Avr 032019
 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la messe au Zayed Sports City d’Abu Dhabi (Emirats arabes unis) en février 2019, ce fut le complexe sportif Prince Moulay Abdellah de Rabat qui accueillit quelques dix mille chrétiens venus des diocèses de Tanger et de Rabat, ainsi que des Marocains musulmans. Du jamais vu depuis l’indépendance du Maroc proclamée le 2 mars 1956 ! Qui plus est ! La messe fut retransmise en direct sur la télévision marocaine.

Pour ceux qui avaient connu le Maroc avant l’an 2000, l’Eglise qui se présentait à leurs yeux dévoilait un visage totalement neuf. L’Eglise d’aujourd’hui qui est au Maroc est une Eglise jeune, dynamique, joyeuse, chantante, heureuse de témoigner de sa foi qui a grandi pour le plus grand nombre d’entre eux dans les pays d’Afrique subsaharienne. Une Eglise qui, tout en étant levain dans la pâte, témoigne avec une espérance forte de sa foi au Christ ressuscité, sans peur, avec fierté, heureuse de voir le pays d’accueil la remercier d’être des croyants au Dieu Unique, le Miséricordieux et le Clément.

Il ne restait plus alors au Pape François qu’à adresser ces derniers mots à l’assemblée : « Je voudrais de nouveau vous encourager à persévérer sur le chemin du dialogue entre chrétiens et musulmans et à contribuer ainsi à ce que cette fraternité devienne visible, à ce qu’elle devienne universelle, parce qu’elle a sa source en Dieu. Soyez ici les serviteurs de l’espérance dont ce monde a besoin ! »

La foule lui dit alors sa gratitude : « Merci, Pape François, de nous avoir visités ! Merci de nous avoir confirmés dans la foi ! Merci d’avoir nourri notre espérance ! Merci d’avoir fait brûler d’amour nos cœurs ! Compte sur nous comme nous comptons sur toi… ».

 

Les 30 et 31 mars 2019, le Pape François a accompli son 28ème voyage apostolique au Maroc sur le thème : « Serviteur de l’espérance ». Il passa en fait moins de 30 heures dans le royaume chérifien et limita ses déplacements à trois villes : Salé, Rabat et Témara, pour rencontrer les autorités marocaines, le peuple marocain et la communauté chrétienne vivant au Maroc.

Mais s’il fut court, ce séjour n’en fut pas moins très dense, par les gestes posés et les paroles prononcées, tant par le Pape François que par Mohammed VI, Roi du Maroc et Amir Al Mouminine (Commandeur des croyants). Ils concernaient autant la géopolitique, le social, la fraternité humaine que la vie ecclésiale en pays musulman et le dialogue interreligieux.

La surprise : un appel commun sur Jérusalem.

Comme à Abu Dhabi où le secret de la signature du Document sur la Fraternité fut gardé jusqu’au jour J, rien n’avait filtré sur la préparation par la Secrétairerie d’Etat du Vatican et le Palais royal d’un appel commun sur la ville de Jérusalem. Pour Mohammed VI, cet appel revêtait un caractère très important au lendemain de la reconnaissance de la ville de Jérusalem comme capitale d’Israël par certains pays comme les Etats-Unis ; il est en effet le président du Comité Al Qods, fondé suivant les recommandations de la 6ème Conférence islamique des ministres des affaires étrangères des Etats membres de l’Organisation de la conférence islamique, tenue à Djeddah en juin 1975. Mais notons que l’appel, bref, se situe exclusivement sur les plans culturel et spirituel.

Il est ainsi motivé : reconnaissant l’unicité et la sacralité de Jérusalem / Al Qods Acharif, les deux chefs spirituels ont à cœur sa signification spirituelle et sa vocation particulière de Ville de la Paix, Ville sainte, Ville de la Rencontre :

« Nous pensons important de préserver la Ville sainte de Jérusalem / Al Qods Acharif comme patrimoine commun de l’humanité et, par-dessus tout pour les fidèles des trois religions monothéistes, comme lieu de rencontre et symbole de coexistence pacifique, où se cultivent le respect réciproque et le dialogue.

Dans ce but, doivent être conservés et promus le caractère spécifique multi-religieux, la dimension spirituelle et l’identité culturelle particulière de Jérusalem / Al Qods Acharif.

Nous souhaitons, par conséquent, que dans la Ville sainte soient pleinement garantis la pleine liberté d’accès aux fidèles des trois religions monothéistes et le droit de chacune d’y exercer son propre culte, de sorte qu’à Jérusalem / Al Qods Acharif s’élève, de la part de leurs fidèles, la prière à Dieu, Créateur de tous, pour un avenir de paix et de fraternité sur la terre ».

Construire par l’éducation un monde plus solidaire et plus fraternel

Sur l’esplanade de la Tour Hassan, devant les autorités, les représentants de la société civile et le corps diplomatique, et sous une pluie battante, considérée par les Marocains comme une bénédiction de Dieu qui va ainsi favoriser les récoltes, le Pape François adressa à ses « chers amis Marocains » un vibrant « As-Salam Alaikoum » (Que la paix soit sur vous) ! Ils apprécièrent, eux qui furent amenée de toutes les villes et villages des provinces du Royaume par plus de mille autocars et qui firent une ovation à leur roi et à son invité tout au long des kilomètres qui séparaient l’aéroport de l’esplanade.

Dans son discours, le Roi rappela qu’il avait souhaité que la visite papale coïncide avec le mois béni de Rajab. En effet,

« c’est en cette période Sainte que l’Islam et la Chrétienté connurent l’un des épisodes les plus emblématiques de leur histoire : sur ordre du Prophète Mohammed, Paix et Salut soient Sur Lui, les Musulmans fuyant les persécutions quittèrent la Mecque et trouvèrent refuge auprès du Négus, le Roi chrétien de l’Abyssinie. Il s’agissait là du premier acte d’accueil et de connaissance mutuelle entre religions musulmane et chrétienne. Et c’est aussi cet acte de connaissance mutuelle, inscrit dans la postérité que nous commémorons aujourd’hui ».

Et d’ajouter :

« Dans ce monde en quête de repères, le Royaume du Maroc n’a jamais cessé de clamer, d’enseigner et de vivre au quotidien la Fraternité des fils d’Abraham – pilier fondateur de la très riche diversité de la civilisation marocaine.

L’union de tous les Marocains, par-delà les confessions, en est un exemple éloquent.

Cette symbiose est notre réalité. Elle se matérialise par des mosquées, des églises et des synagogues qui, depuis toujours, se côtoient dans les villes du Royaume.

Nous, Roi du Maroc, Amir Al Mouminine, Nous Nous portons garant du libre exercice des cultes. Nous sommes le Commandeur de tous les croyants.

En tant que Commandeur des Croyants, je ne peux parler de Terre d’Islam, comme si n’y vivaient que des musulmans. Je veille, effectivement, au libre exercice des religions du Livre et je le garantis. Je protège les juifs marocains et les chrétiens d’autres pays qui vivent au Maroc ».

Mais, pour le roi du Maroc, dans un monde de violence et d’instrumentalisation du nom de Dieu, il faut d’abord œuvrer au niveau de l’éducation :

« Pour faire face aux radicalismes, la réponse n’est ni militaire ni budgétaire ; elle a un seul nom : Education.

Mon plaidoyer pour l’éducation est un réquisitoire contre l’ignorance : ce sont les conceptions binaires et la méconnaissance qui menacent nos civilisations. Jamais la religion.

C’est pourquoi, aujourd’hui, en tant que Commandeur des Croyants, je plaide pour que soit redonnée à la religion la place qui est la sienne, au sein de l’éducation.

C’est pourquoi il m’est impossible de parler devant la jeunesse sans la mettre en garde contre les phénomènes de radicalisation et d’entrée dans la violence.

Ce que tous les terroristes ont en commun n’est pas la religion, c’est précisément l’ignorance de la religion ».

D’où cette conviction :

« Notre rencontre consacre une conviction partagée : les valeurs de la religion monothéiste contribuent à la rationalisation, à la réconciliation, à l’amélioration de l’ordre mondial ».

En réponse, le pape François insista sur la culture du dialogue :

« Il est donc essentiel, pour participer à l’édification d’une société ouverte, plurielle et solidaire, de développer et d’assumer constamment et sans faiblesse la culture du dialogue comme chemin à parcourir ; la collaboration comme conduite ; la connaissance réciproque comme méthode et critère (cf. Document sur la fraternité humaine, Abu Dhabi, 4 février 2019). C’est ce chemin que nous sommes appelés à parcourir sans jamais nous fatiguer, pour nous aider à dépasser ensemble les tensions et les incompréhensions, les masques et les stéréotypes qui conduisent toujours à la peur et à l’opposition ; et ainsi ouvrir le chemin à un esprit de collaboration fructueux et respectueux. Il est en effet indispensable d’opposer au fanatisme et au fondamentalisme la solidarité de tous les croyants, ayant comme références inestimables de notre agir les valeurs qui nous sont communes ».

Accueillir, protéger, promouvoir et intégrer

Quelques heures plus tard, après avoir entendu à l’Institut Mohammed VI pour les Imams, les prédicateurs et prédicatrices, Caroline Casadesus, Smahi El Harati et Françoise Atlan interpréter l’Adhan, l’Ave Maria et Adonaï chantés en chœur et accompagnés par l’Orchestre philarmonique du Maroc, le Pape François s’est rendu au siège de la Caritas Maroc pour rencontrer les migrants.

Il reprit des mots qui lui sont chers et qu’il offre aux hommes et femmes de bonne volonté comme une vraie feuille de route, tout en sachant que les migrants doivent se sentir les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus :

« J’ai voulu offrir quatre verbes – accueillir, protéger, promouvoir et intégrer – afin que ceux qui veulent aider à rendre plus concrète et réelle cette alliance puissent avec sagesse s’impliquer plutôt que se taire, secourir plutôt qu’isoler, édifier plutôt qu’abandonner.

Chers amis, je voudrais redire ici l’importance que revêtent ces quatre verbes. Ils sont comme un cadre de référence pour tous. En effet, nous sommes tous impliqués dans cet engagement – de façons diverses, mais tous impliqués – et nous sommes tous nécessaires pour garantir une vie plus digne, sûre et solidaire. J’aime penser que le premier volontaire, assistant, sauveteur, ami d’un migrant est un autre migrant qui connaît personnellement la souffrance du chemin. On ne peut pas penser des stratégies de grande portée, capables de donner la dignité, en se limitant à des actions d’assistance envers le migrant. C’est quelque chose d’incontournable, mais d’insuffisant. Il est nécessaire que vous, migrants, vous vous sentiez les premiers protagonistes et gérants dans tout ce processus.

Ces quatre verbes peuvent aider à réaliser des alliances capables de dégager des espaces où accueillir, protéger, promouvoir et intégrer. En définitive, des espaces où donner de la dignité ».

Le lendemain matin, pendant une visite privée au Centre rural des services sociaux de Témara, située à une vingtaine de kilomètres au sud de Rabat, et tenus par des Filles de la Charité espagnoles, il mit en application ce qu’il avait dit la veille, à savoir construire ensemble ce qui est le meilleur pour la vie de chacun : « Tout homme a droit à la vie, tout homme a le droit d’avoir des rêves et de pouvoir trouver sa juste place dans notre ‘maison commune’ ! Toute personne a droit à un avenir ».

Etre sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chacun

Mais pour ceux qui eurent la chance de pouvoir participer aux différentes étapes de ce voyage, il est clair que le moment où s’entremêlèrent émotion vive, témoignage spirituel, enseignement théologique et tendresse familiale et ecclésiale fut la rencontre entre l’évêque de Rome et les prêtres, religieux, consacrés et membres du Conseil œcuménique des Églises en la cathédrale Saint Pierre de Rabat.

Sous les applaudissements nourris de l’assistance, il alla d’abord s’incliner devant le frère Jean-Pierre Schumacher, le dernier survivant de la communauté des moines de Tibhirine (Algérie). Les deux hommes s’embrassèrent la main. Le moine trappiste, aujourd’hui âgé de 94 ans, vit au monastère Notre-Dame de l’Atlas, à Midelt. Le Saint-Père rendit également hommage à sœur Ersilia, 97 ans, et franciscaine missionnaires de Marie depuis… 80 ans et vivant à casablanca.

Puis, dans la dynamique initiée par Vatican II et ses prédécesseurs, il offrit à son auditoire une profonde réflexion théologique sur le dialogue. Il rappela que Jésus nous a mis dans la société comme cette petite quantité de levain : le levain des béatitudes et de l’amour fraternel dans lequel, comme chrétiens, nous puissions tous nous retrouver pour rendre présent son Règne. Il reprit avec force cette idée déjà exprimée par le passé :

« Les chemins de la mission ne passent pas par le prosélytisme. S’il vous plaît, ils ne passent pas par le prosélytisme ! Rappelons-nous Benoît XVI : “L’Église ne s’accroît pas par prosélytisme, mais par attraction, par le témoignage”. Non, ils ne passent pas par le prosélytisme qui conduit toujours à une impasse, mais par notre manière d’être avec Jésus et avec les autres. Ainsi le problème n’est donc pas d’être peu nombreux mais d’être insignifiants, de devenir un sel qui n’a plus la saveur de l’Évangile – c’est ça le problème ! –, ou une lumière qui n’éclaire plus rien (cf. Mt 5,13-15) ».

D’où cette conviction :

« En ces terres, le chrétien apprend à être sacrement vivant du dialogue que Dieu veut engager avec chaque homme et chaque femme, quelle que soit sa condition de vie. Un dialogue que, par conséquent, nous sommes invités à réaliser à la manière de Jésus, doux et humble de cœur (cf. Mt 11, 29), avec un amour fervent et désintéressé, sans calculs et sans limites, dans le respect de la liberté des personnes. Dans cet esprit, nous trouvons des frères aînés qui nous montrent le chemin, parce que, par leur vie, ils ont témoigné que cela est possible, une « mesure haute » qui nous défie et nous stimule. Comment ne pas évoquer la figure de saint François d’Assise qui, en pleine croisade, est allé rencontrer le Sultan al-Malik al-Kamil? Et comment ne pas mentionner le Bienheureux Charles de Foucault qui, profondément marqué par la vie humble et cachée de Jésus à Nazareth, qu’il adorait en silence, a voulu être un « frère universel » ? Ou encore ces frères et sœurs chrétiens qui ont choisi d’être solidaires avec un peuple jusqu’au don de leurs propres vies ? Ainsi, quand l’Eglise, fidèle à la mission reçue du Seigneur, entre en dialogue avec le monde et se fait conversation, elle participe à l’avènement de la fraternité, qui a sa source profonde non pas en nous, mais dans la Paternité de Dieu ».

Voilà pourquoi, le dialogue devient prière. Celle-ci ne fait pas de distinction, ne sépare pas et ne marginalise pas, mais se fait l’écho de la vie du prochain. Elle est prière d’intercession qui est capable de dire au Père : « Que ton Règne vienne ». « Non pas par la violence, non pas par la haine, ni par la suprématie ethnique, religieuse, économique, etc., mais par la force de la compassion répandue sur la Croix pour tous les hommes ».

Un peuple de Dieu joyeux, conforté dans sa foi

Il ne resta plus qu’à clore ce voyage apostolique par la célébration eucharistique du 4ème Dimanche de Carême, de Lætare. Après la messe au stade des Forces armées au Caire (Egypte) en 2017 et la m