », et ouvraient ce document par un examen de conscience      [1] .

Nous pouvons reprendre ce texte en nous tournant non pas vers le passé mais vers l’avenir :

– comment jeter des ponts, entre nos différentes communautés, créer des espaces d’échanges et de rencontre et renforcer la dimension d’entre-connaissance ?

– comment veiller à apaiser les relations entre toutes les composantes d’une nation ?

– comment être des veilleurs prêts à dénoncer et à lutter avec d’autres contre les injustices de nos sociétés ?

– comment donner aux femmes et aux hommes d’aujourd’hui du sens à leur vie, au sein de nos traditions religieuses ?

– comment être profondément des croyants libres et engagés, habités du souffle de Dieu, prêts à témoigner de la fraternité des hommes  et à agir pour elle, conformément à nos écritures ?

– comment être des croyants suffisamment miséricordieux pour aimer le bien et le vouloir sincèrement pour tous les humains ?

 

Les trois premiers points peuvent être pensés par tout être humain soucieux d’un monde harmonieux ; ils font l’objet de nombreuses études sociologiques ; à l’école, les enseignants d’histoire-géographie, de français ou d’instruction civique invitent leurs élèves à y réfléchir ; de nombreuses associations de la société civile , dans des pays à forte majorité religieuse ou non, effectuent un travail remarquable pour faire advenir  une société plus humaine ; la société civile, à l’aide des syndicats voire des partis politiques tente de faire advenir une société plus juste.

Par contre les trois derniers points sont plus spécifiques à ce qui fait la vie intérieure et nécessitent une éducation à la spiritualité et à la foi.

Le but de cette réflexion n’est pas de stigmatiser encore une fois les responsabilités de l’école et des familles ou de faire de nouvelles propositions   parmi les innombrables déjà faites par les cabinets ministériels, les associations de Parents, les sociologues…Nous essaierons seulement, sans être exhaustifs, de rechercher ce qui dans l’éducation permet de former des femmes et des hommes de raison et de cœur, capables éventuellement de spiritualité, voire de foi, mais fondamentalement respectueux de l’Autre, et comment créer les conditions de  l’ouverture à la connaissance religieuse, à la spiritualité , à la foi, dans le respect total de la liberté de chacun.

 

I Eduquer

Eduquer[2], c’est transmettre des savoirs qui, utilisant les réflexions des générations antérieures, pourront inventer un avenir, c’est faire éclore toutes les richesses qui fondent la personnalité de chacun, c’est transmettre des valeurs, qui permettront de vivre harmonieusement en société. Celle-ci est de plus en plus plurielle et ce grandir ensemble nécessite un regard particulier sur l’éducation.

Dans son discours  aux participants à la conférence internationale pour la paix à la mosquée d’Al-Azhar au Caire,  le vendredi 28 avril 2017 le Pape François souligne que la seule alternative à la barbarie de la confrontation est la civilisation de la rencontre, ce qui suppose trois orientations fondamentales : le devoir de l’identité, le courage de l’altérité et la sincérité des intentions. Ces qualités sont aussi nécessaires pour la réussite d’une éducation en général,  à la spiritualité  et à la foi en particulier.

1/ Le devoir de l’identité

Pour l’objet de notre réflexion, l’identité est ce qui constitue nos racines, ce qui nous rattache à un pays, à une culture, à nos parents dans le domaine de la foi ou de la non-foi. Cette identité se construit à l’école, dans la vie sociale et au sein de la famille, cette dernière  assumant de manière inégale ce rôle, laissant des jeunes sans repères structurants, en particulier parmi les jeunes musulmans de France.

Le rapport de février 2002 sur « l’enseignement du fait religieux dans l’école laïque », présenté au gouvernement français de l’époque par Régis Debray, a mis le doigt sur cette carence dans la culture française contemporaine et proposé un certain nombre de solutions.

Qu’en est-il aujourd’hui, sur le terrain, des propositions formulées ?

Christine Triaire, professeur de lettres rappelle[3]: «  Depuis le rapport Debray de 2002, suite aux attentats du 11 septembre, l’éducation nationale [française, NDL] a pris conscience de la nécessité de l’enseignement du fait religieux à des jeunes dépourvus de culture religieuse et incapables de comprendre leur propre culture et le monde qui les entoure. Comment sortir des clichés et comment exercer sa liberté de penser et de réfléchir, sans aborder les fondements religieux de toute culture ? »

Les programmes de 5° en Histoire,  appliqués en 2018 ont un thème intitulé Chrétienté et Islam du VI è siècle  au XIII è siècle[4].. Les professeurs concernés semblent réfléchir avec sérieux à la façon d’aborder ces problèmes[5] .Les enseignants de Français essaient eux aussi de donner une image plus juste de l’Autre[6]. Mais il semble que les manuels scolaires ne soient pas vraiment à la hauteur des objectifs des programmes comme le souligne Souad Ayada[7]: « C’est un enseignement qui ne respecte pas les règles de l’histoire critique, les règles de contextualisation, c’est un enseignement dogmatique ». Dans ces conditions, les élèves musulmans peuvent–ils se reconnaître dans ce qui est dit de leur religion et  quelle image auront les élèves non musulmans  de l’islam ?

L’identité religieuse avec un objectif plus spirituel est aussi transmise à travers les cours d’instruction religieuse. Il est difficile d’avoir accès au contenu de l’enseignement religieux dispensé dans les centres culturels liés aux mosquées en France et le taux de fréquentation. Quelle image donne-t-on en ces lieux du christianisme pour ne parler que de lui ? Pour ce qui est des enfants non musulmans on admet généralement que la proportion d’enfants catéchisés est inférieure à 40% d’une génération. Aucun ouvrage de catéchisme consulté ne traite des autres religions, même monothéistes. Par contre il existe pour les adolescents des publications objectives et sérieuses[8], visant  à la connaissance religieuse, à la spiritualité dans le respect total  de la liberté de pensée de chacun.

L’enquête [9] réalisée par l’association « Coexister[10] » et publiée le 18/12/2017 par le journal La Croix montre que les jeunes ont finalement peu de préjugés sur les religions[11]. Le bilan est donc globalement plutôt positif.

Dans les pays ou la quasi-totalité de la population est  musulmane la notion d’identité est une évidence, même si les évènements des dix dernières années ont montré que celle-ci était infiniment complexe. Mais il conviendrait de s’interroger sur le regard porté alors sur les minorités.

2/ Le courage de l’altérité

Au début du XXème siècle Antoine de Saint Exupéry écrivait : « Si je diffère de toi, loin de te léser, je t’augmente ». La phrase est tout aussi belle formulée ainsi : « Si tu diffères de moi, loin de me léser, tu m’augmentes ». Elle correspond davantage à la définition de l’altérité : « la condition de l’autre au regard de soi [12]». Quelle condition notre regard donne-t-il à l’autre ?

Dans l’enquête de Coexister déjà citée, Samuel Grzybowski remarque que les trois mots que les jeunes associent à leur religion touchent plus souvent à l’intériorité, alors que ceux qu’ils associent  à la religion de l’autre concerne plus facilement les signes extérieurs[13] Ceci traduit que la connaissance de l’autre  reste superficielle. Ce n’est pas une reconnaissance  des valeurs, des richesses de l’autre, c’est une sorte d’indifférence ou de tolérance qui peut perdurer tant que la situation n’est pas conflictuelle. Mais que surviennent des évènements graves alors la religion de l’autre est caricaturée, dénigrée, déformée et l’Autre peut alors être tenté par le fondamentalisme.

La reconnaissance et le respect de l’altérité sont difficiles également dans les pays à majorité musulmane, pas seulement au niveau religieux (rite chiite dans un pays sunnite et réciproquement..) mais aussi au niveau des comportements sociaux (cafés, restaurants ouverts pendant ramadan, minorités sexuelles..), voire de la citoyenneté (obligation d’être musulman dans certains pays pour accéder à de hautes responsabilités politiques).

« Ecole et famille devraient être des lieux où l’on apprend à reconnaître sereinement les différences, à les explorer sans préjugés,  à ne pas les édulcorer, à ne pas jamais les banaliser, mais à accepter qu’elles les distinguent tout en les rassemblant »[14].Il existe aussi des sphères « extra-éducationnelles » qui peuvent remplir ce rôle : la vie culturelle, l’art, la poésie, le sport… Tout peut être prétexte pour découvrir que l’altérité est une richesse inestimable et non un danger.  Cela demande du courage, mais aussi de reconnaître, qu’au-delà de nos particularités, l’identité profonde de tous les humains est d’avoir un cœur fait pour aimer.

3/ La sincérité des intentions

Ce terme pourrait être remplacé par « la bonne foi ». « Elle devrait régler nos rapports à autrui aussi bien qu’à nous même. Elle veut, entre les hommes comme à l’intérieur de chacun d’eux le maximum de vérité possible, d’authenticité possible, et le minimum en conséquence, de trucages ou de dissimulations. […]. C’est dire au moins la vérité sur ce que l’on croit. […]. Etre de bonne foi, c’est ne mentir ni à autrui, ni à soi »[15] Ce devrait être d’abord, mais pas exclusivement, une des vertus de ceux qui ont la foi ! Mais cette bonne foi, si elle exclut le mensonge, n’évite pas nécessairement l’erreur. Souvent les fanatiques ne sont pas hypocrites et ils n’en sont pas moins dangereux ! La sincérité des intentions doit donc s’accompagner d’une recherche sincère de la vérité, ce qui passe, dans le sujet qui nous préoccupe, par des connaissances minimales d’herméneutique.

Christine Triaire[16] pose ainsi le problème : « Comment échapper aux idées toutes faites d’une lecture littérale des textes sacrés ou d’une réappropriation en vue de servir le pouvoir en place, si l’on n’a jamais été initié à la lecture symbolique des textes ? L’enseignement et en particulier l’enseignement des lettres et de l’histoire des arts, semble être le lieu privilégié de cette éducation à une lecture symbolique et ancrée du fait religieux »

Amener les jeunes à découvrir le sens de textes sacrés impose de ne pas s’affranchir des contraintes de l’analyse textuelle. On retrouve pourtant une lecture très normative de la Bible dans certaines églises évangéliques protestantes (que l’on appelle le Biblicisme), et une pratique littéraliste de la lecture du Coran chez la plupart des salafistes, conduisant dans les deux cas, à définir, sans aucune adaptation « la conduite juste » du croyant. L’école favorise-t-elle plus l’analyse que la synthèse, pousse-t-elle à un compartimentage des connaissances plutôt qu’à une découverte de l’interculturalité, oublie-t-elle trop souvent de situer les connaissances dans leur contexte, favorise-t-elle suffisamment l’interdisciplinarité ? Ces questions méritent d’être réfléchies.

Beaucoup de jeunes ont aussi le sentiment que le système éducatif est là pour les « gaver » au sens littéral et argotique du terme, c’est-à-dire qu’ils sont en position de « subir ». Or comme nous le rappelions au début il s’agit de faire éclore toutes les potentialités d’un individu. La première condition pour cela est d’éveiller la curiosité, d’en faire une qualité incontournable et motrice afin que l’acquisition d’un savoir soit construite à deux : l’enseignant et l’enseigné. Le corollaire immédiat est qu’une relation de confiance doit exister entre les deux : que l’enseigné ait vraiment la conviction que l’enseignant est là pour le guider, l’aider le stimuler et le faire réussir. Les nécessaires sanctions (qui touchent l’acte) ne seront pas vécues comme une punition (qui touche la personne). Peut-être alors que le chemin d’apprentissage sera vécu comme un plaisir.

Faut-il rappeler que l’esprit critique est le meilleur allié  d’une bonne foi éclairée. Comment est-il perçu par ces jeunes qui après avoir passé quinze ans ou plus à l’école, à former leur intelligence se laissent convaincre par des affirmations injustifiées, ou pire acceptent de transgresser la règle fondamentale du respect de la vie d’autrui ? L’école les a-t-elle suffisamment formés « au questionnement exigeant, à l’analyse précise, à l’argumentation rigoureuse et à la rectitude morale et intellectuelle » [17] ? N’ont-ils retenu  de l’esprit critique que  le côté de remise en question de ce qui leur est transmis, ou une opposition erronée entre foi et raison ? Une question incontournable s’ajoute aux précédentes : l’école n’a-t-elle pas aussi pour devoir  de préparer ses élèves, citoyens de demain, à leur entrée dans une société profondément numérisée ? De les munir du maximum d’éléments pour comprendre et donc agir sans se sentir exclus d’enjeux qui les dépassent? De leur apprendre les codes des réseaux sociaux pour qu’ils ne les utilisent pas sans discernement? Le lien entre culture médiatique et culture scolaire est un des enjeux de notre temps.[18] Tâche difficile pour l’école que de former les élèves au questionnement.

Toutes ces bonnes intentions mises en œuvres par les éducateurs sont souvent mises à mal par un sentiment multiforme qu’est l’estime de soi. L’élitisme peut amener, même de très bons élèves à douter d’eux même  et à bloquer, pour la vie, leurs capacités d’oser. Alors que dire des jeunes en situation d’échec dont les qualités –et il y en a toujours- n’ont jamais été reconnues, valorisées, orientées pour une vie choisie ? La hiérarchisation des formations (intellectuelle, manuelle…) et des salaires afférents, accompagnée souvent d’un jugement négatif engendrent un sentiment d’autodépréciation qui peut conduire à un rejet des règles d’un vivre-ensemble harmonieux

Conclusion :

Faire des femmes et des hommes conscients et fiers de leurs racines mais aussi de leur potentiel, pour qui la diversité est source de beauté et de richesse, leur donner les armes pour faire  éclore leur personnalité et les rendre capable de réfléchir et de juger, voilà, parmi d’autres, le défi d’une éducation réussie.

II Eduquer à la transcendance

L’homme ne vit pas seulement de pain. Il a aussi soif de beauté, de sens, de relations apaisées. Deux chemins peuvent être des éléments de réponse.

A-Eduquer à la spiritualité

1/ La ou les spiritualités

La philosophie enseignée en classe terminale par des professeurs très majoritairement compétents et conscients de leurs responsabilités est souvent la seule occasion proposée aux jeunes pour réfléchir sur le sens  de la vie et du sacré, même si les cours de littératures et de poésie peuvent aussi le faire à leur manière. Tous les jeunes ne reçoivent pas cet enseignement et même ceux qui le reçoivent en tirent peu de profit en particulier parce que ces cours de philosophie ne sont pas un moyen d’apprendre à vivre et à être. D’où le préjugés tenaces à son égard : c’est incompréhensible et inutile. Une objection importante dans les pays arabo-musulmans est que la philosophie conduit au doute – ce qui est déjà un péché – voire  à l’athéisme. Mais alors, où la question du sens de la vie trouve-t-elle aujourd’hui à s’exprimer ? Où trouve-t-elle des réponses ?[19] La spiritualité est une des possibilités.

« La spiritualité appartient à tout être en question devant le seul fait de son existence. Elle concerne sa relation aux valeurs qui le transcendent, quel que soit le nom qu’il leur donne»[20] . Elle peut donc se vivre avec ou sans Dieu. André Comte-Sponville parle de la spiritualité comme la vie de l’esprit[21]. Les athées qui n’ont pas moins d’esprit que les autres, aspirent donc aussi à la spiritualité souvent appelée « spiritualité laïque ».

La spiritualité laïque s’adresse à tout homme qui cherche à mieux se connaître, à développer ses qualités humaines, à vivre en harmonie avec soi, les autres et  la nature, à être plus responsable et plus serein. Cette aspiration se traduit par de multiples stages, conférences, livres sur le développement personnel, l’approche des mystiques orientales, la pratique du yoga et de ses dérivés, la méditation. Ces pratiques répondent à l’intuition profonde que « Nous sommes des êtres finis ouverts sur l’infini […] des êtres éphémères ouverts sur l’éternité, des êtres relatifs ouverts sur l’absolu [22]» Cette approche répond à ce que Jaurès décrivait en ces termes : « Il serait mortel de comprimer les aspirations religieuses de l’âme humaine. Dès lors qu’il aura dans l’ordre social réalisé la justice, l’homme s’apercevra qu’il lui reste un vide immense à remplir. ».

Pour la spiritualité laïque l’essentiel réside dans les valeurs primordiales reconnues  comme la liberté, le bonheur, le partage, l’amitié, la tolérance, l’amour et bien d’autres. Ce qui  importe, c’est la valeur essentielle de cela, et non les formes.  Dieu a pris des noms différents, Allah, Jéhovah, Yahvé, Brahmâ et autres. La spiritualité laïque prend le parti de laïciser la notion de Dieu, de ne plus concevoir Dieu comme un parti pris religieux particulariste, mais comme une entité spirituelle génératrice de vie qui englobe tout l’univers de l’Homme.[23] Cette spiritualité  est un formidable ciment entre les hommes et permet de travailler à un monde meilleur avec un objectif commun.

La spiritualité sans Dieu ne s’oppose pas à la spiritualité avec Dieu. Comme elle, elle tend à rendre les hommes plus heureux, responsables d’eux-mêmes, des autres et de notre planète, capables d’aimer de savourer la beauté, le silence. C’est un très beau programme à proposer aux jeunes avides d’absolu.

Les spiritualités religieuses ou croyantes incluent toutes les caractéristiques de la spiritualité laïque. Mais elles reconnaissent un au-delà, incluent une histoire et une tradition, voire une révélation, et reçoivent « quelque chose » venu d’ailleurs. Les spiritualités monothéistes s’aventurent dans un espace secret, lieu de rencontre avec Dieu, pour se rendre disponible à ce qui est plus grand que nous, pour tendre l’oreille de l’âme, pour se laisser réchauffer par l’Amour, pour rendre grâce, et pour vivre une fraternité au-delà des barrières humaines. L’Homme n’est pas seul et il a une infinie dignité puisque le Tout Autre appelle chacun par son nom. Les différentes spiritualités mettent l’accent sur différents charismes, par exemple l’étude des textes pour la spiritualité juive, le silence pour les spiritualités contemplatives, des exercices particuliers comme la spiritualité ignacienne, le chant pour la spiritualité soufie, la danse pour les derviches tourneurs. Mais c’est toujours un chemin pour répondre à l’universelle question résumée poétiquement par Jean d’Ormesson peu de temps avant  de vivre la réponse ultime: « Un beau matin de juillet, sous un soleil qui tapait fort, je me suis demandé d’où nous venions, où nous allions et ce que nous faisions sur terre [24]». Tous les jeunes un jour ou l’autre entendront ces questions. Y aura-t-il auprès d’eux un père une mère, un ami, un professeur, un guide spirituel pour les aider à trouver des réponses ?

2/- Eduquer au respect et à la bienveillance

 Parmi les  multiples pistes que permet d’explorer la spiritualité pour un meilleur vivre ensemble, il en est deux particulièrement importantes : le respect pour autrui et la bienveillance.

Le respect pour autrui pourrait être une évidence dans toute société. Et pourtant ! Ecoutons les propos qui fusent dans les embouteillages, regardons l’attitude de certains élèves qui reçoivent une mauvaise note ou l’air de ne pas y toucher de celui qui remonte la file d’attente, sans parler des invectives dans l’arène politique. Le respect d’autrui va bien au-delà de la politesse qui en est la forme minimale. Respecter autrui, c’est lui accorder le statut de « personne », au sens où cette notion  est à la fois de nature juridique et morale : sujet de droit, la « personne » est également considérée comme douée de conscience et de raison. Le respect c’est une tolérance qui  reconnait à l’autre une légitimité, une valeur, une identité et une faculté d’être unique. Ce n’est pas un mot de vieux. Les jeunes brandissent parfois comme une menace : « Tu me respectes, si tu veux que je te respecte », ce qui montre combien le respect touche au plus profond de nous. Mais aussi combien, aujourd’hui, le respect ne va plus de soi. Normalement, ce sont les parents, les enseignants qui doivent inculquer cette valeur primordiale. On reproduit instinctivement le comportement de ceux qui nous entourent. Le problème ne vient-il pas de là justement ? Nombreux sont ceux qui ne respectent plus le code de la route, leurs voisins, les professeurs, leurs parents. Pourtant les religions insistent toutes sur cette notion. Puisque le respect mutuel constitue l’un des fondements de la paix sociale et des relations interpersonnelles, il nous faut l’apprendre à nos enfants, à nos élèves, et surtout donner l’exemple. Mais peut-être faut-il commencer par leur apprendre le respect de soi, car celui qui ne se respecte pas ne peut pas respecter les autres.

Mais il est possible de mettre plus de chaleur dans nos relations avec la bienveillance.

Bienveillance : quel joli mot pour dire comment veiller au bien d’une personne et comment porter un regard indulgent  voire aimant sur celle-ci, malgré des erreurs ou des faiblesses. Elle trouve sa source dans la reconnaissance que ‘l’erreur est humaine’ et dans la règle d’or de presque toutes les civilisations : « fais à l’autre ce que tu aimerais qu’il fasse pour toi ». Peut-être faut-il aussi y ajouter « aime ton prochain comme toi-même », ce qui rend sa pratique de plus en plus rare, car il faut déjà commencer par s’aimer soi-même. Pourtant elle est une alternative aux attitudes agressives. Elle apporte non seulement des solutions pacifistes, mais elle apporte aussi la joie pour celui qui la pratique et pour celui qui en est l’objet. Elle va souvent de pair avec une certaine humilité[25], «  vertu lucide », « vertu de l’Homme qui sait n’être pas Dieu »,  « qui n’est pas ignorance de ce que l’on est mais plutôt connaissance ou reconnaissance de ce qu’on n’est pas »[26]. L’humilité ainsi comprise permet de regarder l’autre avec douceur.

On peut se demander si les jeunes, particulièrement à l’école, sont traités avec bienveillance, c’est-à-dire s’ils trouvent compréhension face à leurs difficultés ou à leurs bêtises. Être surtout punis détruit l’estime de soi, et s’ils se sentent humiliés ils chercheront à faire à l’autre ce qu’ils ne voudraient surtout pas qu’on leur fasse ! La bien-veillance conduit à la bien-faisance.

Retrouvons et redonnons goût à la bienveillance  cette qualité qui apaise l’âme et donne douceur dans les relations! La bienveillance vaut aussi dans nos relations avec les animaux et la  nature. Si elle n’est pas innée chez l’homme moderne, cultivons-la, enseignons-la et d’abord vivons-la.

B- Eduquer à la foi

Le mot religion possède deux étymologies latines. La première proposée par Cicéron (1siècle avant JC) vient de relegere signifiant relire, repasser, réviser. La deuxième  plus tardive est avancée par Lactance (4 siècle après JC)  est religare  c’est-à-dire relier ; sans entrer dans les débats de spécialistes, elle semble moins plausible aujourd’hui. L’aspect dynamique de la première nous semble plus intéressant. Mais la religion n’est pas la foi. De celle-ci on a donné beaucoup de définitions. La moins mauvaise consiste à dire qu’elle est à la fois reconnaissance de l’existence de Dieu et relation entre l’homme et Dieu. Eduquer à la foi implique donc d’une part avancer des signes de l’existence de Dieu  et parler de notre relation avec Lui, démarche difficile qui implique tout notre être.

1/ L’existence de Dieu

Jusqu’à présent aucune démonstration n’a pu prouver l’existence de Dieu mais aucune n’a pu prouver son inexistence, n’en déplaise aux scientistes. L’existence du sens est une question posée à l’homme et non à la science même si celle-ci peut nous accompagner pendant un bout de la recherche. La quête de réponse est un chemin personnel. Eduquer, c’est aussi donner aux jeunes le goût et les moyens de la mener à bien pour tenter de répondre personnellement aux éternelles questions : Comment l’univers a-t-il été créé (pour les bouddhistes cette question n’est pas liée à Dieu puisque pour eux Il n’est pas créateur), existe-t-il un début du temps et de l’espace, le monde aura-t-il une fin, d’où vient-t-il, où va-t-il ? Pourquoi tant de beauté rationnelle et de simplicité  du monde physique révélées par la science ? Pourquoi toute cette harmonie cachée dans l’Univers ? Comment nous pensons, aimons, créons ? S’agit-il seulement de connexions électriques ? Pourquoi ces émotions quand nous écoutons une musique, lisons un poème, regardons la nature ? Pourquoi l’homme, certes capable du mal est-il aussi capable de délicates attentions, d’infinies tendresses ? Un regard est-il seulement un déplacement de lumière ?

Il est bon et vivifiant pour chacun, d’accompagner les jeunes dans cette  démarche et de leur donner le goût de chercher tout au long de la vie. J’aime cette histoire que l’on raconte à propos du mathématicien Cauchy[27] : « avant de mourir, ce qui l’ennuyait était qu’il allait tout connaître alors que pendant sa vie terrestre il avait eu tant de joie à chercher ». La quête spirituelle est longue, dure toute la vie  et il faut aussi accepter de ne pas tout comprendre, réalité qui peut être rebutante pour les jeunes. Blaise Pascal disait déjà: « Ce que tu ne comprends pas ne cesse pas pour autant d’exister ». Patience, humilité, persévérance, sont des qualités souvent difficiles à pratiquer pour les jeunes, mais indispensables aux adultes qu’ils seront.

2/Relation entre l’Homme et Dieu

Pour transmettre la foi, il faut avoir soi-même la foi. Mais comment dire ce qui est la ‘substantifique moelle ‘ de notre vie ? Comment dire une intime conviction qui ne peut être affirmée comme certitude, mais seulement comme présence au plus profond de nous ?

Peu de paroles sont sans doute nécessaires  sauf peut-être pour dire la sérénité que donne la proximité avec Dieu, la joie d’être aimé et pardonné , pour dire le lâcher-prise , en confiance, qui s’opère dans la prière face  aux évènements de la vie quotidienne personnels ou dans le monde, mais aussi comment le regard que nous portons sur les autres est littéralement retourné puisqu’eux aussi sont aimés de Dieu, et que « nous sommes menteurs si nous prétendons aimer Dieu sans aimer les hommes [28] » .

 Et donc la manière la plus authentique pour transmettre sa foi est dans la façon dont nous la vivons.  Que nos actes soient en conformité avec nos paroles[29]. Comme le dit Saint Paul (1Co 13,2) : « Quand j’aurai la foi la plus totale, celle qui transporte les montagnes, s’il me manque l’amour, je ne suis rien ». Que nous recherchions la justice pour tous, que nous défendions ceux qui ne peuvent le faire seuls. Que nous soyons des porteurs d’espérance, et surtout que nous soyons transparents à Dieu, comme en témoignait Marguerite Yourcenar[30]: « Il y a des êtres à travers qui Dieu m’a aimée ».

Or nous sommes imparfaits. De plus les jeunes, de bonne guerre, sont enclins à critiquer ce que font les adultes. Est-ce sans issue ? Non, car ils doivent d’abord remettre en cause la morale, les croyances héritées de leurs parents avant de pouvoir se les réapproprier, et ensuite parce que « la Sagesse se laisse voir aisément  par ceux qui l’aiment et trouver par ceux qui la cherchent […]. Quiconque part tôt vers elle ne se fatiguera pas : il la trouvera assise à sa porte[31] que « Normalement, dans la lumière de la foi, qui est don gratuit de Dieu, dire Dieu autrement, ce n’est pas dire un autre Dieu ». C’est aussi ce que dit le Christ à la samaritaine : « L’heure vient, elle est là,  où les vrais adorateurs adoreront  le Père en esprit et en vérité » (Jn4, 23). Transmettre sa foi, ce n’est pas imposer une religion car dans ce choix il n’y a que deux acteurs : Dieu et l’enfant. Il faut laisser ce dernier entendre de la part du premier : « tu as du prix à mes yeux » (Is 43,4) Les parents doivent s’effacer et accueillir le choix quel qu’il soit, même s’ils ne trouvent pas de réponse à la question lancinante : comment ce qui transforme ma vie  ne touche-t-il pas le cœur de mon enfant ?

En conclusion nous pourrions dire qu’ une transmission constructive laisse à la fois la place à Dieu,  la place au doute et aux autres croyances, la place à la liberté de conscience, la place à la vie dans toute sa beauté, et la place à une grande confiance entre les générations.

.

Conclusion

Eduquer, c’est donner aux jeunes des repères culturels et historiques, des armes intellectuelles et linguistiques, une élévation morale et spirituelle, une reconnaissance de leur richesse personnelle et du rôle qui leur incombe dans la construction d’un bonheur partagé. Pour cela ayons à cœur de ne pas réduire notre foi à un élément du patrimoine culturel que nous avons reçu et que nous voulons transmettre à nos enfants, mais  osons dire que nous sommes avec eux , pendant toute notre vie,  des chercheurs de Dieu , que la  partie extérieure visible de la religion n’a de sens que si elle est nourrie par une spiritualité , que c’est la liberté intérieure qui nous rend réellement autonomes et responsables devant autrui, et que cette liberté vraie, pour nous, se réalise pleinement et paradoxalement dans la relation à Dieu. Et le Prophète de Khalil Gibran nous rappelle : « vos enfants ne sont pas vos enfants car ce sont les fils et les filles de la Vie qui se désire. […]Vous pouvez leur donner de l’amour, mais pas de pensées car ils ont leur propres pensées[33]». Alors faisons et ayons confiance.

Il nous faut cependant être réalistes : Le monde qui  accueille les jeunes d’aujourd’hui  est un monde avec une logique de l’  « avoir », où internet et les médias parlent essentiellement de ce qui va mal, où l’individualisme est valorisé. « Le regard devient ce qu’il contemple » disait le philosophe Plotin[34]». Si nous voulons des jeunes heureux, arrêtons de nous plaindre de tout et de rien, montrons tout ce qui va bien et tout ce qu’il y a de beau dans le monde. Dans une lettre attribuée au peintre dominicain Fra Angelico (1395-1455)[35] celui –ci dit à son ami : « La grisaille du monde n’est qu’une ombre. Derrière à notre portée se tient la joie. Sous l’obscurité se  cachent la splendeur et l’éclat pour peu que nous parvenions à les voir ; mais pour voir, il nous faut regarder. Je t’en supplie regarde ».

Alors, regardons, contemplons, cherchons, aimons et cheminons ensemble vers demain.

 

La sculpture « Solidarité » est de Roland Machet

 

 

 

  1. [1] « Avons-nous été assez vigilants ? Avons-nous été suffisamment des veilleurs, prêts à dénoncer et à lutter avec d’autres contre les injustices de nos sociétés ?

     Avons-nous été en capacité de donner aux hommes et aux femmes d’aujourd’hui du sens à leur vie, au sein de  nos traditions religieuses ?

    Avons-nous été profondément des croyants libres et engagés, habités du souffle de Dieu, prêts à témoigner de la fraternité des hommes et à agir pour elle, conformément à nos Ecritures ?

    Avons-nous été suffisamment des croyants miséricordieux pour aimer le bien et le vouloir sincèrement pour tous les humains, comme nous le demande notre Seigneur ?

    « Avons-nous suffisamment jeté de ponts entre nos différentes communautés, créé des espaces d‘échange et de rencontre, et renforcé la dimension d’entre-connaissance ?

    Avons-nous vraiment veillé à apaiser les relations entre toutes les composantes de la nation » ?

  2. [2] D’après les dictionnaires, éduquer signifie : donner à quelqu’un, spécialement à un enfant ou à un adolescent, tous les soins nécessaires à la formation et à l’épanouissement de sa personnalité. Les synonymes les plus employés sont : élever, former. Éduquer est signalé comme populaire par les dictionnaires du XIXe. Aujourd’hui il est largement admis et il est même affecté d’une connotation méliorative par rapport à élever, impliquant souvent, l’idée d’une éducation raffinée. Pourtant élever avec sa dynamique vers le haut est une belle image d’une éducation qui fait grandir.
  3. [3] Les religions à l’école ; Christian Salenson-Dominique Santelli ; Publications chemins de dialogue p108 ;2017
  4. [4] www://education.gouv.fr
  5. [5] Un document élaboré pour les professeurs sur le site de l’académie de Besançon  http : hg.ac-besancon.fr signale comme piège à éviter ‘Ne pas intégrer l’étude des faits religieux : christianisme orthodoxe et catholique, islam’
  6. [6] Christine Triaire : La femme orientale entre projection culturelle et quête spirituelle,  in les religions à l’école. A la rencontre de l’Islam  Ed : Chemins du dialogue 2017
  7. [7] Agrégée de philosophie, spécialiste de philosophie musulmane présidente du Conseil supérieur des programmes en France, auditionnée le 24 janvier 2018  par la commission des affaires culturelles de l’Assemblée nationale.
  8. [8] 100 fiches de culture générale. Histoire de la pensée, 2ème édition, Paris, Bréal, 2006. L’édition de 2013, 336 pages, publiés par D. Bourdin, G. Guislain, P. Jacopin, J. M. Nicolle, G. Winter. Ou encore Que vivent-ils ? Livre Jeune Ed Le Sénevé, 2013, 165 pages.
  9. [9] L’enquête porte sur les mots-clés que 2000 collégiens et lycéens associent aux différentes religions
  10. [10] L’enquête porte sur les mots-clés que 2000 collégiens et lycéens associent aux différentes religions
  11. [11] Par exemple pour caractériser les religions les mots qui reviennent le plus souvent sont : kippa et synagogue, juif pour le judaïsme, église et Jésus-Christ, Dieu pour le christianisme et mosquée et voile et Coran pour l’Islam, ce qui indique une transmission minimale du fait religieux .S. Grzybowski note quand même que : « les non-musulmans écrivent systématiquement Mahomet au lieu de Mohammed », terminologie vraisemblablement utilisée à l’école. Cette action était menée dans le cadre de  déconstruction des préjugés. Les mots qui les caractérisent n’arrivent qu’en 15° position pour les juifs: radins, en 17° et 18° positions pour les musulmans avec terrorisme et attentats, en 30 et 31°positions pour les chrétiens : coincés et vieux.
  12. [12] Définition de Turco, Lévy et Lussault, Dictionnaire de la géographie et de l’espace des sociétés Ed Belin Paris 2003 p 58
  13. [13] Ainsi « Jésus-Christ » est le premier mot associé au christianisme par les jeunes chrétiens alors que « Eglise » est celui préféré par les non-chrétiens.
  14. [14] Alain Bentolina, l’école contre la Barbarie, First Editions, 2017 p 16
  15. [15] Alain Bentolina, l’école contre la Barbarie, First Editions, 2017 p 16
  16. [16] Les religions à l’école ; Christian Salenson-Dominique Santelli ; Publications chemins de dialogue p108-2017
  17. [17] L’école contre la barbarie d’Alain Bentolina, First Ed 2017 p 78
  18. [18] André Comte-Sponville Luc Ferry, la sagesse des modernes Ed Robert Laffont p 424 et suivantes.
  19. [19] Le blog ‘carrefour du silence’ (canalblog.com) définit ainsi les raisons de son existence :

    Qu’on croie au ciel ou qu’on n’y croie pas

    Qu’on s’appelle comme ceci ou comme cela

    Nous recherchons tous au fond, cet au-delà de tout

    Cet au-delà de nous déjà en nous

    Que cela nous conduise à vivre ensemble

    Et à nous enrichir de nos différences

  20. [20] L’art de mourir ; Marie de Hennezel  Jean-Yves Leloup , Ed Pocket Janvier 2000 p18
  21. [21] L’esprit de l’athéisme. Introduction à une spiritualité sans Dieu. Ed Albin Michel 2006
  22. [22] Idem note 19
  23. [23] Site internet de spiritualité Laïque : ‘unisson06.org’
  24. [24] Jean d’Ormesson ; C’est une chose étrange à la fin que le monde ; Ed Pocket 2011 p 9, décédé en 2017
  25. [25] « Je suis doux et humble de cœur dit Jésus » Mt 11.29 et dans le Coran : « Et ne foule pas la terre avec orgueil : Tu ne sauras fendre la terre et ne pourras atteindre la hauteur des montagnes »(17 :37)
  26. [26] André Comte-Sponville, Petit traité des grandes vertus PUF 1995 p187 -188
  27. [27] Le savant et la foi, ouvrage collectif, Ed Flammarion  1989 p 58
  28. [28] Jean 4,20 : « Si quelqu’un dit ‘j’aime Dieu ‘ et qu’il haïsse son frère, c’est un menteur »
  29. [29] « O vous qui avez cru ! Pourquoi dites-vous ce que vous ne faites pas ? C’est une grande abomination auprès d’Allah que de dire ce que vous ne faites pas ». Sourate As-Saff :2-3 du Coran.
  30. [30] M. Yourcenar, les yeux ouverts, Le Centurion 1980, p329 
  31. [32]
  32. [31] Sagesse, 6 :12,14[Sagesse, 6 :12,14 Sagesse, 6 :12,14/ref] ». En complément de ce que nous sommes dans la vie, nous pouvons proposer aux jeunes de goûter  les textes sacrés, avec les précautions que nous avons signalées au début de ce travail et avec ce paradoxe que ces textes s’adressent à tous les hommes , mais aussi à chacun en particulier. Nous avons tous fait l’expérience de dire, pendant une lecture : cette phrase, elle est pour moi aujourd’hui. Expérience fondatrice, mais qui nécessite aussi du discernement. Nous pouvons partager cette expérience d’être éclairés, pacifiés, unifiés par une parole porteuse de vie, libératrice et bienfaisante. Si croire  n’est pas synonyme de contrainte imposée, de règles désuètes, mais rend les adultes heureux, confiants, plus légers, porteurs d’espérance, les jeunes se sentiront peut-être interpellés ? Cela peut-être aussi l’occasion surtout à l’adolescence de « faire revenir le cœur des pères vers leur fils » Ml 3,24. Ne nous leurrons pas, le chemin n’est pas simple, mais il est nécessaire : parents et enfants peuvent y faire de belles découvertes.

    3/Religion et foi

    Dans le cas des couples mixtes qui nous intéresse plus particulièrement ici, à la démarche de foi s’ajoute le choix de la religion dans laquelle s’inscrit cette foi.

    Quand un homme et une femme, qui aiment le même Dieu en prenant des chemins différents (pour ne parler que des religions monothéistes),  ont choisi de s’aimer et de vivre ensemble, ils ont aussi choisi, pas seulement de respecter, mais d’aimer la religion de l’autre, puisque c’est ce qui donne sens à la vie de l’autre et qui fonde sa manière d’être. Cela nécessite de connaître peu à peu les textes sacrés de l’autre, de reconnaître leur richesse et de permettre aux enfants de découvrir les deux religions sans apriori. Dans le cas des couples vivant en pays musulman, il incombe souvent à la mère chrétienne de dire sa foi et sa religion car les enfants reçoivent à l’école et dans la société   ce qui concerne la religion musulmane. Cela ne va pas sans problème car elle peut être accusée de détourner les enfants de la religion de leur père étant généralement admis que les enfants d’un père musulman sont musulmans. Eduquer à la foi est aussi éduquer à la liberté de conscience, au respect et au dialogue.

    Pour chacun des membres du couple il est humain et légitime de souhaiter que l’enfant embrasse sa propre religion puisque c’est elle qui le fait vivre et qu’il la conservée comme un bien précieux. Mais, ils ont aussi compris comme le dit C. de Chergé[32] C de Chergé, in l’invincible espérance Bayard Editions / Centurion 1997 p 127-128

  33. [33] Le prophète, p 17 Ed Mille et une nuits, 1996
  34. [34] Cité par Frédéric Lenoir, dans « La guérison du monde » Ed Fayard 2012
  35. [35] Ce texte se trouve sur  plusieurs sites sur internet

Sorry, the comment form is closed at this time.