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Vivre ensemble : une attitude intérieure, un chemin pour grandir Par Nadia Ghrab-Morcos Gric Tunis

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Juil 032013
 

Introduction

« Le multiculturalisme est mort » ont déclaré ces dernières années des chefs d’état européens[1].  Ils entendent par multiculturalisme un ensemble de politiques mises en place pour permettre à des groupes de cultures différentes de vivre ensemble, de manière harmonieuse, ou du moins non conflictuelle.

Ce constat de faillite, inquiétant, remet au premier plan, aux niveaux collectif et individuel,  la question lancinante du « Comment vivre avec l’Autre, avec les autres ? »

Avec l’autre, plus ou moins proche ou semblable à moi, mais surtout avec l’autre différent de moi par ses origines, sa culture, sa langue ou sa tradition religieuse …

Dès l’antiquité, l’éthique politique a tenté de trouver des réponses, des modèles pour traiter cette question, essentielle à la cohésion sociale. Les efforts des penseurs et des politiciens, les  politiques institutionnelles et les dispositions publiques sont certes utiles, mais il s’avère de plus en plus, que les mécanismes institutionnels, parce qu’ils n’engagent pas la personne, ne sont pas suffisants pour l’établissement d’un vivre ensemble heureux.

Celui-ci ne nécessite-t-il pas en effet, une disposition intérieure de chaque personne, un élan de curiosité vers l’autre, un désir de l’accueillir jusqu’à l’intérieur de soi ? Nos spiritualités nous engagent à vivre avec l’autre et non pas à côté de lui.

 

1.  Vivre les joies de l’autre

Le dialogue de vie, de voisinage « Hiwar aljiwar »[2]

apporte paix et joie ; il permet de partager les joies, des plus simples à celles qui marquent des événements majeurs. Par le partage, les joies sont multipliées. Pour des croyants de tradition différente, le dialogue de vie peut être basé sur ce partage tout simple de la bonne nouvelle : Dieu nous aime tous comme ses enfants !

Le vivre-ensemble « heureux » peut être favorisé par la qualité des espaces. Recevoir l’autre chez soi entraîne généralement une hospitalité réciproque, qui favorise la convivialité. L’existence d’espaces publics agréables joue un rôle important. Dans nos pays méditerranéens, vivre en plein air est une chance ! Cela  décloisonne les espaces festifs et facilite de manière naturelle  le partage des joies.

Les fêtes religieuses représentent des temps forts dans la vie des croyants. Elles sont une « joie pour tout le peuple »[3]. La notion de peuple ici, doit-elle s’arrêter aux frontières d’une communauté de croyants ? Dieu est à l’origine de la joie qu’Il nous partage et Il nous invite à la partager à notre tour. Même si la fête religieuse de l’autre n’a pas la même signification pour moi que pour lui, le Seigneur m’invite à me réjouir de ce moment d’intimité qu’elle représente entre Dieu et mon voisin, moment de grâce, de lumière et de paix. Chrétienne, j’ai envie de participer à la beauté de la nuit du destin, célébrée par mes amis musulmans :

« Nous l’avons fait descendre durant la nuit de la destinée.

Qu’est-ce qui t’apprendra ce qu’est la nuit de la destinée ! La nuit de la destinée vaut mieux que mille mois.

Les anges et l’Esprit y descendent avec la permission de leur Seigneur, pour tout ordre.

Salut elle est jusqu’au lever de l’aube » [4].

L’inauguration d’un édifice religieux (mosquée, église, synagogue ou temple) pourrait être une source de joie pour l’ensemble des croyants de toute religion, parce qu’il s’agit d’un lieu de rencontre collective, privilégiée, entre les hommes (même s’ils sont d’une autre tradition) et le  Dieu tout-puissant.

De même, l’entrée d’un enfant dans sa communauté religieuse, marquée par la circoncision pour un petit musulman ou par le baptême pour un petit chrétien, présente une occasion de réjouissance pour les croyants des deux communautés, puisque cette entrée signifie un « oui » d’adhésion à l’appel de Dieu.

Se réjouir du bonheur de l’autre…  Ecoutons Jean-Baptiste :

« Celui qui a l’épouse est l’époux ;

quant à l’ami de l’époux, il se tient là, il l’écoute

et la voix de l’époux le comble de joie.

Telle est ma joie, elle est parfaite »[5].

Faire mienne  la joie de l’autre ne vient pas toujours spontanément…  mais cela permet d’atteindre la joie dans sa perfection. Faire mienne la joie de l’autre c’est l’aimer vraiment, et l’introduire dans mon cœur. L’amour et la joie, vont de pair et agrandissent le cœur :

« Je vous ai dit cela pour que ma joie soit en vous et que votre joie soit parfaite.

Voici mon commandement : aimez-vous les uns les autres comme je vous ai aimés » [6].

 

2.  Quand l’autre est mon prochain

 

Devant la différence de l’Autre,  la peur est souvent le premier mouvement ; elle est un des leviers du racisme et de la xénophobie. La tolérance, premier niveau du vivre-ensemble harmonieux, suppose une attitude plus sereine pour accepter la différence de l’autre, sans se laisser déstabiliser par elle.  En allant plus loin, un regard plus attentif, plus profond sur l’autre permet de découvrir son humanité qui rejoint la mienne, faisant reculer la peur, sans annuler les dissemblances. On commence alors à s’intéresser à l’autre en respectant sa différence. Loin du modèle du « melting pot » [7], il s’agit d’accepter et d’apprécier le pluralisme culturel, religieux, linguistique. Dans ce verset bien connu, le Coran nous exhorte à cela :

« Si Dieu l’avait voulu, il aurait fait de vous une seule communauté. Mais il a voulu vous éprouver par le don qu’il vous a fait. Cherchez à vous surpasser les uns les autres dans les bonnes actions. Votre retour à tous se fera vers Dieu; il vous éclairera alors au sujet de vos différends » [8].

Jésus nous dit à ce sujet :

« Il y a beaucoup de demeures dans la maison de mon père » [9].

Nos textes sacrés nous montrent que Dieu ne souhaite pas trouver entre les hommes une uniformité qu’il n’y a pas mise. Saint Paul nous fait remarquer que dans le cosmos, même le semblable est différent[10].Cela conduit Christian de Chergé à parler d’une « mission quasi sacramentelle de la différence comme telle » ref]Christian de Chergé, Chrétiens et musulmans, nos différences ont-elles le sens d’une communion ? Revue Se comprendre, N° 85 – 04, Avril 1985 [/ref].

Le multiculturalisme en tant que projet politique risque d’enfermer les personnes dans des ghettos culturels. Alors que la diversité en tant qu’expérience vécue tisse des relations entre ceux qui sont de culture différente.

 

Quand celui qui croise mon chemin dans la vie de tous les jours appartient à une autre communauté, quel type de relation tisser avec lui ? Vivre à côté ou vivre ensemble ?

La tolérance n’est pas suffisante[/ref].Cela conduit Christian de Chergé à parler d’une « mission quasi sacramentelle de la différence comme telle » ref]Marius Garau, La rose de l’imam.  « Ce n’est pas seulement à la tolérance que nous sommes conviés, mais à reconnaître en l’autre les traits d’un frère en humanité, un frère aimé de Dieu, promis à un destin prodigieux dans la joie de Dieu qui ne connait pas de déclin » [/ref] ;il faut s’engager pour l’autre, avec l’autre.

Dans la culture arabo-musulmane, les penseurs ont conçu la « falsafa » qui permet d’accueillir l’autre, en tant qu’autre, l’étranger avec l’étrangeté de la différence. Pour Averroès, l’ouverture à l’autre est indispensable pour le vivre ensemble. Mustapha Chérif[/ref].Cela conduit Christian de Chergé à parler d’une « mission quasi sacramentelle de la différence comme telle » ref]Mustapha Chérif, Qui se souvient de la falsafa ? Janvier 2008, www.mustapha-cherif.com [/ref]  nous explique que pour ce penseur, l’ouverture ne consiste pas à « rechercher le consensus à tout prix », mais « à saisir et maîtriser le lien et la tension entre les différentes visions politiques et dimensions du vivre ensemble où l’autre doit avoir une place, sans que l’on en devienne pour autant l’otage ». Ibn Rochd, d’après le même auteur,  a précisé l’importance du lien entre les deux niveaux, le politique et l’autre différent: «L’homme a besoin de l’autre pour acquérir la vertu. C’est pourquoi il est un être politique par nature.»

 

Dans l’actualité de ces dernières années, le Synode des Chrétiens d’Orient[11] nous engage à consolider « la culture de la convivialité ». Dans un esprit totalement opposé à celui du choc des civilisations, les évêques déclarent vouloir offrir à l’Orient et à l’Occident un modèle de convivialité entre les différentes religions et de collaboration positive entre les civilisations. Pouvait-on rêver plus belle illustration de ce souhait que les images de fraternisation des Chrétiens et des Musulmans à Midan El Tahrir pendant la Révolution Egyptienne de 2011 ? Les Coptes formant un cordon autour des musulmans pour les protéger durant la prière du vendredi sur la place, et les musulmans faisant de même pendant la messe du dimanche … Ou encore, les uns et les autres, se tenant par la main, autour d’un Coran et d’une Croix et scandant d’une même voix : « Une seule main, une seule main ! » en signe d’union profonde…

Il s’agit donc de dépasser la simple tolérance pour construire ensemble une fraternité humaine plus étendue, diversifiée, universelle …

 

Dans la parabole du Bon Samaritain[12], Jésus nous donne l’exemple d’un étranger, un samaritain qui vient au secours d’un juif qu’il ne connait pas, et qu’il trouve sur sa route, blessé et abandonné par des brigands. Deux juifs qui passaient par là  ne s’en étaient pas préoccupés. Et Jésus de dire : Le prochain de cet homme ; c’est celui qui a fait preuve de bonté envers lui. Ce qui nous rend proches de l’autre, ce n’est pas forcément notre ressemblance avec lui, mais notre attitude envers lui. Vivre-ensemble en harmonie, c’est aimer l’autre tel qu’il est, avec ses qualités et ses défauts, avec sa grandeur et ses petitesses, avec sa vulnérabilité et sa fragilité.

« Tu aimeras ton prochain comme toi-même » nous dit Jésus [13]. Commandement que nous retrouvons dans un hadith du Prophète Mohamed : «Aucun d’entre vous n’est véritable croyant tant qu’il n’aimera pas pour son frère ce qu’il aime pour lui-même» [14].

Et Ibn ‘Arabi confie : « Je professe la religion de l’amour, quel que soit le lieu vers lequel se dirigent ses caravanes, et l’amour est ma loi et ma foi » [15].

 

L’amour de l’autre nous conduit très naturellement à l’aider, à partager notre pain avec lui.

Un autre hadith dit :

 « Il n’est pas musulman, celui qui va dormir rassasié

alors que son voisin va dormir le ventre creux ». [16].

Et un imam de Gafsa, dans le sud de la Tunisie, de commenter :

« Il ne s’agit pas seulement du voisin musulman mais

de tout voisin, car tout homme est mon frère » [17].

 Dans le prolongement de l’hospitalité abrahamique, l’Evangile [18]. et le Coran[19] nous exhortent à venir en aide au voyageur, généralement un étranger, Autre par excellence.

Aussi bien Jésus, dans la scène du lavement des pieds[20], que Mohamed dans son enseignement, nous exhorte à nous mettre au service de l’autre.

« Le plus élevé des hommes est leur serviteur » [21],

 

Quelles sont les valeurs universelles qui régissent notre relation à l’autre ? La liberté ? L’individualisme ? La solidarité ? La liberté est une valeur humanisante, inséparable de la dignité de tout homme ; mais, mal comprise, elle peut entraîner une attitude individualiste. Au nom de la totale liberté que j’accorde à l’autre, je me désintéresse de son sort. Il est plus difficile, mais plus intéressant, d’accorder la liberté totale à l’autre, tout en me sentant responsable de lui. On entre au pays de la solidarité, valeur indispensable à un vivre-ensemble véritablement humain.

 

Fethi Triki [22], s’est intéressé à la philosophie du vivre-ensemble chez les penseurs aussi bien occidentaux, qu’arabo-musulmans. Il souligne chez Miskawayh la primauté de la notion de justice qui  se réalise par al ouns wa’l mahabba, la socialité et l’amour ou la charité. Il note aussi que ce que Tawhidi désigne par mu’ânasa, ou Miskawayh par al ouns wa’l mu’ânasa traduisent ce caractère agréable du vivre-ensemble qui permet de cheminer avec l’ami vers la perfection, et de prétendre à l’amitié de Dieu, à la manière d’Abraham devenu khalil Allah. L’ihsan selon Kamel Meziti [23],  marque le summum de la foi, et  rejoint la charité chrétienne et la reconnaissance du prochain dans un univers humanisé.

 

On ne peut vraiment aimer l’Autre sans être curieux de lui, désireux de le connaître, de partir à la découverte de sa vérité profonde. Cela demande de l’écoute, et de taire un peu son moi, pour écouter l’autre sans préjugé, ni prisme déformant. Et à partir de là, de nouer un dialogue, une relation à laquelle la différence donne tout son sens. Cette relation peut devenir une vraie rencontre interpersonnelle. Connaître l’autre dans sa profondeur me conduit à retrouver l’image de Dieu qui est enfouie en lui. Ce qui me rend plus sensible l’image de Dieu en moi. C’est alors un moment béni, rare et précieux, où chaque personne est entièrement présente à l’autre, à l’écoute de son être profond. Il en résulte une grâce particulière qui circule de l’un à l’autre.

 

Connaître l’autre suppose de l’apprivoiser petit à petit. Edgar Morin[24], plaide pour une éthique de la compréhension d’autrui, seule capable de nous permettre de vivre ensemble, en évitant certains écueils. Reconnaître et respecter le mystère de l’autre, qui fonde l’inviolabilité de sa conscience, nous aide à éviter toute relation de possession, de pouvoir ou de manipulation.

Respecter ce mystère ne m’empêche pas d’accueillir l’autre au-dedans de moi, avec ses différences ; de lui donner un espace dans mon intériorité, de pratiquer l’hospitalité du cœur ;

« Donne-nous d’élargir la tente du cœur aux hommes

 de l’Orient et de l’Occident » [25].

Dialoguer avec l’autre dans une rencontre interpersonnelle, c’est aussi accepter de me remettre en question, prendre le risque merveilleux de me laisser transformer par lui, comme le fait remarquer J. Vanier [26]. Les penseurs musulmans ont insisté sur cela. Ibn Rochd dit : « L’homme a besoin de l’autre pour acquérir la vertu ». Miskawayh [27] considère que l’amour des autres contribue à l’élévation des sentiments en créant un espace où peuvent se réaliser les différentes vertus.

 

3.  Vivre les blessures de l’autre

 

Les considérations précédentes ne peuvent justifier une attitude d’angélisme. Il nous faut bien reconnaître que le vivre-ensemble ne se fait pas toujours dans l’harmonie. Il est souvent empreint de violence, et cause de blessures. Dans des contrées où des communautés différentes étaient habituées à coexister dans la paix, voire la convivialité, la montée des intégrismes, des politiques malsaines et des facteurs exogènes induits par la mondialisation viennent perturber cette qualité du vivre-ensemble. Dans d’autres régions, la proximité nouvelle, induite par les flux migratoires est source de tensions, voire de violences. La diffusion de l’information en temps réel ne permet plus de prendre le recul nécessaire, et exacerbe les passions. La montée croissante des intégrismes de tout bord, tend à nous entraîner dans une spirale infernale. En ne portant sur l’autre qu’un regard externe, on risque de ne percevoir que sa violence sans en saisir les raisons.

S’il est  indispensable d’analyser objectivement les causes de la violence (travail de la raison qui fait l’objet de  nombreux travaux), il me semble nécessaire de sentir avec l’autre (travail du cœur) les injustices et les préjugés qui le blessent, afin de désamorcer la haine, qui pourrait naître en moi devant la violence de l’autre.

 

Les nombreuses injustices et humiliations subies par les Arabes et les Musulmans, alimentent un sentiment profond de colère chez nombre d’entre eux. Au quotidien, les discriminations subies par ceux qui vivent en Europe créent une irritation perpétuelle. A une toute autre échelle, la violence des puissants s’exerce dans des guerres (du Golfe ou d’Afghanistan), où ils s’arrogent le droit absolu d’imposer par les armes, leur loi et leurs normes aux pays moins puissants. La loi du plus fort s’exprime aussi à travers le traité de non prolifération nucléaire, traité présenté comme objet de consensus, mais qui est en réalité, profondément injuste. Les media influents nous habituent à considérer qu’une victime occidentale a bien plus de poids qu’une victime arabe ou musulmane, etc

Mais l’injustice la plus criante est celle que le peuple palestinien subit dans sa chair.  Malgré les multiples concessions palestiniennes, Israël poursuit sa politique de bombardements, d’exclusion et d’implantation de nouvelles colonies, bravant en toute impunité tous les décrets des  Nations Unies … L’Occident ne réalise pas à quel point l’ensemble des Arabes et des Musulmans sont ulcérés par cette politique des deux poids deux mesures, politique qui est à l’origine d’un sentiment de désespoir profond chez les Palestiniens. Vues de l’extérieur,  les mères qui poussent des youyous  à la mort de leur fils kamikaze paraissent inhumaines. Mais la perception du drame intérieur de ces femmes, de leur désespérance, permettrait loin de tout jugement, positif ou négatif, de compatir (au sens premier du terme) à leur souffrance collective et individuelle et d’entrevoir la dimension humaine de leur réaction, dans un esprit plus fraternel, indispensable à un cheminement vers la paix.

Aux exactions commises à l’encontre des immigrés musulmans en Europe, répondent des injustices perpétrées par les Musulmans (pouvoir et groupes de personnes) envers les communautés chrétiennes au Moyen-Orient. Là aussi, on rencontre d’innombrables petites injustices dans la vie quotidienne. Dans des contextes de grande tension, comme en Irak ces dernières années ou en Egypte depuis 2011, on assiste à des actes de violence très graves entraînant de nombreuses pertes humaines. On entend souvent des musulmans [28] dire que les causes des problèmes que vivent les chrétiens d’Orient ne sont pas religieuses, mais politiques : la colonisation en Palestine, l’invasion de l’Irak, la politique des deux poids deux mesures … Cependant, on voit mal pourquoi les Chrétiens arabes d’Orient devraient payer les erreurs et les fautes politiques des Occidentaux alors qu’ils réprouvent ces crimes et en sont eux-mêmes victimes … Les sentiments d’angoisse et de désespoir induit par ces violences conduisent parfois à un durcissement, d’autres fois au départ de familles entières en exil. Qui connait l’attachement viscéral des chrétiens d’Orient à leur pays natal et l’importance de la famille pour eux, peut imaginer le déchirement des familles dispersées sur différents continents… De très nombreux musulmans ressentent douloureusement les blessures des chrétiens, ce qui permet de faire vivre malgré tout les liens de fraternité entre les deux communautés. Je n’oublierai jamais ce journaliste tunisien musulman, venu assister à la messe à l’église Jeanne-d’Arc de Tunis pour témoigner de sa solidarité et partager la douleur des chrétiens après les attentats de Bagdad du 31 octobre 2010.

 

Les injustices s’alimentent de préjugés malveillants des uns contre les autres. L’islamophobie, renforcée par le besoin d’identifier un nouvel ennemi après la chute du mur de Berlin, s’acharne à présenter l’islam comme une religion intolérante, contenant des germes de fondamentalisme, incompatible avec les concepts de démocratie, de droits de l’homme et plus généralement avec les valeurs universelles de modernité. [29]

La vie politique est alors dominée par une culture de la peur et la haine de l’autre. [30]  

A l’islamophobie, répond pour une part de l’opinion des pays arabo-musulmans, une stigmatisation de l’Occident considéré comme un bloc monolithique, impérialiste sur le plan politique, matérialiste, individualiste et immoral sur le plan des comportements et des mœurs. Dans un mouvement de confusion entre les dimensions religieuse et géopolitique, cette stigmatisation rejaillit sur le christianisme dans son ensemble, y compris dans les pays du Moyen-Orient. A la culture de la peur de l’autre, cultivée dans les pays du Nord, répond une culture de la colère contre l’autre dans une partie des pays du Sud, colère contre laquelle le Coran met en garde :

« O vous qui croyez, tenez-vous droits devant Allah, en témoins de l’équité, que la haine pour un peuple ne vous porte point à n’être pas justes ! Soyez justes ! C’est l’acte le plus proche de la piété » [31]

 

L’exemple de Jésus est une source d’inspiration pour le chrétien, dans sa façon de regarder l’autre. Les Evangiles nous relatent une série de rencontres entre Jésus et des personnes « pas comme les autres », portant chacune une blessure particulière. Jésus regarde chacun comme un être unique et très précieux. La Samaritaine (Jn, 4, 1-43), la femme adultère (Jn 8, 1-11) , Zachée (Luc 19, 1-10) , le jeune homme riche (Marc 10,17-27):

« Jésus fixa  sur lui son regard et l’aima » [32]

Ce regard profond de Jésus voit l’image de Dieu en chaque homme, sa bonne volonté, son aspiration au beau et au bien, à l’union avec le Seigneur de l’univers. Il voit en même temps ses blessures, ses frustrations, les violences qu’il a subies. Et avec ce regard qui englobe tous les aspects de la personne, Jésus l’aime d’un amour unique, particulier, sans bornes, d’un amour régénérateur, lui révélant sa propre beauté, sa valeur et lui offrant ainsi une chance de redevenir source de vie.

 

La méditation sur les injustices et les préjugés subis par l’autre, me conduisent à lui ménager un espace dans mon cœur, où il se sait accepté, avec ses blessures et ses dons [33]. Avec ces blessés que sont les pauvres, les faibles, les dominés, ce regard aimant permet de développer, au-delà du respect et de la confiance, une attitude d’espérance en leurs potentialités créatrices, comme le suggère Jean-Paul II[34]

Il existe de même, une attitude à développer vis-à-vis des minorités, qui est porteuse d’espoir et de dynamique de développement, pour l’ensemble de l’humanité :

« Valorisant la figure d’une conscience universelle minoritaire, on s’adresse à des puissances de devenir qui relèvent d’un autre domaine que celui du Pouvoir ou de la Domination. On invente de l’inédit. Si le majoritaire se tient du côté du « chez soi », du « bon droit », de la certitude de la force, le « vouloir être minoritaire » vise à libérer la vie là où elle est emprisonnée. » [35]

Et le Coran promet le salut à tous les hommes de bien

« Ceux qui sont chrétiens ou Sabéens, ceux qui croient en Dieu et au dernier jour, ceux qui font le bien : voilà ceux qui trouveront leur récompense auprès de leur Seigneur » [41]  Coran 2, 62 [/ref ]

En réalité, Dieu veut faire sauter nos pauvres frontières pour nous faire entrer dans un dessein d’amour bien plus vaste que celui de nos communautés verrouillées. Récusant la polémique sur le lieu saint, qui opposait juifs et samaritains, Jésus répond :

« Crois-moi, femme, l’heure vient où ce n’est ni sur cette montagne, ni à Jérusalem, que vous adorerez le Père… L’heure vient, et c’est maintenant, où les vrais adorateurs adoreront en esprit et en vérité » [42]  Jn 4, 21 [/ref ]

Dans le Coran, l’un des plus beaux noms de Dieu manifeste clairement cette intention : le “rassembleur” (al-Jâmi’)

« Notre Seigneur! Tu es en vérité Celui-qui-réunira les hommes un jour; nul doute n’est permis à ce sujet, car Dieu ne manque pas à sa promesse » [43]  Coran 3, 9. [/ref ]

Avec Christian de Chergé, nous pouvons affirmer que « Nous sommes promis à une unité profonde de tous les croyants. Si cette unité est différée dans le temps, elle se propose dès maintenant à tout croyant comme un dynamisme propre à la foi, efficace contre tout cloisonnement ». [44]  Christian de Chergé, Chrétiens et musulmans, nos différences ont-elles le sens d’une communion ? Revue Se comprendre, N° 85 – 04, Avril 1985 [/ref ]

 

Ce dynamisme peut nous donner le désir sincère de prier ensemble, avec des croyants d’autres traditions. Vatican II a mis l’accent sur l’efficacité de la prière commune comme élément de rassemblement autour des différentes religions. Le prieur des moines de Thibirine (Christian de Chergé) qui ont pratiqué cette prière commune avec une confrérie soufie de leur voisinage, nous confie à ce sujet :

« Se goûte alors une authentique communion dans la différence intégrée, célébration polyphonique des innombrables merveilles et miséricordes où l’Unique de toutes nos ressemblances a laissé sa trace inimitable » [45] Idem [/ref ]

Pour Marius Garau, prêtre à Gafsa, qui avait tissé une amitié solide et profonde avec l’imam de cette localité, il s’agit de témoigner ensemble du Dieu vivant et de sa passion pour l’homme.

Nous avons parlé plus haut du partage des blessures qui permet de comprendre un peu la violence de l’autre, et de cheminer ensemble vers la paix. La prière avec celui qui appartient à « l’autre camp » permet d’accueillir ensemble Dieu, qui nous aime tellement qu’Il fait briller son soleil « sur les bons et sur les méchants », introduisant non seulement la paix,  mais aussi la joie et le soleil au cœur des blessures.

 

Sur le plan du vivre-ensemble au quotidien, la différence ne pose pas de problème entre personnes de bonne volonté. Elle s’intègre harmonieusement à la vie qui, par essence, est belle de par sa diversité. Sur le plan du dogme, les différences de révélation posent des questions indéniables. Celle qui se pose à moi, en tant que simple croyante est celle-ci : comment accueillir en moi l’Autre, avec sa tradition différente, tout en gardant mon unité ? En d’autres termes, l’unité peut-elle contenir les différences ? En nous dévoilant son intuition de Dieu, l’Emir Abd El Kader nous offre une voie pour cela:

« Il me dit : “Et moi, qui suis-je ?” Je répondis : “Tu es le Parfait,

le Transcendant à l’égard de tout ce qui peut venir à l’esprit”

Il me répondit : “Tu ne me connais pas !”.        

Je lui dis sans craindre de manquer au respect :

” Tu es le Seigneur et le serviteur, l’Un et le multiple (…)

En Toi se conjuguent les contraires et les opposés (…).”

Il me dit : “Cela suffit. Tu me connais ! ” » [46]  Mawkif 30 de l’Emir Abdel Kader dans Kitab al Mawakif, Ecrits spirituels, Seuil, 1994 [/ref ]

Avec le P. Labarrière, je tâcherai alors d’arriver à cette « unité plurielle » qui est articulation de différences. [47] Le vrai problème posé par la notion de différence, c’est celui de l’unité (…), de cette “unité plurielle” qui est justement en elle-même articulation de différences. Ce qui est premier, en régime humain, c’est toujours la relation, unité de l’unité et des différences. Ainsi du rapport qui unit et qui oppose l’homme et la femme ». P. Pierre Jean Labarrière, cité par Christian de Chergé, id. [/ref ]

Le mystère de Dieu qui associe l’Un et le Multiple nous est révélé par l’arc-en-ciel qu’Il fit briller après le déluge, en signe d’alliance avec  l’humanité, représentée par Noé. La diversité des couleurs reflète la richesse infinie de Sa nature, mais leur union en une seule courbe exprime Son unité. A l’image de Dieu, la communauté des hommes est appelée à une union qui contient la diversité. Le mystère de Dieu étant trop grand pour être exprimé par une seule couleur ou une seule tradition, nos différences nous sont peut-être proposées comme thème de méditation sur l’infinie richesse de la nature de Dieu.

Si nous gardons à l’esprit que dire Dieu autrement n’est pas dire un autre Dieu, nous pouvons alors recevoir la différence comme la foi elle-même, c’est-à-dire comme un don de Dieu. [48] Christian de Chergé, id. [/ref ]

 

Conclusion

 

Dieu est infiniment grand, l’homme très petit… Prisonnière des murailles de son ego, son âme reste souvent atrophiée. Pourtant l’homme est créé à l’image de Dieu. Il est donc appelé à grandir, à élargir son âme, jusqu’aux confins de l’universel …

La raison peut quelquefois vaciller devant les antagonismes apparents des croyances. Mais le cœur a une telle puissance d’amour qu’il peut faire patienter la raison, et ouvrir sa tente à l’Autre, avant de le soumettre à un interrogatoire, méticuleux et stérile. En effet, accueillir l’autre dans l’intériorité de son âme, ne serait-il pas un chemin pour élargir celle-ci ?

 

Dieu est le Tout-Autre et le Tout-Proche. Si l’homme est quelquefois tellement étranger à Dieu, c’est parce qu’il est loin de lui-même et donc loin de ce Tout-Proche.  Un moyen de s’en rapprocher est peut-être de se mettre en chemin pour recevoir l’homme-Autre comme mon prochain tout proche.

Nadia Ghrab-Morcos est Egyptienne, chrétienne (copte catholique), épouse de Tunisien, vivant et travaillant en Tunisie depuis 1981, Professeur à l’Université Tunis – El Manar.

  1. [1] Angela Merkel en octobre 2010, David Cameron en janvier 2011
  2. [2] Voir l’intervention du patriarche copte-catholique Antonios Naguib au Synode Le rapport des chrétiens avec les musulmans au Moyen-Orient, Rome, octobre 2010
  3. [3] (Luc 2, 10)
  4. [4] Jn 3, 29
  5. [5] Jn 3, 29
  6. [6] Jn 15, 11-12
  7. [7] Les pionniers du multiculturalisme aux USA récusaient la notion de « melting pot » lui préférant l’idée d’un pluralisme culturel qui permettrait à chaque minorité ethnique de conserver sa singularité tout en faisant partie intégrante de la culture américaine
  8. [8]Jn 14, 2
  9. [9] Jn 14, 2
  10. [10] « A ce que tu sèmes, Dieu donne corps comme il le veut, et à chaque semence de façon particulière. Aucune chair n’est identique à une autre… Il y a des corps célestes et des corps terrestres, et ils n’ont pas le même éclat: autre est l’éclat du soleil, autre celui de la lune… Une étoile même diffère en éclat d’une autre étoile » (1 Co 15, 38-41)
  11. [11] Synode qui s’est tenu à Rome en octobre 2010
  12. [12] Luc 10, 29-37
  13. [13] Mt 22, 39
  14. [14] Sahih Al-Bukhari, Kitab al-Iman, Hadith no.13
  15. [15] Tarjumân al-ashwâq, Beyrouth, 1961, cité par Khaled Roumo in Le Coran déchiffré selon l’amour, Alphée, 2009
  16. [16] D’après Ibn ‘Abbas qui informa Ibn az-Zubayr
  17. [17] Marius Garau, La rose de l’imam, Le Cerf, p.357
  18. [18] « Venez à moi les bénis de mon Père … car j’ai eu faim et vous m’avez donné à manger, … j’étais un étranger et vous m’avez recueilli » Mt (25, 34-35)
  19. [19] « Donne ce qui leur est dû au parent, au pauvre, au voyageur » Coran 30, 38
  20. [20] Jn 13, 1-17
  21. [21] “Makârim al-Akhlâq” d’al-Tabarsî, éd. Mo’assasat al-A’lamî il-l-Matbû’ât, Beyrouth, Liban p. 137.
  22. [22] Fethi Triki, Le vivre-ensemble harmonieux, http://www.mafhoum.com/press4/116C33.htm
  23. [23] Kamel Meziti, « Si Dieu l’avait voulu …. » Vivre en harmonie avec l’autre, avec ses différences… , http://www.gric.asso.fr/spip.php?article270
  24. [24] In Catherine Rouhier, Construire du lien entre les être humains; Construire la paix à petits pas, http://www.irenees.net/fr/fiches/analyse/fiche-analyse-123.html
  25. [25] Is 54, 2-4 ; Lc 13, 29
  26. [26] Jean Vanier : « Accueillir, c’est donner de l’espace à l’autre à l’intérieur de moi, pour qu’il puisse m’apporter quelque chose et, par le fait même, me transformer un peu. (…) Accueillir c’est s’exposer à un risque.»
  27. [27]Nadia Gamal al-Din, Miskawayh, Perspectives, Revue de l’Unesco, vol. XXIV, n° 1-2, 1994, p. 135-156
  28. [28] Mustapha Chérif, Musulmans et Chrétiens face aux injustices, in L’expression, journal algérien, 28 octobre 2010  
  29. [29]« Des courants tentent de cibler autrui différent comme ennemi, afin que les pulsions de violence qui sommeillent en chacun exacerbées par les misères économiques, psychiques, culturelles, les injustices, les inégalités et  l’oppression, se déversent dans une autre direction que celle des systèmes en place. C’est la politique du bouc émissaire, de la culture de la peur, qui désigne l’autre comme une menace. »  Mustapha Chérif, Choc ou Alliance des civilisations in  Colloque La Culture au coeur de la Méditerranée  organisé à Nice par l’IRIS, le 28 avril 2010  
  30. [30] A titre d’exemples : en France, le débat sur l’identité culturelle et le Ministère (heureusement disparu) de l’Immigration et de l’Identité culturelle ; en Suisse, le référendum refusant la construction de mosquées pourvues de minarets.
  31. [31] Coran 5, 8.
  32. [32] Mc 10,21.
  33. [33] « Dans toute relation, je ne me trouve pas devant un être bon ou mauvais, mais devant un être souffrant, car nous sommes tous des blessés », Jean Vanier
  34. [34] « Il faudra abandonner la mentalité qui considère les pauvres – personnes et peuples – presque comme un fardeau, comme d’ennuyeux importuns qui prétendent consommer ce que d’autres ont produit. Les pauvres revendiquent le droit d’avoir leur part des biens matériels et de mettre à profit leur capacité de travail afin de créer un monde plus juste et plus prospère pour tous. Le progrès des pauvres est une grande chance pour la croissance morale, culturelle et même économique de toute l’humanité»
  35. [36]
  36. [37]
  37. [38]
  38. [39]
  39. [40]
  40. [35] Fred Poché, Le « vivre ensemble », le « globalisme » et notre rapport aux savoirs. Intervention lors de la célébration du 130e anniversaire de la Faculté de théologie de l’UCO (Angers), le 8 décembre 2009. [/ref ]

     

    Cet amour de l’autre, qui s’inspire de la miséricorde divine, exige beaucoup de celui qui aime :

    « L’amour excuse tout, il croit tout, il espère tout, il endure tout » [36] 1 Corinthiens, 13, 7 [/ref ]

    A quoi répond une réflexion soufie sur l’amitié spirituelle :

    « Recherche pour ton frère soixante-dix excuses, et si tu ne les trouves pas, reviens vers ton âme avec suspicion et dis-lui : ce que tu vois en ton frère, c’est ce qui est caché en toi ! »

    Quelles sont les frontières de la communauté de personnes que nous devons aimer ?

    « Aimez vos ennemis, faites du bien à ceux qui vous persécutent » [37] Luc 6, 27. [/ref ]

    A quoi fait écho un hadith du Prophète Mohamed :

    « Renoue avec celui qui a coupé les liens avec toi, fais le bien envers celui qui t’a fait mal» [38] Luc 6, 27. [/ref ]

    Ce n’est pas facile … Un moyen d’arriver à aimer son ennemi (ou simplement celui qui me semble être dans un autre camp) est de partager ses blessures ; partage qui entraîne naturellement l’amour…

     

    4.  S’ouvrir à la spiritualité de l’autre

     

    Si les dimensions identitaire ou socio-politique des religions peuvent être source de divisions, la dimension spirituelle, bien comprise, ne peut être que facteur d’union, puisque le Seigneur qui fonde ces spiritualités est le même, l’unique. Le Mystère de Dieu étant bien trop grand pour être contenu dans une tradition, la fréquentation d’autres traditions constitue un enrichissement précieux.

    « Celui qui est fixé sur telle adoration particulière ignore nécessairement la vérité intrinsèque d’autres croyances … C’est qu’il n’a pas la connaissance de Dieu, mais se fonde uniquement sur l’opinion (zann) … La Divinité absolue ne peut être contenue par aucune chose, puisqu’Elle est l’essence même des choses et sa propre essence … » [39] Ibn Arabi, La Sagesse des prophètes, pp. 220-221, Albin Michel, 1974, cité par Khaled Roumo in Le Coran déchiffré selon l’amour, Alphée, 2009 [/ref ]

    Un attachement excessif à ses dogmes et à ses rites conduit le croyant à un assèchement qui se traduit par le rejet de l’autre et l’édification de frontières. A l’inverse, celui qui est sensible à la résonance subtile entre chaque message prophétique et le patrimoine spirituel universel, enrichit sa propre foi en avançant dans l’intuition du mystère de Dieu.

    Hanté par Al-Hallâj qui le ramène dans la foi au Christ, Louis Massignon illustre bien l’enrichissement que peut trouver un croyant chrétien dans la spiritualité musulmane.

    Chrétienne, dans ma vie quotidienne, l’appel à la prière et le chant du muezzin (quand il est bien chanté), ou encore la visite d’une mosquée aux belles lignes pures me plongent dans le ravissement et tissent un lien supplémentaire entre moi et l’Unique vers lequel ma foi chrétienne m’ouvre un chemin merveilleux. La méditation sur les 99 noms de Dieu peut être une source d’inspiration et d’approfondissement pour le chrétien. Réciproquement, un musulman peut enrichir sa foi par la connaissance des pratiques chrétiennes.

     

    Pour grandir en humanité, il nous appartient de tisser des liens profonds avec ceux qui sont d’une autre tradition. Déjà dans l’Ancien testament, Isaïe avait pressenti que la notion de « peuple élu » était appelée à s’élargir à tous les peuples, « l’étranger », de tradition autre, étant accueilli au sein d’une communauté devenue plurielle.

    Jésus est venu confirmer l’universalité de l’histoire du salut :

    « En vérité, en vérité, je vous le dis, je n’ai jamais trouvé autant de foi en Israël … C’est pourquoi beaucoup viendront d’Orient et d’Occident s’asseoir à la table du royaume ». [40]Mt 8, 10-12

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Le père Etienne Renaud

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Juin 242013
 

Etienne (appelons-le par son prénom : il n’aimait pas les titres !) vient de nous quitter subitement, suite à une intervention chirurgicale.  Il n’est pas facile de relater en une page ce que furent sa vie et sa personnalité : l’une et l’autre ont été tellement riches ! Après avoir évoqué les principales étapes de son parcours, je rappellerai la part qu’il a prise dans le dialogue islamo-chrétien, entre autres dans le cadre du GRIC de Tunis.

            Avant de rejoindre la Société des Pères Blancs, en 1962, à l’âge de 26 ans, Etienne avait été élève de l’Ecole Polytechnique de Paris, perpétuant ainsi une tradition familiale où l’on était, disait-il, « ingénieur des Ponts et Chaussées de père en fils », ajoutant qu’il s’était senti très vite appelé plutôt « à construire des ponts entre les hommes ». Cette formule résume assez bien la vie, les préoccupations et les engagements successifs d’Etienne.

            Ordonné prêtre dans la cathédrale Notre-Dame de Paris en 1966, il consacra alors trois années à l’étude intensive de l’arabe, avant d’être appelé à mettre en œuvre ses connaissances de polytechnicien en Tunisie, au sein de la STEG (Soc. Tunisienne d’Electricité et de Gaz). Une première expérience qui devait être suivie de beaucoup d’autres, car il ne se sentait pas fait pour rester longtemps enfermé dans un projet. Au bout de trois ans, nous le retrouvons en effet à Sanaa, au Yémen, un pays qui commençait alors tout juste à s’ouvrir à la modernité. Il y travaillera à la création d’un centre de formation de techniciens en électricité. Sept ans plus tard (1980), le voilà à Rome, professeur au Pontificio Istituto di Studi Arabi (PISAI), là même où il avait commencé l’étude de l’arabe. En 1986, il est élu Supérieur général de la Société des Pères Blancs, une fonction qui lui donnera l’occasion de visiter les communautés disséminées dans 25 pays différents.

            A la fin de son mandat, Etienne retrouve la Tunisie et de fidèles amitiés vieilles de vingt ans. Mais ce sera pour peu de temps encore car, au bout de deux ans (1994), il est rappelé à Rome pour diriger le PISAI. Il retrouvera l’Afrique, successivement en Tanzanie (île de Pemba, 2000-2002) et au Soudan (Khartoum, 2002-2005). Puis, nouveau séjour au PISAI de Rome, cette fois comme directeur des études (2006-2008), et finalement ce sera Marseille, où s’achèvera son existence quelque peu nomade.

            « Construire des ponts entre les hommes », Etienne a poursuivi cet idéal de sa vie partout où il est passé, que ce soit à Tunis, à Sanaa, à Pemba, à Khartoum ou à Marseille. Il l’a cherché tout particulièrement dans les relations qu’il a nouées avec les musulmans. Voici par exemple ce qu’il écrivait à propos de son séjour au Yémen. « Pour illustrer le sens de notre présence au Yémen, c’était bien l’image d’un pont qui me venait à l’esprit : essayer de construire un pont entre la petite communauté chrétienne fort « catholique » par sa diversité, et la population yéménite qui avait encore peu l’expérience des étrangers. Eveiller les paroissiens aux valeurs spirituelles de l’islam, donner des cours d’arabe yéménite et d’initiation à la culture locale aux diverses organisations de volontaires, et à l’inverse faire comprendre aux Yéménites que l’Occident était un peu plus que la société de consommation… Je dois dire que mes diverses casquettes de prêtre, ingénieur et artisan islamologue s’harmonisaient bien ».

            Etienne n’a pas été un théoricien du dialogue islamo-chrétien, même si ses réflexions sur le sujet étaient toujours pertinentes et éclairantes. Sa contribution au dialogue se situait dans un autre registre : celui de la relation personnelle. Ses qualités humaines, son sourire lumineux et un humour franc et sans arrière-pensée, avaient la capacité de désarmer le contradicteur le plus retors et de désamorcer les tensions. Il fut membre du GRIC de Tunis de 1992 à 1994 et, à ce titre, il participa à l’élaboration du thème sur le péché, pour lequel il fut chargé d’établir une synthèse des travaux des groupes. Au cours de ces dernières années, dans la petite communauté des Pères Blancs de Marseille, il fut tout naturellement chargé des relations avec les musulmans. Avec d’autres, il eut le souci constant d’établir ces fameux « ponts » entre des communautés trop souvent sollicitées par les extrémismes de tout bord. Récemment encore, il parlait avec enthousiasme du climat de confiance qui s’instaurait au sein d’un groupe de rencontre entre imams et prêtres.

            Les souvenirs que j’aime conserver d’Etienne, c’est sa simplicité de vie matérielle et spirituelle et sa liberté. « Nomade », il le fut au sens noble du terme. Il « voyageait léger » (selon son expression), ce qui lui évitait, dans les aéroports, de longues attentes pour récupérer les gros bagages. Quand il commençait une nouvelle expérience, il savait que ce serait pour un temps limité. Il était l’homme des « tâches initiales », laissant à d’autres le soin de les continuer. Il ne s’agissait pas chez lui d’instabilité, car il ne sollicitait pas de nouvelles affectations, mais quand elles lui étaient proposées, il y voyait un appel et il était suffisamment libre pour y répondre vite et avec générosité. Maintenant qu’il a posé son sac de voyage, ses nombreux amis peuvent être sûrs qu’il n’oubliera pas ceux qui poursuivent la route.

Tunis, 24 juin 2013                                                                                                   André FERRE

Lieux de culte : regards croisés A. Makni GRIC Tunis

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Juin 032013
 

Par Ayssen MAKNI, GRIC Tunis

Les projets de construction de mosquées en Occident[i], ou d’églises dans les pays musulmans[ii], se heurtent aujourd’hui à de nombreuses oppositions. Les levées de boucliers, qui accompagnent les projets d’édification de ces lieux de culte en « terre étrangère », s’expliqueraient par le fait que ces lieux sont chargés de symboles et que ce qu’ils symbolisent pour les uns diffère de ce qu’ils symbolisent pour les autres.

Ainsi, pour les musulmans, la mosquée est « l’endroit le plus respecté, le plus aimé, où les croyants accourent cinq fois par jour pour y accomplir leurs prières, se purifier et se rapprocher de Dieu. (…). Les musulmans y viennent aussi bien pour leur culte que pour leur culture. On y acquiert les connaissances du cœur comme celles de l’esprit, celles de ce monde comme celles de l’au-delà. C’est dans le creuset de la mosquée que se ressoude chaque jour l’unité de la Communauté, qui, par sa prière commune, en rangs serrés, gomme les  différences générées par l’avoir, le savoir et le pouvoir»[iii]. La mosquée est, pour les musulmans, un espace sacré. Les mosquées ont été célébrées de nombreuses fois dans le Coran ; ceux qui les construisent ou les fréquentent y sont évoqués en termes élogieux. La mosquée est la maison que Dieu a permis d’élever, où Son Nom est évoqué, où les hommes célèbrent Ses louanges. La mosquée a été  également un lieu de transmission du savoir, puisqu’elle a joué un rôle de sanctuaire de la science, d’école et de bibliothèque.

Mais pour les opposants à  la construction de mosquées dans les pays occidentaux, ces édifices religieux évoquent une affirmation de l’islam dans l’espace public : l’islam, la religion de l’Autre se veut plus visible. On retrouve cette même idée chez les partisans suisses de la loi contre les minarets[iv] : ces édifices étaient perçus par eux comme le symbole d’une volonté de domination, d’un désir des musulmans de prendre le contrôle de l’espace dans lequel ils se sont installés. Certains y ont même vu « le symbole d’une revendication de pouvoir politico-religieuse, qui conteste les droits fondamentaux d’autres personnes ».[v]

Paradoxalement, de l’avis de ses constructeurs et pour respecter la sensibilité des uns et des autres, le minaret que l’on projetait de construire en Suisse n’était ni fonctionnel ni symbolique,  en ce sens qu’il était peu élevé, non accessible et non destiné à l’appel à la prière. Il faut rappeler que pour la plupart des musulmans, il est difficile de concevoir la construction d’une mosquée sans minaret. En effet, même si l’islam des origines ne connaissait pas le minaret, ce dernier est devenu au fil du temps symbole de l’islam. C’est le symbole de l’ascension spirituelle. C’est lui qui  permet de signaler le positionnement de la mosquée.

Outre la question de la visibilité et de l’occupation de l’espace public, les témoignages de ceux qui, en Occident, s’opposent à l’édification de lieux de culte musulmans révèlent une inquiétude face à l’immigration ; le désir de construire des mosquées suggère pour eux un enracinement durable de l’Autre : l’étranger, l’immigré que l’on pensait installé de façon temporaire, ne semble plus vouloir partir ; il semble au contraire vouloir s’établir de façon définitive, prendre ses marques, s’affirmer, revendiquer des droits nouveaux … Ici, des considérations d’ordre économique,  politique et idéologique s’entremêlent. Certains parlent d’islamisation rampante. D’autres évoquent la crainte d’une islamisation du quartier où l’édifice serait construit, avec risque de chute des prix de l’immobilier et des risques d’affrontements. D’autres encore considèrent manquer de garanties, quant à l’acceptation sans restriction par ces populations immigrées du droit civil appliqué dans le pays d’accueil et ont peur de l’introduction par ces étrangers d’un système alternatif de droit.

Qu’il s’agisse des minarets suisses, de la mosquée prévue sur un terrain berlinois (qui appartenait à une fabrique de choucroute sous l’Allemagne communiste) ou du Centre Islamique de New York[vi], ce sont globalement ces mêmes craintes qui sont exprimées par ceux qui s’opposent aux projets de construction de tels édifices, autant de craintes nourries par les images transmises quotidiennement par de nombreux médias occidentaux, qui présentent l’islam comme une menace pour l’Occident. Cette représentation de l’islam, faite par des magazines et des journaux télévisés occidentaux, expliquerait pourquoi les  projets de construction d’un temple bouddhiste ou hindou, s’ils  peuvent susciter des oppositions de voisins dans les pays occidentaux, soulèvent rarement une levée de boucliers, comme c’est le cas pour les mosquées. Il existerait donc une spécificité des réactions face à des implantations musulmanes.  Ces réactions s’alimenteraient  des craintes que nourrissent quotidiennement les images que  transmettent les médias sur les turbulences qui agitent différentes régions du monde musulman et les prêches parfois haineux d’imams extrémistes ; mais elles ont certainement des racines dans l’Histoire : croisades, conquêtes ottomanes, colonisation…

A tout ceci s’ajoute la conscience des difficultés que connaissent actuellement des communautés chrétiennes pour ouvrir des lieux de culte ou même mener une vie religieuse normale dans des pays musulmans ; une question revient souvent : qu’en est-il de la construction d’églises en terre d’Islam ?

De nombreux opposants aux projets de construction de mosquées en Occident sont profondément convaincus qu’il est impossible de bâtir une église en terre musulmane. Ils ont pour la plupart en tête l’exemple extrême de l’interdiction de tout lieu de culte non musulman en Arabie Saoudite. Pour les partisans convaincus de la réciprocité entre le Christianisme  et l’Islam, il n’y a pas de raison de construire des mosquées en Occident, si on n’a pas le droit de construire des églises dans les pays musulmans. En réalité, il y a de nombreuses églises en terre musulmane ; si certaines d’entre elles sont des vestiges du passé (notamment au Maghreb, où l’on continue à pratiquer le culte dans des églises construites il y a plus de cent ans), il y a dans les pays musulmans des constructions d’églises nouvelles (notamment dans les pays arabes du Golfe). Selon une étude  menée sur le sujet, il en ressort une image contrastée, avec de fortes variations d’un pays à l’autre, mais aussi  la conscience que les situations dans les différents pays évoqués ne dépendent pas que des textes légaux ; en effet, plusieurs facteurs y jouent un rôle, parmi lesquels « la nature plus ou moins autoritaire du régime, l’adoption ou pas d’un discours officiel religieux islamique, l’existence d’une opposition islamiste radicale et la stratégie adoptée à son égard, la stabilité économique et sociale du pays et, enfin, le nombre et les caractéristiques des communautés chrétiennes présentes sur le territoire ». [vii]

Les projets de construction d’églises dans les pays musulmans se heurtent eux aussi à des oppositions. Parmi les ulémas, il n’y a pas de consensus autour de la légitimité d’édifier des lieux de cultes chrétiens en terre musulmane. Le cheikh Yûsuf Al-Qaradâwî, actuel président de l’Union Internationale des Savants Musulmans, a émis une fatwa autorisant, sous certaines conditions, la construction d’églises en terre d’Islam. Il s’est basé sur l’avis de l’Imam Abû Hanîfa Al-Nu’man Ibn Thabit[viii],  avis qui contredit  l’opinion des savants malikites,  hanbalites et chaféites. [ix] Si certains ulémas ne voient aucune objection à l’édification d’églises nouvelles en terre d’Islam, d’autres appellent à la préservation des lieux de cultes non musulmans, bâtis avant la conquête musulmane, mais s’opposent à la construction de nouveaux espaces de prière pour les chrétiens, sur les terres dorénavant musulmanes.

 Au-delà des débats des théologiens, pour certains musulmans, les églises construites en terre musulmane, dont certaines ont été bâties avant l’avènement de l’islam, sont le symbole du colonialisme ; un colonialisme  ancien comme au Maghreb, mais dont certaines blessures n’ont pas encore cicatrisé, ou un colonialisme plus récent, avec « l’invasion » de l’Irak et de l’Afghanistan. C’est le signe de leur faiblesse, de leur asservissement, voire de leur déshonneur.  Là aussi, des symboles s’opposent. En effet, pour les chrétiens, « l’église est la maison des fidèles et sa configuration doit permettre les cérémonies de la liturgie, mais aussi le recueillement de chacun. C’est également la maison de Dieu par sa consécration ».[x] D’ailleurs, « le même terme désigne, à la majuscule près, et les édifices destinés au culte du Christ et la communauté de ses disciples. Cette identité d’appellation traduit la relation symbolique selon  laquelle l’église figure le corps mystique … »[xi].

Ainsi, là où certains ne voient que lieu de recueillement, de culte et de cérémonies religieuses, d’autres voient le symbole de leur avilissement, de leur incapacité, de leur sous-développement. Plus grave encore, pour certains opposants à l’édification de lieux de cultes chrétiens dans les pays musulmans, les églises sont associées aux efforts d’évangélisation des prédicateurs chrétiens et à l’apparition du phénomène des “Chrétiens du golfe” et des « Chrétiens du Maghreb ». Le prosélytisme chrétien et son corollaire, la conversion de musulmans au christianisme, sont très mal vécus en terre d’Islam. Pour ménager la susceptibilité de la population locale, mais également par crainte de certaines réactions extrémistes, les églises nouvellement construites le sont souvent dans des endroits quelque peu isolés, et ne comportent le plus souvent ni clocher ni croix à l’extérieur. Tel est le cas de l’église catholique qui a été construite au Qatar en 2008 et qui était la première église à être bâtie dans ce pays. Si certains occidentaux ont accueilli avec bonheur la construction de cet édifice, y voyant un signe d’ouverture et de tolérance, d’autres se sont contentés de souligner le fait qu’une seule église pour plus de 100 000 chrétiens était très peu[xii], notamment en comparaison au nombre de mosquées en Occident, relativement au nombre de musulmans y résidant.

Au total, autour des projets de construction de mosquée en Occident, ou d’églises en terre musulmane, des concepts différents, liés à la visibilité, à la réciprocité, au rapport à l’Autre se confrontent : Pas de minarets en Occident / Pas de croix ou de clocher en terre d’Islam ; Invasion coloniale / Immigration d’implantation ; Prosélytisme / Introduction de systèmes alternatifs de droits…

Une autre question mérite d’être abordée. Quel traitement est fait aux lieux de culte dans les pays où l’Autre n’est pas un étranger mais un autochtone (églises coptes en Egypte, mosquées en Serbie….) ? Depuis quelques temps déjà, le vivre ensemble et le multiculturalisme sont mis à rude épreuve. Les lieux de culte font souvent les frais des crispations entre les communautés. Ainsi, en 2004, la mosquée de Belgrade a été fortement endommagée, à la suite des tensions qui ont opposé Serbes (Chrétiens orthodoxes) et Albanais (Musulmans) au Kosovo. En Egypte, il est devenu quasiment impossible d’obtenir une autorisation pour construire un nouveau lieu de culte pour la communauté copte. Pire encore,  en Irak et en Egypte, on a été témoin d’attentats meurtriers visant des églises. Une tendance à la constitution de sociétés mono-culturelles et mono-cultuelles semble se dessiner. La politique d’épuration ethnique en Bosnie-Herzégovine, avec ses déplacements de populations, ses expulsions des populations indésirables, mais également ses nettoyages culturels à travers l’effacement par les autorités serbes de toute trace de la culture non-serbe (villes renommées, imposition de l’alphabet cyrillique dans les institutions publiques…)[xiii], en sont un exemple édifiant. De même, l’exil massif des chrétiens d’Irak, d’Egypte  et de Palestine, vers des pays où leur religion est majoritaire, s’expliquerait par les pratiques de discrimination voire d’exclusion faites, dans leur pays d’origine,  par les musulmans à l’égard des adeptes de la foi chrétienne.

Par ailleurs, dans des pays qui se veulent à traditions multiculturelles, on assiste de plus en plus à une juxtaposition, voire une « ghettoïsation » des communautés, plutôt qu’à leur interpénétration.

Toutefois, des personnes se mobilisent pour inverser cette tendance. Ainsi, en France, à Bussy-Saint-Georges, on est témoin de la réalisation d’un projet unique en Europe : la construction côte à côte d’une mosquée, d’une synagogue, d’une pagode et d’un centre culturel arménien  qui viennent se joindre à des édifices religieux déjà existants : deux églises et une pagode bouddhiste.  De même, dans la banlieue de Stockholm, il est prévu de construire une nouvelle mosquée, sur un terrain attenant à une église. On a également planifié d’une part  l’édification d’un hall d’accueil en verre pour relier l’église et la mosquée, d’autre part le partage de certains locaux par les communautés religieuses. Enfin, en Martinique, la commune du François aurait réuni une église et une mosquée dans un même lieu : la Mosquée-Eglise Saint-Michel, archange vénéré par les Eglises chrétiennes mais également cité dans le Coran. A ce propos, il est important de rappeler qu’ily a eu des précédents historiques pour ce type de coopération : au septième siècle, chrétiens et musulmans avaient prié ensemble à Damas. Plus tard, au moment des croisades, il a été affirmé que, lorsque les croisés prenaient possessiond’une cité,  « certaines mosquées [étaient] conservées pour leur usage, mais la plupart [étaient] transformées en églises ; beaucoup [retournaient] alors à leur état primitif d’églises après leur transformation en mosquées suite à la conquête musulmane. Certains édifices [étaient] utilisés conjointement par les chrétiens et les musulmans”.[xiv] Plus récemment, en Algérie, les moines de Notre Dame de l’Atlas avaient cédé à l’imam du cru un bâtiment transformé en mosquée provisoire.[xv]

Il ne serait donc pas utopique de croire qu’en promouvant le dialogue et l’échange entre  les différentes communautés et en œuvrant  pour que les lieux de culte ne cristallisent plus les crispations identitaires et les tensions communautaires, les mosquées et les églises ne seraient plus perçues que comme des lieux de recueillement et partage, comme des havres de paix et de lumière.

Nous y ressentirons alors tous, musulmans et chrétiens, un sentiment d’apaisement et de sérénité, à l’instar du poète Abdellatif Laabi qui clamait «  il faisait bon et clair dans la cathédrale de Bourges, je m’y sentais le cœur léger comme dans les mosquées de mon enfance ».[xvi]

 

[i]Le terme « Occident » désigne dans ce texte les pays d’Europe et d’Amérique du Nord dans lesquels le christianisme est considéré comme étant la religion majoritaire.

[ii]Les expressions « pays musulmans », « terre musulmane » et « terre d’Islam » sont utilisées dans ce texte indifféremment pour désigner les pays dans lesquels l’islam est considéré comme la religion officielle ou majoritaire (plus particulièrement les pays arabes du golfe et du Maghreb).

[iii]GARAUDY Roger (1985). “Mosquée, miroir de l’islam ». Les éditions du Jaguar, pp 5-6.

[iv]Une initiative populaire, lancée en mai 2007 en Suisse, a abouti au vote en novembre 2009, puis à l’inscription dans la Constitution de ce pays de l’interdiction d’y construire des minarets.

[v]Il s’agit notamment du conseiller national zurichois de l’Union Démocratique du Centre, Ulrich Schüler, membre du comité de l’initiative.

[vi]Le Centre Islamique de New York est également appelé Mosquée Ground zero, en raison de la proximité de l’emplacement prévu pour ce centre du lieu où étaient érigées les tours détruites au cours de l’attentat du 11 septembre 2001.

[vii]HAENNI  Patrick et al (2009). “Les minarets de la discorde », Infolio.

[viii]  C’est sur l’enseignement de ce théologien et législateur qui a vécu à Koufa (699-767) en Irak, qu’est fondé le hanafisme, la plus ancienne des quatre écoles sunnites du droit musulman ou sa jurisprudence.

 

[ix]  Il s’agit des  adeptes et partisans des trois autres écoles sunites.

[x]LEVY Louis, “Eglise”, in Encyclopaedia Universalis, corpus 6, p 685

[xi] Ibid

[xii]On recense, dans les pays du Conseil de Coopération du Golfe, 30 églises ; on estime à 3 millions le nombre de chrétiens résidant dans ces pays.

[xiii]ROBIN-HUNTER Laurence (2005). « Le nettoyage ethnique en Bosnie-Herzégovine : buts atteints ? ». Revue géographique de l’Est, Vol 45 / 1. PP 35-43.

[xiv]FLORI Jean (2001). « Les croisades : origines, réalisations, institutions, déviations ». Editions Jean-Paul Gisserot.

[xv] HUGEUX Vincent (1996). “Trappistes : le chantage”. L’express

[xvi] LAABI Abdellatif (2001). “L’étreinte du monde”. La Différence p 54.

Mai 212013
 

Un colloque international a été organisé par l’IRMC-Tunis et l’ISERL-Lyon le mercredi 15 mai 2013, à la bibliothèque de l’IRMC

Oissila Saaidia, historienne, professeur d’histoire contemporaine, à l’ISERL, université Lyon2, et Myriam Achour Kallel anthropologue, à la Faculté des sciences humaines et sociales de Tunis, chercheure associée à l’IRMC, en ont assuré la coordination.

Le Thème, D’une croyance à l’autre : le cas de l’islam, est peu traité dans le monde arabe, ce qui explique la présence d’une  assistance nombreuse et la richesse des débats qui ont suivi. Les sujets choisis par les intervenants ont été traités avec beaucoup de compétences, mais aussi beaucoup de respect et de professionnalisme, ce qui, à aucun moment n’a laissé de la place pour la polémique.

Les interventions ont porté sur :

Pour Oissila Saaidia : De Mohamed à JeanMohamed : Abd elJalil ou litinéraire d’une conversion au catholicisme.

-Pour Chérif Ferjani : De la difficulté d’être un « athée musulman » !

-Pour Myriam Achour Kallel : L’étude de la conversion à la foi baha’ie en Tunisie : une « mémoire collectée » ?

-Pour Katia Boissevain sur : Les conversions au christianisme à Tunis : vers quel protestantisme ?

-Pour Karima Dirèche : Réseaux évangéliques au Maghreb. Approche croisée Maroc/Algérie.

PourMustapha Oukacha : Le statut juridique des non musulmans dans les pays du Maghreb : reconnaissance théorique, mise en œuvre réduite.

PourBernard Botiveau : Le pluralisme religieux questionné par les   soulèvements arabes.  L’exemple  des relations entre sunnisme et chiisme.

– Pour Claude Prudhomme : L’Eglise catholique contre la liberté religieuse ?

 

 

Résumés des communications

« D’une foi à l’autre : le cas de l’islam »

IRMC, Tunis, 15 mai 2013

 

Myriam ACHOUR

L’étude de la conversion à la foi baha’ie en Tunisie : une « mémoire collectée » ?

Le terrain effectué auprès de convertis baha’is en Tunisie m’a amené à comprendre le processus de conversion comme non seulement la reformulation d’une mémoire sociale mais en plus comme une action exercée pour resignifier cette mémoire : l’histoire est ainsi reconstruite. Cette conversion religieuse a permis aux acteurs que j’ai fréquentés de construire leur ancien groupe d’appartenance en tant qu’altérité par le partage d’une autre mémoire sociale que celle de la société « englobante » : reformulation de l’identité nationale et de la vision du monde plus globalement. La question que j’aimerais soulever est la suivante : dans quelles limites l’étude de la conversion peut être envisagée comme action sur l’histoire et rapport au passé ?

 

Katia BOISSEVAIN

Les conversions au christianisme à Tunis : vers quel protestantisme ?

A travers cette communication, fondée sur des terrains ethnographiques courts entre 2009 et 2012, je souhaite présenter la réalité nuancée des conversions au protestantisme en Tunisie (à Tunis). Malgré leur nombre limité, l’étude des motivations des acteurs et des réorganisations symboliques qui sont à l’œuvre nous renseignent à plusieurs égards. Tout d’abord, le choix de ces convertis pour le protestantisme évangélique et dans une moindre mesure, pour le pentecôtisme évangélique (deux pôles des néo-évangélistes) pose la question de la variété et de l’histoire du paysage chrétien en Tunisie, revivifié par la présence des Africains subsahariens depuis 2005. Ensuite, il nous interroge sur la manière dont les convertis réévaluent l’appartenance à l’identité nationale tout en s’amarrant à un universalisme chrétien. Enfin, l’étude du choix religieux en Tunisie, de surcroît pendant la période de transition révolutionnaire que le pays traverse, nous oblige à intégrer les questions politiques et juridiques posés par la pluralisation religieuse.

 

Bernard BOTIVEAU

Le pluralisme religieux questionné par les soulèvements arabes. L’exemple des relations  entre sunnisme et chiisme

En tenant compte d’agencements particuliers selon les pays du Proche-Orient, le pluralisme religieux s’est historiquement structuré dans cette région en fonction d’une norme islamique dont Al-Azhar avait le quasi-monopole de l’interprétation juridique et politique. En   particulier, le changement de religion était généralement condamné d’où qu’il vienne. Les soulèvements arabes mettent en évidence que cet équilibre est une nouvelle fois remis en cause, qu’il s’agisse de la relation des coptes à l’islam égyptien ou des débats internes à l’islam sunnite. En prenant l’exemple des relations entre sunnisme et chiisme dont la géopolitique actuelle produit des effets inattendus au Proche-Orient et en Egypte, pays de tradition sunnite, on tentera de saisir quels sont les enjeux d’un questionnement sur l’interprétation des normes religieuses dominantes qui reste lié aux projets de sortie de l’autoritarisme.

 

Karima DIRÈCHE

Réseaux évangéliques au Maghreb. Approche croisée Maroc/Algérie

Le Maghreb est considéré, depuis plus d’une décennie, comme une terre de mission par diverses obédiences néo-évangéliques mondialisées. Les conversions se multiplient, les lieux de culte émergent un peu partout accompagnés de revendications publiques d’une liberté de culte et de conscience. Ces dernières ont déclenché un véritable débat national en Algérie et au Maroc et des réactions plutôt autoritaires et souvent répressives de la part des autorités politiques et religieuses. Les réseaux de prédication et de formation des leaders religieux locaux laissent apparaître toute leur complexité dans les connections souvent floues à des Églises d’Europe et d’Amérique du Nord. Cette présence chrétienne bien éloignée des Églises catholique et protestante du temps colonial alimente un débat public sur la citoyenneté et la diversité religieuse et fait écho à toute la réflexion de l’État de droit au Maghreb.

 

Chérif FERJANI

Jameleddine Ben Cheikh et Marcel Reggui : quitter l’islam en lui restant fidèle

Quitter une religion pour en embrasser une autre, ou pour devenir athée, est souvent synonyme de rejet viscéral de la communauté et de la foi que l’on quitte. Jameleddine Bencheikh, devenu « musulman athée » et Mahmoud-Marcel Reggui, devenu chrétien, font partie des musulmans qui ont quitté la religion de leurs ancêtres pour mieux s’y intéresser, mieux la comprendre, combattre les préjugés dont elle est l’objet. Chacun à sa manière et dans son domaine, ils ont contribué à mieux la faire connaître. Le propos de cette communication est de rendre compte de la démarche de ces deux Français du Maghreb dont le parcours est fascinant.

 

Mustapha OUKACHA

La protection juridique des non-musulmans au Maghreb : une application limitée

La question des non-musulmans au Maghreb se pose essentiellement en termes de dignité et de droit, avec un dispositif normatif assez important et parfois audacieux, mais d’une efficacité somme toute relative. On ne jouit pas toujours des droits et libertés reconnues par les textes juridiques nationaux et internationaux, ainsi, outre les discriminations habituelles dont ils sont régulièrement l’objet, certains groupes minoritaires sont aujourd’hui menacés dans leurs existences même.

Pour pouvoir répondre à des interrogations évidentes dans des Etats de droit, qui sont chez nous des préoccupations très sérieuses qui revêtent un caractère urgent, les législations ainsi que les institutions doivent impérativement s’adapter aux mutations profondes qui traversent la société maghrébine.

Une absence ou une mauvaise prise en charge de ces besoins élémentaires transformera le discours des non-musulmans du pacifisme à l’extrémisme, et la conversion en prosélytisme d’affrontement et de violence. Cela exige bien évidement, des Etats forts et des constitutions plus unitaires garantissant une citoyenneté égale. Les Etats du Maghreb gagneraient en maturité en consacrant une protection juridique à la hauteur de leurs engagements internationaux en matière des droits de l’Homme et des libertés fondamentales.

 

Claude PRUDHOMME

L’Eglise catholique contre la liberté religieuse ?

Il faut attendre le concile Vatican II et la déclaration Dignitatis humanae adoptée à la fin de la dernière session (décembre 1965) pour que le principe de la liberté religieuse soit proclamé par l’Église catholique, à partir d’un texte préparé par le théologien américain jésuite John Courtney Murray. Cette déclaration est le seul texte qui a donné naissance à une opposition très minoritaire (le texte est approuvé par 1954 voix contre 249) mais organisée et durable, dont sortira le schisme intégriste de Mgr Lefebvre. Le concile semble à cette occasion prendre le contre-pied des condamnations répétées d’une « liberté funeste » inscrite par la papauté du XIXe s. au rang d’une des « principales erreurs de notre temps ». En 1965 la liberté de conscience de l’individu comme instance ultime paraît prendre le pas sur l’obligation d’adhérer à la vérité religieuse contenue dans le catholicisme et seule voie assurée vers le salut.

L’interprétation de ce changement suppose d’abord de revenir au choix et à la lecture des textes fondateurs du christianisme (Nouveau Testament) sur lesquels adversaires et partisans de la liberté religieuse se sont affrontés. Elle implique ensuite de replacer les prises de position dans leur contexte. Celui-ci éclaire dans un premier temps la condamnation de l’article 10 de la DDHC* depuis sa proclamation en 1789 jusqu’à la Première guerre  mondiale, la mise au pas des catholiques libéraux, puis l’infléchissement qui s’amorce dans les années 1930, et finalement le tournant de 1965.

Mais s’agit-il d’un changement dans la manière de dire ou de penser ? Une analyse du texte montre que le ralliement à la liberté religieuse ne met pas fin à toutes les ambiguïtés. En faisant de la liberté religieuse le fondement de toutes les libertés, l’Eglise catholique (E.C.) continue à se démarquer de la philosophie sous-jacente à la DDH de 1789 comme à celle de 1948. En parlant de liberté religieuse et non de liberté de religion, encore moins de liberté de culte, elle maintient une distance qui peut conduire à des malentendus.

En somme le ralliement apparent de l’E.C. à la liberté religieuse comme emblème des droits de l’homme et à la liberté de conscience comme autorité suprême masque des divergences persistantes dans la légitimation de la liberté de religion, dans la manière de définir son contenu, dans la conception de l’Etat et de la société qu’elle engage.

« Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi. »

 

 Oissila SAAIDIA

De Mohamed à Jean-Mohamed : Abd el-Jalil ou l’itinéraire d’une conversion au catholicisme

L’actualité autour des conversions au christianisme dans les sociétés musulmanes de doit pas occulter l’ancienneté du processus. La figure de Jean-Mohamed Abd el-Jalil atteste d’une conversion au catholicisme dans la première moitié du XXe siècle dans un contexte politique marqué par la colonisation. La contribution s’intéresse au processus qui a conduit ce jeune Marocain à demander le baptême puis à prendre l’habit franciscain tout en conservant un lien indéfectible avec ceux qu’il qualifiait de « frères séparés ». Tout comme Jameleddine Bencheikh et Mahmoud-Marcel Reggui, Jean-Mohamed Abd el-Jalil a contribué à faire connaître Les aspects intérieurs de islam – titre d’un de ses ouvrages – pour combattre les préjugés en direction de ses anciens coreligionnaires. Il est aussi un acteur incontournable de l’évolution du discours officiel de l’Eglise catholique sur les musulmans dont la déclaration conciliaire Nostra Æetate témoigne.

Relations entre musulmans et catholiques

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Avr 292013
 

RELATIONS ENTRE MUSULMANS ET CATHOLIQUES

Cité du Vatican, 29 avril 2013 (VIS). Le Conseil des Conférences épiscopales d’Europe (CCEE) se réunira à Londres du 1 au 3 mai pour analyser les relations entre chrétiens et musulmans. La rencontre sera présidée par le Cardinal Jean-Pierre Ricard, Archevêque de Bordeaux (France), et le rapporteur principal sera le Cardinal Jean-Louis Tauran, Président du Conseil pontifical pour le dialogue inter-religieux. Mgr.Vincent Nichols, Archevêque de Westminster et Président de la Conférence épiscopale d’Angleterre et du Pays de Galles célébrera la messe pour les délégués en la cathédrale de Westminster, le deuxième jour. Les 32 participants, représentant les 20 Conférences épiscopales, organisations culturelles et ecclésiastiques, sont experts en matière de dialogue entre chrétiens et musulmans. Le premier jour, le P.Andrea Pacini, Coordinateur du réseau internet entre chrétiens et musulmans de la CCEE et Secrétaire pour l’œcuménisme et le dialogue inter-religieux des Conférences épiscopales régionales du Piémont et du Val d’Aoste (Italie) présentera le thème de la conférence: Dialogue et annonce. Le deuxième jour sera consacré à la réflexion, au dialogue et à l’échange des expériences sur l’identité religieuse des jeunes chrétiens et musulmans en Europe. Mme Brigitte Maréchal, Professeur à l’Université de Louvain et M.Erwin Tanner, Secrétaire général de la Conférence épiscopale suisse, seront les principaux intervenants. Le dernier jour, les délégués décriront la situation dans leur pays respectifs. Le Cardinal Tauran présentera l’avancement des relations entre le monde musulman et l’Eglise catholique.

 

Violences Inter-religieuses en Egypte

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Avr 112013
 

Nous chrétiens et musulmans du GRIC-Tunis (Groupe de Recherche Islamo-Chrétien) sommes profondément attristés par les  récents  affrontements inter –religieux en Égypte. Nous voulons redire notre désarroi  face à l’impuissance  des croyants de bonne volonté à conjurer la violence commise au nom de  Dieu. Nous voulons redire aussi que celle-ci n’est, non seulement, jamais une solution, mais qu’en plus, elle est en désaccord complet avec nos fois respectives. Les lieux de cultes sont, dans nos deux religions, l’espace où l’on prie le très Miséricordieux et ils doivent être respectés de part et d’autre. Nous pensons qu’il est possible de construire ensemble un destin commun et fraternel et soutenons tous ceux qui y contribuent d’une manière ou d’une autre. Nous nous souvenons avec bonheur de ces jours pas très anciens,  où ceux qui priaient le dimanche protégeaient ceux qui priaient le vendredi et réciproquement. Que reviennent ces moments en Égypte et ailleurs : c’est notre vœu le plus cher.

Groupe GRIC de Tunis

Premières déclarations du Pape François sur le dialogue inter-religieux

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Mar 212013
 

 A la cité du Cité du Vatican, le 20 mars 2013  à midi, le Pape François a reçu les délégations des autres Églises et confessions chrétiennes, ainsi que des autres religions, venues pour l’inauguration de son pontificat.

Il a aussi insisté sur la présence au Vatican de dignitaires “musulmans qui adorent un Dieu unique, vivant et miséricordieux et le prient”, comme les chrétiens.

« J’apprécie vraiment la présence de chacun, en qui je vois une nouvelle volonté de développer notre dialogue dans le respect mutuel et la coopération, pour le bien commun de l’humanité. L’Église catholique est consciente de l’importance qu’ont la promotion de l’amitié et le respect entre les hommes et les femmes de différentes traditions religieuses. Je tiens à répéter que l’amitié et le respect entre les hommes et les femmes de traditions religieuses différentes sont capitales… soyons également conscients de la responsabilité que nous portons envers notre monde, envers l’ensemble de la création, que nous devons aimer et soigner. Ensemble nous pouvons faire beaucoup pour le bien des plus démunis, des faibles et de qui souffre, pour promouvoir la justice, la réconciliation et la paix. Mais par-dessus tout nous devons garder vivante la soif d’absolu. Ne permettons pas le prévaloir d’une vision de l’homme réduit à ce qu’il produit et ce qu’il consomme. C’est là un des pièges plus dangereux pour notre temps. Nous savons quelle violence a produit dans l’histoire récente la tentative d’éliminer Dieu de l’horizon de l’humanité. Nous connaissons la valeur du témoignage et de l’ouverture à la transcendance qui sont inhérents au cœur humain. En cela nous nous sommes proches à tous les hommes et femmes qui, tout en ne reconnaissant pas appartenir à une tradition religieuse, sont cependant à la recherche de la vérité, de la bonté et de la beauté. La vérité, la bonté et la beauté de Dieu sont nos précieuses alliées dans notre engagement commun à défendre la dignité de l’homme, la construction d’une coexistence pacifique entre les peuples et la protection de la création ».

 

Mar 102013
 

Dans la situation actuelle de l’humanité, le dialogue des religions est une condition nécessaire pour la paix dans le monde, et il est par conséquent un devoir pour les chrétiens comme aussi pour les autres communautés religieuses. Ce dialogue des religions a différentes dimensions. Avant tout, il sera simplement un dialogue de la vie, un dialogue du partage pratique. On n’y parlera pas des grands thèmes de la foi – si Dieu est trinitaire ou comment il faut comprendre l’inspiration des Saintes Écritures etc. Il s’agit des problèmes concrets de la cohabitation et de la responsabilité commune pour la société, pour l’État, pour l’humanité. En cela, on doit apprendre à accepter l’autre dans sa diversité d’être et de pensée. Dans ce but, il est nécessaire de faire de la responsabilité commune pour la justice et pour la paix le critère fondamental de l’entretien. Un dialogue où il s’agit de paix et de justice, devient en soi, – au-delà de ce qui est simplement pragmatique – une lutte éthique pour la vérité et pour l’être humain ; un dialogue à propos des évaluations qui sont les prémisses à tout. Ainsi, simplement pragmatique dans un premier temps, le dialogue devient cependant aussi une lutte pour le juste mode d’être personne humaine. Même si les choix fondamentaux ne sont pas comme tels en discussion, les efforts autour d’une question concrète deviennent un processus où, par l’écoute de l’autre, les deux parties peuvent trouver purification et enrichissement. Ainsi, ces efforts peuvent aussi avoir le sens de pas communs vers l’unique vérité, sans que les choix fondamentaux soient changés. Si les deux parties partent d’une herméneutique de justice et de paix, la différence de fond ne disparaîtra pas, mais, entre elles grandira plutôt une proximité plus profonde.

Pour l’essence du dialogue interreligieux, deux règles sont aujourd’hui généralement considérées comme fondamentales :

1. Le dialogue ne vise pas la conversion, mais bien la compréhension. En cela, il se distingue de l’évangélisation, de la mission.

2. Conformément à cela, dans ce dialogue, les deux parties restent consciemment dans leur identité, qu’elles ne mettent pas en question dans le dialogue ni pour elles-mêmes ni pour les autres.

Ces règles sont justes. Mais je pense que, sous cette forme, elles sont formulées trop superficiellement. Oui, le dialogue ne vise pas la conversion, mais une meilleure compréhension réciproque – c’est juste. Cependant, la recherche de connaissance et de compréhension veut toujours être aussi un rapprochement de la vérité. Ainsi, les deux parties, en s’approchant pas à pas de la vérité, avancent et sont en marche vers un plus grand partage, fondé sur l’unité de la vérité. En ce qui concerne le fait de rester fidèle à sa propre identité, ce serait trop peu, si par sa décision pour sa propre identité, le chrétien interrompait, pour ainsi dire, de sa propre volonté, le chemin vers la vérité. Son être chrétien deviendrait alors quelque chose d’arbitraire, un choix simplement factuel. Alors, évidemment, il ne prendrait pas en compte que dans la religion on touche à la vérité. À ce sujet, je dirais que le chrétien a la grande confiance fondamentale, ou mieux, la grande certitude fondamentale de pouvoir tranquillement prendre le large dans la vaste mer de la vérité, sans avoir à craindre pour son identité de chrétien. Certes, ce n’est pas nous qui possédons la vérité, mais c’est elle qui nous possède : le Christ qui est la Vérité nous a pris par la main, et sur le chemin de notre recherche passionnée de connaissance, nous savons que sa main nous tient fermement. Le fait d’être intérieurement soutenus par la main du Christ nous rend libres et en même temps assurés. Libres : si nous sommes soutenus par lui, nous pouvons ouvertement et sans peur, entrer dans tout dialogue. Assurés, nous le sommes, car le Christ ne nous abandonne pas, si nous ne nous détachons pas de lui. Unis à lui, nous sommes dans la lumière de la vérité.

 

A-Dieu Jacques Levrat

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Fév 252013
 

 

 

Jacques, Père Jacques, tu as été, pour moi et pour tant d’autres, une sacrée référence. Ton chemin ici bas a pris fin. Mais tu es là profondément en nous.

 

Un homme d’envergure comme toi, y en a-t-il beaucoup ? Tu as été un chercheur exigeant, travailleur et méticuleux. Et pourtant, en même temps, un proche. Souvent en vadrouille, tu étais pèlerin, toujours disposé à rendre visite, ici et ailleurs. Un homme de rencontre.  Tu prenais ta place mais pas toute la place. Car tu étais d’abord un homme d’écoute, écoute profonde. Tu étais attentif à tout ce qui est naissant. Tu étais vigilant au climat des échanges car tu avais le souci du respect de chacun. Tu savais envoyer X ou Y à ta place ou avec toi dans telle ou telle rencontre internationale. Tu étais toujours disponible à lire un article en voie de publication ou avant colloque, avec attention et bienveillance, à qui te le demandait. Car il y avait en toi de l’éducateur, celui qui a goût à faire grandir la pensée ou à accompagner l’apprenti, dans sa maturation, discrètement, délicatement (tu pesais tes mots) et avec compétence. Tu étais un marcheur, de haute montagne, habitué aux grandes exigences. Tu étais aussi (d’abord ?) un homme de contemplation et un chercheur de Dieu.

Ces différentes facettes en toi étaient devenues visibles car arrivées à maturité. Fruits de ton engagement, dans la fidélité et la durée. «  On a beaucoup d’amateurs » disais-tu. Tu n’étais pas un amateur ….

 

De ce que je sais de ton parcours, je voudrais témoigner sur deux points que je garderai de toi comme essentiels. Le premier concerne ton rapport à l’autre, à l’autre dans sa différence. La différence chez l’autre, de l’autre, tu la revendiquais comme une richesse, une chance, pour toi et pour chacun. Si on savait s’y prendre, si on savait la prendre correctement, en profondeur. Au moment où je t’ai connu, dans les années 90, lorsque tu m’as proposé de rentrer dans le GRIC, cela semblait « comme naturel » chez toi. Mais tu avais la soixantaine et c’était sans doute là, déjà, le fruit de tout un chemin. Le tien. Je pense à cette revue dans laquelle tu as beaucoup écrit et dont je reprends le titre « Chemins de dialogue ». Ta vie, je pense, il faut la comprendre comme un chemin où tu as laissé grandir en toi l’une des voûtes de ta vie : ton engagement dans le dialogue avec l’autre différent. Le sommet de ton chemin aura été de le vivre à Beni Mellal, à 67 ans, dans un nouveau projet, en quasi solitaire, dans un environnement pas vraiment facile. Marcheur en haute montagne tu étais et tu avais la foi pour escalader les sommets difficiles. Bravo, Jacques, et merci pour cette vie engagée.

Oui, ta vie a été un long chemin, faite d’étapes où tu as su faire grandir ta foi dans le dialogue, ta sérénité face aux différences. Ton regard s’est aiguisé, ton cœur est devenu grand, ton pied est devenu assuré. « Nous avons besoin de l’autre pour nous convertir ». Tu reprenais à ton compte les paroles de Michel de Certeau, l’une de tes références, auteur, notamment, d’un livre intitulé « L’étranger ou l’union dans la différence »,

Tout un chemin de vie. Tu en as vu un signe dès l’enfance. A l’âge mûr, tu pouvais te dire, nous dire, que la différence marquée entre les convictions religieuses de ta mère qui était « profondément croyante, catholique, traditionnelle, mais très profondément spirituelle » et celles de ton père que tu disais “plutôt sceptique au plan religieux”[1], eh bien, tu pouvais dire que ce fut: « une chance, car j’ai été amené à me poser des questions ». « C’est cette différence que j’ai éprouvé dès le début qui a stimulé ma réflexion, qui m’a obligé à avoir une foi personnelle, et, dans ce cadre-là, en pleine liberté, je pense, j’ai engagé ma vie sur des valeurs religieuses » ce que tu diras sur les antennes de la RTM, dans un entretien avec ton ami Abdelmajid Benjelloun[2]. Tu me disais que ce foyer premier de ton enfance t’a préparé, finalement, à être très à l’aise dans un milieu chrétien mais aussi très à l’aise dans un milieu non chrétien.

Tu n’as pas choisi de venir au Maroc pour dialoguer avec les musulmans. Non, tu as été envoyé à 33 ans, au Maroc pour être aumônier de la Paroisse universitaire. Auprès des coopérants, avec le Père Jean d’Alès. Pour tout le Maroc, Tanger compris. Deux nuits par semaine à Rabat et tout le reste, tu tournais dans le Maroc. Des enseignants (8 000 enseignants étrangers à l’époque), des médecins, chrétiens, dans l’enseignement et la santé publics marocains. Tous ces jeunes cadres étaient arrivés peu préparés à vivre au Maroc et dans un monde musulman. Ils n’étaient pas ou si peu encadrés et tu avais été envoyé au Maroc pour eux. Tu voyageais déjà, avec, dans ta valise, plein de bouquins à laisser à l’un, à l’autre.

Sans le savoir, tu faisais tes premiers pas dans ce qui allait advenir, ce qui serait ta vocation : engager tes connaissances intellectuelles et tes compétences humaines au service de la formation, intellectuelle et humaine, d’hommes et de femmes, tous (déjà) si différents. Des Français mais aussi tant d’autres nationalités européennes. Des catholiques, des protestants aussi, et même des non chrétiens. 1967, date de ton arrivée au Maroc, juste après Vatican II, commençaient les tout premiers pas de l’œcuménisme, les premiers pas du dialogue entrecatholiques, protestants, et autres branches du christianisme. Ce temps fut pour toi un temps de préparation. Tu disais : « Du côté de la tradition chrétienne, il y a depuis près d’un siècle un effort sérieux au niveau du dialogue entre chrétiens et c’est, pour moi, une des conditions et aussi une préparation pour le dialogue avec d’autres religions. …. »[3]. Tu ajoutais souvent : « pas de dialogue ‘ad extra’ s’il n’y a d’abord un dialogue ‘ad intra’ ».

La suite viendra aussi de l’une de tes intuitions. Tu t’imposes (tu choisis) une règle de vie: ne pas vivre de réunion avec les chrétiens du Maroc sans consacrer un mi temps à écouter des Marocains. Tu organises des journées, ici ou là, à Béni Mellal, à Fès, ailleurs, pour écouter, et faire écouter aux jeunes qui te sont confiés de «  très grands professeurs et intellectuels » que tu allais découvrir : notamment Mohamed.T. Benjelloun (premier agrégé marocain d’arabe et qui deviendra, plus tard, cofondateur avec toi du GRIC-Maroc), mais aussi Aziz Belal et tant d’autres. Aziz Belal te dira « Pour une fois que des Français demandent à des Marocains de parler. Je tiens à vous en remercier ». C’était les années 70. Avant le projet de La Source. « Ecouter, un lieu d’humilité », diras-tu.

Alors, je finirai ce point par cela : on associe souvent à Jacques le terme de dialogue[4]et même celui de dialogue interreligieux. Mais il me semble que ce qui te caractérise le plus est cette attitude duale que tu as creusée dans ta vie, entre rencontre et écoute. Je te cite : «  La présence de l’autre, d’une autre tradition religieuse, est stimulante ». « Pour moi, le dialogue – je n’aime pas beaucoup le mot de dialogue qui met la parole en premier – pour moi, le dialogue, c’est d’abord l’écoute, écouter l’autre de l’intérieur ».[5] Ecoute et dialogue existentiel, de la vie, des idées, spirituel. « Ca nous engage beaucoup plus » me disais-tu. « Parce que ça te fait bouger ».

Plus tard, lors de la dernière étape de ta vie, à Béni Mellal, même si tu avais privilégié depuis les années 80, le monde des Marocains – car tu n’aimais pas te disperser- tu as cependant ouvert ton écoute à une autre altérité : celle de la petite communauté chrétienne composée surtout des jeunes, en formation, étudiants et subsahariens. Oui, tu as été un homme d’écoute, à l’écoute de ce qui fait sens pour l’homme/humain.

Quant au dialogue interreligieux, tu t’y engageais avec prudence car tu savais combien « il est difficile d’aborder ensemble les textes religieux». Si tu acceptais de le faire dans le cadre du GRIC, c’est parce qu’il y a dans le GRIC une éthique du dialogue, en lien avec des valeurs qui sont inscrites dans la charte du GRIC et qui sont partagées par les chercheurs qui s’y engagent, chacun étant là à titre personnel, sans mandat d’aucune hiérarchie religieuse ou politique mais fidèle à sa foi et ouvert à l’autre.

Tu acceptais d’entrer dans le « dialogue entre croyants qui se respectent et se connaissent » et ce fut le cas avec ton ami Abdelmajid Benjelloun[6].

J’ajouterai que, dès ton arrivée au Maroc, tu as privilégié et consacré ton énergie à favoriser les rencontres, l’écoute et les échanges par le biais de la culture, « lieu où on peut se retrouver et partager beaucoup ». « Privilégier de dialoguer avec les musulmans dans la culture », sans en exclure la religion qui en est l’un des piliers. « Approcher l’islam à travers les romans maghrébins ». Importance pour toi des livres. Et de la bibliothèque, comme lieu de rencontre. 

 

Le 2ème point que je garderai de toi comme essentiel, il sera plus bref, à l’image de ta pudeur sur ce point même. Tu semblais infatigable. Mais c’est parce qu’il y avait des lieux, des temps, que tu préservais et qui s’appelaient « Silence ». Pour retrouver La Source au profond de soi, dans la lecture ou dans la prière. Car tu es un homme de contemplation : un chercheur de Dieu, disposé d’abord à Sa rencontre, là aussi écoute profonde.

Je garde en moi une de tes paroles : Jésus écoute et interroge. Il posait des questions à l’autre pour qu’il donne le sens de sa vie. Il a parlé avec autorité parce qu’il a écouté ». C’est en méditant la rencontre du Christ, par exemple avec la Samaritaine, que l’on peut apprendre du Christ comment écouter.

Ce qui fait ta force et aussi ce qui explique que tu as creusé un sillage et que tu es resté dans ce sillage qui devait être le tien, c’est que tu es exigeant sur le sens à donner à ta vie et que tu as su te préserver des temps de discernement, sous le regard de Dieu, car tu es aussi (d’abord) un homme de contemplation. Ta vie, si je me limite à celle au Maroc, s’est faite par étapes non pas séparées mais liées par un fil rouge, conducteur. Entre ces étapes, tu t’es pris des temps de coupure, temps de retraite, d’union à l’Autre au plus profond du silence, pour t’assurer de la suite de ton chemin.

1967 : Rabat/ Maroc. 6-7 ans, avec les coopérants.

1973-74 : tu pars à Goulmima, pour 8 mois, une prise de distance, avec Rabat et le monde des intellectuels, alors même qu’il t’est demandé d’accepter la charge de Vicaire Général

Charge que tu prendras en 1974 : Rabat, pour 6-7 ans.

En 1980, tu démissionnes en vue de créer La Source. Mais, avant, tu prends une année sabbatique (1980-1981) et pars un an pour un voyage d’étude à travers les pays musulmans, en passant aussi (séjour d’une semaine) à l’ermitage de l’Assekrem, ermitage de Charles de Foucauld, dans le sud de l’Algérie.

1981 : Rabat, à La Source, pour 19 ans. Et aussi, de 1995 à 2000, tu seras Vicaire Général du Père Hubert Michon, évêque de Rabat, avec qui tu auras un lien très fort. Mais, vers la fin de ce temps d’engagement, en été 1998, tu repars, cette fois pour 40 jours, dans l’ermitage de l’Assekrem[7].

En 2000, tu prends une année de réflexion, passée surtout à Fès, avant de t’engager dans cette proposition de l’un de tes amis : ouvrir un Centre culturel dans une zone démunie du Maroc. Tu pensais déjà à Béni-Mellal.

Fin 2001, tu t’installais à Béni-Mellal. Et ce sera pour 11 ans.

 

Nous aurions espéré t’accompagner lors de tes dernières semaines. Tu as quitté le Maroc le lendemain du week-end de l’Aid el Kebir, avec ta sœur, pour une prise en charge médicale, et tu nous disais que c’était un aller sans doute sans retour. Lucide, jusqu’au bout. Nous aurions aimé que tu nous reviennes de ce dernier séjour à Lyon. Nous aurions aimé aussi que tu reposes en terre marocaine, qui est la tienne,  comme tu l’avais d’ailleurs souhaité. Mais, là encore, lorsque tu as compris que la fin était proche, tu as dit de faire dans la simplicité. Choix sans doute déchirant pour toi. Mais qui est à ton image : aller à l’essentiel. Tu as été inhumé à Lyon. Notre cœur souhaite maintenant – et il semble que cela est aussi l’un de tes souhaits- qu’une croix soit mise prochainement dans un cimetière chrétien du Maroc, de Beni Mellal ou de Rabat. En trace de toi et de ta vie donnée. Ici.

 

Je te renverrai bien, Jacques, comme en écho, ces paroles que tu nous as fait transmettre par le mail de Vincent Feroldi, dernières paroles que tu lui as demandé de transmettre à tes amis du Maroc, « A Dieu et merci pour tout ce que nous avons vécu ensemble ».

Merci aussi pour tout ce que tu as laissé grandir en toi, pour ce que tu as réveillé et ce que tu as laissé en nous, en chacun de nous.

  1. [1] Les phrases en italiques sont toutes de Jacques Levrat. Ici, p. 102, dans Approches, Al Asas, 1999. La plupart des citations pour lesquelles je n’ai pas donné de précisions sur la source sont extraites d’un entretien que j’ai eu avec lui, en présence de François Devalière, lors d’un WE passé chez lui à Béni Mellal, le 9-10 juin 2007.
  2. [2]Approches, Al Asas, 1999, p. 101-113.
  3. [3] Op. Cit. p. 109.
  4. [4] Du dialogue. 1ère édition, 1993, Horizon méditerranéens, Casablanca ;2ème version, 2003, version allégée, La force du dialogue, éditions MARSAM, Rabat ; 3ème édition : Dynamique de la rencontre, une approche anthropologique du dialogue, L’Harmattan, 1999
  5. [5] Op. Cit. p. 108.
  6. [6]             Dialogue entre croyants, échanges épistolaires, entre Jacques et Abdelmajid Benjelloun. L’Harmattan, 2009.
  7. [7] Op. Cit. p. 94-98.

Conseil interreligieux du Nigeria

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Fév 202013
 

Le Conseil interreligieux du Nigeria (Nirec) a exprimé son inquiétude face à la perte de vies humaines et de biens, causée par des actes de terrorisme, l’intolérance religieuse, les conflits intercommunautaires et le vandalisme, dans une déclaration publiée lundi 18 février par l’agence de presse du Nigeria (NAN) et reprise par le quotidien nigérian Daily Trust.

Pour le conseil, composé de 25 chrétiens et 25 musulmans et qui a tenu sa première réunion trimestrielle de 2013 à Uyo, capitale de l’État d’Akwa Ibom (sud-est du Nigeria), le caractère sacré de la vie humaine doit être protégée à tout moment.

La flambée de la violence politique, associée à la pauvreté, au sous-développement et au partage inégale des ressources provoque les troubles religieux fréquents dans le pays. Le texte, signé par les deux coprésidents du Nirec, le sultan de Sokoto, Alhaji Sa’ad Abubaka, et le pasteur Ayodele Oritsejafor, président de l’Association chrétienne du Nigeria (CAN), ainsi que par le coordonnateur national du Nirec, le professeur Is-haq Oloyede, appelle donc à « l’équité et à la justice comme base pour la paix dans toute la société ».

Les responsables du Nirec exhortent par ailleurs l’Assemblée nationale à faire prévaloir l’intérêt national dans la révision constitutionnelle en cours, et dans l’adoption des lois, garantissant la liberté de circulation des citoyens dans le pays. Ils dénoncent le « rythme croissant » de la corruption dans le pays et réclament la mise en place de stratégies permettant de punir les personnes corrompues.

Ils suggèrent également au gouvernement et au secteur privé de créer plus d’emplois pour les jeunes, afin de réduire la pauvreté dans le pays.

Apic