Gric International

Juil 102012
 
dimanche 17 septembre 2006
par henri.delahougue
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Le pape fait un discours sur l’importance de l’usage de la raison pour penser la foi dans notre monde d’aujourd’hui.

« L’avant-propos » de son discours est réflexion autour d’une discussion entre l’empereur Byzantin Manuel Paléologue II et un professeur musulman qu’il a rencontré alors que Constantinople était dans un état de faiblesse telle que l’empereur était obligé d’envoyer des contingents pour combattre aux côtés des troupes ottomanes (hiver 1391). Dans les controverses des discussions, l’empereur insistait sur le fait que la réussite militaire n’était pas un signe de bénédiction de Dieu. Se répandre par la violence n’a jamais été signe de Dieu. Or selon Theodore Khoury, qui a publié ces Ecrits, la transcendance absolue telle qu’elle est prônée dans l’islam rend la volonté de Dieu plus élevée que l’intelligence humaine peut la percevoir, ce qui rend la religion musulmane moins apte à considérer la raison humaine comme critère d’authenticité du message de Dieu.

A partir de là, le pape explique comment la foi chrétienne a toujours été façonnée en même temps par la Bible et la pensée grecque, si bien que l’usage de la raison est depuis toujours nécessaire pour penser sa foi. Mais en même temps qu’il affirme cela, le pape montre que l’équilibre foi-raison n’a jamais été évident dans l’histoire et il cite les moments où la théologie chrétienne a été elle aussi “en crise” avec la raison : A la fin de l’époque médiévale, l’ère de la métaphysique a laissé place à une revendication d’autonomie de la part de la raison : l’insistance protestante sur un retour à l’Ecriture Seule ’Sola Scriptura’ et le rejet de la métaphysique comme trop emprunte de principes externes au message biblique. La modernité, en rejetant la métaphysique, a souvent réduit la foi a une “raison pratique”, selon l’expression de Kant. Ensuite la théologie libérale du 19ème-20ème siècle a fait un pas de plus vers la deshellénisation du christianisme en essayant de détacher le message de Jésus du contexte hellénique dont est emprunt le Nouveau Testament. (Il cite comme représentant éminent de cette tendance Adolf von Arnack) Est né à cette époque une conception moderne de la “raison”, marquée par le cartésianisme et l’empirisme, qui semblait à même de contrôler le vrai ou le faux à partir de l’expérience scientifique. Le problème de Dieu était alors considéré comme a-scientifique ou prescientifique.la raison semblait alors s’opposer à la religion. Enfin, une troisième onde de deshellénisation touche aujourd’hui l’Occident à travers la rencontre des autres cultures. Certains pensent aujourd’hui que l’hellenisation de la religion chrétienne fait obstacle à l’ouverture de la religions aux autres cultures : il faudrait retrouver le message chrétien originel pour l’inculturer dans d’autres contextes. Pour tout cela il importe de toujours considérer nécessaire dans le christianisme une unité entre la foi et la raison, une raison qui ne se limite pas à ce qui est “scientifiquement expériementable”, mais qui porte toute l’ampleur de la réflexion humaine. C’est à cette condition que l’humanité sera capable d’un véritable dialogue entre les cultures et les religions. La raison actuelle doit accepter de porter en elle une interrogation qui la transcende et qui la pousse à être à l’écoute des convictions que portent les traditions religieuses de l’humanité, notamment le Christianisme.

“Ne pas agir selon la raison, ne pas agir avec le “logos”, est contraire à la nature de Dieu” reprend le pape à la suite de Manuel II.

Résumé par Henri de La Hougue (GRIC Paris)

Juil 102012
 
samedi 29 juillet 2006
par Gric
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Une longue réflexion qui nous vient du coeur des événements vécus ces jours-ci parle peuple libanais…

Mes peurs remplissent l’horizon. Pas l’univers. Ces jours-ci, je ne peux pas voir plus que deux dimensions. L’horizon devient la limite car le ciel, alourdi de tous genres d’avions de guerre israéliens, semble se refermer sur nous comme un couvercle. L’incapacité humaine à arrêter d’autres conflits, d’autres guerres qui s’enlisent (la Palestine, l’Iraq), fait que l’horizon me semble comme le seul interlocuteur possible. De cette montagne qui regarde Beyrouth et sa banlieue comme une plaie béante et où je me suis réfugiée comme une couarde parce que j’ai peur du bruit assourdissant des obus qui tombent, je m’adresse à la mer devant moi.

Mer brumeuse, et tant mieux. Je ne voudrais pas voir les navires israéliens, juste les bateaux qui effectuent les embarquements, des ouvertures, des promesses de futurs et de rêves pour des milliers de jeunes et d’enfants qui quittent cet enfer.

Nous autres, ceux qui restent dans l’enfer, avons quand même le privilège d’être parmi les miséreux de cette terre, les miséreux qui survivent parce qu’il n’y rien d’autre à faire, ceux dont le demain est très, très loin, si loin qu’il n’est plus de ce monde, mais de l’autre, que chacun imagine à sa manière.

5h 30 du matin. Un nouveau jour et, ô ironie, un nouvel espoir. Dehors, c’est le calme. Il y a même les oiseaux qui se lèvent. Peu à peu, le soleil apparaîtra, les avions avec, et, de nouveau, ce seront les obsèques de l’espoir.

Sisyphe. Ce Sisyphe-là, à chaque moment de calme, croit, croit à nouveau en Dieu et en l’homme, à la vie, à la paix, à la communication, au dialogue, et puis boum… C’est la mort, la haine, l’incompréhension, les cloisonnements et les peurs. Ensuite, aux moments de calme, la foi revient à nouveau, et puis, à nouveau, elle est bafouée. Ironiquement, je m’accroche au titre d’un livre écrit par un Juif qui raconte l’autre côté d’Auschwitz : « La Force du Bien ». Je m’y accroche mais il me file d’entre les mains.

Les peurs que nous avons ici ne sont pas des peurs des obus uniquement, pas des peurs de cette mort si cruelle qui atteint nos concitoyens, ni la peur de manque de vivres qui atteint d’autres encerclés depuis plus d’une dizaine de jours et qui tombent peu à peu car il n’ont ni médicaments ni pain. C’est la peur de l’incapacité devant la force du mal. Et la force du mal, pour beaucoup ici, réside dans le danger d’une séparation.

Des années et des années que nous oeuvrons pour le dialogue, pour la paix, pour le vivre-ensemble semblent s’effondrer. Le danger d’une séparation entre musulmans et chrétiens, entre frères qui ont bravé bien des obstacles pour continuer à affirmer leur conviction qu’ils ne veulent vivre qu’ensemble, que c’est ensemble qu’ils se comprennent plus eux-mêmes, que c’est ensemble qu’ils se rapprochent de Dieu, que c’est ensemble qu’ils veulent œuvrer, construire, unir, agrandir leurs cœurs et leur bras.

Le cri de mon cœur voudrait remplir l’univers. Et plus il se fait entendre plus, plus il brave le couvercle. C’est un cœur qui, au cours d’un long cheminement, a appris à grandir pour inclure tous les autres et qui saigne pour les misères de tous : chrétiens, musulmans, juifs et tous les autres, quelle que soit leur appartenance religieuse ou leur non-appartenance. Mais je m’arrête aux juifs car le dialogue islamo-chrétien ne se confine pas à l’islamo-chrétien uniquement, mais plus on s’y achemine, plus il permet d’ouvrir une dimension dans le cœur qui lui permet d’accepter et d’aimer tous les autres. Même si ce sont des avions israéliens qui détruisent notre pays et nos âmes, mon cœur renie la force du mal qui fait que des hommes ou des femmes puissent tuer d’autres hommes, femmes ou enfants ; mais il ne renie nullement les juifs. Je porte aux juifs un grand amour, pour leur religion, pour leur histoire, pour leurs souffrances, mais aussi pour les peurs qui peuvent rendre certains d’entre eux inhumains. Tout comme je porte un très grand amour pour mes coreligionnaires musulmans, pour leur foi, pour leur abnégation, pour leur colère devant l’état actuel du monde, pour leur courage devant la mort, tout en déplorant les actes de détresse de certains d’entre eux, actes eux aussi inhumains.

Ceci un cri du cœur à tous les cœurs du monde qui voudraient bien l’entendre. De sous les décombres, le seul espoir pour ce pays et pour le monde, c’est de toujours garder le cœur grand ouvert, face à un monde qui devient de plus en plus étroit.

Aujourd’hui je comprends différemment la fameuse phrase de Jean-Paul II. Si le Liban est un message, c’est un message au cœur même de nos religions. C’est le message qu’ont porté tous nos prophètes ou fondateurs de nos religions : celui de la force de l’amour au cœur de la haine. Lui seul peut nous permettre de continuer.

Messianismes. Je regarde autour de moi, ce qui se passe dans le monde et je ne peux que me poser des questions face à ces différents messianismes qui se combattent. Jusqu’ici, je percevais deux genres de messianismes : un messianisme activiste et un messianisme passif. Le messianisme activiste voudrait instaurer les bases du Royaume ou de l’Etat pour préparer le retour de celui qui est attendu, Messie ou Mahdi, et au nom duquel on se permet d’enlever des vies. Je ne m’attarderai pas au messianisme juif d’un Olmert qui se montre, lisant la Torah, pour prouver que Dieu est derrière sa machine de guerre ni au présumé messianisme « chrétien » de Bush qui veut instaurer la paix dans un nouveau Proche-Orient par l’artillerie de pointe la plus avancée au monde. Du côté musulman, il existe bien sûr une grande différence entre l’armée du Mahdi, en Iraq, et le Hezbollah, mais lorsque le Hezbollah commence à envoyer des missiles à tort et à travers sur des innocents, il se renie lui-même. Lorsque par mégarde, il tue une fille arabe musulmane dont le nom est Du’â’, qui signifie en arabe prière ou invocation, il signe son propre autodafé.

L’autre messianisme, le messianisme passif ne fait qu’aggraver la situation puisqu’il s’agit de groupes qui laissent tout ce mal se déployer pensant que cela aidera à avancer la date de la venue de celui qui devrait instaurer paix et justice sur terre. Mais si personne ne devait venir ? Si nous étions livrés à nous-mêmes, hommes qui, au nom d’idéaux et de croyances, devenons pires que des bêtes ? Et si le Messie ou le Mahdi promis n’étaient pas une personne mais un état de conscience à laquelle nous somme tous appelés ? Une Présence qui devrait grandir en chacun de nous ? Si la solution n’allait pas venir d’en haut mais devait venir d’en bas, de nous-mêmes, du plus profond de nous-mêmes, du seul endroit qui puisse contrecarrer le mal. Petite, j’avais accroché sur le mur de ma chambre deux phrases, l’une de Paul Eluard, l’autre d’Alki Zei. La première disait : « La vie commence de l’autre côté du désespoir », l’autre disait : « Toujours de l’avant, vers une vie nouvelle ». Je les revis aujourd’hui et je comprends comment elles ne sont pas en contradiction. C’est vraiment au cœur du désespoir que commence la vie nouvelle.

J’avais commencé à écrire cette nuit en plein désespoir, désespoir parce que nous sommes seuls, désespoir parce que la peur, la haine, l’incompréhension grandissent de jour en jour, parce que l’injustice dépasse largement les limites du possible, parce qu’une voix comme la mienne qui n’appartient ni à un camp ni à un autre, me semblait plus faible qu’un murmure.

Mais c’est du fond de ce désespoir que s’est opéré en moi le retournement. Lorsque l’on se sent délaissés de partout, lorsque l’impuissance des autres fait écho à la nôtre, lorsqu’on n’attend plus le sauveur envoyé du ciel, on le retrouve en nous. C’est du désespoir et dans le désespoir que j’ai retrouvé la force de la vie, la force du bien, la force de l’amour, une force qui me permet de dire à chaque instant : « Toujours de l’avant, vers une vie nouvelle ».

Nayla Tabbara, de la montagne libanaise, 26 Juillet 2006

Juil 102012
 
mardi 25 juillet 2006
par Gric
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Appelant de nouveau à une cessation des hostilités, le Secrétaire général a proposé le 20 juillet 2006 au Conseil de sécurité un ensemble de mesures concrètes pour rétablir la souveraineté du gouvernement libanais sur tout le pays et pour relancer le processus de paix israélo-palestinien qui sert de « prétexte » aux extrémistes de toute la région.

Voici la position du Secrétaire Général de l’ONU en date du 20 juillet 2006 telle qu’elle est exprimée sur le site de l’ONU :

« Le conflit sanglant qui a engouffré le Liban et le nord d’Israël, à la suite de la crise déclenchée par l’attaque du Hezbollah de l’autre côté de la Ligne bleue, le 12 juillet, continue de faire rage, chaque jour apportant une nouvelle escalade », a déclaré le Secrétaire général dans un discours prononcé lors d’une séance publique au Conseil de sécurité sur la situation au Moyen-Orient.

Kofi Annan présentait un bilan de la situation et un compte-rendu de la mission de médiation qu’il a envoyé sur le terrain (dépêche du 19.07.06).

Le Secrétaire général a précisé que plus de 300 Libanais avaient déjà été tués et plus de 600 blessés dans l’offensive israélienne, tandis que 28 israéliens sont morts et plus de 200 blessés du fait des tirs de roquette du Hezbollah. Il a aussi indiqué que le nombre de personnes déplacées au Liban s’élèverait à au moins 500 000 et pourrait doubler prochainement, tandis que 140 000 personnes ont déjà passé la frontière de la Syrie.

« L’attaque provocante du 12 juillet a été le déclencheur de la crise. Il est clair que le gouvernement libanais n’avait pas de connaissance préalable de cette attaque. Quel que soit l’objectif du Hezbollah, ses actions, qu’il décrit comme défendant les intérêts palestiniens et libanais ne font en fait ni l’un ni l’autre. Au contraire, ils tiennent une nation tout entière en otage et reculent la perspective de la négociation d’un accord de paix global au Moyen-Orient », a affirmé Kofi Annan.

« J’ai déjà condamné l’attaque du Hezbollah contre Israël et reconnu son droit à se défendre comme le prescrit l’article 51 de la Charte des Nations Unies. Je le refais ici aujourd’hui. Je condamne aussi le mépris manifeste du Hezbollah pour les souhaits du gouvernement élu du Liban et pour l’intérêt du peuple libanais et de la région dans son ensemble », a-t-il ajouté.

« Israël affirme qu’il n’a pas de conflit avec le gouvernement ou le peuple du Liban et qu’il prend des précautions extrêmes pour les épargner. Mais un certain nombre de ses actions ont blessé et tué des civils libanais et des membres de l’armée libanaise et causé de graves dommages à son infrastructure », a-t-il encore dit.

« Si les actions du Hezbollah sont déplorables, et si Israël a le droit de se défendre, le recours excessif à la force doit être condamné », a insisté le Secrétaire général.

Mais bien qu’Israël ait déclaré que ses objectifs militaires sont de « frapper l’infrastructure et la force matérielle du Hezbollah », il a, comme l’a dit le Premier ministre libanais Fouad Siniora, « réduit le pays en poussière ». Or selon ses propres termes, « aucun gouvernement ne peux survivre sur les ruines d’une nation », a rappelé Kofi Annan.

Le Secrétaire général a ajouté que de nombreux interlocuteurs dans la région estimaient que les actions israéliennes « faisaient peu, voire rien, pour réduire la popularité du Hezbollah au Liban ou dans la région, mais qu’en revanche elles faisaient beaucoup pour affaiblir le gouvernement du Liban ».

« En résumé, le gouvernement même dont Israël souhaite qu’il étende son contrôle est devenu l’otage de la crise et se trouve moins à même de déployer ses forces dans les zones contrôlées par le Hezbollah », a-t-il expliqué.

Kofi Annan a appelé à une « cessation immédiate des hostilités », à l’arrêt de « la prise pour cible des zones de populations par le Hezbollah » et « au recours disproportionné à la force et à la punition collective du peuple libanais par Israël ».

Il a aussi appelé à la libération des « soldats enlevés dès que possible et à ce qu’ils bénéficient d’un accès du Comité international de la Croix-Rouge ».

Le Secrétaire général a aussi demandé « au gouvernement israélien d’accorder l’accès des agences humanitaires aux civils » et à la communauté internationale de « soutenir le gouvernement démocratiquement élu du Liban ».

Parallèlement, un cadre politique doit être développé afin d’éviter un retour au statu quo ante, a-t-il estimé.

Kofi Annan a donc proposé concrètement que « les soldats israéliens capturés soient transférés aux autorités libanaises légitimes, sous les auspices de la Croix-Rouge, en vue de leur rapatriement et d’un cessez-le-feu ».

« Du côté libanais de la Ligne bleue, une force de maintien de la paix élargie aiderait à stabiliser la situation, en travaillant avec le gouvernement libanais pour renforcer l’armée et permettre son déploiement total dans cette zone. Parallèlement, le gouvernement libanais mettrait pleinement en oeuvre la résolution 1559 et 1680 afin d’établir la souveraineté libanaise et son contrôle ».

En outre, le Premier ministre du Liban « s’engagerait sans équivoque envers le Secrétaire général et le Conseil de sécurité à respecter la Ligne bleue dans son entier jusqu’à ce qu’un accord sur les frontières internationales définitives du Liban soit atteint ».

Autre proposition : une conférence internationale serait convoquée pour permettre la pleine application des accords de Taef – qui avaient mis fin à la guerre civile au Liban – y compris une délimitation des Fermes de Chebaa.

Le Secrétaire général a recommandé au Conseil de sécurité d’incorporer ces éléments dans une résolution.

Kofi Annan a par ailleurs proposé un cadre permettant d’apporter une aide d’urgence pour la reconstruction et le développement du Liban.

S’agissant par ailleurs du mandat de la Force intérimaire des Nations Unies au Liban (FINUL), « les conditions pour un maintien de la paix ne sont pas réunies » dans l’immédiat a estimé le Secrétaire général, soulignant que la poursuite de la FINUL dans sa configuration et avec son mandat actuel n’étaient « pas tenables ».

Le Secrétaire général a ensuite évoqué la situation à Gaza où plus de 100 Palestiniens ont été tués le mois dernier, dont de nombreux civils et d’où des roquettes continuent d’être tirés vers Israël, « heureusement sans faire de victimes le mois dernier ».

Il a appelé à une « cessation immédiate des violences indiscriminées et disproportionnées dans le conflit israélo-palestinien », à la « réouverture des points de passage fermés », sans lesquels « Gaza continuera d’être aspiré dans une spirale négative de souffrances et chaos ».

Kofi Annan a loué les efforts du président Mahmoud Abbas pour établir un gouvernement d’unité nationale respectant les principes du Quatuor pour le Moyen-Orient, appelant Israël à s’abstenir d’actes unilatéraux préjugeant du statut final et à accepter de négocier.

Des solutions « audacieuses et créatives » au règlement israélo-palestinien permettraient de mettre fin à un prétexte utilisé par les extrémistes de toute la région, y compris au Liban, a conclu le Secrétaire général qui a exhorté le Conseil de sécurité à parler « d’une « d’une seule voix » et à prendre des « mesures fermes ».

Voir aussi l’appel humanitaire lancé par les Nations Unies et l’analyse du chef de la mission du Secrétaire général au Moyen-Orient, Vijay Nambiar.

Juil 102012
 
vendredi 21 juillet 2006
par Gric
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Au regard des récents événements du Proche-Orient et au nom de leur foi partagée en un Dieu unique selon la diversité de leurs traditions, les membres chrétiens et musulmans du GRIC (Groupes de recherche islamo-chrétiens de Barcelone, Beyrouth, Paris, Rabat et Tunis) affirment :

1. Le dialogue entre croyants des religions monothéistes est possible. Il engage la foi de chacun en un Dieu personnel et touche à l’ordre du mystère. La religion véritable élève l’homme vers l’accomplissement de sa vocation et œuvre à la communion entre les hommes

2. La lutte contre les images est commandement de Dieu. Combattre l’autre au nom de l’image que l’on s’est fait de lui est contraire à la justice et au droit qui honorent l’homme et le font obéissant à la révélation de Dieu. La justice minimale exige l’écoute des cris et des besoins de justice de l’autre ; elle est oubli de la défense de ses intérêts propres au profit du bien commun de tous.

3. Par le jeu des processus démocratiques, un gouvernement est responsable de la politique de la nation. Aucune composante de la nation ne peut exercer sans mandat explicite l’un des pouvoirs de l’autorité légitime d’un État souverain et libre.

4. Conscients que tout pouvoir vient de Dieu et leur est confié en gérance, les chefs d’Etat expriment le sens de leur mission dans le service du bien commun et la recherche de la paix dans le but de prévenir des situations où l’usage des armes devient quasiment inévitable.

5. La loi du talion, qui multiplie par cent l’adage « Œil pour œil, dent pour dent », est incompatible avec l’ordre international. Avant de céder à la violence, le dialogue n’est pas de l’ordre du possible mais de l’obligatoire.

6. Les murs de la haine n’atteignent pas le ciel. Nous sommes tous pour la culture du dialogue et de la vie et non pour la culture de la violence et la mort. Les efforts pour la paix, la justice et la réconciliation sont le gage et l’espérance d’un monde de liberté, de justice et de communion.

7. Prier, jeûner et faire l’aumône appartiennent à tous les croyants pour que cessent les violences. En ces moments tragiques qui touchent au Liban des centaines de milliers de personnes, obligées de fuir loin de chez eux, il est de notre devoir de vivre de la prière, du jeûne et de l’aumône, tout spécialement à l’égard des nombreuses victimes, blessées ou décédées. En effet, face à l’épreuve, prière, jeûne et aumône ouvrent dans l’adversité une brèche à la confiance, attestent la force de la fragilité et donnent corps à la fraternité.

A Barcelone, Beyrouth, Paris, Rabat et Tunis, le vendredi 21 juillet 2006

Texte en espagnol

Juil 102012
 
lundi 3 juillet 2006
par Gric
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A l’occasion de de sommet, le cardinal Paul Poupard, Président du Conseil Pontifical de la Culture et du Conseil Pontifical pour le Dialogue interreligieux, a lu une déclaration du Vatican.

SAINT-SIEGE

DÉCLARATION AU SOMMET MONDIAL DES REPRESENTANTS DES GRANDES RELIGIONS

1. J’ai l’honneur et le plaisir d’unir ma voix à celles de l’ensemble des membres de la délégation de l’Église catholique, pour remercier Sa Sainteté le Patriarche Alexis II et le Conseil Interreligieux de Russie pour cette importante initiative d’un Sommet qui réunit en cette ville chargée d’histoire, les Représentants des Grandes Religions du monde. Ainsi, nous pouvons partager ensemble nos communes préoccupations en ce commencement du IIIème millénaire, et affirmer notre engagement commun pour œuvrer avec un élan renouvelé dans un confiant dialogue interculturel et interreligieux au service d’un humanisme intégral et solidaire. Chacun est appelé à trouver la place qui lui revient dans le concert des nations, en sa plénitude humaine qui voit son accomplissement dans sa dimension religieuse. Ensemble, nous souhaitons réaffirmer devant les hommes d’État et les citoyens du monde, le rôle irremplaçable des religions pour édifier des sociétés plus justes où règnent l’harmonie et la paix. Nous voulons ici redire notre volonté commune de renforcer le dialogue entre les religions, mais aussi avec les autorités civiles et politiques, chacun dans la conscience de ses responsabilités propres.

2. Le phénomène croissant de la mondialisation présente aux hommes et aux femmes de notre temps des défis que nous voulons affronter avec courage. Le contexte historique et culturel, en rapide évolution, entraîne des mutations de divers ordres qui suscitent de nouveaux comportements. L’objectif fondamental reste cependant toujours le même : bâtir une cité digne de l’homme. Il s’agit, pour ce faire, de veiller à ce que les hommes et les femmes de notre temps ne cèdent pas à l’indifférence à l’égard des valeurs humaines universelles, et donc d’être attentifs à tout ce qui peut porter atteinte à leur transmission. Parmi elles, au premier chef, le respect de la dignité de l’homme, de tout l’homme et de tous les hommes parce que créés par Dieu, est au fondement de la vie en société. Il implique le respect de la liberté religieuse, comme un droit constitutif de la personne que nulle autorité n’est en droit de nier, mais a au contraire le devoir d’en respecter l’affirmation et d’en favoriser l’exercice pacifique, toujours et partout.

3. En tant que responsables religieux, nous sommes aujourd’hui vivement préoccupés par les orientations de systèmes politiques prioritairement focalisés sur le pouvoir économique au détriment de la justice et de la solidarité, et par la crise des valeurs qui gagne des couches entières de la population mondiale, notamment chez les jeunes et pose de graves questions quant à l’avenir de l’humanité. La mondialisation de modèles culturels vidés de valeurs humanisantes favorise la perte d’identité de pans entiers de nos sociétés, noyés dans l’uniformité factice d’un modèle économique aux prétentions universelles. De là naissent les tentations de replis identitaires : le sentiment d’injustice devant l’absence de répartition équitable des richesses conjoint avec le mépris pour une civilisation en perte de repères et de références éthiques, peut entraîner le ressentiment et se traduire en actes de violence de diverses formes, y compris le terrorisme que nous condamnons fermement avec Jean-Paul II : « La haine, le fanatisme et le terrorisme profanent le nom de Dieu et défigurent l’image authentique de l’homme ».

4. Devant les dérives du fondamentalisme qui se greffent sur l’humiliation ressentie par certains croyants quand les États les privent de leurs droits culturels et religieux, les replis du communautarisme provoqués par le mal-être de certains groupes dans ce monde déséquilibré, et les risques d’applications inhumaines de certaines avancées de la science et de la technologie, nous voulons lancer un cri d’alarme : ce sont autant de défis qui exigent des réponses urgentes et pertinentes pleinement humaines, sous peine d’un grave éclatement de nos sociétés. Nombre de pays déjà en phase de suicide démographique, ont comme perdu le sens du caractère sacré de la vie et introduisent dans leur législation des dispositions qui dénaturent le mariage et déstabilisent la famille, cellule de base de la société, ouvrant ainsi la voie à des déséquilibres plus graves encore et à un avenir lourd de menaces.

5. Le christianisme a été pour le continent européen un facteur primordial d’unité entre les peuples et leurs cultures. Depuis deux millénaires, il ne cesse de promouvoir une vision intégrale de l’homme et de ses droits et devoirs, et l’histoire d’un grand nombre de nations atteste son extraordinaire fécondité culturelle. Pour sa part, l’Église catholique est résolument engagée dans le dialogue interculturel et interreligieux, consciente du rôle irremplaçable des religions dans l’humanisation de la société des hommes, de leur capacité à œuvrer en son sein comme un authentique levain capable de féconder les échanges entre les personnes et les cultures sur les valeurs les plus hautes sans lesquelles l’homme redevient un loup pour l’homme. Ces valeurs sont le respect de la dignité de tous les hommes sans exception, comme créatures aimées et voulues pour elles-mêmes par Dieu leur Créateur, à son image et ressemblance, le respect de la liberté de conscience et du droit à pratiquer librement et publiquement leur culte religieux, la conscience de l’universelle destinée des hommes appelés à construire les uns avec les autres une civilisation de l’amour, dans la justice et la paix.

6. Les religions, depuis des millénaires, contribuent notablement au développement et à la sauvegarde du patrimoine culturel de l’humanité. Elles demandent que partout, en leur reconnaissant le mérite de cette fécondité créatrice de culture, les pouvoirs responsables veillent à ce que les biens et les monuments sacrés, puissent continuer d’exprimer leur foi et d’en vivre. Dans un monde de la convivialité pacifique et d’échange des richesses culturelles, matérielles et immatérielles, les religions sauront toujours se présenter comme des maisons ouvertes où s’enseignent et se pratiquent le dialogue, le respect de la différence et de la dignité de tout homme, l’amour de la vérité, la conscience d’appartenir à une seule grande famille des peuples voulue par Dieu et appelée à vivre sous son regard dans un amour partagé. L’histoire atteste que l’Église, par son enseignement moral et religieux, contribue pour sa part activement et de façon remarquable à la croissance de la cohésion sociale.

7. Soucieux d’honorer l’exigence moderne d’une juste laïcité des États en toutes ses composantes religieuses et laïques, au rebours d’un laïcisme réducteur, inspirateur de certaines politiques, le Saint-Siège réaffirme la disponibilité et la capacité des religions à contribuer à édifier la communauté des hommes, en apportant en particulier leur concours pour remédier au défi de la désagrégation sociale et donner un idéal aux jeunes et un sens à la vie et à l’histoire. Ma conclusion sera celle de Son Éminence le Métropolite Kyrill de Smolensk et de Kaliningrad : « La crise vers laquelle la mondialisation conduit l’humanité ne peut être surpassée que par les efforts communs de tous les croyants et de tous les hommes de bonne volonté dans le domaine de la formation éthique de la personne, de la création de fondements justes à la coexistence des hommes. » [1]

  1. [1]Métropolite Cyrille, L’Évangile et la liberté. Les valeurs de la Tradition dans la société laïque, Cerf, Paris 2006, p. 239.
Juil 102012
 
mardi 27 juin 2006
par Gric
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Fin juin 2006, le père Christophe Roucou a été nommé directeur du Service national pour les relations avec l’islam de l’Eglise de France

Le père Roucou, un prêtre de la Mission de France âgé de 53 ans, prendra ses fonctions en septembre pour succéder au père Jean-Marie Gaudeul, père blanc âgé de 70 ans et membre du GRIC Paris.

Né à Nantes le 22 octobre 1952, le père Roucou a été ordonné prêtre le 21 juin 1980. Professeur d’histoire-géographie avant son entrée au séminaire, il a ensuite obtenu une licence de théologie à l’Institut catholique de Paris avant d’aller étudier l’arabe et l’islam durant deux ans au Pisai, l’Institut pontifical d’études arabes et islamiques de Rome.

Il a vécu neuf ans au total en Egypte, en deux séjours séparés. De 1983 à 1987, il a enseigné le français au Caire durant un an avant d’enseigner trois ans à la faculté de pédagogie de Suez. Puis, de 1994 à 1999, il a de nouveau enseigné dans cette faculté à Suez et lancé une école publique égyptienne de langue française dont les premiers bacheliers sortiront l’an prochain.

Depuis son retour en France en juillet 1999, outre une activité d’aumônier d’étudiants à Créteil, il appartient à l’équipe responsable de la Mission de France et a mis sur pied une Ecole pour la mission, qui propose un parcours de formation théologique à de jeunes adultes à côté de leur vie professionnelle et familiale.

Lui qui a connu un « dialogue exigeant » avec des représentants de l’islam égyptien entend développer une approche de l’islam dans la conscience des circonstances nouvelles et déclare dans le quotidien La Croix du 27 juin 2006 : «  Il y a un durcissement dans une partie du monde musulman, et le dialogue théologique a lui aussi ses limites. Mais il n’y a pas d’autres chemins que le dialogue. Ce n’est pas parce que les travailleurs philippins ont des problèmes en Arabie saoudite que nous ne devons pas entrer en relation avec les hommes et les femmes qui veulent vivre normalement leur foi en Dieu. En France, comme citoyens et comme catholiques, nous avons la responsabilité de permettre que les musulmans puissent vivre leur foi dans le contexte républicain et laïque. Et comme chrétiens, il nous faut toujours faire le premier pas. »

Juil 102012
 
vendredi 10 février 2006
par Gric
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Depuis plusieurs semaines, le monde musulman interpelle la communauté internationale, suite à la publication de caricatures du Prophète Muhammad dans un journal danois…

Ces événements graves posent toute une série de questions :

- La question de la représentation du prophète de l’islam

- La question du droit d’expression et, particulièrement, du droit de caricaturer

- La question des manipulations de la situation et de l’explosion de la violence.

- Au-delà des convictions religieuses, cela oblige à réfléchir sur les notions de liberté, d’Egalité et de fraternité

A ce propos, le père Christian Delorme, prêtre du diocèse de Lyon, propose une analyse ainsi que Jean-Marie Muller, porte-parole du Mouvement d’alternative non-violente.

Est également disponible une chronologie des faits.

Sur le site du SRI (Secrétariat de l’épiscopat pour le dialogue islamo-chrétien), Jean-Marie Gaudeul, membre du GRIC de Paris nous partage la réflexion suivante :

 

Encore des caricatures ?

 

Le monde médiatique bruisse de réactions sur les caricatures parus dans un journal danois puis dans un journal français.

Certains feignent de croire que la liberté de la presse est en danger et nécessite des gestes spectaculaires pour affirmer un principe. Sans avoir pris connaissance des dessins incriminés, nous ne pouvons dire que des généralités… espérons, cependant, qu’elles contribueront à faire réfléchir les uns et les autres. Dieu est au-dessus de toute caricature

En fait, ce qui est visé par les caricatures ou les moqueries, c’est plutôt l’idée qu’un groupe de personnes se fait de Lui. La caricature vise à dire à tel ou tel groupe de croyants : “ce que vous nous dites de Dieu ou de sa volonté est critiquable ou risible pour telle ou telle raison, sous tel ou tel aspect”. Est-ce toujours fondé dans la réalité ? Les croyants que nous sommes sont bien conscients qu’ils sont loin de donner de la foi, de la religion et de Dieu lui-même une “image” qui soit à la hauteur… Mais en même temps, comment ne pas admettre que certains font de la dérision leur fond de commerce, leur métier, tandis que d’autres expriment, par ce biais, leur détestation de telle ou telle catégorie de personnes ? Et la liberté d’expression ?

Dans des pays comme le nôtre, il n’est pas question de tenter de pénaliser l’expression des uns ou des autres… On peut trouver regrettable que des humoristes se moquent des convictions de telle ou telle catégorie de croyants… et, en même temps, ne pas vouloir que leur soit intenté un procès ou qu’ils soient l’objet de menaces concernant leurs personnes ou leurs biens.

Oui, nous sommes libres de faire bien des choses sans encourir la rigueur de la loi… Oui, nous avons tous la capacité de nuire à la réputation de notre prochain en respectant la lettre de la loi… Oui, nous pouvons, avec la plus extrême politesse, signifier à quelqu’un notre mépris ou notre inimitié. Certains sont très habiles à ce petit jeu qui consiste à ne pas dire les choses mais à expliquer que “la rumeur court que…”, “les milieux autorisés disent que…” pour rester à l’abri de la Loi tout en disant ce qui va faire mal ou humilier… Bâtir un meilleur “vivre ensemble”

C’est là qu’il nous faut réfléchir plus profondément sur les conséquences de notre liberté de parole. Que cherchons-nous ? On ne peut bâtir un “vivre ensemble”, tel que le rêvent la plupart des gens, sur la dérision ou le mépris. Que cherche-t-on ? allumer un incendie ? provoquer des émeutes ? laisser dans les coeurs de la rancune et de la colère ? faire la preuve que l’on n’a aucun avenir possible en commun ?

Certains groupes visent bien cela !

Mais si nous voulons, au contraire, travailler à ce que les gens se connaissent mieux, apprennent à travailler et à vivre ensemble dans la bonne entente et l’amitié, il faut que notre liberté d’expression accepte de respecter l’autre dans son intimité, dans sa vie privée, dans ses références profondes. Il ne nous est pas demandé d’adopter les idées de l’autre, mais de comprendre son attachement à certaines idées et certains idéaux…

Si un désaccord existe : parlons-en ! c’est cela qui construit ! Mais la dérision blesse, et, parfois, tue ! Il ne s’agit pas de s’interdire tout humour : l’humour contient ce capital de sympathie qui invite même celui qui en est l’objet (à commencer par nous-même) à sourire aussi, à partager la plaisanterie ! La charge de mépris ou d’inimitié que véhicule la dérision empêche ceux qui en sont la cible d’entrer dans l”esprit du “rieur”.

Que gagne-t-on alors à rire de l’autre ?
Jean-Marie Gaudeul Père Blanc, membre du GRIC Paris, responsable du S.R.I.

L’Archevêque de Rabat, le père Vincent Landel propose un poème sur la fraternité :

Si l’autre devenait vraiment mon frère !

 

Et si l’autre devenait vraiment mon frère !

N’est-ce pas la question à se poser devant ce débat qui parcourt les médias ?

Si l’autre devenait vraiment mon frère, pourrais-je remettre en cause la foi qui le fait vivre ?

Pourrais-je bafouer d’une façon ou d’une autre sa croyance ?

Si l’autre devenait vraiment mon frère, pourrais-je parler de liberté sans vivre le respect ?

Si l’autre devenait vraiment mon frère, pourrais-je le rejeter par des actes de violence contre sa personne ou contre ses biens ?

Si l’autre devenait vraiment mon frère, pourrais-je me permettre de parler de lui négativement dans son dos ?

Pourrais-je me permettre de le détruire jusque dans son intimité ?

Si l’autre devenait vraiment mon frère, je pourrais le rencontrer en vérité ; nous pourrions parler simplement, même si nous ne sommes pas toujours d’accord.

Si l’autre devenait vraiment mon frère, sa rencontre me ferait grandir ; et je suis sûr qu’il grandirait aussi.

Si l’autre devenait vraiment mon frère, nos regards pourraient se croiser, et un véritable sourire rayonnerait sur nos visages.

Si l’autre devenait vraiment mon frère, quel monde passionnant nous pourrions construire !

Vincent LANDEL s.c.j. Archevêque de Rabat

 

Juil 102012
 
24-29 août 2005 à Rabat
vendredi 2 décembre 2005
par Gric
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Depuis 1977, au sein du GRIC (Groupe de recherches islamo-chrétien), des chercheurs chrétiens et musulmans se rencontrent régulièrement en différents pays pour dialoguer et approfondir des questions importantes comme le rapport aux Textes sacrés, pluralisme et laïcité, foi et justice, péché et responsabilité éthique ou les identités en devenir.

En août dernier, venus de Barcelone, Beyrouth, Lyon, Paris et Tunis, ils se sont retrouvés à Rabat où le GRIC du Maroc les a accueillis pour leur séminaire international annuel dont l’activité principale fut de clore un travail de deux ans sur « Lieux saints, lieux de violence et de paix » en vue d’une publication courant 2006.

Cette rencontre fut l’occasion d’aller à la rencontre du public marocain dans le cadre de deux ateliers. Ils se déroulèrent à la Bibliothèque nationale du Maroc où étaient exposés des manuscrits anciens de la Torah, de la Bible et du Coran. La première matinée fut consacrée à la présentation du livre Ces Ecritures qui nous questionnent dont la traduction arabe vient de paraître à Beyrouth. La seconde abordait des questions d’actualité comme l’identité dans les couples mixtes au Maroc ou la présence chrétienne au Maroc de 1850 à nos jours.

Pour les deux années à venir, les membres du GRIC ont pris un nouveau thème de recherche : « Entre musulmans et chrétiens : quelles frontières ? ». Celui-ci devrait les amener à réfléchir à des réalités telles que le prosélytisme, les conversions, la da’wa et à ces grandes mutations en terme d’immigration ou d’éducation dont nous sommes les témoins en ces temps de mondialisation et de recherche identitaire.

Juin 202012
 

TALBI Mohamed, Histoire du Christ, Tunis, s. éd., 2011, (555 p).

On trouvera en note les références précises des pages auxquelles la recension se réfère

Le sous-titre de ce pamphlet, polémique et apologétique, est : « Histoire d’une fraude textes à l’appui ». Nous voilà donc prévenus. Et dans l’avertissement : « Ce livre est écrit pour ma Umma », « pour mes frères musulmans », pas pour les Chrétiens. Ce que veut prouver l’auteur, c’est que les Chrétiens ont amalgamé deux Jésus, le Jésus royal Nazôréen, nationaliste et insurrectionnel, gnostique séthien, et le Jésus sacerdotal Nazaréen prédicateur pacifique, celui du Coran, un faux messie et un vrai prophète en en faisant un Dieu Janus bifront, un monstre siamois, un Christ hybride, un Jésus-Fiction, monstre bi-face, chauve-souris, arlequin. Il va donc « détruquer » les textes, les « défalsifier » [1].

L’auteur affirme parler des évangiles et du christianisme avec respect : le ton général du livre ne le manifeste pas. Un seul exemple : « les évangélistes racontent n’importe quoi, et ils s’en foutent (sic) si ça ne colle pas avec ce qui suit » [2]. Le 2 mai 1998, à la foire du livre du Kram, j’ai prononcé en arabe un éloge de Monsieur Talbi, en trois parties : le professeur méthodique (que j’ai eu à l’université de Tunis 1965-68), l’homme libre, le croyant convaincu. Pour reprendre les paroles d’Antoine de Saint-Exupéry dans Citadelle : « Ce que tu as aimé en l’autre, en quoi est-ce détruit s’il y a aussi quelque chose que tu n’y aimes pas ? »

Deux remarques sur le fond.

D’abord à quoi servent les livres révélés, pourquoi Dieu révèle ? Pour dire ceci : j’existe, je vous aime parce que je vous ai créés, voici les chemins pour me rejoindre. En conséquence les livres révélés ne sont pas des livres d’histoire que l’on compare pour savoir ce qui s’est vraiment passé, « le déroulement réel, logique et rationnel ». C’est ainsi que les Patriarches bibli-ques sont considérés comme des ancêtres éponymes et que l’intérêt de leur évocation est l’aventure spirituelle qu’ils représentent. Et voir, comme le fait l’auteur, Jésus dans une perspective évolutionnis-te me paraît décalé par rapport au sens des livres révélés : c’est d’ailleurs ce qu’on appelle le concor-disme. A priori, l’auteur refuse de voir dans les évangiles un message spirituel, en s’obstinant à resti-tuer, corriger, élaguer, éliminer, redresser, tamiser, substituer, expurger (selon ses propres termes) pour obtenir un récit logique à ses yeux. Comment peut-il écrire alors que le texte est sacré et son interprétation libre, à quoi il ajoute « une fois le texte rétabli » ? Ensuite, le traitement que l’auteur réserve aux textes est double : s’il s’agit du Coran, il l’interprète selon l’esprit ; s’il s’agit de la Bible et des Évangiles, il les lit selon la lettre, ignorant la notion de genre littéraire, pourtant connue des chercheurs arabes, et cherchant seulement la réalité des faits [3].

Le livre commence par une présentation de l’Arabie avant l’islam et du Coran qui « prédomine » : sommes-nous ici dans une compétition ? Puis il s’agit de Jésus dans le Coran. Abordant les évangiles, la 2e partie du livre traite du problème de la naissance de Jésus. Dans cette partie, les rapports entre le début de l’évangile de Luc et le mythe sont bien venus même s’ils n’apportent rien de nouveau. La 3e partie concerne d’une part Jésus de Béthanie le Nazôréen, le crucifié Roi des juifs, Dieu des Chrétiens : l’auteur a forgé une attitude de ce Jésus qui, menant des activités nationalistes, doit se cacher, aller récupérer ses partisans défaillants, mener une action politique clandestine afin d’expulser les occupants romains ; et d’autre part l’autre Jésus, le Prophète de Nazareth [4].

Le centre de la démonstration consiste à utiliser « deux textes, Marc 9,38-40 et Luc 9,49-50, dont l’importance a échappé à tous les spécialistes, textes passés complètement inaperçus, qui apportent la preuve constatable et incontestable, un acquis définitif, un fait brut indéniable, une lecture intelligible et juste, une certitude incontestable et absolue, une preuve textuelle, absolument irréconciliable avec la foi chrétienne ». Seulement voilà, pour ce faire, Mohamed Talbi change la préposition en son nom et la remplace par le participe présent portant son nom. Est-ce là œuvre d’historien ? Est-ce là appliquer « la méthodologie historique de la critique des textes, avec celle de la raison et de la rationalité » ? Le passage devient alors pour lui un témoignage direct et irréfutable de l’existence de deux personnages opposés, indiscutablement et nettement différents. De même, il change avec deux de ses disciples en avec ses deux enfants, tout comme il remplace Agneau par Messie, il trouve par il se tourne, André et Pierre par Nathanaël, c’est par il n’est pas, pour le faire roi par pour le lyncher, je suis un pécheur par tu es un coupable, cieux par Israël. J’arrête là l’énumération. Ses critiques sont basées sur des traductions françaises et donc sujettes à caution sinon gratuites. Ou bien il supprime les expressions qui le gênent. Ou encore il remplit les vides des omissions. Le « détruquage » repose ainsi sur une série de conjectures [« on peut conclure sans forcer le texte, on peut ajouter, est-il présomptueux de penser, est-il excessif d‘ajouter encore, on peut ajouter sans difficulté, Nathanaël qui a tout l’air d’être le chef du village, le but peut être imaginé aisément », « nous pensons qu’il lui tint ce langage », « on peut avancer avec la plus grande vraisemblance, sinon avec une absolue certitude »] donnant une habile recons-truction qui n’a plus rien à voir avec les évangiles. L’auteur affirme avoir découvert ce que personne jusqu’à ce jour n’a perçu, depuis deux millénaires passé inaperçu, jamais remarqué, personne ne l’a relevé auparavant, résoudre une énigme jusque là irrésolue [5]. Quelle modestie !

Quelques remarques sur les procédés utilisés pour la forme.

Je les classe selon le genre.

- L’invective classée dans l’ordre alphabétique [6] : aberration, abracadabrant, abscons, absurdité (20 fois), acrobatie verbale, ahurissant, alambiqué, ambiguïté calculée, ampoulé, anachronisme, antinomi-que, antithétique, arbitraire, bête comme chou, bigarrure, bizarre, bluff, brouillage volontaire, brouiller les cartes, cafouillage, camouflage, caprice, cécité, cercles vicieux , chakchouka, salade russe pour un occidental, charlatanisme délibéré, château de cartes mal bâti, cheveu sur la soupe, cinéma, citations fausses et malhonnêtes, collage maladroit, combine, comédie montée de toutes pièces, complications naïves et oiseuses, confusion délibérée (12 fois), connement (sic) déductif, contradiction (29 fois), correction falsifiante, corruption, couleuvre trop grosse pour être avalée, cuisiné par mixage, daltonis-me, décousu et coq-à-l’âne, déformation, délire, démentiel, dénaturation, déficit d’information, dérai-son, déroutante et superflue gymnastique intellectuelle, dés systématiquement pipés pour tricher et fausser délibérément le jeu, désinformation, désinvolture, désordre le plus total et voulu, détourne-ments incroyables ; Dieu des Chrétiens séducteur menteur, pilule anti-démons, prend ses interlocuteurs pour des imbéciles, Dieu des Juifs sinistre brigand de grand chemin, en flagrant délit de mensonge, malfaisant, monstrueux, un corps et trois têtes ; discordances, dogmes absurdes et ridicules, double langage, duperie, duplicité troublante, échafaudage, embrouillé, en dépit du bon sens, enfantillage, énigme, entortillement, entourloupette, escamotage, escroquerie, exercice d’équilibrisme, exagérations enthousiastes, extravagant, fable grossière, falsification institutionnelle et délibérée (66 fois), fantaisie, fantasme, fantomatique, faussaire (16 fois), faux usage de faux, faux-fuyant, feu follet, fiction, figure à la Picasso, flouage (sic), folklore pour faire naïf miracle bon marché, forgerie, fouillis d’incohérences, fourre-tout, fraude, fumeux, futile, galimatias inintelligible, génies de la désinformation, génies de la malversation de l’information, grand guignol, grossier, horrible, idiotie, illogisme, illusion, imaginaire, infantile, magique et démoniaque, imbroglio bien bête, incompréhensible, impardonnable falsification particulièrement consciente et délibérée, impensable pour un esprit normal, incohérence (22 fois), incompréhensible, incongruité, interpolation, illogisme, incontrôlable, inefficace, infantilement (sic) irrationnel, insoutenable, interpolation, invention, invraisemblance, irrationnel, jonglerie, lacis sans fin d’incohérences et de contradictions, labyrinthe, lecture de l’autruche, légende, logomachie, magma de pieuses falsifications, malaxage, maladroit collage, malhonnête, manipulation éhontée, matraquage, mensonge, mentalité précritique d’un chérubin, mépris autiste pour la cohérence et la logique, miracle simulé, monstrueux et malhonnête, mythologisé, naïveté, nébuleuses considérations métaphysiques obscures et bien fumeuses, non langage, non sens, omission volontaire, paradoxes autoréférentiels, phantasme, pieuse combine, le plus acrobate des évangélistes, plus d’un tour dans leur sac, porte à faux, puéril, quadrature du cercle, queue de poisson, raisonnement si inutilement tordu, réchauffé, ridicule, sac de nœuds, sauce, scène théâtrale, sciemment confus et incohérent, sciemment corrompus, sibyllin, silence complice, simulation, sornettes, soûler le lecteur, sournoisement spécieux, stratagème, stupéfiant, stupidité, super absurde, supercherie, télescopage, tirebouchonné, tordu, tour de passe-passe de prestidigitateur, traficotaient, travestissement, tri arbitraire, triplement con [sic], tromperie, tronqué, truquage (69 fois), ubuesque argumentation, vice logique, zéro pointé : ces expressions sont-elles la marque du respect déclaré de l’auteur ?

- La dérision [7] : Paul le gourou, la lecture littéraire de l’annonciation, l’affabulation à propos de cette même annonciation, les mages chargés de cadeaux comme des pères Noël, les violons chrétiens ne sont pas accordés, les évangélistes ont glané, dans les histoires vraies et fausses colportées de bouche à oreille, les ingrédients que chaque évangéliste, en y ajoutant sa pincée de sel, passa dans son mixeur pour cuisiner son Christ, on doit à Moïse, en parfumeur consommé, la composition de l’huile parfumée (et SVP de marque en quelque sorte déposée !) , le tour est joué, le Pseudo-Père, présumé Dieu et pseudo fils, la Mère de Dieu la plus célèbre guérisseuse de tous les temps, la résurrifiction (sic), les langues de feu précurseurs de nos lance-flammes, le Saint Esprit Dieu colombe sorti du colombier divin égyptien, le pseudo baptême, spectacle son et lumière, pseudo miracle des pains, Jean mou et inefficient avatar d’Élie, Jésus roué messie charlatan, Pierre faux premier pape, la mythique rédemp-tion, le Saint Esprit complice, Jésus le fils a laissé son Père imprudemment dans les cieux, le Père séducteur, le Dieu Trine est en pratique un Dieu Quatrine (sic) avec Marie, Paul halluciné gnostique troublé, le Christ au ciel hôtel paradis trois étoiles, la Loi élastique de l’Amour, Dieu Dr Fol Amour, Marie de Béthanie écoutait Jésus lui compter fleurette. Elle était son amante, Jésus agneau immolé se mange lui-même rôti.

- L’affirmation gratuite [8] : tout au long du livre, l’auteur bâtit une intrigue au cours de laquelle Jésus aurait vécu dans la clandestinité, avec un quartier général secret, y aurait ourdi un complot et serait entré en rébellion ouverte contre Rome, au cours de deux campagnes messianiques. Selon lui, la mort de Jésus a eu lieu le 14 avril 33, alors que le sens commun s’entend sur le 7 avril 30 ; Paul opéré de la cataracte, les évangélistes tous disciples de Paul, Étienne membre illustre de la synagogue, Joseph cousin de Marie, Jésus a écrit l’Évangile, Jésus un des meilleurs savants de son époque, Jésus pas ori-ginaire de Nazareth, mais de Béthanie du Jourdain ; Béthanie, faubourg bourgeois de Jérusalem, quar-tier chic des plaisirs, célèbre par ses courtisanes de luxe qui faisaient entre autres la joie du Messie Jésus royal, Nathanaël lynché à la place de Jésus, Thomas Didyme est le frère jumeau du Messie, le libyen Marc, Jésus n’a jamais observé la Loi dans sa vie, le nom de Père pour désigner Dieu n’est pas biblique [alors qu’on le trouve en Isaïe, les psaumes et le Siracide] Jésus avait l’habitude de se rendre chez deux riches et mignonnes pécheresses, Marthe et sa sœur Marie, pour lesquelles il avait un amour tendre et non purement spirituel, la préférence du Messie allait aux beaux éphèbes surtout eunuques, Jésus était pédophile, Jean est crucifié avec le Maître, Paul physiquement provoquait la répulsion, c’est Pierre et non Judas qui a livré Jésus, tout ce qui est dit de Pierre dans les Actes des apôtres est pure invention, Jésus était Pharisien, l’enfant Jésus de Nazareth naquit à Jérusalem d’une famille lévi-tique, Élisabeth avait environ vingt ans à la naissance de Jean, Marie est la sœur cadette d’Élisabeth, Jésus effectue un séjour d’études à Jérusalem.

- L’invraisemblance [9] : Judas pseudo-traître, Paul seul et unique apôtre, Paul myope et à peine voyant, les évangiles se comptaient par centaines, le pseudo Pierre, Paul inventeur de la Résurrection et du christianisme, le Jean du début du 4e évangile n’est pas le Baptiste, mais le père d’André et Si-mon, Jésus donne à Simon un nom de code, celui de Pierre, Jean le baptiste dans une prison dorée, une vie de luxe, le Messie est la création de Pierre, le christianisme est une religion satanique, Jésus arrêté vêtu en Roi.

- L’approximation [10] : l’auteur parle toujours de chaque évangéliste, alors que la critique attribue les évangiles non pas à un individu précis mais à une communauté, ce que note l’auteur ailleurs (86), sans en tirer les conséquences ; Mohamed Talbi confond la conception virginale de Jésus et l’immaculée conception de Marie, nomme l’église du Saint Sulpice au lieu de saint sépulcre, le judaïsme serait né avec Abraham vers 1850 avant notre ère [alors que les historiens datent celui-ci seulement du 7e siècle avant notre ère], il parle de Bethsabée (nom de femme) au lieu de Bethsaïde (nom de lieu).

- La mesquinerie : la naissance virginale de Jésus annonçant les clonages, Marie fécondée par son fils dans une relation incestueuse, le baptême homoérotique (sic), Jésus allant aux toilettes et faisant l’amour, même le plus extravagant, les amours homosexuelles du Christ et son disciple bien aimé, la mère du Christ que les Chrétiens adorent, Jésus s’abandonnait à tous les plaisirs du lit, l’alliance de l’autel et du bordel est incontestable, le Messie Dieu des chrétiens a exercé toutes les formes de sexe, Lazare qui avait joué le mort [11].

- L’aveuglement [12] : l’auteur avoue ne rien comprendre aux 70 semaines, alors qu’il lui suffisait de recourir à n’importe quel commentaire ; il refuse de considérer les Chrétiens comme monothéistes, il dit qu’aucun commentateur chrétien ne s’est interrogé sur Césarée de Philippe, il refuse toute explication du secret messianique, il considère les paraboles comme des faits ou les rejette comme un double langage, le Dieu des Chrétiens ne tient que par Satan, il situe l’épisode des cochons chez les Juifs alors qu’il a lieu chez les païens d’où la présence de cet animal, Satan est inconnu de la Bible hébraïque, le christianisme ne tient que par la négation de la judéité du crucifié.

- L’oubli circonstancié [13] : dans l’Église la critique des textes est inacceptable : l’auteur ignore là les déclarations de Pie XII en 1942 et le texte de la commission biblique pontificale de 1993. Mais, quand ça l’arrange, il le reconnaît volontiers.

- Les portes ouvertes enfoncées : Jésus n’a jamais quitté le judaïsme : déjà dans la revue Réalités du 11 février 1999, j’avais répondu à Mr Talbi à ce sujet : si l’on rend à Jésus tout ce qu’il a de juif, il lui reste sa personnalité propre. De même, si l’on rend à l’homme tout ce qu’il a du singe, il lui reste quand même son humanité.

- Les coquilles et fautes de grammaire au nombre de 90 [14].

Conclusion

Comme les autres livres récents du même auteur, cet ouvrage comporte d’innombrables répéti-tions et de nombreuses digressions rendant la lecture lassante. À maintes reprises, l’auteur insiste sur le sens de son propos : se démarquer de la perspective chrétienne et aborder Jésus du point de vue coranique. Prenant tout à la lettre dans les évangiles, y compris les anthropomorphismes habituels du langage courant, il refuse a priori leur signification symbolique. L’étendue de son vocabulaire dépréciatif en est un des moyens. Mais, pour mettre en valeur le Coran fallait-il dénigrer les livres fondateurs précédents ? Doit-on trouver la réponse à la page 22 : « il faut bien qu’un jour je me décide à vider mon escarcelle » ? Comme il n’apporte rien sur le plan scientifique, sa théorie des deux Jésus étant éculée, l’histoire l’oubliera vite. En définitive, le livre contient l’évangile selon Talbi (voir en particulier sa version du Notre Père, ou plus loin : « ce choix ne repose sur aucun texte »), fruit de son imagination (pourquoi pas ?), qui devient alors une histoire banale, au mieux un roman, et non selon le Coran qui ne parle pas des principaux passages « détruqués ». À quel prix ? Tout ce qui est excessif est insignifiant. Est-ce le secret de l’édition à compte d’auteur ? Quant au lecteur éventuel, va-t-il dépenser 30 dinars pour cela ?

  1. [1] Et dans l’avertissement : « Ce livre est écrit pour ma Umma » (15), « pour mes frères musulmans » (244), pas pour les Chrétiens. Ce que veut prouver l’auteur, c’est que les Chrétiens ont amalgamé deux Jésus (81, 91, 99, 125, 173, 203, 244, 438, 507), le Jésus royal Nazôréen, nationaliste et insurrectionnel, gnostique séthien (419-454), et le Jésus sacerdotal Nazaréen prédicateur pacifique, celui du Coran (163-168), un faux messie et un vrai prophète (103) en en faisant un Dieu Janus bifront (12, 194), un monstre siamois (24, 194, 245, 246, 255), un Christ hybride, un Jésus-Fiction (103, 122, 532), monstre bi-face (220), chauve-souris (187), arlequin (191, 203, 532). Il va donc « détruquer » les textes (23, 95, 107, 130, 132, 147, 158, 160, 167, 187, 189, 215, 220, 221, 222, 232, 233, 240, 242, 246, 255, 256, 259, 265, 268, 271, 272, 280, 284, 292, 296, 307, 313, 314, 315, 326, 536, 538), les « défalsifier », les « rétablir » (380).
  2. [2]L’auteur affirme parler des évangiles et du christianisme avec respect (25, 33, 80, 195, 282, 393, 412) : le ton général du livre ne le manifeste pas. Un seul exemple : « les évangélistes racontent n’importe quoi, et ils s’en foutent (sic) si ça ne colle pas avec ce qui suit » (393).
  3. [3]Deux remarques sur le fond. D’abord à quoi servent les livres révélés, pourquoi Dieu révèle ? Pour dire ceci : j’existe, je vous aime parce que je vous ai créés, voici les chemins pour me rejoindre. En conséquence les livres révélés ne sont pas des livres d’histoire que l’on compare pour savoir ce qui s’est vraiment passé, « le déroulement réel, logique et rationnel » (193). C’est ainsi que les Patriarches bibliques sont considérés comme des ancêtres éponymes et que l’intérêt de leur évocation est l’aventure spirituelle qu’ils représentent. Et voir, comme le fait l’auteur, Jésus dans une perspective évolutionniste me paraît décalé par rapport au sens des livres révélés (77) : c’est d’ailleurs ce qu’on appelle le concordisme. A priori, l’auteur refuse de voir dans les évangiles un message spirituel, en s’obstinant à restituer, corriger, élaguer, éliminer, redresser, tamiser, substituer, expurger (selon ses propres termes) pour obtenir un récit logique à ses yeux. Comment peut-il écrire alors que le texte est sacré et son interprétation libre (412), à quoi il ajoute « une fois le texte rétabli » ? Ensuite, le traite-ment que l’auteur réserve aux textes est double : s’il s’agit du Coran, il l’interprète selon l’esprit ; s’il s’agit de la Bible et des Évangiles, il les lit selon la lettre, ignorant la notion de genre littéraire (80), pourtant connue des chercheurs arabes, et cherchant seulement la réalité des faits (123).
  4. [4]Le livre commence par une présentation de l’Arabie avant l’islam et du Coran qui « prédomine » (36-72) : sommes-nous ici dans une compétition ? Puis il s’agit de Jésus dans le Coran (73-84). Abor-dant les évangiles, la 2e partie du livre traite du problème de la naissance de Jésus (99-163). Dans cette partie, les rapports entre le début de l’évangile de Luc et le mythe sont bien venus même s’ils n’apportent rien de nouveau (134-139). La 3e partie concerne d’une part Jésus de Béthanie le Nazô-réen, le crucifié Roi des juifs, Dieu des Chrétiens (193-533) : l’auteur a forgé une attitude de ce Jésus qui, menant des activités nationalistes, doit se cacher, aller récupérer ses partisans défaillants, mener une action politique clandestine afin d’expulser les occupants romains ; et d’autre part l’autre Jésus, le Prophète de Nazareth (535-550).
  5. [5]Le centre de la démonstration consiste à utiliser « deux textes, Marc 9,38-40 et Luc 9,49-50, dont l’importance a échappé à tous les spécialistes, textes passés complètement inaperçus, qui apportent la preuve constatable et incontestable, un acquis définitif, un fait brut indéniable, une lecture intelligible et juste, une certitude incontestable et absolue, une preuve textuelle, absolument irréconciliable avec la foi chrétienne » (179-181). Seulement voilà, pour ce faire, Mohamed Talbi change la préposition en son nom et la remplace par le participe présent portant son nom (186). Est-ce là œuvre d’historien ? Est-ce là appliquer « la méthodologie historique de la critique des textes, avec celle de la raison et de la rationalité » (203) ? Le passage devient alors pour lui un témoignage direct et irréfutable de l’existence de deux personnages opposés, indiscutablement et nettement différents (185). De même, il change avec deux de ses disciples en avec ses deux enfants (233), tout comme il remplace Agneau par Messie (234), il trouve par il se tourne (235), André et Pierre par Nathanaël (238), c’est par il n’est pas (245), pour le faire roi par pour le lyncher (265), je suis un pécheur par tu es un coupable (284), cieux par Israël (410). J’arrête là l’énumération. La plupart de ses critiques sont basées sur des traduc-tions françaises et donc sujettes à caution sinon gratuites. Ou bien il supprime les expressions qui le gênent. Ou encore il remplit les vides des omissions. Le « détruquage » repose ainsi sur une série de conjonctures [« on peut conclure sans forcer le texte, on peut ajouter, est-il présomptueux de penser, est-il excessif d‘ajouter encore, on peut ajouter sans difficulté, Nathanaël qui a tout l’air d’être le chef du village, le but peut être imaginé aisément » 238-239, « nous pensons qu’il lui tint ce langage » 247, « on peut avancer avec la plus grande vraisemblance, sinon avec une absolue certitude » 280] donnant une habile reconstruction qui n’a plus rien à voir avec les évangiles. L’auteur affirme avoir découvert ce que personne jusqu’à ce jour n’a perçu (220), depuis deux millénaires passé inaperçu (232), jamais remarqué (235), personne ne l’a relevé auparavant (276), résoudre une énigme jusque là irrésolue (369).
  6. [6]aberration (72), abracadabrant (393), abscons (146, 329, 451), absurdité (25, 71, 206, 235, 241, 273, 280, 303, 323, 328, 329, 347, 348, 393, 408, 409, 508, 515, 526, 542), acrobatie verbale (141, 348, 505), ahurissant (311, 401), alambiqué (451), ambi-guïté calculée (90, 487), ampoulé (506), anachronisme (490), antinomique (242), antithétique (328, 348), arbitraire (335, 483), bête comme chou (316), bigarrure (532), bizarre (387, 507), bluff (506), brouillage volontaire (237), brouiller les cartes (255), cafouillage (90), camouflage (252, 257, 258, 327, 503), caprice (408), cécité (341), cercles vicieux (157), chakchouka, salade russe pour un occi-dental (44), charlatanisme délibéré (232), château de cartes mal bâti (283), cheveu sur la soupe (328, 329), cinéma (119), citations fausses et malhonnêtes (99), collage maladroit (172, 549), combine (314), comédie montée de toutes pièces (316, 343, 345), complications naïves et oiseuses (142), confusion délibérée (109, 141, 217, 255, 263, 313, 317, 322, 324, 380, 405, 546), connement (sic) déductif (241), contradiction (23, 25, 31, 90, 217, 220, 223, 226, 243, 245, 256, 258, 263, 271, 282, 301, 311, 345, 354, 355, 408, 456, 494, 496, 497, 507, 512, 526, 543), correction falsifiante (355), corruption (200), couleuvre trop grosse pour être avalée (282, 337, 348), cuisiné par mixage (539), daltonisme (408), décousu et coq-à-l’âne (172, 347), déformation (75, 292, 503), délire (347, 445), démentiel (146), dénaturation (324, 327, 411, 483, 501, 549), déficit d’information (539), déraison (407), déroutante et superflue gymnastique intellectuelle (106), dés systématiquement pipés pour tri-cher et fausser délibérément le jeu (32), désinformation (382), désinvolture (341), désordre le plus total et voulu (255, 341, 532), détournements incroyables (142) ; Dieu des Chrétiens séducteur men-teur (166), pilule anti-démons (185), prend ses interlocuteurs pour des imbéciles (34), Dieu des Juifs sinistre brigand de grand chemin (71), en flagrant délit de mensonge (120), malfaisant (454), mons-trueux, un corps et trois têtes (196) ; discordances (103, 217), dogmes absurdes et ridicules (91), dou-ble langage (450, 461), duperie (110), duplicité troublante (227), échafaudage (283, 330), embrouillé (523), en dépit du bon sens (246), enfantillage (492), énigme (452, 456, 457), entortillement (497), entourloupette (143, 242, 245, 263, 301), escamotage (305, 335, 539), escroquerie (481, 507, 539), exercice d’équilibrisme (320), exagérations enthousiastes (360), extravagant (446), fable grossière (271, 337), falsification institutionnelle et délibérée (26, 112, 227, 244, 259, 284, 288, 303, 304, 305, 309, 323, 324, 325, 354, 357, 365, 372, 378, 379, 382, 385, 390, 396, 397, 399, 406, 409, 412, 416, 446, 452, 454, 456, 460, 472, 481, 482, 483, 487, 489, 490, 492, 493, 495, 496, 497, 498, 499, 503, 506, 507, 508, 510, 511, 515, 519, 520, 522, 523, 525, 526, 527, 530, 538, 550), fantaisie (339, 408), fantasme (84, 539), fantomatique (272, 540, 541), faussaire (110, 112, 182, 183, 186, 255, 256, 281, 302, 304, 305, 328, 378, 386, 396, 473), faux usage de faux (215, 333, 497), faux-fuyant (337, 408), feu follet (540), fiction (90, 533), figure à la Picasso (508), flouage (sic) (539), folklore pour faire naïf miracle bon marché (537), forgerie (121, 357, 383), fouillis d’incohérences (384, 543), fourre-tout (453), fraude (218, 481, 550), fumeux (549), futile (331), galimatias inintelligible (328), génies de la désinformation (187), génies de la malversation de l’information (21), grand guignol (237), grossier (522), horrible (496), idiotie (282, 537), illogisme (25, 301, 328, 395, 409), illusion (385), imaginaire, infantile, magique et démoniaque (205, 539, 546), imbroglio bien bête (390), incompréhensible (233), impardonnable falsification particulièrement consciente et délibérée (220), impensable pour un esprit normal (258), incohérence (23, 25, 217, 220, 223, 233, 271, 287, 288, 301, 311, 322, 328, 345, 387, 393, 395, 408, 409, 460, 497, 543), incompréhensible (537), incongruité, interpolation, illogisme (149), incontrôlable (543), inefficace (146), infantilement (sic) irrationnel (272), insoutenable (496), interpolation (218, 457, 460), invention (82, 89, 264, 382, 411, 523), invraisemblance (271, 290), irrationnel (390), jonglerie, (141, 497), lacis sans fin d’incohérences et de contradictions (24), labyrinthe (23, 292, 543), lecture de l’autruche (120), légende (328, 366, 396, 454), logomachie (452), magma de pieuses falsifications (377), malaxage (455, 539), maladroit collage (103), malhonnête (117, 405, 406, 491), manipulation éhontée (89, 116, 284, 448, 459, 499, 508), matraquage (305), mensonge (119, 120, 354, 497), mentalité précritique d’un chérubin (150), mépris autiste pour la cohérence et la logique (341), miracle simulé (315), monstrueux et malhonnête (240), mythologisé (540, 550), naïveté (508), nébuleuses considérations métaphysiques obscures et bien fumeuses (360), non langage (157), non sens (159), omission volontaire (359, 458, 503, 510, 543), paradoxes autoréférentiels (157), phantasme (506), pieuse combine (342), le plus acrobate des évangélistes (263), plus d’un tour dans leur sac (183), porte à faux (301), puéril (184), quadrature du cercle (340), queue de poisson (347), raisonnement si inutilement tordu (143), réchauffé (273), ridicule (311, 409), sac de nœuds (395), sauce (295), scène théâtrale (343), sciemment confus et incohérent (111, 223), sciemment corrompus (195), sibyllin (329, 456, 510), silence complice (491), simulation (317, 328), sornettes (115), soûler le lecteur (543), sournoisement spécieux (496), stratagème (341), stupéfiant (393), stupidité (263, 547), super absurde (219), supercherie (117, 184, 199, 265, 274, 277, 301, 302, 317, 379, 542), télescopage (532, 539), tirebouchonné (117, 451, 513), tordu (473), tour de passe-passe de prestidigitateur (242, 276, 314), traficotaient (90, 103, 104, 105), travestissement (174, 491, 532), tri arbitraire (24), triple-ment con [sic] (241), tromperie (452), tronqué (357, 503), truquage (71, 81, 85, 88, 89, 90, 91, 99, 103, 104, 110, 116, 118, 119, 121, 122, 123, 140, 144, 145, 147, 148, 150, 151, 152, 153, 215, 219, 220, 222, 227, 231, 232, 235, 236, 240, 245, 255, 256, 258, 267, 273, 274, 275, 280, 281, 283, 288, 292, 294, 301, 302, 304, 305, 310, 313, 317, 322, 323, 326, 341, 351, 532, 536, 537, 540, 542, 548, 549), ubuesque argumentation (344, 345, 356), vice logique (158), zéro pointé (236) : ces expressions sont-elles la marque du respect déclaré de l’auteur ?
  7. [7]Paul le gourou (91), la lecture littéraire de l’annonciation (100-101), l’affabulation à propos de cette même annonciation (124), les mages chargés de cadeaux comme des pères Noël (115), les violons chrétiens ne sont pas accordés (121), « les évangélistes ont glané, dans les histoires vraies et fausses colportées de bouche à oreille, les ingrédients que chaque évangéliste, en y ajoutant sa pin-cée de sel, passa dans son mixeur pour cuisiner son Christ » (205), on doit à Moïse, en parfumeur consommé, la composition de l’huile parfumée – et SVP de marque en quelque sorte déposée ! – (210), le tour est joué (241), le Pseudo-Père (259), présumé Dieu et pseudo fils (264), la Mère de Dieu la plus célèbre guérisseuse de tous les temps (273), la résurrifiction (sic) (274), les langues de feu pré-curseurs de nos lance-flammes (288), le Saint Esprit Dieu colombe sorti du colombier divin égyptien (335), le pseudo baptême (339), spectacle son et lumière (341), pseudo miracle des pains (341, 371), Jean mou et inefficient avatar d’Élie (342), Jésus roué messie charlatan (343), Pierre faux premier pape (349), la mythique rédemption (377), le Saint Esprit complice (379), Jésus le fils a laissé son Père imprudemment dans les cieux (389), le Père séducteur (391), le Dieu Trine est en pratique un Dieu Quatrine (sic) avec Marie (395), Paul halluciné gnostique troublé (442), le Christ au ciel hôtel paradis trois étoiles (445), la Loi élastique de l’Amour (462), Dieu Dr Fol Amour (483, 506, 537), Marie de Béthanie écoutait Jésus lui compter fleurette. Elle était son amante (515), Jésus agneau immolé se mange lui-même rôti (537)
  8. [8]tout au long du livre, l’auteur bâtit une intrigue au cours de laquelle Jésus aurait vécu dans la clandestinité, avec un quartier général secret, y aurait ourdi un complot et serait entré en rébellion ouverte contre Rome, au cours de deux campagnes messianiques. Selon lui, la mort de Jésus a eu lieu le 14 avril 33 (19, 194, 483, 487, 500, 506), alors que le sens commun s’entend sur le 7 avril 30 ; Paul opéré de la cataracte (13), les évangélistes tous disciples de Paul (24, 91 et passim), Étienne membre illustre de la synagogue (15), Joseph cousin de Marie (101, 110, 124, 246, 540, 546, 549), Jésus a écrit l’Évangile (201), Jésus un des meilleurs savants de son époque (203), Jésus pas originaire de Nazareth, mais de Béthanie du Jourdain (244, 509) ; Béthanie, faubourg bourgeois de Jérusalem, quartier chic des plaisirs, célèbre par ses courtisanes de luxe qui faisaient entre autres la joie du Messie Jésus royal (214, 510), Nathanaël lynché à la place de Jésus (250), Thomas Didyme est le frère jumeau du Messie (278, 474), le libyen Marc (286, 367). Jésus n’a jamais observé la Loi dans sa vie (456), le nom de Père pour désigner Dieu n’est pas biblique (460), alors qu’on le trouve en Isaïe, les psaumes et le Siracide ; Jésus avait l’habitude de se rendre chez deux riches et mignonnes pécheresses, Marthe et sa sœur Marie, pour lesquelles il avait un amour tendre et non purement spirituel (468, 510), la préférence du Messie allait aux beaux éphèbes surtout eunuques (469-471), Jésus était pédophile (473), Jean est crucifié avec le Maître (474), Paul physiquement provoquait la répulsion (478), c’est Pierre et non Judas qui a livré Jésus (519, 522), tout ce qui est dit de Pierre dans les Actes des apôtres est pure invention (523), Jésus était Pharisien (542), l’enfant Jésus de Nazareth naquit à Jérusalem d’une famille lévitique (543), Élisabeth avait environ vingt ans à la naissance de Jean (545), Marie est la sœur cadette d’Élisabeth (546), Jésus effectue un séjour d’étude à Jérusalem (550).
  9. [9]Judas pseudo-traître (9), Paul seul et unique apôtre (9), Paul myope et à peine voyant (10), les évangiles se comptaient par centaines (89), le pseudo Pierre (125), Paul inventeur de la Résurrection (127, 202) et du christianisme (199), le Jean du début du 4e évangile n’est pas le Bap-tiste, mais le père d’André et Simon (232), Jésus donne à Simon un nom de code, celui de Pierre (235), Jean le baptiste dans une prison dorée, une vie de luxe (330), le Messie est la création de Pierre (331, 340, 342, 356, 384, 521), le christianisme est une religion satanique (385), Jésus arrêté vêtu en Roi (527).
  10. [10]l’auteur parle toujours de chaque évangéliste, alors que la critique unanime attribue les évangiles non pas à un individu précis mais à une communauté, ce que note l’auteur ailleurs (86), sans en tirer les conséquences ; Mohamed Talbi confond la conception virginale de Jésus et l’immaculée conception de Marie (109, 151), église du Saint Sulpice au lieu de saint sépulcre (201), le judaïsme serait né avec Abraham vers 1850 avant notre ère (373), alors que les historiens datent celui-ci seulement du 7e siècle avant notre ère, il parle de Bethsabée (nom de femme) au lieu de Bethsaïde (nom de lieu) (510)
  11. [11]la naissance virginale de Jésus annonçant les clonages (12), Marie fécondée par son fils dans une relation incestueuse (27, 199), naissance dans des conditions scandaleuses (76), le baptême homoérotique (sic) (218), Jésus allant aux toilettes et faisant l’amour, même le plus extrava-gant (335), les amours homosexuelles du Christ et son disciple bien aimé (367-372), la mère du Christ que les Chrétiens adorent (391), Jésus s’abandonnait à tous les plaisirs du lit (461, 465, 510), l’alliance de l’autel et du bordel est incontestable (467), le Messie Dieu des chrétiens a exercé toutes les formes de sexe (468), Lazare qui avait joué le mort (516).
  12. [12]l’auteur avoue ne rien comprendre aux 70 semaines (140), alors qu’il lui suffisait de recourir à n’importe quel commentaire ; il refuse de considérer les Chrétiens comme monothéistes (208), il dit qu’aucun commentateur chrétien ne s’est interrogé sur Césarée de Philippe (351), il refuse toute explication du secret messianique (359), il considère les paraboles comme des faits (362) ou les rejette comme un double langage (452), le Dieu des Chrétiens ne tient que par Satan (385), il situe l’épisode des cochons chez les Juifs alors qu’il a lieu chez les païens d’où la présence de cet animal (396), Satan est inconnu de la Bible hébraïque (397), le christianisme ne tient que par la négation de la judéité du crucifié (411).
  13. [13]L’oubli circonstancié : dans l’Église la critique des textes est inacceptable (25) : l’auteur ignore là les déclarations de Pie XII en 1942 et le texte de la commission biblique pontificale de 1993. Mais, quand ça l’arrange, il le reconnaît volontiers (198).
  14. [14]trouvé (7), actuels (10), bouleversais (12), dérageant (12), ouï dire, innombrables (21), j’ai hasardé (22), sans le dire (23), désinvolte (26, 341), cherche (26), etr-oits (47), antéislami-que, nom-breux, comptent (54), IbnIshâq (59), miséricorde Dieu, di-re (60), jal-ousés (63), au-ssi (64), com-me (65), 68, aventuré (78), l’hum-anité (81), virile (94), couins (100), d’y croire (101), nouveau Israël (107), page blanche (108), fils se David (111), ce Isaïe (111), alambique (113), pour-quoi (115), puérile (115), en a (116), tou-jours (116), Sam-arie (117), pro-fessionnelles (117), il l’appelait (118), n’intéressait (118), annon-çant (119), obscure (124), serviteu-rs (124), pas aucune (144), mots manquants (146), le renvoie (148), accueillie (160), sans pareil (167), tous les équivoques (171), est mort naturelle (177), qu’il copie (181), un cheveux (189), bifron (194), martyr 195), toute (198), les uns (200), pauliciens (202), pure (212), enlevé (228), puéril (232), Batiste (234), démêlées (263), denier (300), ont font (315), influence Il (318), œuvres Christ (323), connu (326), part (328), envoie (328), Fis (347), tant (362), extérieurs (363), 30 :30 (363), probant (386), importance (387), des falsification (395), C’ (398), dépressions (401), claire (410), décennies (410), entrefaits (412), d’ (423), son milieux (436), propre aveyx (451), Ces (471), put (513), averti (516), choisi (519), cartouche (537), passée (541).
Juin 182012
 

تتزايد العناية منذ سنوات باللقاءات الحوارية بين مسلمين ومسيحيين في الفضاء العربي الإسلامي مواكبة لاهتمامات أقدم بحواريات دولية في بلاد الغرب. ما شجّع الجانب المسلم على مثل هذا النشاط الثقافي والفكري والإعلامي هو السعي الحثيث لتلافي التداعيات المشوهة لصورة الإسلام والمسلمين نتيجة أحداث سبتمبر الفاجعة وما تلاها من أعمال عنف دموي في أنحاء من العالَم نُسبت دائما إلى حركيين إسلاميين. قبل هذا لم تكن هناك لدى عموم المسلمين رغبة حقيقية في الحوار, ما جعل أحد كبار علماء اللاهوت الكاثوليك المعاصرين يقول في مزاح أقرب إلى الجِدّ «ليس للمسلمين مِزاجٌ للحوار». اليوم أصبح واضحا أن مزاج المسلمين بخصوص الحوار بين المؤمنين قد أخذ منحى آخر يمكن أن يتطور بصورة فاعلة. عند البحث عن أسباب هذا التحوّل في «مزاج المسلمين» نجد على الأقل ثلاثة عوامل أساسية:
 إدراك أن العالَم بأسره، باختلافات جزئية وظرفية، يتجه أكثر فأكثر للعيش ضمن حضارة واحدة، حضارة العلم والتكنولوجيا والتواصل وأن المجتمعات البشرية عاجزة عن إمكانية الهروب إلى منظومة حضارية أخرى. لكن القول بحضارة واحدة للبشرية لا يلغي تعدد ثقافاتها ومعتقداتها بل يستدعي تحصين ذلك التعدد لما يمثله من طاقات وبدائل حمائية للمستقبل تمكّنها من قدرات مناعة وحيوية لا قِبَلَ لأحد أن يستغني عنها.
 اقتناع متزايد لدى عدد من المسلمين بأن توالي تعبيرات الاستهجان لهم ولدينهم وحملات التشويه المتَعَمَّد لا تجدي معها ردود الفعل الغاضبة. لقد ثبت أنّها الردود التي يعمل أقصى اليمين الأوروبي خاصة لاستثارتها باستمرار للحطّ من مكانة الإسلام والمسلمين وإثبات المقولات العنصرية التوسعية. لذلك أضحى لزاما على المسلمين مواجهة جهل الآخرين أو سوء نياتهم بإرساء سياسة مدروسة ومعقلنة قائمة على خطاب يراعي مقتضيات التعدد الثقافي وما يمكن أن ينجر عنه من تفاعل أو تنابذ.
 الوقوف على حقيقة تاريخية طالما وقع ترديدها لكنها أصبحت واقعا معيشيا وتحديّا مباشرا: إنّه الحضور العالمي للإسلام. لم تعد العالمية شعارا بعيد المنال بل غدت وضعا قائما بالفعل يطالب المسلمين بإنتاجٍ يعبِّر عن تأهّلهم الثقافي الذي يجعلهم في مستوى التفاعل مع الحضارة الصاعدة. ضمن هذا التحدي الجديد يعمل بعض المفكرين في الغرب من جهتهم لتركيز مبدأ «الإسلام شريكا» أو داعين إلى «الدفاع عن مقولة الحضارة الإسلامية- المسيحية». من تآلف هذه العناصر الثلاثة مع عناصر أخرى سياسية واقتصادية واستراتيجية أصبح جليّا أن للمسلمين حظوظا تتيح لهم، إن أرادوا، مساهمةً نديّة لمعالجة القضايا الحضارية والسياسية في العالم. ما تَكشَّف يوما بعد يوم هو أن الغرب ليس كُتلةَ عِداءٍ صماء وأن هناك أطرافا لا تعتقد في جدوى القول إن الإسلام معضلةٌ معاصرة لا يمكن حلُّها وأنّه خطر ماحق للحضارة والحريّة والإبداع. ما تسعى إليه هذه الأطراف بجرأة هو السير في اتجاه معاكس للذين يستبعدون مساهمة المسلمين المسؤولة بادعاء فقدانهم المقدرة والكفاءة على مواكبة مقتضيات اللحظة التاريخية. ضمن هذا السياق أصبح للحوار مع المسيحيين خاصة معنى جديد تمثّل في مزيد من الانفتاح على الطوائف المسيحية المختلفة عبر جملة قرارات ولقاءات عربية هامّة. يتأكد هذا عند النظر في تطوّر وضع المسيحيين في منطقة الخليج وما أمكن تحقيقه لفائدتهم في السنوات القليلة الماضية من حياة دينية سويّة وعلنيّة أتاحت لهم ممارسة عباداتهم وإقامة طقوسهم سواء أكانوا أصليين أم وافدين. بدأ هذا الانفتاح في البحرين ببناء أول كنيسة تابعة لإنجيليين أميركيين وانتهى في قطر هذا العام بافتتاح أول كنيسة كاثوليكية في الدوحة في أبريل الماضي. بين هذا وذاك توفرت في الكويت والإمارات وعُمان لعموم الطوائف المسيحية الشرقية والغربية حرية العبادة لكن مع حظر أيّ نشاط تنصيري. إلى جانب هذا فقد اعتنت قطر بالحوار الإسلامي المسيحي منذ سنوات ثم أقامت لمتابعة هذا المسعى مركزا لحوار الأديان. أما المملكة العربية السعودية قد ظلت لسنوات المتحفِّظ الوحيد في المنطقة على هذا التمشي التواصلي مع المسيحيين إلى أن أنهت زيارة الملك عبدالله حاضرةَ الفاتيكان ولقاؤه بالبابا، نوفمبر الماضي، هذه القطيعة بصورة رسمية. تمّت بعد ذلك مشاورات حثيثة مع علماء المملكة تُوِّجت بمؤتمر مكة الإسلامي لحوار الأديان وبمساهمة بارزة وإيجابية للمفتي العام للمملكة العربية السعودية. أكسب انطلاقُ هذا التوجّه الجديد من مكة المكرّمة وبإشراف رابطة العالم الإسلامي الحدثَ تميّزا ومصداقية خاصين نظرا للمكانة التي تنفرد بها أم القرى بين سائر مدن العالم الإسلامي ونظرا لقيمتها الروحية والرمزية لدى عموم المسلمين. لكن هذه الاختيارات العربية، على أهميتها، لن تؤدي بصورة آلية إلى تغيير فوري لمواقف رافضة للحوار. ما أكدته بعض التصريحات وما أفاد به عدد ممن ساهم في هذه الندوات الحوارية وخاصة مؤتمر مكة المكرّمة يدل على أن الاختيار الحواري سيواجه صعوبات جَمّة تتطلب المصابرة ومعالجة متأنية وموضوعية. لابد لذلك من العمل على تقديم إجابات عن الأسئلة الأساسية التي تضع اختيار الحوار في منظور معاصر. من هذه الأسئلة يمكن أن نذكر:
 ما الذي يجعل مسألة الحوار الديني مدخلا مؤثرا يمكِّن من وعي بديل؟
 كيف يمكن لهذا الحوار أن يساهم في تحصين الأمة المسلمة التي انغمست في عزلة فكرية وحضارية؟
 كيف يتيح الحوار تجاوز خطاب العنف والإقصاء المدمرين لذات المسلمين وثقافتهم ومستقبلهم؟ محصلة ما انخرطت فيه جهات عربية إسلامية بخصوص العلاقة مع غير المسلمين وخاصة في مؤتمر مكة توحي بإمكانية انطلاق مرحلة غير تقليدية للتواصل والتفاعل بين المؤمنين من شتى المعتقدات. لو اقتصرنا على بعض ما وقع استخدامه في هذه اللقاءات من مفاهيم ومصطلحات حديثة كانت إلى عهد قريب مرفوضة ومدانة لأمكن القول إن «مزاج المسلمين» أصبح أكثر استساغة للحوار لأنه بدأ يدرك ضرورة خطاب عالمي لثقافته الإسلامية. أن يتناول الحديث تركيز الحوار على «المشترك الإنساني» ويتم الإقرار بأن الاختلاف بين الأمم والشعوب وتمايزهم في معتقداتهم وثقافاتهم «واقع بإرادة الله ووفق حكمته البالغة» وأن يتم الاعتراف بأن لدى أتباع الديانات الأخرى «رؤى وأفكارا لا يمكن تجاهلها تجاه التحديات المعاصرة»، التصريح بمثل هذا في محافل علمية للمسلمين حدث هام. إنه إيذان ببداية تغيّر في نظرة المسلم لنفسه وللعالَم. هي البداية السليمة لمواجهة العنف وأحادية الفكر، ذلك أن العنف ممارسةٌ تقوم على رؤية سكونية للعالَم وثقافة متمركزة على الذات تحتكر خلاص الإنسانية لاعتقادها أن حلول مشاكل الحاضر متوفرة لديها في تجاربها الماضية. حين يقع إقلاعٌ عن ثقافة تقول إن التاريخ يعيد نفسه وإن الماضي مستوعِب لكل قادم، لتستبدل بمقولة «القواسم المشتركة» وتقدير التعددية الثقافية لبني الإنسان، عند ذاك يمكن أن يبدأ حوار حقيقي. هو حوار بين مؤمنين مختلفين يقتضي قبل كل شيء إنصاتا وإثراء متبادلين لأن مشروعية الحوار بين بني الإنسان قائمة على ذلك السعي الذي لا ينقطع إلى الحقيقة لأنه ليس ثمة معرفة بشرية تكون كاملة ومكتملة وأنّه لا يحق لطرف أن يدعي امتلاك ناصية الحقيقة. • كاتب تونسي