mjhorchani

Mohamed Talbi par GRIC Tunis

 Brèves  Commentaires fermés sur Mohamed Talbi par GRIC Tunis
Mai 302017
 

Mohamed Talbi, historien, penseur et islamologue tunisien, est décédé le 1er Mai 2017. Il était né le 21 septembre 1921 à Tunis.

Historien de formation, et comme le souligne Mohamed Arbi Nsiri , historien lui-même, « N’ayant jamais appartenu à aucune école, il a développé une méthode rigoureuse de lecture des textes historiques. Ce savant dont l’œuvre recouvre la majeure partie du XXème siècle fut incontestablement un précurseur dans le domaine de la Culture. »

C’était aussi un penseur à l’esprit libre, à la parole directe : « Je dis ce que je pense, textes et esprit critique à l’appui, et je ne dis à personne de penser comme moi.[…]. Je me fous de ce que les gens pensent, je me tiens au courant de ce qu’ils pensent, mais je leur fous la paix. […]. Que ceux qui ne pensent pas comme moi, fassent comme moi. »(1).

Mais pour nous, Groupe de recherche islamo-chrétien nous voulons rappeler surtout son engagement dans le dialogue inter-religion. En 1970 il publie « Islam en dialogue » (2) , suivi en 1972 de «  Islam et dialogue, réflexion sur un thème d’actualité » (3) . A partir de 1975 il est Membre associé d’Islamochristiana. Puis, au sein du GRIC il participe, en 1987, à la rédaction d’un livre novateur : « Ces écritures qui nous questionnent  La Bible et le Coran ».

En 1989 dans un ouvrage intitulé « Un respect têtu », il dialogue avec un philosophe et historien chrétien, Olivier Clément qui s’appuie sur sa connaissance des églises du Moyen –Orient lesquelles côtoient depuis une douzaine de siècles les musulmans (5).

Au fil des années le dialogue avec Talbi devint cependant difficile, peut-être à cause de malentendus, de maladresses des uns et des autres, aggravés par l’âge et la maladie. C’est avec tristesse, que tous les chrétiens convaincus que la rencontre respectueuse avec l’autre est le meilleur chemin pour la fraternité en Dieu, reçurent en 2011  l’«  Histoire du Christ, enquête sur une fraude textes à l’appui » (8).

Cependant, nous, membres du GRIC, avec bien d’autres bonnes volontés musulmanes et chrétiennes, sommes convaincus que les difficultés du dialogue ne doivent pas arrêter le chemin parcouru ensemble, et que l’avenir de tous dépend aussi de la rencontre entre les religions. Dans son discours aux participants à la conférence pour la Paix, le Pape François rappelait que «  Trois orientations fondamentales, si elles sont bien conjuguées, peuvent aider le dialogue : le devoir de l’identité, le courage de l’altérité et la sincérité des intentions“.

De Mohamed Talbi, nous voulons retenir ces propos positifs concernant le dialogue, écrits quand il était au mieux de sa forme: « Comment éviter les écueils et renforcer [le dialogue] ? Notre réponse est simple : en en soulignant la spécificité propre, et en lui assignant un but clair, précis et sans ambiguïté. Le dialogue est un forum d’écoute mutuelle, sans tactique ni stratégie, et sans restriction mentale, dont l’objectif exclusif est de favoriser une connaissance directe de l’autre, dans une ambiance de confiante sympathie et d’ouverture, afin de dégager éventuellement des possibilités d’action commune. Il n’est pas un moyen, il a sa fin en soi » (11)

A une époque où la responsabilité individuelle se dilue trop souvent dans le collectif, Mohamed Talbi a essayé d’être un homme libre. «  A chacun ses traits et sa physionomie propre. A chacun de s’assumer en fonction du libre arbitre que Dieu lui a donné. Notre respect du choix de notre frère en Adam et Eve n’est autre que le respect que nous devons au Dessein du créateur sur chacune de ses créatures » (12). Il n’y a désormais plus de voile entre lui et le « Pardonneur Miséricordieux » (13). Que Dieu ait son âme.

 

(1)Mohamed Talbi, l’Islam n’est pas voile Il est culte éd Cartaginoiseries 2009 p 29

(2) Mohamed Talbi Islam en dialogue  éd. Maison tunisienne d’édition, Tunis, 1970

(3) Mohamed Talbi Islam et dialogue, réflexion sur un thème d’actualité », éd. Maison tunisienne d’édition, Tunis, 1972, et réédité à Maison tunisienne d’édition, Tunis, 1979)

(4) GRIC Ces écritures qui nous questionnent  La Bible et le Coran, éd le centurion, Paris 1987

(5) Mohamed Talbi Olivier Clément Un respect têtu, éd. Nouvelle Cité, Paris, 1989

(6) Ibid p93

(7) Frédéric Bobin Journal Le Monde du 05.05.2017

(8) – Mohamed Talbi Histoire du Christ, enquête sur une fraude textes à l’appui, éd. Mohamed Talbi, Tunis, 2011

(9) Mohamed Talbi À Benoît XVI, éd. Mohamed Talbi, Tunis,2011

(10) Al-Azhar Conference Centre, Le Caire Vendredi 28 avril 2017

(11)Mohamed Talbi Olivier Clément Un respect têtu, éd. Nouvelle Cité, Paris, 1989 p 96

(12)Ibid p 100

(13)Coran 39 ; 53

Tunis ou les destinées d’un laboratoire de diversité culturelle à préserver

 Publications personnelles des membres  Commentaires fermés sur Tunis ou les destinées d’un laboratoire de diversité culturelle à préserver
Jan 242017
 

 Par Adnen El Ghali membre du GRIC Tunis

Ville d’Afrique, ville-Etat du monde musulman depuis 14 siècles. Qu’est donc Tunis la bien-gardée et qui sont ses habitants ?

 

Ville phénicienne, romanisée, vandalisée et enfin conquise par les Byzantins. C’est à ce forment de base, arabo-berbère, nous devons ajouter les arabes de la péninsule arabique et du Hedjaz, ainsi que les levantins musulmans de Syrie et d’Irak, installés en Ifriqiya à l’époque des Omeyyades et des Abbassides. Concernant les citadins et particulièrement les habitants de la ville de Tunis, la composante sociale est d’une extraordinaire richesse. Le pays ne cessa de s’enrichir des esclaves noirs tant appréciés dans les familles citadines, ceux-ci étaient convoyés par caravanes entières du Soudan et les maîtres des maisons prenaient volontiers pour concubines de belles soudanaises, dont ils reconnaissaient les enfants mulâtres qu’ils élevaient en parfaite égalité avec les enfants légitimes.

 

A la traite des noirs s’ajoutait celle des blancs, qui enlevés en mer ou sur les rivages européens par des corsaires musulmans lors des courses, intégraient la domesticité en attendant de racheter leur liberté ou de se convertir à l’islam, en quel cas ils peuvent atteindre les plus hautes charges de la Régence selon les termes de la méritocratie turque. De même, un corps d’élite, constitué exclusivement de militaires chrétiens européens, flamands, italiens, français et espagnols, vécut pendant tout le moyen-âge à proximité du complexe palatial de la Casbah autour de la paroisse de Saint-François.

 

Notons de même l’importante et riche immigration andalouse, entamée au XIIIsiècle et poursuivie sous forme d vagues successives jusqu’au XVIIe siècle.

 

Au nombre de ces immigrants, de nombreux musulmans mais aussi nombre de juifs qui enrichissent une population juive locale ayant déjà accueilli de nombreux juifs livournais (les Grana, juifs andalous de Livourne, Italie) et juifs portugais qui vont même créer leur propre rite pour se différencier des juifs natifs de Tunis, les Touansa.

 

La transmission de pouvoir au Turcs à la fin du XVIème, favorise le développement d’une communauté de turcs naturels, qui se mélangeront aux locaux, donnant naissance aux Koloughlis, bien que peu appréciés au départ, ces alliances avec « une soldatesque brutale, ignorante, qui comptait dans ses rangs de nombreux  chrétiens convertis de fraîche date, et pour des motifs parfois peu avouables… »[5] s’estompera dans le temps avec l’apparition d’une personnalité propre de la Régence de Tunis, façonnée par cette réalité de mélanges.

 

Il est important de noter que la majorité des ces chefs et commandants de l’administration et des corsaires ne sont pas des Turcs naturels mais sont d’ascendance européenne : ce sont des Turcs de Profession ou Conversos, soit des renégats chrétiens convertis à l’islam pour être libres et faire partie corps d’élite ottomans, ils sont pour la plupart d’origine vénitienne, anglaise (comme l’amiral Ward), génoise (Osta Mourad Génovèse, fils d’un noble génois Francisco Rio de Levante), corse (Jacques de Santi, fondateur de la dynastie mouradite de Tunis), calabraise (Occhialli, Dey d’Alger),  turque (Dragut, Pacha de Tripoli), grecque, (les frêres Khayr el Din et Baba el Aroudj) mais aussi slave, croate, française…

Au même moment, les ports, et nous nous intéressons particulièrement à celui de Tunis, ne désemplissent pas de marchands, voyageurs, badauds, artisans, entrepreneurs mais aussi pêcheurs de corail (à Tabarka, fief génois aux mains des Lomellini et Marsa el Kharraz), pêcheurs de thon (sidi Daoud et Sousse), futurs renégats offrant leur service à la milice qui venaient enrichir une population d’esclaves chrétiens, capturés pendant les opérations militaires en mer et en attente de rachat… Tout ceci enrichissant la forte présence chrétienne dans la ville, ce qui exigeait des aménagements et des structures d’accueil, constructions conçues pour les besoins des marchands.

 

Ainsi, la médina est structurée autour d’une grande mosquée centrale, d’un réseau d’une quarantaine de souks. Elle contient un quartier de juifs autochtones créé à partir de la fin du Xème siècle, un quartier de juifs livournais à partir du XVIIIème. Les immigrations andalouses, juives et musulmanes se succèderont et produiront différents quartiers andalous : le quartier populaire de Tronja, le quartier aristocratique d’al Andalous où résideront les gouverneurs des Andalous (naqib al Andalous).

  

Le développement du quartier France amène la construction d’un type particulier de fondouks, les maisons des nations ou fondouks consulaires. A partir du premier bâtiment consulaire, maison de France, édifié en 1660, se développera le long du même axe, un chapelet de fondouks introduisant des caractéristiques nationales (fondouks des nations) et religieuses (catholiques sous protection française, juifs…)[7].

 

Ce quartier franc viendra s’ajouter aux autres quartiers ethniques ou religieux de la ville.

 

Celle-ci sera ouverte et libre d’accès dans toutes ses parties créant une mixité sociale et humaine à nulle autre pareille. Les russes blancs, orthodoxes en leur grande majorité mais comptant aussi des musulmans,  viendront s’ajouter à cette nouvelle Jérusalem qu’est Tunis dans les années vingt. Cette mixité se poursuivra jusqu’à  la deuxième moitié du XXème siècle malgré la politique ségrégationniste soutenue par la puissance protectrice.

 

Mais aujourd’hui qu’en est-il de cette réalité ? 60 ans après l’indépendance du pays, on en peut que constater la pauvreté humaine de la société et la disparition des diasporas dont les différences faisaient la richesse de notre ville où Jusqu’en 1957, le grand-Rabbin était un personnage d’Etat, où Sidi Mahrez, saint musulman du XIème siècle, était vénéré par les juifs et les chrétiens et faisait l’objet d’un pèlerinage et d’un culte rendu par ces deux groupes ethniques, où  mes parents, grands-parents et arrière grands-parents vivaient avec des juifs, des chrétiens catholiques, des orthodoxes, des protestants et partageaient l’espace commune de la ville et des campagnes.

 

Aujourd’hui, les clochers des églises sont désespérément muets.

Aujourd’hui, le sabbat n’est plus annoncé en claironnant dans la corne de la Hara juive.

Aujourd’hui, l’écrasante majorité des jeunes tunisiens n’ont jamais rencontré un juif “indigène” de leur vie. Ils ne rencontrent d’Européens que pendant les saisons touristiques car le pays n’en héberge quasiment plus en qualité de résidents permanents.

 

 Comment peut-on parler dès-lors de multi-culturalité et de vivre ensemble ? Et non de cette tolérance méprisante dont on nous rabâche les oreilles ? Comment cultiver dans nos villes méditerranéennes cet esprit de diversité pacifique et respectueuse qui a fait nos « grands siècles » ? Comment réintégrer nos villes dans l’esprit qui engendra notre Mare Nostrum ? Comment créer des lieux de mémoires vivants qui témoignent de cette diversité à défaut de réintégrer des représentants des communautés perdues ?

 

Autant d’interrogations que je viens partager avec vous aujourd’hui.

  

 Quelques références :

[1] BARDET Gaston., Problèmes d’urbanisme, Dunod, Paris, 1941, VIII-371 p.

[2] CHATER Khélifa., Dépendance et mutations précoloniales, la Régence de Tunis de 1815 à 1857, publications de l’Université de Tunis, 1984.

[3] DAKHLIA Jocelyne., Le Divan des rois. Le politique et le religieux dans l’Islam, Paris, Aubier, 1998.

[4] REVAULT Jacques, Palais et demeures de Tunis (XVIe et XVIIe siècles), Editions du Centre National de Recherche Scientifique, France, 1980.

[5] PIGNON JeanInitiation à la Tunisie, Paris, 1950.

[6] RAYMOND André, Tunis sous les Mouradites, La ville et ses habitants au XVIIe siècle, collection Africana, Cérès éditions, 2006.

[7] SEBAG Paul., Tunis. Histoire d’une ville, p. 196  :  “Le Fondouk des Anglais et des Hollandais occupait l’emplacement sur lequel devait être édifié au début du XIXe siècle le nouveau consulat anglais ; le Fondouk des juifs, réservé sans doute aux juifs Livournais, doit être identifié, soit avec l’ancien consulat d’Italie, soit avec le Fondouk Junes, l’un et l’autre, dans la rue Zarkoun”.

Juin 112016
 

 

 

 

Présenter « Marie dans les textes chrétiens » nécessite au préalable de rappeler la nature et le statut de ces sources. Par « textes chrétiens » on entend :

-La Sainte Ecriture, qui constitue, selon la foi chrétienne, « la Parole de Dieu en tant que, sous l’inspiration de l’Esprit divin, elle est consignée par écrit » (cf. Concile Vatican II – Dei Verbum 9) ;

et

-La Sainte Tradition, qui « porte la Parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l’Esprit Saint aux Apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés par l’Esprit de vérité, en la prêchant, ils la gardent, l’exposent et la répandent avec fidélité […] » (ibid.).

« La Sainte Tradition et la Sainte Écriture », précise Dei Verbum (§ 9), « constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l’Église ; […] dont le seul « Magistère Vivant » a pour charge d’interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou transmise » (ibid).

 

La figure de Marie dans la Sainte Ecriture

  • Les textes

Marie, « Mère de Jésus », tient peu de place dans l’ensemble des 27 livres du Nouveau Testament (Evangiles, Actes des Apôtres, Lettres Apostoliques, Lettre aux Hébreux et Apocalypse). Les textes présentent des contrastes par leur ampleur, et par leur contenu, des complémentarités.

  1. Evangiles synoptiques, Actes des Apôtres

 –Evangiles synoptiques

Marc ne dit rien sur la naissance de Jésus. Marie ne figure que dans deux épisodes (Mc 3,31-35 ; Mc 6,3) traitant de la « vraie » parenté de Jésus, liée à l’écoute et la mise en pratique de la Parole de Dieu.

Matthieu, dont l’Evangile s’ouvre par une généalogie de Jésus depuis Abraham jusqu’à Joseph, « l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ » (Mt 1,16), insiste sur la conception virginale de Jésus en Marie sous l’action de l’Esprit Saint : « Joseph ne s’unit pas à elle, jusqu’à ce qu’elle enfante un fils, auquel il donna le nom de Jésus » (Mt 1,25). Suit immédiatement l’épisode de l’Epiphanie, où Marie tient un rôle prédominant : les Mages virent en effet « l’enfant avec Marie sa mère » (Mt 1,11), Joseph semblant absent. Mt 12,46-50 est parallèle au deuxième passage de Marc cité plus haut.

Luc, dans la section appelée « Evangile de l’Enfance » (Lc 1 – 2), donne beaucoup plus de détails : la visite de l’ange Gabriel à Marie au jour de l’Annonciation (Lc 1,26-38), la Visitation de Marie à sa cousine Elisabeth (Lc 1,39-56), dont le sommet est la prière du Magnificat, la Nativité elle-même, (Lc 2,1-20), la Présentation de Jésus au Temple et sa circoncision (Lc 2,21-40), le Recouvrement au Temple de Jésus âgé de douze ans, après trois jours de recherches dans Jérusalem (Lc 2,41-52).

-Aucune mention de Marie n’est faite ultérieurement par Luc avant le début des Actes des Apôtres, indiquant qu’après la résurrection, Marie était assidue à la prière avec « d’autres femmes » et « les frères de Jésus » (cf. Ac 1,14 ; nous reviendrons sur l’expression). Ce sera la dernière indication donnée par Luc sur Marie.   

  b.Corpus johannique

-Le quatrième Evangile ne raconte pas la Nativité. Son prologue (Jn 1,1-14) insiste sur la nature divine du Verbe de Dieu fait chair. Marie apparaît dans deux scènes qui encadrent l’ensemble de l’Evangile : les Noces de Cana (Jn 2,1-11), où Marie invite les serviteurs à une confiance totale en Jésus (« Tout ce qu’il vous dira, faites-le [Jn 1,5]), lequel, interpellé par Marie sur le manque de vin au banquet, pose un « premier signe » en transformant environ six cents litres d’eau en excellent vin ; préfiguration d’une « heure » à venir, où non plus de l’eau, mais la vie elle-même serait entièrement transformée dans sa « Pâque ». Marie sera présente à cette « heure », celle de la crucifixion de Jésus : elle est au pied de la croix avec « le disciple bien-aimé », qui se reçoivent l’un et l’autre, de la bouche et de la volonté même de Jésus, comme « mère » et comme « fils » (cf. Jn 19,25-27).

-L’Apocalypse ne cite pas explicitement Marie, mais la vision de la femme « ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles » (Ap 12,1) et ses harmoniques avec l’ensemble de la théologie johannique ont conduit la Tradition à y lire une référence allégorique à Marie.

c.Corpus paulinien et Lettres Apostoliques

 Paul n’évoque Marie qu’une seule fois, sans citer explicitement son nom, en parlant de la naissance de Jésus : « Lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse, afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi et pour que nous soyons adoptés comme fils » (Ga 4,4-5).

Aucune mention de Marie n’est faite dans les autres Lettres Apostoliques (Jc ; 1,2 P ; 1,2,3 Jn ; Jde) ni dans la Lettre aux Hébreux.

  • Une première synthèse

De ce rapide parcours émane un premier portrait que l’on peut articuler en trois points, inspirés du document que le « Groupe des Dombes » consacrait en 1997 à Marie, intitulée Marie dans le dessein de Dieu et la communion des saints. I. Une lecture œcuménique de l’histoire et de l’Ecriture (la deuxième partie sera éditée l’année suivante) :

 Marie est une créature, une femme de notre monde, appartenant à un peuple particulier : fille d’Israël, elle reprend la prière de son peuple, elle est soumise à la législation de ce peuple, elle assume totalement l’alliance de Dieu avec ce peuple, en lui donnant, par son « fiat » une dimension décisive dans l’histoire du salut.

 Marie est épouse et mère : épouse de Joseph, de la Maison de David, et mère de Jésus, Christ, Seigneur et Fils de Dieu. Elle est génitrice et mère, tandis que Joseph est seulement père légal de Jésus. La grossesse de Marie a pour origine l’action de l’Esprit Saint, non une semence humaine. Marie est donc la mère vierge de Jésus.

La maternité de Marie s’étend à une autre dimension, voulue par Jésus sur la croix : Marie est mère des disciples du Christ. Cette maternité se fonde sur l’adhésion, dans la foi, au Christ ressuscité. Elle s’étend donc à l’Eglise tout entière en tant que communauté des disciples du Christ.

 

 

 

La figure de Marie dans la Sainte Tradition

 

Les textes de la Tradition ayant trait à Marie sont nombreux. On se concentrera sur deux points seulement abordés par ces textes, à même de compléter ou de préciser ce tableau : la virginité de Marie et sa sainteté.

  • La virginité de Marie

Marie est donc à la fois vierge est mère. Cette virginité est claire pour ce qui touche à la naissance de Jésus. Mais qu’en est-il après ? L’idée de virginité perpétuelle de Marie butte sur la mention de « frères et sœurs de Jésus » dans l’Evangile, qui semble la disqualifier. Elle constitue pourtant un dogme de foi, pour les catholiques comme pour les orthodoxes.

 

L’insistance théologique sur la virginité perpétuelle de Marie s’enracine dans les controverses du IIème siècle, notamment contre l’ébionisme, pour lequel Jésus est simplement homme, et certains courants gnostiques voyant la virginité de Marie comme un simple symbole. Ses principaux défenseurs seront, à travers leurs œuvres, Ignace d’Antioche, Justin et Irénée.

Ultérieurement (IIIème-IVème siècles), Origène, Athanase, Grégoire de Nysse, Ambroise, Jérôme, Epiphane ou encore Augustin thématiseront l’idée de virginité in partu et post-partum, que les conciles d’Ephèse (431), de Chalcédoine (451) et de Constantinople II (553), affirmeront comme dogme.

La question est liée à celle de la maternité divine de Marie, traitée au Concile d’Ephèse (431), en creux de la controverse christologique opposant Cyrille d’Alexandrie aux thèses nestoriennes, qui conceptualisaient deux personnes dans le Christ, l’une humaine, l’autre divine. L’expression de « theotokos », « Mère de Dieu », sera préférée à « Mère de Jésus », insuffisamment robuste face à ces objections. Marie est proclamée « Mère de Dieu » non parce qu’elle aurait donné à Jésus sa divinité, mais qu’elle a enfanté celui qui vient de Dieu, qui est vrai homme et vrai Dieu.

« Les Eglises catholique et orthodoxe estiment que les données de l’Ecriture ne contredisent nullement l’affirmation de foi qui s’est dégagée dans l’Eglise ancienne à ce sujet. L’affirmation de la virginité perpétuelle n’est sans doute pas biblique, mais elle est le fruit d’une méditation de l’Eglise considérant que la maternité divine engage une consécration totale de la mère à son fils et rend impensable pour Marie l’exercice d’une intimité conjugale. […] La grande majorité protestante actuelle – qui n’est pas une unanimité – estime que l’on ne peut fonder une affirmation de foi certaine sur une attestation scripturaire incertaine » (B. Sesboüe, Marie, ce que dit la foi, Paris 2004, 91-92).

  • La sainteté de Marie : Immaculée Conception et Assomption

 Dès les premiers siècles se posa cette question : comment une créature marquée par le péché aurait-elle pu concevoir un enfant sans péché ? La réponse viendra, au cours des siècles, d’une méditation approfondie des paroles de l’ange à l’Annonciation : « Réjouis-toi, comblée de grâce » (Luc 1, 28), jusqu’à la promulgation, en 1858, du dogme de l’Immaculée Conception : par pure grâce, Marie, qui reste une créature, a été préservée de la morsure du péché, et montre ainsi par son exemple à quelle sainteté tous sont appelés.

Assomption et Immaculée Conception sont intimement liées : puisque Marie a été préservée du péché et puisque la mort naturelle est conséquence de ce dernier, il était nécessaire que Marie ait été préservée aussi de la dégradation du tombeau. Le 1er novembre 1950, le pape Pie XII promulguait ainsi : « comme un dogme divinement révélé que l’Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la vie céleste ».

La Bible ne dit rien sur la fin de la vie terrestre de Marie. Une soixantaine de textes, en arabe, arménien, copte, éthiopien, géorgien, grec, latin ou syriaque, tous antérieurs au VIIIème siècle, appelés « Dormitions » ou « Transitus » (passage), présentaient Marie, entourée par les apôtres en prière, être élevée corps et âme vers le ciel par le Christ. Le pape Gélase Ier (429 – 496), inscrivit les Transitus parmi les apocryphes, sans pour autant nier l’intuition selon laquelle Marie devait avoir été préservée de tout péché ainsi que de la dégradation du tombeau.

Les principaux arguments en faveur de l’idée d’Assomption furent synthétisés par Jean Damascène (+ 750) dans une longue homélie Sur la Dormition : Marie a donné un corps au Fils de Dieu ; il a demeuré en son sein ; elle a été l’arche, le temple, le tabernacle dans lequel le Seigneur a élu domicile. Une dignité semblable à celle du Christ explique sa glorification finale. Sa virginité et sa sainteté uniques justifient l’exigence pour son corps d’être préservé de la corruption.

Après la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception se développe un grand courant de piété mariale. De nombreuses pétitions sont envoyées à Rome pour que soit officiellement défini le dogme de l’Assomption : de 1854 à 1945, 8 millions de fidèles, 1332 évêques et 83000 prêtres et consacrés écrivent en ce sens. Pie XII demandera aux évêques du monde de se prononcer : 90% seront favorables à la promulgation du dogme.

Le 15 août, les catholiques fêtent l’Assomption de Marie, tandis que les orthodoxes célèbrent sa « Dormition ». La nuance est liée à une approche théologique différente de la sainteté de Marie : pour les catholiques, Marie est immaculée en sa conception et sa naissance ; pour les orthodoxes, elle l’est parce que sa vie a correspondu à sa vocation. Les protestants n’acceptent ni l’une ni l’autre, en raison de l’absence de fondements scripturaires directs.

 

 

 

En conclusion

Telle qu’elle apparaît dans les textes chrétiens – Ecriture et Tradition –, Marie est donc : une créature, fille d’Israël, épouse de Joseph et mère virginale de Jésus par action du Saint Esprit, perpétuellement vierge (du point de vue catholique et orthodoxe), immaculée, c’est-à-dire préservée du péché par pure grâce divine (sauf du point de vue protestant) dès sa conception (approche catholique) ou par le fait que sa vie a correspondu en tout à sa vocation (approche orthodoxe). Préservée du péché, Marie l’a été également de la dégradation du tombeau (approche catholique et orthodoxe). Mère de Jésus, à la fois homme et Dieu, donc « theotokos » (Mère de Dieu), elle est aussi mère de l’Eglise en tant que communauté des disciples, en vertu d’une maternité nouvelle instaurée sur la croix par Jésus lui-même.

 

Vierge: sculpture de Roland Machet

Al Azhar-Institut Catholique de Paris

 Brèves  Commentaires fermés sur Al Azhar-Institut Catholique de Paris
Juin 042016
 

Le recteur de l’université d’Al Azhar, Ibrahim Al-Hodhod, et celui de l’Institut catholique de Paris, Mgr Philippe Bordeyne, ont signé mercredi 25 mai une convention entre leurs facultés de lettres, ouvrant la voie à des recherches communes. L’idée est à la fois de mieux comprendre et de questionner société, culture et religion à travers l’étude d’œuvres littéraires.

L’Institut catholique de Paris et Al Azhar s’allient autour de la littérature / La Croix – Chrétiens de la Méditerranée

Appel interreligieux au jeûne et au partage contre la violence et la division

 Brèves  Commentaires fermés sur Appel interreligieux au jeûne et au partage contre la violence et la division
Mar 102015
 

Chrétiens de la Méditerranée
Le réseau des acteurs de paix:

http://www.chretiensdelamediterranee.com/appel-interreligieux-au-jeune-et-au-partage-contre-la-violence-et-la-division-a-aix-en-provence/

 

Appel interreligieux au jeûne et au partage contre la violence et la division à Aix en Provence
A l’initiative nationale du Père Patrice Gourrier, de Mohammed Chirani,
du Rabbin Avraham Weill et de Matthieu Ricard
Soutenu par « La Vie », Du 7 au 14 mars
Temps de rencontre interreligieux
Mardi 10 mars
de 19h à 20h30
Au Temple de l’Église protestante unie
4 rue Villars, Aix-en-Provence
Deux mois après les attentats survenus à Charlie Hebdo et à l’Hyper Casher de la porte de Vincennes, aux côtés des réponses nécessaires sur la sécurité, l’éducation, la prévention…, nous croyons qu’il y a un indispensable combat spirituel à mener contre toutes les divisions, qu’elles soient collectives, comme le terrorisme et le radicalisme, ou individuelles, au cœur même de notre être. Les religions, dans le cadre de l’espace laïc, peuvent apporter ces réponses particulières que sont le jeûne, la prière, le partage. Et ce, tous ensemble, ceux qui croient au ciel (chrétiens, musulmans, juifs, bouddhistes…), et ceux qui n’y croient pas.
Nous avons choisi le jeûne, la prière et le partage, non seulement parce que ce sont des pratiques communes aux religions, mais aussi parce qu’elles peuvent unir tous les individus de bonne volonté.

Groupe biblique œcuménique d’Aix
Eglise protestante unie du pays d’Aix
Eglise catholique, Diocèse d’Aix
ACAT
Amis de la Vie
Amitiés Judéo chrétiennes
Secours catholique
Croyants dans la cité
Bible et Culture

 

Message de Mgr ANTONIAZZI

 Brèves  Commentaires fermés sur Message de Mgr ANTONIAZZI
Août 232013
 

Notre Église suit avec souffrance les événements douloureux ou instables qui surviennent actuellement dans plusieurs pays arabes, du Moyen Orient et de l’Afrique.

Nous croyons que Dieu est le Seigneur de l’Histoire, et dans la foi nous savons, même à travers les épreuves, que tout contribue au bien de ceux qui l’aiment sincèrement (cf. Rm 8, 28).

Nous savons aussi qu’aucune souffrance ne laisse jamais indifférent le Cœur Miséricordieux du Seigneur.

Forts de cette certitude, en solidarité avec tous nos frères qui souffrent, chrétiens ou musulmans, nous demandons à nos communautés:

1. de consacrer le dimanche prochain (25 août 2013) à la prière et au jeûne pour la paix.
2. d’exhorter dans l’homélie de ce dimanche à prendre part à cette initiative.
3. de proposer à nos frères et sœurs malades d’offrir au Seigneur leurs souffrances pour la paix.

Qu’à l’intercession de la Vierge Marie, Mère du Seigneur, Notre Mère, et Reine de la Paix, le Seigneur nous bénisse et bénisse chacun de nos pays.

+ Ilario ANTONIAZZI
Archevêque de Tunis
Le 22 août 2013