Gric International

Emotion commune à Tibhirine

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Juil 102012
 

Avec quelques proches dont le secrétaire général du GRIC, le Président du Conseil Régional du Culte Musulman (CRCM) de la région Rhône-Alpes, Monsieur Azzedine Gaci, et le Cardinal Archevêque de Lyon, Monseigneur Philippe Barbarin, sont montés au monastère de Tibhirine, lors d’un voyage d’amitié en Algérie (17-21 février 2007)…

Mardi 20 février 2007… La pluie de la veille a lavé le ciel et un doux soleil d’hiver illumine l’Atlas. Les champs verdissent avec éclat et les premiers arbres en fleurs manifestent la vie jaillissante.

Partis de bon matin sous la protection d’une forte escorte, la délégation lyonnaise se prépare à vivre le “sommet” de son voyage. Dans l’autocar, certains relisent des textes de Frère Christian ou de Frère Christophe. D’autres récitent des sourates du Coran. Quelques-uns contemplent le paysage et méditent. Le père Thierry Becker raconte à certains le récit dramatique de l’enlèvement des sept moines ; il se trouvait, lui aussi, au monastère, cette fameuse nuit.

A quelques kilomètres de Timzguida, le bus s’arrête. Mgr Henri Teissier, archevêque d’Alger, évoque le massacre de douze ouvriers croates, peu avant Noël, avant que les pèlerins, chrétiens et musulmans, prient pour que tous soient habités de douceur et non de violence.

Vers 10h, tous arrivent au monastère de Tibhirine où les attendent les officiels, des imams et des habitants de la région. Après les salutations, tous se dirigent vers le cimetière, situé en contrebas du monastère. C’est une petite clairière entourée de cyprès où le silence n’est uniquement rompu que par les chants des oiseaux et par le clapotement de l’eau d’une source proche. Au sol, sept petits monticules de terre, les tombes des sept moines assassinés par des terroristes islamiques le 21 mai 1996 dont les prénoms figurent sur de petites plaques en marbre.

Revêtu de sa gandoura d’imam, Azzedine Gaci se penche et caresse d’une main blême la plaque de marbre blanc qui marque la sépulture de terre de Frère Luc. A ses côtés, Mgr Philippe Barbarin, en soutane noire et ceinture rouge, partage l’émotion du jeune représentant des musulmans de Rhône-Alpes.

Chrétiens, musulmans, personnalités locales, tous écoutent le père Teissier évoquer ce que fut la vie au monastère, avant que soient lus un poème de Frère Christophe et un extrait de l’Evangile de Jean au chapitre 13.

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Assez de sang et de larmes au Proche-Orient !

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Juil 102012
 

Des présidents et responsables de divers mouvements et organismes en appelent aux gouvernements des nations, pour qu’ils relèvent ce défi majeur de notre temps…

Nous, présidents et responsables des mouvements et organismes soussignés, préoccupés de la situation du Proche-Orient, bouleversés par les événements récents survenus dans la bande de Gaza, nous tenons à le dire haut et clair :

Nous en avons assez

Assez des larmes infligées et du sang innocent versé sur une terre où depuis si longtemps déjà retentit un message de paix, de justice et d’amour.

Assez d’une guerre qui n’en finit pas pour la seule raison que ceux qui auraient le pouvoir d’y mettre fin ne le désirent pas avec l’ardeur nécessaire à la construction de la paix.

Assez que la vie des enfants dépende de la fiabilité et de la précision des outils de destruction et de mort qui sont entre les mains des Etats.

Assez de l’hypocrisie largement partagée permettant aux décideurs de s’exonérer de leur responsabilité de mettre un terme à ce qui est devenu un déni d’humanité caractérisé.

Assez des dérobades, des faux-fuyants, des arguments de circonstance avec lesquels la communauté internationale justifie ses postures résignées face à une situation dramatique portant en germe des tensions qui menacent la paix du monde.

Assez de voir triompher des choix de vengeance, de haine et de division dont seuls notre aveuglement et nos parti pris nous empêchent de comprendre que leurs effets ont des retombées dans nos propres sociétés.

Assez de laisser mettre à mal sans réagir le bien commun, au service duquel devrait être inlassablement tout homme de bonne volonté.

Nous en appelons aux gouvernements des nations

Nous savons à quel point la résolution du conflit qui détruit l’avenir des peuples d’Israël et de Palestine relève de l’initiative politique. C’est pourquoi nous en appelons aux gouvernements des nations, pour qu’ils relèvent ce défi majeur de notre temps.

Nous demandons que soit réunie dans les plus brefs délais une Conférence Internationale qui aurait pour objectif de mettre fin à ce conflit, en rendant effective l’existence des deux états d’Israël et de Palestine.

Nous avons la conviction que la paix et la sécurité de tous sont à ce prix. Nous adjurons nos responsables politiques de prendre sans tarder, dans le concert international, une initiative ambitieuse et porteuse de réels espoirs et avancées dans ce sens.

Nous savons que sur le terrain beaucoup de groupes et d’organisations oeuvrent déjà dans ce sens par des initiatives qui sont l’honneur de notre humanité. Nous les saluons avec respect et espérance. Avec eux nous voulons être la voix de ceux dont la parole n’est ni entendue ni acceptée. Nous attendons de tous les médias qu’ils fassent mieux connaître ces actions et leurs promoteurs et contribuent ainsi à une véritable culture de la paix.

Il n’est plus temps de tergiverser. Tout retard à agir rend passibles ceux qui ont le pouvoir de le faire de non-assistance à humanité en danger. Nous sommes à l’heure où à chacun la question est posée : « Qu’as-tu fait de ton frère ? ».

Le 24 novembre 2006

Marc ZARROUATI, Président de l’Action des Chrétiens pour l’Abolition de la Torture

Patrick PEUGEOT, Président de la CIMADE – Service œcuménique d’entraide

Père Luc CREPY, Président de la Conférence des Supérieurs Majeurs de France

Soeur Monique GUGENBERGER, Présidente de la Conférence française des Supérieures Majeures

Ghaleb BENCHEIKH, Président de la Conférence Mondiale des Religions pour la paix – section française

Joël THOMAS, Président du Comité Catholique contre la Faim et pour le Développement

Gérard TESTARD, Président de Fondacio

Thérèse LEBRUN, Président-Recteur de l’Université Catholique de Lille

Pierre DEBERGÉ, Recteur de l’Institut Catholique de Toulouse

Monseigneur Jean-Pierre GRALLET, Président de Justice et Paix

Pasteur Yves POULAIN et Maria BIEDRAWIA, Co-Présidents du Mouvement International pour la Réconciliation

Monseigneur Yves PATENOTRE, Prélat de la Mission de France

Monseigneur Marc STENGER, Président de Pax Christi France

Jean-Pierre RICHER, Président du Secours Catholique – Caritas France

Michel CAMDESSUS, Président des Semaines Sociales de France

Hmida ENNAIFER et Piet HORSTEN, Co-présidents du Groupe de recherches islamo-chrétien

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Après avoir pris connaissance de cet Appel, si vous voulez témoigner votre soutien, vous pouvez le faire en vous connectant sur le site http://paxchristi.cef.fr. Pax Christi recueillera ces signatures jusqu’à Noël et les fera parvenir aux responsables politiques en appui de cette démarche.

Dossier : le voyage du Pape en Turquie et le dialogue islamo-chrétien

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Juil 102012
 

Du 28 novembre au 1er décembre 2006, Benoît XVI a effectué un voyage en Turquie pour rencontrer le patriarche orthodoxe de Constantinople et les fidèles catholiques de Turquie. Il a également eu l’occasion de s’exprimer sur sa conception du dialogue islamo-chrétien.

Premier jour

CITE DU VATICAN, 28 NOV 2006 (VIS). Benoît XVI a quitté Rome à 9 h 20’ et l’avion papal a atterri à Ankara à midi(heure de Rome), la capitale turque. Ainsi a débuté le cinquième voyage apostolique international du Saint-Père.

Dans l’avion, il a souligné devant les journalistes l’accompagnant qu’il s’agit d’un voyage pastoral et non politique, dont le but est le dialogue et un engagement commun en faveur de la paix.

A sa descente d’avion le Pape a été accueilli par le Premier Ministre turc, M.Recep Tayyip Erdogan, le Gouverneur régional, le Commandant militaire et le Maire de cette ville qui comptent aujourd’hui 5 millions d’habitants. Et à leurs côtés par Mgr.Ruggero Franceschini, Archevêque catholique d’Izmir et Président de la Conférence épiscopale de Turquie.

Aussitôt après, Benoît XVI a gagné un salon où il s’est entretenu durant vingt minutes avec le chef du gouvernement.

Après ce bref entretien, il a gagné en voiture le mausolée d’Atatürk, situé à 45 km de la capitale. Construit entre 1944 et 1953, le monument abrite la tombe de Mustafa Kemal surnommé Atatürk (le père des turcs), fondateur et premier Président de la République turque (1923-1938). On accède au monument inspiré du temple grec classique, intérieurement décoré de marbre vert et de mosaïques dorées, par un grand escalier.

A 15 h locales, Benoît XVI a été reçu au palais présidentiel par M.Ahmet Necdet Sezer, le chef de l’état turc, avant de s’entretenir avec un des deux Vice-Premiers Ministres.

Plus avant est prévu son entretien avec M.Ali Bardakoglu, le membre du gouvernement en charge des affaires religieuses.

La Turquie compte 72 millions d’habitants dont 99,8 % sont musulmans et 0,2 % chrétiens (greco-orthodoxes, syro-orthodoxes, arméniens, protestants et catholiques. Il y a également une petite communauté juive.

Les catholiques sont environ 32.000 soit 0,04 % de la population et la Conférence épiscopale compte six évêques. L’Eglise catholique dispose en Turquie de 47 paroisses, 68 prêtres, 98 religieuses et religieux, 4 diacres, 5 grands séminaristes et 28 catéchistes

Discours au président turc pour les affaires religieuses

Discours au corps diplomatique

Deuxième jour

Le pape Benoît XVI a lancé un nouvel appel pour “la paix et la réconciliation” en Terre sainte, la terre des chrétiens, des juifs et des musulmans, au sanctuaire marial d’Ephèse, seconde étape de son voyage en Turquie. “Depuis cette rive de la péninsule Anatolienne, pont naturel entre les continents, invoquons la paix et la réconciliation, surtout pour ceux qui habitent dans la Terre que nous appelons ‘sainte’, et qui est tenue comme telle autant par les chrétiens que par les juifs et les musulmans“, a déclaré Benoît XVI devant les fidèles. La Terre sainte, a-t-il ajouté, “est la terre d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, destinée à accueillir les bénédictions d’un peuple qui devienne une bénédiction pour le monde“.

“Paix pour l’humanité entière !“, a aussi lancé le pape, avant de souhaiter “que la prophétie d’Isaïe puisse rapidement se réaliser“, citant ainsi certains versets bibliques du prophète “Ils briseront leurs épées pour en faire des socs et leurs lances pour en faire des serpes. On ne lèvera plus l’épée nation contre nation, on n’apprendra plus à faire la guerre“.

Notant que tous ont “besoin de cette paix universelle“, Benoît XVI a souligné que l’Eglise était “appelée à être non seulement l’annonciatrice prophétique de cette paix, mais plus encore a en être ‘le signe et l’instrument’“. “Dans cette perspective de pacification universelle, a expliqué le pape, le désir de la peine communion et de concorde entre tous les chrétiens devient plus profond et intense“.

Au cours de l’homélie prononcée en italien à Ephèse, Benoît XVI a aussi évoqué “la maternité divine de Marie“, rappelant que ce “mystère“ avait été “solennellement confessé et proclamé“ lors du premier Concile œcuménique d’Ephèse, en 431. Il a noté que Marie était “aussi aimée et vénérée par les musulmans“. Cependant, il n’a pas mentionné le culte local selon lequel la Vierge Marie, venue vivre à Ephèse avec saint Jean l’évangéliste – dont la tombe se trouve à quelques km de là -, y serait morte.

Devant les fidèles, Benoît XVI a confié qu’il avait voulu, avec ce voyage, “faire sentir non seulement (son) amour et (sa) proximité spirituelle mais ceux aussi de l’Eglise universelle à l’égard de la communauté chrétienne qui, ici, en Turquie, est réellement une petite minorité et fait face chaque jour à de nombreux défis et difficultés“. Devant les catholiques vivant en Turquie, le pape a aussi évoqué “le beau témoignage du prêtre romain Don Andrea Santoro“, prêtre italien assassiné en février dernier dans la ville turque de Trébizonde.

En milieu d’après-midi, il s’est rendu à Istanbul, dernière ville étape de son séjour en Turquie. Il y a été accueilli par le patriarche de Constantinople, Bartholomé Ier. Les deux hommes se sont rendu au siège du patriarcat, le Phanar, pour un temps de prière et une rencontre en privé.

Homélie à Ephèse

Allocution du patriarche oecuménique

Troisième jour

Benoît XVI a assisté à la divine liturgie célébrée dans l’église patriarcale St.Georges du Patriarcat oecuménique de Constantinople. Le Saint-Père et le Patriarche œcuménique ont signé une déclaration commune.

Homélie du patriarche

Discours du pape

Déclaration commune

Benoît XVI a visité le musée de Sainte Sophie et la Mosquée Bleue, la plus grande d’Istanbul avant de rencontrer SB Mesrob II, Patriarche apostolique arménien d’Istanbul, SB Filuksinos Yusuf Cetin, Métropolite syro-orthodoxe, et le Grand Rabbin de Turquie, M.Isak Haleva.

La visite de Benoît XVI à la mosquée ‘bleue’ est la deuxième d’un pape dans un lieu de culte musulman. En 2001, Jean Paul II (1978-2005) s’était rendu à la mosquée des Omeyyades à Damas. “Ce serait un beau geste de la part du pape“, avait commenté le vicaire apostolique à Istanbul, Mgr Georges Marovitch, en attendant la confirmation officielle du Saint-Siège. Les évêques catholiques de Turquie ont toujours souhaité cette visite du pape dans une mosquée.

Quatrième jour

Benoît XVI a lâché quatre colombes en signe de paix avant de célébrer l’Eucharistie dans la Cathédrale du Saint-Esprit à Istanbul.

Homélie du pape du 1er décembre 2006

Conclusion : Analyse du voyage par le pape (6 décembre 2006)

Documents joints

 

Naissance de Jésus dans les Evangiles et le Coran

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Juil 102012
 

Voici les principaux textes évoquant la naissance de Jésus dans les Evangiles (Luc et Matthieu) et dans le Coran (Sourate 19 et 3)

Naissance de Jésus dans l’Évangile

(traduction œcuménique de la Bible (TOB))

L’annonce de l’ange à Marie (Luc 1, 26-37)

Le sixième mois, l’ange Gabriel fut envoyé par Dieu dans une ville de Galilée du nom de Nazareth, à une jeune fille accordée en mariage à un homme nommé Joseph, de la famille de David ; cette jeune fille s’appelait Marie. L’ange entra auprès d’elle et lui dit : ” Sois joyeuse, toi qui as la faveur de Dieu, le Seigneur est avec toi. ” A ces mots, elle fut très troublée, et elle se demandait ce que pouvait signifier cette salutation. L’ange lui dit : ” Sois sans crainte, Marie, car tu as trouvé grâce auprès de Dieu. Voici que tu vas être enceinte, tu enfanteras un fils et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé Fils du Très-Haut. Le Seigneur Dieu lui donnera le trône de David son père ; il régnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n’aura pas de fin. ” Marie dit à l’ange : ” Comment cela se fera-t-il puisque je n’ai pas de relations conjugales ? ” L’ange lui répondit : ” L’Esprit Saint viendra sur toi et la puissance du Très-Haut te couvrira de son ombre ; c’est pourquoi celui qui va naître sera saint et sera appelé Fils de Dieu. Et voici que Élisabeth, ta parente, est elle aussi enceinte d’un fils dans sa vieillesse et elle en est à son sixième mois, elle qu’on appelait la stérile, car rien n’est impossible à Dieu. ” Marie dit alors : ” Je suis la servante du Seigneur. Que tout se passe pour moi comme tu me l’as dit ! ” Et l’ange la quitta.

Visitation de Marie à sa cousine Elisabeth (enceinte de Jean-Baptiste) (1, 39-56)

En ce temps-là, Marie partit en hâte pour se rendre dans le haut pays, dans une ville de Juda. Elle entra dans la maison de Zacharie et salua Élisabeth. Or, lorsqu’Élisabeth entendit la salutation de Marie, l’enfant bondit dans son sein et Élisabeth fut remplie du Saint Esprit. Elle poussa un grand cri et dit : ” Tu es bénie plus que toutes les femmes, béni aussi est le fruit de ton sein ! Comment m’est-il donné que vienne à moi la mère de mon Seigneur ? Car lorsque ta salutation a retenti à mes oreilles, voici que l’enfant a bondi d’allégresse en mon sein. Bienheureuse celle qui a cru : ce qui lui a été dit de la part du Seigneur s’accomplira ! “

 

Alors Marie dit : ” Mon âme exalte le Seigneur et mon esprit s’est rempli d’allégresse à cause de Dieu, mon Sauveur, parce qu’il a porté son regard sur son humble servante. Oui, désormais, toutes les générations me proclameront bienheureuse, parce que le Tout Puissant a fait pour moi de grandes choses : saint est son Nom. Sa bonté s’étend de génération en génération sur ceux qui le craignent. Il est intervenu de toute la force de son bras ; il a dispersé les hommes à la pensée orgueilleuse ; il a jeté les puissants à bas de leurs trônes et il a élevé les humbles ; les affamés, il les a comblés de biens et les riches, il les a renvoyés les mains vides. Il est venu en aide à Israël son serviteur en souvenir de sa bonté, comme il l’avait dit à nos pères, en faveur d’Abraham et de sa descendance pour toujours. ” Marie demeura avec Élisabeth environ trois mois, puis elle retourna chez elle.

Naissance de Jésus (Luc 2, 1-20)

Or, en ce temps-là, parut un décret de César Auguste pour faire recenser le monde entier. Ce premier recensement eut lieu à l’époque où Quirinius était gouverneur de Syrie. Tous allaient se faire recenser, chacun dans sa propre ville ; Joseph aussi monta de la ville de Nazareth en Galilée à la ville de David qui s’appelle Bethléem en Judée, parce qu’il était de la famille et de la descendance de David, pour se faire recenser avec Marie son épouse, qui était enceinte. Or, pendant qu’ils étaient là, le jour où elle devait accoucher arriva ; elle accoucha de son fils premier-né, l’emmaillota et le déposa dans une mangeoire, parce qu’il n’y avait pas de place pour eux dans la salle d’hôtes. Il y avait dans le même pays des bergers qui vivaient aux champs et montaient la garde pendant la nuit auprès de leur troupeau. Un ange du Seigneur se présenta devant eux, la gloire du Seigneur les enveloppa de lumière et ils furent saisis d’une grande crainte. L’ange leur dit : ” Soyez sans crainte, car voici, je viens vous annoncer une bonne nouvelle, qui sera une grande joie pour tout le peuple : Il vous est né aujourd’hui, dans la ville de David, un Sauveur qui est le Christ Seigneur ; et voici le signe qui vous est donné : vous trouverez un nouveau-né emmailloté et couché dans une mangeoire. ” Tout à coup il y eut avec l’ange l’armée céleste en masse qui chantait les louanges de Dieu et disait : ” Gloire à Dieu au plus haut des cieux et sur la terre paix pour ses bien-aimés. ” Or, quand les anges les eurent quittés pour le ciel, les bergers se dirent entre eux : ” Allons donc jusqu’à Bethléem et voyons ce qui est arrivé, ce que le Seigneur nous a fait connaître. ” Ils y allèrent en hâte et trouvèrent Marie, Joseph et le nouveau-né couché dans la mangeoire. 17 Après avoir vu, ils firent connaître ce qui leur avait été dit au sujet de cet enfant. Et tous ceux qui les entendirent furent étonnés de ce que leur disaient les bergers. Quant à Marie, elle retenait tous ces événements en en cherchant le sens. Puis les bergers s’en retournèrent, chantant la gloire et les louanges de Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu, en accord avec ce qui leur avait été annoncé.

La visite des mages (Matthieu 2, 1-12)

Jésus étant né à Bethléem de Judée, au temps du roi Hérode, voici que des mages venus d’Orient arrivèrent à Jérusalem et demandèrent : ” Où est le roi des Juifs qui vient de naître ? Nous avons vu son astre à l’Orient et nous sommes venus lui rendre hommage. ” A cette nouvelle, le roi Hérode fut troublé, et tout Jérusalem avec lui. Il assembla tous les grands prêtres et les scribes du peuple, et s’enquit auprès d’eux du lieu où le Messie devait naître. ” A Bethléem de Judée, lui dirent-ils, car c’est ce qui est écrit par le prophète : Et toi, Bethléem, terre de Juda, tu n’es certes pas le plus petit des chefs-lieux de Juda : car c’est de toi que sortira le chef qui fera paître Israël, mon peuple. ” Alors Hérode fit appeler secrètement les mages, se fit préciser par eux l’époque à laquelle l’astre apparaissait, 8 et les envoya à Bethléem en disant : ” Allez vous renseigner avec précision sur l’enfant ; et, quand vous l’aurez trouvé, avertissez-moi pour que, moi aussi, j’aille lui rendre hommage. ” Sur ces paroles du roi, ils se mirent en route ; et voici que l’astre, qu’ils avaient vu à l’Orient, avançait devant eux jusqu’à ce qu’il vînt s’arrêter au-dessus de l’endroit où était l’enfant. A la vue de l’astre, ils éprouvèrent une très grande joie. Entrant dans la maison, ils virent l’enfant avec Marie, sa mère, et, se prosternant, ils lui rendirent hommage ; ouvrant leurs coffrets, ils lui offrirent en présent de l’or, de l’encens et de la myrrhe. Puis, divinement avertis en songe de ne pas retourner auprès d’Hérode, ils se retirèrent dans leur pays par un autre chemin.

Naissance de Jésus dans le Coran

Sourate 19, 16-35(traduction Blachère)

“Et, dans l’Écriture, mentionne Marie quand elle se retira de sa famille en un lieu oriental et qu’elle disposa un voile en deçà d’eux. Nous lui envoyâmes Notre Esprit et il s’offrit à elle [sous la forme] d’un mortel accompli. “Je me réfugie dans le Bienfaiteur, contre toi”, dit [Marie]. “Puisses-tu être pieux !” – “Je ne suis”, répondit-il, “que l’émissaire de ton Seigneur, [venu] pour que je te donne un garçon pur.” – “Comment aurais-je un garçon”, demanda-t-elle, “alors que nul mortel ne m’a touchée et que je ne suis point femme ?” – “Ainsi sera-t-il”, dit [l’Ange]. “Ton Seigneur a dit : Cela est pour Moi facile et Nous ferons certes de lui un signe pour les gens et une grâce (rahma) [venue] de Nous : c’est affaire décrétée.” Elle devint enceinte de l’enfant et se retira avec lui dans un lieu éloigné. Les douleurs la surprirent près du stipe du palmier. “Plût au ciel”, s’écria-t-elle, “que je fusse morte avant cet instant et que je fusse totalement oubliée !” [Mais] l’enfant qui était à ses pieds lui parla : “Ne t’attriste pas ! Ton Seigneur a mis à tes pieds un ruisseau. Secoue vers toi le stipe du palmier : tu feras tomber sur toi des dattes fraîches et mûres. Mange et bois et que ton oeil se sèche ! Dès que tu verras quelque mortel, dis : “Je voue au Seigneur un jeûne et ne parlerai aujourd’hui à aucun humain !” Elle vint donc aux siens, portant [l’enfant].
- “O Marie !”, dirent-ils, “tu as accompli une chose monstrueuse ! O soeur d’Aaron ! ton père n’était pas un père indigne ni ta mère une prostituée !” Marie fit un signe vers [l’Enfant].
- “Comment”, dirent-ils, parlerions-nous à un enfançon qui est au berceau ?” Mais [l’enfant] dit : “Je suis serviteur d’Allah. Il m’a donné l’Écriture et m’a fait Prophète ! Il m’a béni où que je sois et m’a recommandé la Prière et l’Aumône tant que je resterai vivant, ainsi que la bonté envers ma mère. Il ne m’a fait ni violent ni malheureux. Que le salut soit sur moi le jour où je naquis, le jour où je mourrai et le jour où je serai rappelé vivant !” Celui-là est Jésus fils de Marie. Parole de vérité qu’ils révoquent en doute ! Il n’était pas séant à Allah de prendre quelque enfant. Gloire à Lui ! Quand Il décide quelque chose, Il dit seulement : “Sois !” et elle est.”

Sourate 3, 42-51 (traduction Blachère)

Et [rappelle] quand les Anges dirent : “O Marie !, Allah t’a choisie et purifiée. Il t’a choisie sur [toutes] les femmes de ce monde. O Marie !, sois en oraison devant ton Seigneur ! Prosterne-toi et incline-toi avec ceux qui s’inclinent !” Ceci fait partie des récits (’anbâ’) de l’Inconnaissable que Nous te révélons car tu n’étais point parmi eux [Prophète !], quand ils jetaient leurs calames [pour savoir] qui d’entre eux se chargerait de Marie ; tu n’étais point parmi eux quand ils se disputaient. [Rappelle] quand les Anges dirent : “O Marie !, Allah t’annonce un Verbe [émanant] de Lui, dont le nom est le Messie, Jésus fils de Marie, [qui sera] illustre dans la [Vie] Immédiate et Dernière et parmi les Proches [du Seigneur]. Il parlera aux Hommes, au berceau, comme un vieillard, et il sera parmi les Saints.”
- “Seigneur !”, répondit [Marie], “comment aurais-je un enfant alors que nul mortel ne m’a touchée ?”
- “Ainsi”, répondit-Il (sic), “Allah crée ce qu’Il veut. Quand Il décrète une affaire, Il dit seulement à son propos : “Sois !” et elle est.” [Allah] lui enseignera l’Écriture, la Sagesse, la Thora et l’Évangile. “…Et [j’ai été envoyé] comme Apôtre aux Fils d’Israël, disant : “Je viens à vous avec un signe de votre Seigneur. Je vais, pour vous, créer d’argile une manière d’oiseaux ; j’y insufflerai [la vie] et ce seront des oiseaux, avec la permission d’Allah. Je guérirai le muet et le lépreux. Je ferai revivre les morts, avec la permission d’Allah. Je vous aviserai de ce que vous mangez et de ce que vous amassez dans vos demeures. En vérité, en cela, est certes un signe pour vous, si vous êtes croyants. [Je suis envoyé] déclarant véridique ce qui a été donné avant moi, de la Torah, afin de déclarer pour vous licite une partie de ce qui avait été pour vous déclaré illicite. Je suis venu à vous avec un signe de votre Seigneur. Soyez pieux envers Allah et obéissez-moi ! Allah est mon Seigneur et votre Seigneur. Adorez-Le donc ! C’est une voie droite.”

“Il faut récupérer le débat authentique : la rencontre entre la foi et la raison”

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Juil 102012
 

Comment évaluez-vous le discours que Benoît XVI a effectué en Ratisbonne ? N’a-t-on pas pris un fragment comme étant la position officielle de l’Église face à l’Islam ? Le sujet du discours n’a pas été le jihad ni l’Islam, mais celui de “la foi, la raison et l’université” comme le Pape l’a lui-même intitulé. Le Pape a voulu “situer le dialogue sur le plan de la raison” comme le père Samir Khalil l’indique dans ses articles. Le débat authentique – comme Tariq Ramadán l’a écrit – a été “le sujet de la foi et la raison dans la tradition rationaliste grecque et la religion chrétienne”. À mon avis, ce sujet est dans le fonds de la définition de l’identité européenne, ainsi que dans l’effort de rénovation théologique dans lequel l’Islam doit être compromis avec un effort sans cesse renouvelé. La position officielle de l’Église face à l’Islam, comme le porte-parole du Vatican et le Pape lui-même l’ont suffisamment répété dans les jours qui ont suivi la conférence, est celle d’une grande estime et d’un profond respect.

Y a-t-il de réels motifs pour expliquer les réactions d’opposition à ce discours ? Ce sont des réactions disproportionnées mais que l’on peut expliquer en partie. Il y a le sentiment de frustration que des populations entières ont accumulé devant l’injustice des gouvernements occidentaux. Le rôle d’une certaine presse n’a pas beaucoup aidée, car elle a agi comme de l’essence jetée sur le feu. Sur un site comme www.davidwarreonline.com, certains ont dénoncé ces groupes que manipulent ce type de crise, en donnant libre cours à des populations mécontentes “à propos des caricatures danoises ou des mots du Pontife” (Tariq Ramadán). Il est possible que dans le livre de T. Khory, cité indirectement par le Pape, il y ait quelques ambiguïtés. De plus, à la suite de deux membres du GRIC de Paris, remarquons qu’il apparaît que la sourate 2.256 n’est pas de la période initiale mais de la période de Medina, comme l’a très bien signalé Jean-Marie Gaudeul, et que l’opinion d’Ibn Hazm n’est pas suffisamment représentative de la théologie musulmane, comme Henri de la Hougue le souligne. Mais j’ai l’impression qu’il ne serait pas bon que ces désajustements donnent libre cours à une littérature apologétique inféconde et ennuyeuse. Ainsi, par exemple, par quelques auteurs chrétiens, on peut renforcer l’impression que le christianisme est la religion de la raison, tandis que l’Islam est la religion du jihad. Aussi, avec justice, les musulmans citeront pour leur rationalisme l’exemple des Mútazilites et des Falàsifa médiévaux, mais peut-être avec un idéalisme excessif en ce qui concerne la coexistence andalouse. Mais, d’une part, il y a peut être “l’ignorance totale du fait islamique” du côté chrétien dénoncé par Ghaleb Bencheikh (Le Watan, Algérie). Mais, d’autre part, une livraison facile de tout signe n’est pas non plus raisonnable devant les positions extrémistes. En tout cas, il n’est pas souhaitable que ce croisement d’accusations vienne réactiver un débat de caractère polémique qui ne contribue pas au sérieux du dialogue. Il faut recentrer le débat authentique : le lieu entre raison et foi. La réponse n’est pas l’exclusion ni la réduction mais le mot et la raison. Comme le Pape lui-même l’a dit, la violence n’est pas le propre de la religion (chrétienne ou musulmane) mais la preuve d’absence de raison.

Faut-il inscrire les manifestations du Pape dans un désir de situer la raison dans le centre du dialogue interreligieux ? Tout dialogue l’est, précisément, parce qu’il utilise la raison (dia-logues) ? En effet, il n’est pas prouvé que l’Islam n’ait “aucun type de relation avec la raison” Ceci, – comme T Ramadán l’affirme- serait offensant et donnerait l’impression que le Pape n’aime pas des musulmans, ce qui est de toute évidence faux. Mais souhaitable est d’examiner, avec “clarté”, quelle type de relation a dans l’Islam la foi avec la raison. Peut-être Khoury accentua trop la pénétration de Dieu dans l’Islam. L’image suggestive de Ramón Llull pour qui la foi flotte au-dessus de la raison comme “l’huile dans l’eau” nous rappelle l’importance d’examiner de quelle manière on met en rapport la foi avec la raison. Une manière accordée ou juxtaposée de la raison et de la foi est celle qui, selon le discours du Pape, existe dans tout “volontarisme” européen ou américain, précisément à cause d’un processus progressif de dé-hellénisation. L’étude sur la perte de l’harmonie entre la foi et la raison en Europe, et non seulement l’existence de ces deux éléments, a fait partie des analyses de beaucoup d’Arabisants. Penser que tout ceci est de l’ordre d’un débat philosophique ennuyeux est le grand problème occidental, puisque sa fatigue spirituelle le rend myope et banal devant ce qui est essentiel. Mohamed Arkoun, entre autres, a souligné l’importance de la médiation philosophique et pluridisciplinaire dans la critique de ce qu’il appelle “la raison transcendantalisée” propre de la raison islamique. Dans les antipodes de cette proposition se trouve la lettre adressée au Pape par l’Assemblée Islamique de l’Espagne (www.webislam.com). Mais, au moins, elle détecte le noyau du débat suscité quand elle souligne que “restituer le Nouveau Testament à l’étude grecque accentuerait les extraordinaires similitudes de Jésus avec l’Islam”. En marge de mon désaccord avec cette position, il est certain qu’en dénonçant les “médiations innécessaires” qu’à son avis propose la foi chrétienne par son union avec l’héritage grec, elle retourne, peut-être sans le vouloir, sur le noyau du problème. Il est nécessaire d’harmoniser la foi avec la raison, pour que le dialogue soit possible entre des croyants sans exclusions ni syncrétisme. Celui-ci est justement l’intérêt du débat et telle a été la thèse du Pape.

Dans quelle mesure la tâche du GRIC s’inscrit, précisément, dans la promotion de la médiation philosophique comme terrain privilégié de rencontre entre chrétiens et musulmans ? Celle-ci a précisément été la méthodologie que, depuis le début, a pris le GRIC de Barcelone. Dans l’effort commun par le dialogue interreligieux, le groupe a pris comme méthodologie propre, non tant la rencontre de croyants avec des croyants, tellement nécessaire, ni le syncrétisme religieux comme solution pour ne pas aborder les sujets réellement conflictuels, encore moins l’indifférence qui, à cause de la banalisation, paralyse tout dialogue sérieux, mais l’utilisation de l’analyse philosophique comme médiation dans le dialogue islamo-chrétien (www.gric.asso.fr), et ce que le Pape nous propose comme programme, à savoir “foi, raison et université”.

JOAN B MARTÍNEZ PORCELL, codirecteur du GRIC de Barcelone

Traduit du catalan.

Lettre ouverte au Pape. L’Islam en partenaire : commentaire, engagement et prière

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Juil 102012
 

En ces temps tourmentés, que peut-être la réponse d’un musulman imbu du message du Prophète Muhammad au pape Benoît XVI qui, depuis son élection, n’a eu de cesse d’alerter la communauté musulmane sur les dangers que le “ terrorisme islamique ” faisait peser sur la paix mondiale ?

A sa Sainteté, je dirai d’abord que cette violence aveugle, quel qu’en soit le diagnostic porté sur ses origines, n’est tout compte fait que le symptôme d’une grave crise d’identité religieuse. C’est un mouvement suicidaire dont le monde musulman sortira exsangue et par conséquent inapte à l’élaboration d’une civilisation plus humaine.

Le plus alarmant, c’est l’agissement des grands de ce monde devant cette tragique tournure, et la réponse politique qu’ils apportent au dénouement de cette tragédie. La réponse du Saint Père, dans sa conférence à l’université de Ratisbonne, peut nous aider à la démêler.

Il ressort de ce discours une critique de la conscience européenne qui, depuis les Lumières, se détourne inexorablement de ses valeurs chrétiennes au point qu’aujourd’hui, son avenir européen s’annonce comme un avenir sans christianisme. Ce cri d’alarme paraît être l’objectif premier de cette intervention. Mais le discours papal a un caractère universel puisqu’il est aussi une interpellation aux musulmans, vu qu’une grande majorité de leurs élites, au nom d’une nécessaire modernisation des institutions politiques et sociales, s’est engagée dans un rationalisme effréné au prix d’une rupture avec les valeurs spirituelles de l’islam. Si le but de ces décideurs était de combattre l’inertie du monde arabo-musulman, le monde arabo-musulman dans son ensemble n’a pas adhéré à un projet éclectique et imposé.

C’est là l’origine de la faille dans la société musulmane depuis plus de trois décennies, et c’est dans cette fêlure que le discours extrémiste tire une partie de sa vigueur. De ce point de vue, l’admonestation du Pape, bien qu’adressée à l’Occident, concerne au plus haut point les musulmans d’aujourd’hui car elle met le doigt sur l’une des plaies qui les gangrènent. C’est là que loge partiellement la racine du mal, responsable de la perdition d’une fraction de la jeunesse, munie de la seule grille de la violence pour lire l’Autre, source, à ses yeux, de tous ses maux.

C’est vraisemblablement l’un des aspects auquel le Père Samir Khalil, fin connaisseur du monde arabo-musulman, a voulu faire allusion dans son récent article intitulé : “ Le projet proposé par Benoît XVI ” (cf. http://www.cedrac.usj.edu.lb/). Il y précise que l’intention du Pape dans sa critique de la société n’est pas une condamnation de la raison, mais plutôt un appel au dépassement de cette dictature du relativisme, intransigeante envers les convictions. Son but réel est en effet d’élargir le concept et l’usage de la “ raison ”. Le Père Samir Khalil ajoute très judicieusement que le monde arabo-musulman est resté fidèle à cet objectif lorsqu’il a cherché à harmoniser la foi musulmane avec une modernité ouverte sur le spirituel. A ce niveau, on peut dire que, malgré des itinéraires différents, christianisme et islam peuvent mener un même “ combat ”, celui d’une nouvelle osmose entre raison et religion. C’est à partir d’une telle approche qu’une thérapie efficace contre l’extrémisme dans le monde musulman deviendra opérationnelle.

En effet, une démarche critique est en mesure de désamorcer la violence meurtrière en engageant les musulmans dans la voie d’un partenariat avec une Europe nouvelle. Une Europe qui est appelée non seulement à se réconcilier avec son passé, mais aussi avec la diversité culturelle et religieuse constitutive de son histoire et de son présent.

Dès lors, on est en droit de s’interroger sur l’opportunité d’un passage apologétique du XIVe siècle quand, par ailleurs, on recherche le dialogue avec un monde musulman que l’on met en garde contre la dérive terroriste ? Ce passage est doublement préjudiciable : pour le militant qui œuvre à la réconciliation de l’Europe avec son passé et sa diversité, et pour l’avènement d’un avenir où le pluralisme est incontournable.

Beaucoup de musulmans n’ont retenu du discours de Ratisbonne que ce malheureux passage qu’ils considèrent comme injurieux pour le Prophète Mohamed et comme blasphématoire pour le Saint Coran. Faut-il s’étonner, dans ces conditions, de l’exacerbation de la haine populaire contre les occidentaux perçus comme de nouveaux “ croisés ” ?

Un deuxième aspect lié à cet isolement tragique du monde musulman nous amène à soulever la question du dialogue interreligieux islamo-chrétien. Depuis Vatican II, une ère nouvelle a inauguré un espace de convivialité et de réconciliation entre chrétiens et musulmans. A ce sujet, la contribution de l’Eglise catholique a été remarquable quand la partie musulmane s’est montrée timide et timorée. Mais, finalement, ce dialogue concrétisé par des rencontres et des publications a abouti à une meilleure connaissance des uns et des autres. On a découvert ses limites mais on a découvert aussi combien nos affinités étaient supérieures à nos différences. Du côté chrétien, notamment catholique, on ne peut oublier les efforts louables des prêtres et penseurs tels que Louis Massignon, Jacques Berque, Louis Gardet, Robert Caspar, Claude Geffré, Michel Lelong, Louis Boisset, Christian Van Nispen, Maurice Borrmans et tant d’autres qui ont consolidé avec intelligence cette réconciliation si féconde. Les efforts officiels fournis par le Cardinal Francis Arinze, Monseigneur Henri Tessier et Monseigneur Michael Fitzgerald ont suscité la reconnaissance et forcé le respect de nombreux musulmans et libres penseurs. On se plaisait à ces débats interreligieux marqués par la franchise, le savoir et la tolérance. Par la sagesse également. Celle dont fit preuve l’Archevêque d’Alger qui, au sein de la tourmente de la guerre civile, affirmait pour conjurer la peur et la polémique : “Dans les décennies à venir, la relation entre chrétiens et musulmans sera l’une des principales composantes de la paix dans le monde ”.

Le dialogue fraternel entre islam et christianisme a le mérite de nous faire pencher les uns et les autres sur notre propre histoire. On en arrive à découvrir des attaches entre ces deux mondes, comme la source gréco-romaine qui coulait aussi en terre d’islam et où se sont abreuvés bon nombre de grands penseurs chrétiens. Il y a encore l’apport considérable des lettrés musulmans au fonds commun de la pensée scientifique et philosophique du Moyen Âge européen dont les juifs et les chrétiens tirèrent parti pour l’édification de l’Occident moderne. Mais ne momifions pas le dialogue interreligieux. Ancré dans le présent, il invite à repenser sa foi.

Cette foi selon laquelle musulmans et chrétiens croient que Dieu s’est révélé par sa Parole, que les premiers reconnaissent dans le Coran et les seconds en Jésus-Christ. Si parfaite que soit la Parole fondatrice de notre foi, nous sommes loin de penser que la connaissance que nous en recevons en épuise les richesses et le mystère de Dieu. C’est pourquoi, d’une part, notre certitude religieuse implique nécessairement une recherche sans fin de la vérité, à la lumière de Dieu. D’autre part, des approches de la vérité différentes de la nôtre, s’inspirant d’une parole autre que celle qui fonde notre foi, sont légitimes et enrichissantes. Ainsi, le dialogue interreligieux n’affecte nullement notre foi. Il peut servir à se dépasser, à faire sienne l’expérience de l’autre, à découvrir sa propre richesse dans l’échange.

Mais hélas une telle approche, dans un monde musulman tiraillé par de multiples défis, ne peut remporter l’adhésion d’une opinion publique peu portée, en matière de religion, à secouer son immobilisme. On oublie souvent dans la sphère musulmane, comme dans les autres cercles religieux, qu’au seuil de ce nouveau siècle, le temps de l’immobilisme est révolu, faute de quoi la religion fera le lit de la violence qui fera le tombeau de la religion.

Pour conclure, il est bon de souligner l’existence d’une volonté de réforme efficace en terre d’islam. Ses signes avant-coureurs, qui datent du début du XXe siècle, se sont poursuivis avec plus ou moins de bonheur sous la férule de maîtres à penser tels que Mohammad Abdou, Abderrahman Kawakibi, Mohammad Iqbal, Tahar Ben Achour, Amin Khouli, Mahmoud Mohammad Taha, Fazlurham, Hassan Hanafi et Taha Abderhaman. Leur credo commun est le nécessaire rénovation de la pensée islamique qui passe par une remise en cause de l’identité religieuse qui s’est moulée sur le Coran. Pour ces réformateurs, aucun renouveau islamique n’est envisageable sans élargir la lecture du Texte révélé, référence spirituelle et intellectuelle incontournable pour la communauté musulmane. Cela donne naissance à un questionnement méthodique qui ouvre la voie à une herméneutique du Coran, sans pour autant remettre en cause son authenticité et son message “vivant et porteur de sens”. Cette tendance, nourrie par un esprit d’ouverture, et une formation intellectuelle solide représente une alternative en faveur d’un futur islam moderne, contredisant la thèse soutenue par des extrémistes musulmans et des esprits chagrins en Occident selon laquelle la religion de Mohammad, relique de l’Histoire, est vouée à sa perte. Pour notre part, nous persistons à croire dans la sagesse de nos amis chrétiens plus que jamais attentifs à notre tumultueux monde musulman, pourtant si humain et si constructif.

Joignons nos prières au sein d’une amitié fraternelle et sous le regard miséricordieux de notre Maître commun.

Hmida Ennaifer Professeur de Théologie musulmane et co-président du GRIC 2 octobre 2006

Où va le dialogue islamo-chrétien ?

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Juil 102012
 

Ce qu’on appelle désormais l’incident de Ratisbonne, est un tournant dans les relations islamo-chrétiennes. Il appelle une réaction à double titre : d’abord, en tant que musulman heurté par les propos du pape ; ensuite en tant qu’engagé dans le dialogue islamo-chrétien. En effet, on ne peut rester indifférent, car cela suscite des interrogations et des questionnements concernant l’avenir même de ce dialogue. Faut-il continuer comme s’il s’agissait d’un épiphénomène ? Si, en 1965, Vatican II avait marqué un tournant dans les relations de l’Eglise avec les religions non-chrétiennes et avait ouvert une large voie pour le dialogue interreligieux, qu’en est-il aujourd’hui ? Certes, des efforts réels ont été accomplis dans la reconnaissance mutuelle, mais il faut remarquer néanmoins que c’est depuis quatorze siècles que le Coran “regarde aussi avec estime” les chrétiens. Aujourd’hui, il semble qu’il s’agit d’un changement de cap. La question devrait également intéresser les partenaires chrétiens de ce dialogue. Ils doivent se positionner par rapport aux dernières déclarations du pape.

De quoi s’agit-il ? Lors d’une rencontre avec les représentants du monde scientifique à l’université de Ratisbonne, le 12 septembre, le pape a prononcé une conférence sous le titre “Foi, Raison et Université : souvenirs et réflexions”. C’est un thème d’une grande importance et une initiative louable d’autant plus qu’elle émane du plus haut dignitaire de l’Eglise catholique ; celui-ci se présente devant des scientifiques pour discuter d’une trilogie essentielle pour le débat d’aujourd’hui. Puissent d’autres responsables religieux s’inspirer de cette démarche et accepter le débat sur des sujets de la société actuelle !

Lors de sa conférence, le pape avait l’air détendu, puisqu’il revient à l’université où il avait enseigné, retrouve d’anciens collègues et quelques souvenirs. Il aborde d’une manière personnelle son sujet. Personne d’ailleurs ne conteste le lien qu’il établit entre foi et raison. Mais alors pourquoi “le scandale de Ratisbonne” ? Cela vient du fait que le pape cite un passage de l’ouvrage de l’Empereur byzantin Manuel II Paléologue (1350-1425), Entretiens avec un musulman. C’est un livre de controverses, comme cela fleurissait durant le Moyen Age. La première source de “l’incident” vient du fait que, pour dire ce qu’il faut éviter, c’est-à-dire le recours à la violence, le pape va chercher son exemple dans l’islam. Implicitement, la rationalité se situe du coté du christianisme et non du coté de l’islam. Pourquoi, d’entrée de jeu, se référer à la littérature de controverses dont les paroles, en elles-mêmes, sont provocantes ? La deuxième source de “l’incident”, ce sont les commentaires personnels du pape sur le texte qu’il cite : ” Assurément l’empereur savait que, dans la sourate 2, 256, on peut lire : « Nulle contrainte en religion ! ». C’est l’une des sourates de la période initiale, disent les spécialistes, lorsque Mahomet lui-même n’avait encore aucun pouvoir et était menacé. Mais naturellement l’empereur connaissait aussi les dispositions, développées par la suite et fixées dans le Coran, à propos de la guerre sainte. ” Apparemment, le pape se fonde sur l’autorité des “spécialistes” pour affirmer que ce verset date de la période initiale, donc mecquoise, quand le prophète n’avait pas encore de pouvoir. Le hic, c’est que tous les spécialistes – aussi bien musulmans que non musulmans- s’accordent sur le fait que le verset en question date de la période médinoise, donc quand le prophète avait le pouvoir. En outre, ce qu’on peut comprendre, c’est que le pape attribue au prophète le contenu de ce verset. Que la pape donne une explication historique inexacte concernant la datation du Coran -induit sans doute en erreur par les “spécialistes” qu’il a consultés- cela peut passer, mais induire que le prophète est l’auteur du verset, c’est choquant ! La troisième source de “l’incident”, c’est une citation de troisième main d’Ibn Hazm, auteur également de controverses et qui n’a pas fait école dans le monde musulman. En fait, le pape ne cite que des auteurs de controverses, comme si l’islam ne pouvait être perçu que dans ce contexte. Si le pape voulait montrer sa bonne disposition à l’égard du monde musulman, il aurait pu, par exemple, citer Ibn Rushd qui avait, au 12ème siècle, traité des relations entre foi et raison et qui avait conclu que c’étaient “deux sœurs jumelles”. Certains disent qu’à chaque fois que l’on parle de l’islam, c’est le tollé général. Eh bien, n’en parlez pas, c’est plus simple ! En fait les musulmans, en général, acceptent la critique, mais rejettent l’amalgame, la mauvaise foi et le raisonnement réducteur. Arrêtons de généraliser et d’identifier arabe, musulman, fondamentaliste et terroriste. Si on traitait l’islam comme les autres religions, il n’y aurait pas de problèmes ou peu. Avant d’aborder l’islam, on sort ses préjugés, ce qui est bien plus confortable que de se remettre en question. Notons au passage que l’appréciation du fait religieux n’est pas perçue de la même manière des deux côtés. Les sociétés occidentales sont laïques, déchristianisées, post-chrétiennes, multiculturelles. En revanche, les sociétés musulmanes sont plus “monolitiques” et donc, la religion ne joue pas le même rôle pour les uns et les autres.

Quand on est dans une configuration de dialogue, il y un minimum de règles à observer et d’abord l’écoute dans le respect de l’interlocuteur. On ne va pas enfermer l’autre dans une posture où il ne se reconnaît pas. On ne peut discuter valablement qu’on acceptant l’image où l’autre est à l’aise, le prendre pour ce qu’il est, et non comme on l’imagine. Si on veut discuter avec un chrétien sur la base de l’Evangile de Barnabé, c’est raté. Il y a tout un monde entre le dialogue et la polémique, la discussion et l’apologétique. Il faut toute une maturité pour mener un dialogue responsable. Cela n’exclut évidemment pas la critique ni le fait qu’il existe des différences irréductibles. Tenir à l’essentiel de sa religion, être ce qu’on est, voilà ce qui permet d’enrichir les hommes par le dialogue. Il faut faire preuve de modestie et reconnaître ses propres limites. Autrement, on tomberait dans un syncrétisme béat ou un éclectisme ravageur.

Est-ce que le pape Benoît XVI était à court de citations pour revenir à un texte du 14ème siècle qui donne une image erronée et insultante de l’islam ? Traitant des rapports entre foi et raison, le Souverain Pontife a jugé nécessaire d’exhumer la polémique islamo-chrétienne. Qui croirait qu’il s’agit là d’une citation malencontreuse ? Qui penserait qu’elle était utile à l’argumentation papale ? Pour traiter des relations entre foi et raison est-il besoin d’affirmer que l’islam est antinomique avec la raison ? Rappelons que ces relations s’inscrivent dans une vaste question récurrente dans la pensée humaine depuis la rencontre de la Bible et de la pensée hellénistique. Elle est déjà présente chez Philon d’Alexandrie (vers-12-vers+54), et reprise par les philosophes musulmans, juifs et chrétiens jusqu’à nos jours. C’est donc un sujet qui n’est pas nouveau. S’il faut traiter de la relation entre foi et violence, les exemples ne manquent nullement dans la tradition chrétienne : les croisades, l’Inquisition, l’esclavage, la colonisation, la Shoah, etc. Durant ces tragiques événements, la raison était absente et la folie des hommes atteignait son paroxysme. Ce n’est pas une raison d’affirmer illico que l’essence du christianisme, c’est la violence. Rendons à César ce qui revient à César et à Dieu ce qui revient à Dieu !

Dans cette citation, l’empereur byzantin s’adresse à un anonyme persan, probablement plus fictif que réel, lui pose la question et donne la réponse : “Montre-moi donc ce que Mahomet a apporté de nouveau. Tu ne trouveras que des choses mauvaises et inhumaines, comme le droit de défendre par l’épée la foi qu’il prêchait”. Il faut une bonne dose de naïveté, de mauvaise foi – ou les deux – pour estimer que cette citation n’est pas une offense pour l’islam, le Prophète et les musulmans. En général, quand on veut dialoguer, on laisse l’opportunité à l’interlocuteur pour répondre. Faut-il trouver des prétextes pour stigmatiser l’islam et revenir toujours à la période sanglante des croisades ? Dans un contexte extrêmement tendu où les sensibilités sont exacerbées, faut-il ajouter l’huile sur le feu ou apporter une parole de paix ? On est en droit de se demander s’il s’agit d’une malencontreuse maladresse ou d’une sortie volontaire ?

Pouvait-on penser benoîtement que ce discours n’allait pas susciter de violentes réactions au sein des populations musulmanes ? Pensait-on naïvement que cela allait passer inaperçu ? Qu’allait-on faire dans cette galère ? En tant que haute autorité dans le monde d’aujourd’hui, le pape aurait dû éviter tout amalgame – ou ce qui pourrait s’en rapprocher – entre islam et islamisme. Quand on est le successeur de Saint Pierre, l’héritier de vingt siècles d’histoire ecclésiale et le représentant d’un milliard de croyants, on est soumis à un devoir de réserve et de retenue. De part sa fonction, le pape est un exemple. Il a donc un rôle pédagogique à jouer, celui de la pondération et de la mesure. Qu’adviendrait-il si tous les catholiques répétaient après le pape que l’islam n’a apporté que “des choses mauvaises et inhumaines” ? Même s’il s’agit d’une citation, comme on dit, celui qui t’insulte n’est autre que celui qui te transmet les insultes proférées à ton égard. Parler de l’islam comme n’ayant apporté que des “choses mauvaises et inhumaines”, n’est-ce pas une manière “moderne” de qualifier l’islam “d’axe du mal” ? Jusqu’à présent, cela s’appliquait à un ou deux pays. Dorénavant, c’est l’islam entier qui est ainsi qualifié.

En général, quand on a recours à une citation ou aux idées d’un auteur, c’est pour étayer son argumentaire, consolider sa position ou se rattacher à un courant de pensée. Il est à remarquer que la conférence papale s’ouvre et se termine par une citation de ce “docte empereur byzantin Manuel II Palélogue”. Il omet de signaler que cet empereur était dans un contexte de guerre. Autant dire que la conférence en question s’inscrit dans un cadre bien précis.

Pourquoi retourner au Moyen-Age et choisir un auteur inconnu pour soi-disant discuter des rapports entre révélation et raison ? Le pape cherche-t-il à réveiller la conscience des Occidentaux et à essayer des les rechristianiser en agitant la menace terroriste ? Ou bien veut-t-il mettre en garde les hommes et les femmes qui se convertissent à l’islam partout dans le monde qu’il s’agit d’une religion fondamentalement violente ? Ou bien chasse-t-il sur le territoire des born again, ces évangélistes qui prônent la haine de l’autre ? Est-ce là le signe d’une nouvelle politique du Vatican ? En fait, les propos même repris hors contexte dévoilent une distance par rapport à la politique de Jean Paul II concernant l’ouverture aux autres religions. On ne peut pas essayer de rassembler les chrétiens en dénigrant l’islam présenté par les médias occidentaux toujours identifié au fondamentalisme et au terrorisme.

Il est évident que toute personne douée d’un tant soit peu de bon sens ne peut que condamner sans ambiguïté, haut et fort la violence d’où qu’elle vienne. Il n’y a aucune excuse pour les sanguinaires qui tuent des innocents. Faut-il rappeler que le Coran estime que celui tue une personne injustement, c’est comme s’il tuait toute l’humanité ?

Pour être clair, aucun responsable religieux ne peut s’ériger en donneur de leçons. Personne ne peut nier que toutes les religions portent en elles des germes de violence, car elles sont ambivalentes : aucune n’est totalement pacifiste ou totalement violente. L’intégrisme étant la pathologie commune à toutes les religions sans exception. En revanche, c’est en fonction des circonstances qu’on essaie d’instrumentaliser la religion afin de légitimer la violence sacrée sous forme de guerre “sainte” ou de guerre “juste”. Doit-on rappeler que le monde musulman est la première victime du terrorisme, du Maroc à l’Indonésie ?

Le problème n’est pas ce que pense le Pape de l’islam et des musulmans, cela le regarde ; ni qu’il critique l’islam, c’est sa liberté. Il a exprimé à maintes reprises son hostilité à l’entrée de la Turquie dans l’Union européenne, c’est son droit. Il a écarté Mgr Fitzgerald, arabisant distingué et fin connaisseur de l’islam, du Conseil pour le Dialogue des Religions, c’est son choix. Mais quand on réitère qu’on œuvre pour le dialogue des cultures et religions, il y a là un sérieux problème. Comment, dans ces conditions, dialoguer avec une religion qualifiée d’essentiellement violente ? On ne peut dialoguer avec un interlocuteur que si celui-ci vous inspire un minimum de respect et de considération. Des prises de positions de ce genre mettent les musulmans engagés dans le dialogue dans une situation en porte à faux par rapport à leur communauté. L’assassinat d’une sœur en Somalie, des églises brûlées, où s’arrêtera la violence ? Le pape avait-il envisagé ces dommages “collatéraux” ainsi que les conséquences qui pourraient en résulter, si une solution n’était pas trouvée ?

En présentant ses regrets, le pape se dit “vivement attristé par les réactions suscitées par un bref passage” de son discours. Ce sont les réactions qui le désolent et non le fait d’avoir tenu des propos qui blessent la communauté musulmane. On traite toujours les musulmans comme des gens incapables de comprendre ce qu’on dit. On oublie qu’une citation n’est jamais innocente et que l’implicite, le non dit, est parfois plus éloquent et plus vexant que l’explicite, le dit. Partant du bon vieux principe de Boileau que “ce que l’on conçoit bien s’énonce clairement et les mots pour le dire viennent aisément”, il n’y a aucune raison que lorsqu’un interlocuteur s’exprime, fût-il le pape, on soit obligé de passer par une exégèse, une explicitation, voir un commentaire pour comprendre enfin le fonds de sa pensée. A moins qu’il ne s’agisse d’une pensée ésotérique. Faut-il rappeler que le débat ne porte pas sur la pensée personnelle du pape, mais sur une citation malheureuse, que rien ne pouvait justifier, introduite, tel un cheveu dans la soupe, à propos d’une réflexion sur “foi et raison” ?

Le pape ne formule pas d’excuses, car il s’agit de la citation d’un texte médiéval qui ne traduit en aucun cas la pensée personnelle du pape. Etant donné le sujet de la conférence, y avait-il une nécessité quelconque à tenir à cette citation ? Pour inviter les musulmans à un “dialogue franc et sincère”, faut-il commencer par leur jeter en pleine figure toutes les “gentillesses” échangées au Moyen Age ? Certains osent prétendre que c’est là une provocation… au dialogue. Etrange manière de dialoguer que celle qui consiste à coller une gifle à quelqu’un et lui dire de se calmer pour discuter ! Curieuse procédure que celle de cogner d’abord et d’expliquer ensuite ! A part Jésus qui tendrait l’autre joue, je ne vois pas beaucoup de gens capables d’en faire autant.

Il faut noter que la citation en cause est doublement hors sujet. Elle est hors sujet dans le contexte de la conférence. Elle l’est également dans le contexte du dialogue interreligieux. Dans la mesure où elle ne reflète pas la pensée profonde du pape mais contribue, en revanche, à offenser la sensibilité des croyants musulmans, il serait opportun de la retirer purement et simplement. Dans son ensemble, la conférence en question ne touche ni aux dogmes, ni aux mœurs. Par conséquent l’infaillibilité du pape n’est pas en cause. S’agissant d’un entretien philosophique émaillé de souvenirs qui s’adresse à un parterre d’universitaires, nous sommes dans l’humain, domaine où l’erreur est possible. Il n’est pas question de dire au pape de renier sa pensée, mais de rappeler simplement qu’il a utilisé une citation qui n’appartient pas un Père de l’Eglise et de surcroît insultante pour la sensibilité musulmane. Avec un zeste de bonne volonté et un zeste de charité chrétienne, on verra que cette citation n’est pas essentielle pour la cohérence de cette conférence. En gommant cette malencontreuse citation, cela éviterait de fournir de laborieuses explications qui ne lèveraient pas une bonne fois pour toutes les ambiguïtés qui grèvent les relations islamo-chrétiennes. En adoptant une telle attitude, le pape en sortirait grandi en montrant qu’il souhaite vraiment instaurer un “dialogue franc et sincère avec un grand respect réciproque”.

Abdeslam Bou-Imajdil Membre fondateur du Groupe de Recherches Islamo-Chrétien (GRIC) Rabat, le 27 septembre 2006

Analyse de Mousaddak Jlidi (Gric de Tunis)

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Juil 102012
 

Réaction au texte de Benoît XVI à Ratisbonne

 

Réflexions sur le discours du Pape Benoît XVI à L’Université de Ratisbonne le 12 septembre 2006 (Par Moussadak Jlidi :GRIC Tunis)

A partir du discours que le Pape a présenté récemment à l’Université de Ratisbonne et à partir des analyses et réactions que j’ai lu sur le site du GRIC (de gens modérés ou moins modérés), il me vint à l’esprit un certain nombre de questions dont je propose le partage aux lecteurs de ce site :
- 1-Le Pape est pour la paix (dans un de ses plus récents discours : celui d’Assise). C’est très bien ! Mais “Une paix perpétuelle” (Kant) est-elle possible à partir d’une logique théologique close, de part ou d’autre de nos deux traditions ? Autrement dit, relativiser sa propre culture et la laisser s’engager dans le mouvement libre d’emprunt, d’échange et de création de nouvelles formes de conscience et de sens de plus en plus complexe, est-ce une auto-restriction au niveau de sa propre identité culturelle, ou contrairement à cette croyance, une telle relativisation permettrait de renforcer la validité historique de cette culture ?
- 2- Stratégiquement, l’Europe devrait-elle se méfier de se rapprocher du monde musulman, ou a-t-elle à l’opposé intérêt à nouer des fortes relations avec lui ?
- 3- Jusqu’à quand l’effet 11-09-2001 va-t-il influencer l’attitude de l’occident envers le monde musulman et peser sur le climat relationnel entre ces deux mondes, au point de devenir un complexe de civilisation (de surméfiance), alors que “tout le monde” sait que cet incident (et ses semblables à Madrid, à Londres et ailleurs) ne représente que le choix d’une toute petite minorité seulement du monde musulman (quelques centaines parmi un milliard et demi de musulmans). Minorité très dangereuse certes, mais va-t-on à l’occident, laisser le désespoir, à cause d’une poignée de terroristes, s’enfoncer au fond de soi même au point d’oublier des réalités historiques si évidentes pourtant ; comme le rôle éminent joué par la civilisation islamique dans l’enrichissement du patrimoine scientifique et rationnelle de l’humanité et la pratique de la tolérance religieuse avec les juifs et les chrétiens (à l’Andalousie, par exemple), au point d’en faire des ministres, des conseillés et des trésoriers du Calife musulman.
- 4-Avenir de l’Europe/Avenir du monde musulman/ Avenir du monde. Y ’aurait-il de chrétienté hors de la dialectique Islam / Europe ? Le christianisme aurait-il pu connaître la civilisation et la pensée grecque et le Logos (une de ses interprétations) sans la médiation et les apports de la civilisation islamique ?! Et de l’autre côté, l’Islam pourrait-il se rénover sans s’ouvrir sur l’Europe ?! Les acquis scientifiques et les exploits de la raison moderne et contemporaine en général sont-ils propres à la civilisation européenne seulement ou sont plutôt un droit et un profit pour toute l’humanité ?!
- 5-Le Pape cite Kant, mais Kant disait que les objets métaphysiques ne relèvent pas de la raison théorique (scientifique) : même position énoncée depuis des siècles par Ibn Khaldûn (fondateur par excellence des sciences humaines), qui ne soupçonnait pas du tout la capacité de la raison humaine à connaître très précisément les objets du monde physique. Et c’est justement pour cette raison (sa parfaite conscience des limites de la raison théorique) qu’il a substitué la sociologie rationnelle à la métaphysique dogmatique et à la théologie illusoire ! Alors le monde musulman a-t-il connu la rationalité ou pas ?! (Ce n’est pas la peine de parler d’Averroès qui a inspiré Spinoza, d’Ibn Al-Haythem, totalement emprunté par Roger Bacon, d’El- Kindî, d’Ibn Sîna’, d’El-Bayrunî, d’El-Khawarizmi, d’El-Khayamî …etc).
- 6-Est-ce que la stratégie implicite du discours pontifical était de pousser le monde musulman à affirmer son choix de paix avec le monde occidental et d’inciter les états islamiques à être plus sévères avec les intégristes ? Mais si c’était le cas, qu’est-ce qu’a fait le Pape (par les moyens diplomatiques et intellectuels) pour aider le monde musulman à libérer ses terres occupées ? Ne pourrait-il pas du moins prier Dieu pour la libération de la Terre Sainte de l’occupation sioniste, comme il venait à Pologne de “remercier Dieu” pour “la liberté et le sens de la dignité retrouvée par les gens dans de nombreux pays”, quand il a fait allusion à l’effondrement du système soviétique en Europe centrale fin 1989 ?! Et ces gens là auraient-ils pu retrouver leur liberté sans résister aux occupants de leurs terres ?! Auraient-ils pu le faire sans djihad (qui veut dire en arabe faire l’effort nécessaire pour le changement, et non pas offenser les innocents) ?! Le Saint Coran n’a -t-il pas interdit de toucher aux gens qui tendent vers la paix en disant « Allah ne vous interdit pas -envers ceux qui ne vous ont pas combattus pour votre religion, et ne vous ont pas chassés de vos demeures- d’être bienfaisants et équitables envers eux. Certes, Allah Aime ceux qui sont équitables. Mais Allah vous interdit de prendre comme protecteurs ceux qui vous ont combattus pour votre religion, qui vous chassèrent de vos demeures, et aidèrent à vous expulser. Et quiconque les prend comme protecteurs, ceux-là alors sont les injustes » (60/8-9). Y a-t-il de plus raisonnable et de plus juste que ces paroles révélées au Prophète ?! Certes, elles peuvent être un peu étranges à certaines consciences chrétiennes, mais ne sont-elles pas plus compatibles avec la logique des choses et des lois objectives de l’histoire ?! Mais y- a-t-il quelqu’un dans ce monde qui est prêt à supporter délibérément toutes les injustices et tous les crimes humanitaires pour le seul but d’être jugé de raisonnable et de bon croyant. Est-ce la foi veut dire soumission et servitude aux hommes ou à Dieu seul ?!
- 7-La paix pourrait-elle s’installer même avant la récupération des terres arabes violées par Israël et les Etats-Unis (en Palestine, au Liban, en Cis-Jordanie, En Syrie et en Irak) ?! Comment demande-t-on aux gens de tous ces pays de se calmer, de se montrer dociles, sous le régime opprimant des occupants ?! Comment envoie-t-on ses troupes militaires de plusieurs centaines et milliers de kilomètres pour soumettre la volonté libre des peuples arabes et voler leurs richesses, et puis demander aux arabes et aux musulmans de faire preuve de raison et de rationalité ?! De quelle raison veut-on parler ; serait-elle bizarrement celle du plus fort ?! Et aux musulmans qui sont allés loin dans l’interprétation des versets du djihad, je dis, est-ce que le djihad est de combattre sur ses terres occupées les ennemis ou aller massacrer les innocents dans les pays européens qui vous ont offert le refuge dont on vous a privé dans vos propres pays ?! Est-ce là la récompense et la reconnaissance de l’hospitalité que les démocraties occidentales vous ont ouvertement manifestée ?! Le moment où des centaines de milliers de personnes descendent dans la rue à Londres et ailleurs dans l’occident pour défendre la cause palestinienne, irakienne ou libanaise, certains de vos pays natals vous défendent de le faire. Est-ce en tuant les fils de ceux qui vous ont soutenu que vous voulez qu’ils persistent à s’aligner à côté de vous ?! Certes, ce n’est que de la folie et de l’aveuglement ! Vous voulez que Dieu vous prenne pour martyrs alors que vous êtes en train de vous transformer en des criminels ! Vous dîtes que “eux aussi tuent nos enfants et nos femmes dans leurs maisons !” Mais quand est-ce que le diable est devenu modèle pour un croyant ?! Ecoutez plutôt les paroles de Dieu « entrez dans la paix en totalité et ne suivez point les pas de Satan. Il est pour vous un ennemi évident. » (2/208).
- 8- “Dieu est amour”. Dieu, est Dieu de tout le monde ou Dieu d’une communauté élue (juive ou chrétienne ou musulmane) seulement ? Dans le Saint Coran, Dieu se qualifie de “Seigneur des Univers” : D’où la multiplicité de reconnaissance des mondes, des cultures et des religions s’impose (pour la conscience des croyants, en premier lieu) !
Et maintenant que “l’édifice de la confiance”, construit délicatement en des longues années de rapports d’échanges et de partage entre les croyants de nos deux religions monothéistes, est un peu secoué, entre l’institution religieuse catholique et le monde musulman (qui n’est pas vraiment représenté officiellement à ce niveau), va-t-on interrompre le dialogue interreligieux ou optera-t-on au contraire à le renforcer pour récupérer ce qui pourrait être perdu et éviter ainsi le pire ?!
C’est cette deuxième alternative que je souhaite de tout mon cœur et de ma pleine conscience pour le bien de toute l’espèce humaine dont nous formons (Chrétiens et musulmans) quasiment la moitié !

Les précisions apportées par le Pape Benoît XVI

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Juil 102012
 

Lors de l’audience générale du mercredi 20 septembre 2006, le pape Benoît XVI a prononcé en français une synthèse de ses déclarations en italien dans lesquelles il est revenu sur ses propos controversés sur l’islam…

“Chers Frères et Soeurs,

Je voudrais évoquer aujourd’hui mon voyage pastoral en Bavière, mon pays natal, rendant grâce à Dieu qui a permis cette visite et remerciant également les personnes qui y ont travaillé avec dévouement.

Ce voyage n’a pas été seulement un retour sur le passé, mais aussi une occasion providentielle pour regarder avec espérance l’avenir. Après la première étape à Munich, ville dont je fus l’Archevêque, pour implorer la bénédiction de la Mère de Dieu, il y eut l’étape du sanctuaire marial d’Altötting et, le lendemain, celle de Ratisbonne. Là, j’ai rencontré les professeurs et les étudiants de l’Université, pour évoquer le rapport entre foi et raison.

Malheureusement, la citation faite au début a été l’objet d’un malentendu, alors que je voulais expliquer que ce ne sont pas la religion et la violence qui vont ensemble, mais la religion et la raison.

Rappelant mon profond respect pour les grandes religions du monde – et donc aussi pour les musulmans qui adorent le Dieu unique et avec qui nous sommes engagés à protéger et à promouvoir ensemble, pour tous les hommes, la justice sociale, les biens de la morale, la paix et la liberté-, j’espère que mes paroles à Ratisbonne pourront constituer un encouragement à un dialogue positif entre les religions, comme entre la raison moderne et la foi des chrétiens”.

Pourquoi cette crise ? par Jean-Marie Gaudeul, du GRIC Paris

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Juil 102012
 
dimanche 17 septembre 2006
par Jean-Marie Gaudeul
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La source

Un livre de la collection des « Sources Chrétiennes » : N°115, Manuel II Paléologue, Entretiens avec un musulman – 7ème controverse, introduction, texte critique, traduction et notes par Théodore Khoury (Cerf, Paris, 1966, 233 pp.), p. 144-145.

L’occasion

Le pape visite l’université où il a enseigné, retrouve des anciens collègues et donne une « leçon » dans le grand amphithéâtre. On note le ton très familier et très personnel : réminiscences et souvenirs, avant d’aborder le sujet dont il veut parler : le lien entre Raison et Foi. L’amorce elle-même est très personnelle : « Tout cela me revint en mémoire récemment à la lecture de… ». Manifestement, Benoît XVI parle de façon détendue… d’autant plus que ce texte, quand il apparaît sur le site Internet du Vatican, est accompagné d’une mention bien étrange pour un texte « pontifical » : le Saint Père a l’intention de fournir une version ultérieure de ce texte complétée de notes. Le texte actuel peut donc être considéré comme provisoire. Tout indique donc que l’on a pas ici un document dont l’auteur a pesé tous les mots.

Le vrai débat

Ce qui a étonné et même indigné les musulmans, ce n’est pas le sujet principal de la conférence du pape : personne ne conteste, ni parmi les chrétiens, ni parmi les musulmans, le lien qu’il établit entre la rationalité et la foi.

Leur première source d’étonnement vient du fait que, pour trouver un exemple à ne pas suivre, il est allé puiser chez les musulmans, comme s’il n’en existait pas dans la longue histoire des débats théologiques du Christianisme. L’impression – première et superficielle, j’en conviens – qu’on en retire est que la rationalité se trouve chez les chrétiens et non dans l’islam.

A juste titre, les musulmans nous citent l’exemple des Mu’tazilites et des Philosophes qui, tout musulmans qu’ils étaient, en venaient à dire que la vérité recherchée par les philosophes est du même ordre que la vérité prêchée par les prophètes à travers des symboles. On pense à Avicenne ou à Averroès, mais on rappelle que beaucoup de penseurs musulmans du 20ème siècle sont, en fait, des néo-mu’tazilites.

Une deuxième surprise vient du fait que le pape puise ses idées dans la littérature des controverses : Manuel Paléologue (1350-1425) ; Ibn Hazm (994-1064), si bien que les paroles qu’il cite sont, en elles-mêmes, provocantes. D’ailleurs le pape lui-même le souligne !

Deux points provoquent un véritable choc

En citant ces textes, Benoît XVI ajoute des commentaires qui sont, à la fois, offensants et inexacts. En effet, le pape commente de son propre chef : « Assurément l’empereur savait que, dans la sourate 2, 256, on peut lire : « Nulle contrainte en religion ! ». C’est l’une des sourates de la période initiale, disent les spécialistes, lorsque Mahomet lui-même n’avait encore aucun pouvoir et était menacé. Mais naturellement l’empereur connaissait aussi les dispositions, développées par la suite et fixées dans le Coran, à propos de la guerre sainte. »

Il s’agit là des propos du pape lui-même. L’ennui, c’est que Benoît XVI se trompe : ce verset coranique – de l’avis unanime de tous les commentateurs – tant chrétiens que musulmans – n’est pas de la période initiale, mais bien de la période médinoise quand Muhammad est au pouvoir. L’implication que les musulmans ont bien saisie, c’est que le pape attribue à Muhammad lui-même le contenu des versets.

On ne saurait faire au pape le reproche de ne pas croire en l’inspiration du Coran ! Mais on peut lui reprocher de fournir – involontairement sans doute – une version faussée de l’Histoire.

Un autre point suscite la controverse : n’étant sans doute pas très versé dans l’histoire des courants théologiques de l’islam, Benoît XVI suit, sans la mettre en doute, l’opinion – très discutable – de T. Khoury qui dit : « Pour la doctrine musulmane, en revanche, Dieu est absolument transcendant. Sa volonté n’est liée à aucune de nos catégories, fût-ce celle du raisonnable » et qui cite, pour justifier cette idée, une phrase, tirée hors contexte, d’Ibn Hazm, un auteur espagnol qui voulait condamner toute spéculation théologique mais qui, justement, n’a pas fait école parmi les penseurs musulmans. Les musulmans s’indignent que cette opinion marginale soit présentée comme représentative de l’ensemble de la doctrine islamique.

Ajoutons que ce désir de présenter Dieu comme libre de nos petites logiques est un thème familier de la littérature biblique : Mes pensées ne sont pas vos pensées – comme le ciel est au-dessus de la terre, ainsi ma pensée au-dessus des vôtres – vos meilleurs pensées sont comme du linge sale – les voies de Dieu sont insondables et incompréhensible ses voies, – ce qui est folie aux yeux des hommes est sagesse aux yeux de Dieu… etc… Il n’est pas sûr que les penseurs musulmans voulaient dire autre chose que cela !

Conclusion

Bon nombre de leaders musulmans souhaitent un apaisement rapide de la crise. Il serait dangereux de refuser de reconnaître que le texte de Benoît XVI contient des inexactitudes et qu’il donne trop d’importance à une citation d’un auteur marginal. Cet incident, cependant, a donné aux musulmans l’impression que le pape ne les aiment pas et qu’il manque de cette sensibilité qui aurait pu lui faire sentir le retentissement de ses paroles dans le monde musulman. Il ne s’agit plus ici de doctrine mais d’empathie. L’Eglise est sacrement de l’amour de Dieu… Cette histoire n’aura rien fait pour le manifester.

P. Jean-Marie Gaudeul