Avr 082017
 

A l’initiative de deux Libanais, un chrétien, Naji Khoury, président de l’Amicale des anciens élèves du collège des jésuites au Liban et un musulman, cheikh Mohammad Nokkari, ancien directeur de Dar-el-Fatwa et membre du GRIC Liban, le 25 mars est devenu officiellement une fête nationale islamo-chrétienne au Liban depuis 2010. Ce jour de l’Annonciation y est désormais un jour chômé, où les deux confessions se retrouvent pour prier ensemble, autour de Marie, modèle de foi et de fidélité en Dieu et dénominateur commun entre la chrétienté et l’islam.

Une table ronde, a été organisée le 25 mars 2017 par le GRIC Tunis, à la bibliothèque des religions à Tunis, et pour la 2* fois. Elle s’inscrit dans le cadre des rencontres “Ensemble avec Marie”, qui rassemblent, le 25 mars de chaque année, des chrétiens et des musulmans de tous horizons, désirant, à l’instar des Libanais, vivre, autour de la figure de Marie, un temps de convivialité, de prière et de partage.( Une vidéo de cette rencontre est à écouter ci-dessous et les différentes interventions seront publiées sur le site)

Les trois premiers intervenants se sont attachés à parler de Marie dans les textes sacrés.

Nous avons eu le plaisir d’accueillir le Professeur Youssef Seddik, philosophe et anthropologue tunisien,  auteur notamment de ” Nous n’avons jamais lu le Coran” et dont l’intervention intitulée « Marie dans mon Coran » a réjoui les participants par son érudition, l’originalité de sa pensée, et par sa sincérité.

Le Père Samir Khalil Samir,  jésuite égyptien, docteur en théologie orientale et en islamologie et auteur de plusieurs livres sur les relations islamo-chrétiennes dont “Islam en Occident : les enjeux de la cohabitation”, nous a ensuite parlé de “Marie dans l’Evangile et le Coran”. Il a montré comment dans les deux sourates du Coran qui parlent de Marie (sourates 3 et 19)

Jean Fontaine, père blanc né en France,  auteur d’ une série d’ouvrages sur la littérature arabe et tunisienne en particulier et qui a récemment publié “Du côté des salafistes en Tunisie”, a intitulé son intervention   “Que me reste-t-il de Marie ?”, titre un brin provocateur. Sa réflexion s’appuie d’une part sur les nouvelles méthodes pour lire les livres sacrés et d’autre part sur les avancées des sciences, tout en utilisant des déclarations de l’Eglise catholique.

Les quatre autres intervenants nous ont évoqué Marie dans les traditions et les pratiques chrétiennes, musulmanes ou communes

Tout d’abord Asma Nouira, docteur en sciences politiques, enseignante à la faculté de droit et des sciences politiques de Tunis, co-présidente du Gric international, et co-auteur de  “Réfutations maghrébines du wahhabisme au XIXe siècle” nous a parlé de « Marie, figure de rencontre, dans la foi populaire musulmane ». Elle a évoqué les différents sanctuaires mariaux qui à travers le monde rassemblent chrétiens musulmans et parfois juifs 

Notre Archevêque, Monseigneur Ilario nous a ensuite parlé de « Marie vue par les chrétiens orientaux », avec émotion, en raison des nombreuses années passées dans le Patriarcat de Jérusalem en contact avec les rites des églises orientales. Il a évoqué des lieux chers à son cœur comme la basilique de l’Annonciation à Nazareth, où habitait la Vierge, et où il a été consacré évêque, ou « la fontaine de la Vierge », fontaine où selon la tradition l’ange Gabriel apparut à Marie. La vénération de Marie en Orient date des premiers siècles comme le mentionne le Protévangile de Jacques

Puis Adnene El Ghali, architecte et urbaniste tunisien, membre du GRIC Tunis et auteur de “La route des consuls” a proposé un “Témoignage d’un musulman sur Marie”. Il a souligné que la mère de Jésus incarne le modèle du parfait croyant.

Enfin le Père Anselme Tarpaga, originaire du diocèse de Bobo-Dioulasso au Burkina Faso et actuellement recteur de la basilique N.D. d’Afrique à Alger, nous a fait partager l’ “Expérience mariale Islamo-chrétienne à Notre Dame d’Afrique à Alger“.

Pour certains elle est Lala Meriem ou Madame l’Afrique, pour d’autres c’est Notre Dame d’Afrique. Pour tous elle est la Mère chez qui l’on vient déposer ses joies et ses peines.

Pour résumer cette rencontre riche, documentée, fraternelle, libre et totalement ouverte à l’Autre nous reproduirons deux textes cités par les intervenants :

Cette prière des chrétiens, citée par un musulman :

SOUVENEZ-VOUS, ô très miséricordieuse Vierge Marie, qu’on n’a jamais entendu dire qu’aucun de ceux qui ont eu recours à votre protection, imploré votre assistance ou réclamé votre secours, ait été abandonné. Animé d’une pareille confiance, ô Vierge des vierges, ô ma Mère, je cours vers vous, je viens à vous et, gémissant sous le poids de mes péchés, je me prosterne à vos pieds. Ô Marie, Mère du Verbe incarné ne rejetez pas mes prières, mais écoutez-les favorablement et daignez les exaucer. Ainsi soit-il.

Et la traduction française d’un cantique confrérique que tous les Tunisiens connaissent et chantent : Sur le fils de Marie, citée par un chrétien.

       Sur le fils de Marie, que soit la paix de Dieu sur le fils de Marie.

1   Gloire à celui qui l’a formé et créé

dans le sein de sa mère fille vierge.

Personne ne saurait dire qui est son père.

C’est qu’il émane de l’Esprit, l’unique, l’éternel.

2   Elle leur dit : « Posez-lui la question (qui vous taraude) ».

Ils dirent : « Qui est ton père le pudique ? »

Il leur répondit : « Je participe de l’Esprit tout-puissant

Je suis Jésus pour celui qui veut être sauvé. »

3   On lui dit : « Qui lui a enseigné et appris ? »

Elle dit : « Mon généreux Seigneur lui a donné,

lui a enseigné la science et l’a sauvé,

et lui a confié les mers de la science. »

https://www.facebook.com/nadia.ghrab?sk=approve&highlight=292755641138104&log_filter=review&queue_type=friends

https://www.facebook.com/nadia.ghrab?sk=approve&highlight=292756081138060&log_filter=review&queue_type=friends

Juin 112016
 

 

 

 

Présenter « Marie dans les textes chrétiens » nécessite au préalable de rappeler la nature et le statut de ces sources. Par « textes chrétiens » on entend :

-La Sainte Ecriture, qui constitue, selon la foi chrétienne, « la Parole de Dieu en tant que, sous l’inspiration de l’Esprit divin, elle est consignée par écrit » (cf. Concile Vatican II – Dei Verbum 9) ;

et

-La Sainte Tradition, qui « porte la Parole de Dieu, confiée par le Christ Seigneur et par l’Esprit Saint aux Apôtres, et la transmet intégralement à leurs successeurs, pour que, illuminés par l’Esprit de vérité, en la prêchant, ils la gardent, l’exposent et la répandent avec fidélité […] » (ibid.).

« La Sainte Tradition et la Sainte Écriture », précise Dei Verbum (§ 9), « constituent un unique dépôt sacré de la Parole de Dieu, confié à l’Église ; […] dont le seul « Magistère Vivant » a pour charge d’interpréter de façon authentique la Parole de Dieu, écrite ou transmise » (ibid).

 

La figure de Marie dans la Sainte Ecriture

  • Les textes

Marie, « Mère de Jésus », tient peu de place dans l’ensemble des 27 livres du Nouveau Testament (Evangiles, Actes des Apôtres, Lettres Apostoliques, Lettre aux Hébreux et Apocalypse). Les textes présentent des contrastes par leur ampleur, et par leur contenu, des complémentarités.

  1. Evangiles synoptiques, Actes des Apôtres

 –Evangiles synoptiques

Marc ne dit rien sur la naissance de Jésus. Marie ne figure que dans deux épisodes (Mc 3,31-35 ; Mc 6,3) traitant de la « vraie » parenté de Jésus, liée à l’écoute et la mise en pratique de la Parole de Dieu.

Matthieu, dont l’Evangile s’ouvre par une généalogie de Jésus depuis Abraham jusqu’à Joseph, « l’époux de Marie, de laquelle fut engendré Jésus, que l’on appelle Christ » (Mt 1,16), insiste sur la conception virginale de Jésus en Marie sous l’action de l’Esprit Saint : « Joseph ne s’unit pas à elle, jusqu’à ce qu’elle enfante un fils, auquel il donna le nom de Jésus » (Mt 1,25). Suit immédiatement l’épisode de l’Epiphanie, où Marie tient un rôle prédominant : les Mages virent en effet « l’enfant avec Marie sa mère » (Mt 1,11), Joseph semblant absent. Mt 12,46-50 est parallèle au deuxième passage de Marc cité plus haut.

Luc, dans la section appelée « Evangile de l’Enfance » (Lc 1 – 2), donne beaucoup plus de détails : la visite de l’ange Gabriel à Marie au jour de l’Annonciation (Lc 1,26-38), la Visitation de Marie à sa cousine Elisabeth (Lc 1,39-56), dont le sommet est la prière du Magnificat, la Nativité elle-même, (Lc 2,1-20), la Présentation de Jésus au Temple et sa circoncision (Lc 2,21-40), le Recouvrement au Temple de Jésus âgé de douze ans, après trois jours de recherches dans Jérusalem (Lc 2,41-52).

-Aucune mention de Marie n’est faite ultérieurement par Luc avant le début des Actes des Apôtres, indiquant qu’après la résurrection, Marie était assidue à la prière avec « d’autres femmes » et « les frères de Jésus » (cf. Ac 1,14 ; nous reviendrons sur l’expression). Ce sera la dernière indication donnée par Luc sur Marie.   

  b.Corpus johannique

-Le quatrième Evangile ne raconte pas la Nativité. Son prologue (Jn 1,1-14) insiste sur la nature divine du Verbe de Dieu fait chair. Marie apparaît dans deux scènes qui encadrent l’ensemble de l’Evangile : les Noces de Cana (Jn 2,1-11), où Marie invite les serviteurs à une confiance totale en Jésus (« Tout ce qu’il vous dira, faites-le [Jn 1,5]), lequel, interpellé par Marie sur le manque de vin au banquet, pose un « premier signe » en transformant environ six cents litres d’eau en excellent vin ; préfiguration d’une « heure » à venir, où non plus de l’eau, mais la vie elle-même serait entièrement transformée dans sa « Pâque ». Marie sera présente à cette « heure », celle de la crucifixion de Jésus : elle est au pied de la croix avec « le disciple bien-aimé », qui se reçoivent l’un et l’autre, de la bouche et de la volonté même de Jésus, comme « mère » et comme « fils » (cf. Jn 19,25-27).

-L’Apocalypse ne cite pas explicitement Marie, mais la vision de la femme « ayant le soleil pour manteau, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles » (Ap 12,1) et ses harmoniques avec l’ensemble de la théologie johannique ont conduit la Tradition à y lire une référence allégorique à Marie.

c.Corpus paulinien et Lettres Apostoliques

 Paul n’évoque Marie qu’une seule fois, sans citer explicitement son nom, en parlant de la naissance de Jésus : « Lorsqu’est venue la plénitude des temps, Dieu a envoyé son Fils, né d’une femme et soumis à la loi de Moïse, afin de racheter ceux qui étaient soumis à la Loi et pour que nous soyons adoptés comme fils » (Ga 4,4-5).

Aucune mention de Marie n’est faite dans les autres Lettres Apostoliques (Jc ; 1,2 P ; 1,2,3 Jn ; Jde) ni dans la Lettre aux Hébreux.

  • Une première synthèse

De ce rapide parcours émane un premier portrait que l’on peut articuler en trois points, inspirés du document que le « Groupe des Dombes » consacrait en 1997 à Marie, intitulée Marie dans le dessein de Dieu et la communion des saints. I. Une lecture œcuménique de l’histoire et de l’Ecriture (la deuxième partie sera éditée l’année suivante) :

 Marie est une créature, une femme de notre monde, appartenant à un peuple particulier : fille d’Israël, elle reprend la prière de son peuple, elle est soumise à la législation de ce peuple, elle assume totalement l’alliance de Dieu avec ce peuple, en lui donnant, par son « fiat » une dimension décisive dans l’histoire du salut.

 Marie est épouse et mère : épouse de Joseph, de la Maison de David, et mère de Jésus, Christ, Seigneur et Fils de Dieu. Elle est génitrice et mère, tandis que Joseph est seulement père légal de Jésus. La grossesse de Marie a pour origine l’action de l’Esprit Saint, non une semence humaine. Marie est donc la mère vierge de Jésus.

La maternité de Marie s’étend à une autre dimension, voulue par Jésus sur la croix : Marie est mère des disciples du Christ. Cette maternité se fonde sur l’adhésion, dans la foi, au Christ ressuscité. Elle s’étend donc à l’Eglise tout entière en tant que communauté des disciples du Christ.

 

 

 

La figure de Marie dans la Sainte Tradition

 

Les textes de la Tradition ayant trait à Marie sont nombreux. On se concentrera sur deux points seulement abordés par ces textes, à même de compléter ou de préciser ce tableau : la virginité de Marie et sa sainteté.

  • La virginité de Marie

Marie est donc à la fois vierge est mère. Cette virginité est claire pour ce qui touche à la naissance de Jésus. Mais qu’en est-il après ? L’idée de virginité perpétuelle de Marie butte sur la mention de « frères et sœurs de Jésus » dans l’Evangile, qui semble la disqualifier. Elle constitue pourtant un dogme de foi, pour les catholiques comme pour les orthodoxes.

 

L’insistance théologique sur la virginité perpétuelle de Marie s’enracine dans les controverses du IIème siècle, notamment contre l’ébionisme, pour lequel Jésus est simplement homme, et certains courants gnostiques voyant la virginité de Marie comme un simple symbole. Ses principaux défenseurs seront, à travers leurs œuvres, Ignace d’Antioche, Justin et Irénée.

Ultérieurement (IIIème-IVème siècles), Origène, Athanase, Grégoire de Nysse, Ambroise, Jérôme, Epiphane ou encore Augustin thématiseront l’idée de virginité in partu et post-partum, que les conciles d’Ephèse (431), de Chalcédoine (451) et de Constantinople II (553), affirmeront comme dogme.

La question est liée à celle de la maternité divine de Marie, traitée au Concile d’Ephèse (431), en creux de la controverse christologique opposant Cyrille d’Alexandrie aux thèses nestoriennes, qui conceptualisaient deux personnes dans le Christ, l’une humaine, l’autre divine. L’expression de « theotokos », « Mère de Dieu », sera préférée à « Mère de Jésus », insuffisamment robuste face à ces objections. Marie est proclamée « Mère de Dieu » non parce qu’elle aurait donné à Jésus sa divinité, mais qu’elle a enfanté celui qui vient de Dieu, qui est vrai homme et vrai Dieu.

« Les Eglises catholique et orthodoxe estiment que les données de l’Ecriture ne contredisent nullement l’affirmation de foi qui s’est dégagée dans l’Eglise ancienne à ce sujet. L’affirmation de la virginité perpétuelle n’est sans doute pas biblique, mais elle est le fruit d’une méditation de l’Eglise considérant que la maternité divine engage une consécration totale de la mère à son fils et rend impensable pour Marie l’exercice d’une intimité conjugale. […] La grande majorité protestante actuelle – qui n’est pas une unanimité – estime que l’on ne peut fonder une affirmation de foi certaine sur une attestation scripturaire incertaine » (B. Sesboüe, Marie, ce que dit la foi, Paris 2004, 91-92).

  • La sainteté de Marie : Immaculée Conception et Assomption

 Dès les premiers siècles se posa cette question : comment une créature marquée par le péché aurait-elle pu concevoir un enfant sans péché ? La réponse viendra, au cours des siècles, d’une méditation approfondie des paroles de l’ange à l’Annonciation : « Réjouis-toi, comblée de grâce » (Luc 1, 28), jusqu’à la promulgation, en 1858, du dogme de l’Immaculée Conception : par pure grâce, Marie, qui reste une créature, a été préservée de la morsure du péché, et montre ainsi par son exemple à quelle sainteté tous sont appelés.

Assomption et Immaculée Conception sont intimement liées : puisque Marie a été préservée du péché et puisque la mort naturelle est conséquence de ce dernier, il était nécessaire que Marie ait été préservée aussi de la dégradation du tombeau. Le 1er novembre 1950, le pape Pie XII promulguait ainsi : « comme un dogme divinement révélé que l’Immaculée Mère de Dieu, Marie toujours vierge, après avoir achevé le cours de sa vie terrestre, a été élevée en âme et en corps à la vie céleste ».

La Bible ne dit rien sur la fin de la vie terrestre de Marie. Une soixantaine de textes, en arabe, arménien, copte, éthiopien, géorgien, grec, latin ou syriaque, tous antérieurs au VIIIème siècle, appelés « Dormitions » ou « Transitus » (passage), présentaient Marie, entourée par les apôtres en prière, être élevée corps et âme vers le ciel par le Christ. Le pape Gélase Ier (429 – 496), inscrivit les Transitus parmi les apocryphes, sans pour autant nier l’intuition selon laquelle Marie devait avoir été préservée de tout péché ainsi que de la dégradation du tombeau.

Les principaux arguments en faveur de l’idée d’Assomption furent synthétisés par Jean Damascène (+ 750) dans une longue homélie Sur la Dormition : Marie a donné un corps au Fils de Dieu ; il a demeuré en son sein ; elle a été l’arche, le temple, le tabernacle dans lequel le Seigneur a élu domicile. Une dignité semblable à celle du Christ explique sa glorification finale. Sa virginité et sa sainteté uniques justifient l’exigence pour son corps d’être préservé de la corruption.

Après la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception se développe un grand courant de piété mariale. De nombreuses pétitions sont envoyées à Rome pour que soit officiellement défini le dogme de l’Assomption : de 1854 à 1945, 8 millions de fidèles, 1332 évêques et 83000 prêtres et consacrés écrivent en ce sens. Pie XII demandera aux évêques du monde de se prononcer : 90% seront favorables à la promulgation du dogme.

Le 15 août, les catholiques fêtent l’Assomption de Marie, tandis que les orthodoxes célèbrent sa « Dormition ». La nuance est liée à une approche théologique différente de la sainteté de Marie : pour les catholiques, Marie est immaculée en sa conception et sa naissance ; pour les orthodoxes, elle l’est parce que sa vie a correspondu à sa vocation. Les protestants n’acceptent ni l’une ni l’autre, en raison de l’absence de fondements scripturaires directs.

 

 

 

En conclusion

Telle qu’elle apparaît dans les textes chrétiens – Ecriture et Tradition –, Marie est donc : une créature, fille d’Israël, épouse de Joseph et mère virginale de Jésus par action du Saint Esprit, perpétuellement vierge (du point de vue catholique et orthodoxe), immaculée, c’est-à-dire préservée du péché par pure grâce divine (sauf du point de vue protestant) dès sa conception (approche catholique) ou par le fait que sa vie a correspondu en tout à sa vocation (approche orthodoxe). Préservée du péché, Marie l’a été également de la dégradation du tombeau (approche catholique et orthodoxe). Mère de Jésus, à la fois homme et Dieu, donc « theotokos » (Mère de Dieu), elle est aussi mère de l’Eglise en tant que communauté des disciples, en vertu d’une maternité nouvelle instaurée sur la croix par Jésus lui-même.

 

Vierge: sculpture de Roland Machet

Rencontre avec Marie GRIC Tunis

 Autres expériences de rencontres islamo-chétiennes  Commentaires fermés sur Rencontre avec Marie GRIC Tunis
Juin 112016
 

Marie est un lien qui nous unit Musulmans et Chrétiens. Pour les Chrétiens comme pour les Musulmans, Marie est vierge et mère de Jésus. Elue de Dieu, elle a reçu de l’ange Gabriel l’annonce de la naissance virginale de Jésus.

Au Liban, terre d’hospitalité et d’accueil, de cette intuition partagée que Marie nous rassemble, est née en 2007 la rencontre « Ensemble autour de Marie, Notre Dame ». Depuis, chrétiens et musulmans se retrouvent chaque année le jour de l’Annonciation, 25 mars.

En moins de 4 ans, le succès de cette rencontre a conduit les autorités libanaises à déclarer la journée du 25 mars, fête de l’Annonciation, fête nationale islamo- chrétienne chômée, première fête commune dans l’histoire.

Ce message d’espérance qui nous vient du Liban a suscité des rencontres islamo-chrétiennes dans d’autres pays. Dans cet esprit le Gric de Tunis a organisé le vendredi 20 mai une table ronde publique rassemblant chrétiens et musulmans autour du thème de Marie dans nos deux traditions religieuses. Nous publions aujourd’hui le premier des 5 textes des intervenants

« Il n’y a que Marie qui puisse rapprocher chrétiens et musulmans »Cheikh Nokkari

 Brèves  Commentaires fermés sur « Il n’y a que Marie qui puisse rapprocher chrétiens et musulmans »Cheikh Nokkari
Avr 182015
 
 Cheikh Mohamad Nokkari est à l’initiative de l’instauration de l’Annonciation comme jour férié interreligieux au Liban.  Musulman sunnite très investi dans le dialogue interreligieux depuis plusieurs années au Liban, ce juge et professeur de droit à Beyrouth, Dubaï et Strasbourg a également été directeur général de Dar El Fatwa, le principal organisme de la Direction des affaires religieuses sunnites au Liban. Dans les années 2000, il a activement participé à l’instauration de la Solennité de l’Annonciation comme fête nationale islamo-chrétienne chômée au Liban.Il est membre du Gric-Liban.

Comment vous est venue l’idée d’instaurer une nouvelle fête nationale au Liban, rassemblant chrétiens et musulmans ?
Cheikh Mohamad Nokkari : En 2008, alors que j’intervenais lors de la cérémonie de la fête de l’Annonciation à l’église de Notre-Dame de Jmahour au Liban, je suis sorti de mon texte et me suis adressé au Comité national de dialogue : « L’école a la fête des enseignants, la famille a la fête des pères et des mères, le Liban a la fête de l’indépendance, les musulmans et les chrétiens ont leurs fêtes spécifiques, pourquoi n’instaurerait-on pas une fête commune pour les musulmans et les chrétiens ? ». J’ai été surpris car, dès le lendemain, le gouvernement se réunissait et acceptait cette proposition. Le Premier ministre a définitivement adopté cette idée en 2010 et est allé rencontrer le pape Benoît XVI pour annoncer la nouvelle depuis le Vatican. L’Annonciation est alors devenue officiellement jour de fête nationale férié.
Pourquoi avoir choisi cette fête de l’Annonciation ?
Cheikh Mohamad Nokkari :
 Initialement, j’avais proposé une autre fête mariale, celle de l’Immaculée Conception, le 8 décembre. Seule Marie pouvant rassembler les musulmans et les chrétiens, je voulais une fête de la Vierge. Mais j’ai réalisé que ni les orthodoxes ni les protestants, ne reconnaissant ce dogme, n’accepteraient de se joindre à nous. J’ai donc proposé à notre comité Ensemble autour de Marie l’idée de célébrer l’Annonciation, ce que tout le monde a immédiatement accepté. Le récit de l’Annonciation se trouve d’ailleurs dans le Coran et dans la Bible. Nous l’avons célébrée pour la première fois en 2007, alors que ce jour n’était pas encore officiel, et les cérémonies ont été retransmises en direct à la télévision !
Comment cette initiative a-t-elle été accueillie au Liban ?
Cheikh Mohamad Nokkari :
 Les avis étaient partagés. Certains croyants, chrétiens ou musulmans, s’y sont opposés. Des manifestations ont été organisées à l’initiative de quelques leaders musulmans. J’ai moi-même reçu des menaces et ai dû démissionner de mes postes de directeur général de Dar El Fatwa (le principal organisme de la Direction des affaires religieuses sunnites au Liban, ndlr) et de chef de cabinet du grand mufti. Beaucoup d’amis ont coupé toute relation avec moi, de nombreuses personnes m’ont fui, mais j’ai résisté. Je me suis dit que l’amour de la Sainte Vierge remplaçait tout cela. Elle a souffert pendant sa mission, ceux qui vont choisir cette démarche interreligieuse doivent savoir qu’ils peuvent également souffrir et je suis prêt à endurer davantage s’il le faut pour que cette unité triomphe. 
Selon vous, n’y a-t-il que Marie qui puisse rassembler chrétiens et musulmans ?
Cheikh Mohamad Nokkari : 
Lors d’une conférence à Jamhour, j’ai rencontré un chrétien qui m’a demandé si nous pouvions prier ensemble. Je lui ai répondu : « Oui, il n’y a que Marie qui puisse nous réunir et autour de qui nous pouvons faire quelque chose
ensemble ». C’est ainsi que nous avons créé le comité Ensemble autour de Marie ayant deux coprésidents, moi-même et Nagy Khoury. Mais il y a énormément d’autres points communs entre l’islam et le christianisme ! Si nous commençons à ouvrir la porte, nous en trouverons beaucoup d’autres. À Guingamp, il existe depuis 1954 un pèlerinage islamo-chrétien qui a lieu tous les ans le dernier dimanche de juillet. Cette histoire peut nous servir pour aller encore plus loin avec d’autres figures que Marie. Le 25 décembre par exemple, les chrétiens célèbrent Noël, la naissance, même symbolique, de Jésus. Les musulmans pourraient la célébrer également. Il faudrait aussi qu’il y ait aussi une ouverture des chrétiens vers l’islam avec, pourquoi pas, l’acception de la fête de l’Aïd al-Kabïr, la commémoration du sacrifice de son fils par Abraham. C’est une fête qui pourrait tout à fait convenir aux chrétiens, une tradition issue du judaïsme. Il faut engager le peuple, pas seulement les institutions : c’est ce que nous faisons au Liban avec la fête de l’Annonciation justement. 
Quelles sont les actions concrètes que vous avez mises en place en dehors de ce rassemblement annuel du 25 mars ?
Cheikh Mohamad Nokkari :
 Quand j’étais directeur général de Dar Al Fatwa, j’ai participé aux préparatifs de la rédaction d’un manuel religieux pour les écoles publiques. Le projet consiste à ce que les communautés chrétiennes composent ces manuels et, à la fin de chaque partie, que les musulmans écrivent un chapitre sur l’islam. Et pour les écoles musulmanes, la même chose se fait avec les chrétiens. Ainsi, l’enfant, qu’il soit musulman ou chrétien, apprend à connaître la religion de l’autre. Nous avons également créé au Liban une institution regroupant des représentants de toutes les communautés pour défendre les atteintes à la moralité publique. Il faut aussi que le peuple libanais nous voie ensemble. Quand nous nous déplaçons dans la rue, nous sommes les uns à côté des autres. Physiquement, les passants voient que les chrétiens et les musulmans marchent ensemble. L’amitié entre un imam et un prêtre peut porter beaucoup de fruits. À chaque fois que je reçois une demande d’interview, je propose aux journalistes d’avoir également l’avis des chrétiens et je les amène dans les églises. Cela les interpelle que ce soit un musulman qui le propose. Il existe depuis des années, au sein de l’université jésuite Saint-Joseph (à Beyrouth, ndlr), le Centre d’études islamo-chrétien. Dans cet institut, les cours sont enseignés à double voix, par un cheikh et un prêtre. Les étudiants bénéficient ainsi d’une double formation.

Depuis cinq ans, nous avons créé la Rencontre islamo-chrétienne pour les hommes d’affaires avec l’aide de l’Uniapac (Union internationale chrétienne des dirigeants d’entreprise, une fédération d’associations réunissant plus de 15 000 patrons chrétiens provenant de 30 pays, ndlr). Nous y parlons de sujets économiques car sur ces points, musulmans et chrétiens ont une vision commune. En 2013, lors de la dernière rencontre internationale, 500 personnalités étrangères sont venues à Beyrouth dont trois anciens Premiers ministres européens, le PDG d’Airbus, les présidents de chambres du commerce de plusieurs pays, le cardinal Sarah, etc. 
En tant que musulman sunnite libanais, quel message souhaitez-vous faire passer aux chrétiens de France ?
Cheikh Mohamad Nokkari :
 Tout d’abord, je voudrais leur redire que l’islam n’est pas éloigné du christianisme. La religion musulmane, depuis 15 siècles, défend de nombreux dogmes communs au christianisme dont la virginité de la Vierge Marie. Dans le Coran, il est dit que les amis les plus proches des musulmans sont les chrétiens. Par exemple, dans la sourate de la Table servie (S5), il y est écrit : « Tu trouveras certainement que les Juifs et les associateurs (ceux qui ont cru en plusieurs dieux) sont les ennemis les plus acharnés des croyants (les musulmans). Et tu trouveras certes que les plus disposés à aimer, les croyants, sont ceux qui disent : “Nous sommes chrétiens”. C’est qu’il y a parmi eux des prêtres et des moines, et qu’ils ne s’enflent pas d’orgueil ». Dès le début de l’islam des sectes violentes sont apparues, mais elles sont en dehors de l’islam tolérant et majoritaire. Leurs adeptes ont fait beaucoup de mal à l’islam car ils cherchent la violence gratuitement. Daesh en est un exemple actuel. Nous avons besoin d’une voie qui ramène les musulmans à la France et la France aux musulmans, aux chrétiens, à toutes les religions qui vivent ensemble. Pendant les premières années de l’islam, l’église et la mosquée pouvaient se partager le même lieu de prière ! À Damas par exemple, les musulmans et les chrétiens rentraient par la même porte, dans le lieu même où Jean-Baptiste est enterré et qui est aujourd’hui la Grande mosquée des Omeyyades. 
Quels conseils donneriez-vous aux musulmans de France ?
Cheikh Mohamad Nokkari :
 Les Français qui se disent musulmans doivent connaître leur religion avec leur cœur et avec leur tête. On ne peut pas dire que l’on est musulman sans une démarche intellectuelle. Les pires ennemis de l’islam sont les ignorants, ceux qui se disent croyants mais qui ne connaissent pas leur religion. La jeunesse musulmane en France est composée de jeunes perdus qui ne connaissent pas l’islam en tant que religion d’amour ; ils sont vite influencés par des groupes extrémistes qui les détournent de la vérité. Ils sont un véritable danger public. Pour eux, l’islam se résume à prier et faire ramadan, mais il n’y a aucune culture religieuse, aucun travail intellectuel en amont. C’est beau de se consacrer à Dieu mais il faut se poser la question de ce que l’on apporte à l’humanité.
Beaucoup de Français sont inquiets face à la montée de l’islam en France et surtout des islamistes, que leur répondez-vous ?
Cheikh Mohamad Nokkari :
 Je comprends cette peur et je dis souvent que le fait d’avoir peur a ses raisons parce que malheureusement cela se vérifie chaque jour. Je préfère mille fois un musulman cultivé qu’un musulman au chômage qui se réfugie dans la criminalité. Les jeunes qui sont perdus le sont parce qu’ils ont quitté la religion, la vraie religion. Ces jeunes constituent un véritable danger pour la société et pour leur entourage. Il faut militer pour l’apprentissage des vraies valeurs de l’islam et récupérer cette jeunesse avant qu’il ne soit trop tard. Je demande à ce que les associations et les institutions islamiques prennent en charge ces jeunes et leur dispensent un enseignement religieux qui reconnaisse les valeurs exactes de l’islam. Je milite pour un islam français, pas un islam influencé par celui des autres pays : il faut un islam typiquement français, un islam cultivé. 
Les instituions déjà existantes en France peuvent-elles remplir ce rôle ?
Cheikh Mohamad Nokkari :
Non, il faut créer quelque chose de nouveau. Il existait à une époque une formation musulmane au sein de l’Institut catholique de Paris, pourquoi ne pas envisager de l’ouvrir à nouveau ? L’idéal serait une formation par les grands savants de l’islam. Et pour éviter tout risque de prise de contrôle par des intégristes, il faudrait que ces formations soient sous le contrôle de l’État et des intellectuels islamiques reconnus. Le Liban pourrait très certainement aider la France sur ce point. Il faut dans le même temps interdire à tous les Français de se rendre dans des universités théologiques à l’étranger, excepté celle d’al-Azhar au Caire.
Propos recueillis par Mathilde Rambaud http://www.aleteia.org