Georges Massouh OrientLeJour

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Avr 092018
 

Le P. Georges Massouh, théologien, chercheur et philosophe, connu pour avoir œuvré durant de longues années pour le rapprochement islamo-chrétien et l’acceptation de l’autre, est décédé  à l’âge de 55 ans le 4 avril 2018, des suites d’une longue maladie.

Licencié en mathématiques de l’Université libanaise, le P. Massouh était détenteur d’un master en théologie orthodoxe de l’Institut Saint-Serge à Paris (1992), et d’un doctorat en études islamiques de l’Institut pontifical des études arabes et islamiques de Rome. Ordonné prêtre en 1997, il a pris en charge la direction du Centre d’études islamo-chrétiennes au sein de l’Université de Balamand. S’identifiant lui-même comme un religieux révolutionnaire, le P. Massouh est l’auteur d’un ouvrage ainsi que de nombreuses réflexions, exprimées notamment dans des articles hebdomadaires publiés dans an-Nahar, à travers lesquels il prône la coopération entre les deux communautés musulmane et chrétienne au Liban, mais aussi dans la région et dans le monde, à la manière de l’évêque grec-orthodoxe du Mont-Liban, Mgr Georges Khodr, et de l’évêque grec-catholique décédé Mgr Grégoire Haddad, surnommé l’évêque rouge.

Aussitôt connue la nouvelle du décès du P. Massouh – qui n’a pas accédé à un ordre plus élevé en raison de son statut d’homme marié (il était père de trois enfants)– nombre de ses amis ont exprimé sur les réseaux sociaux leur tristesse face à cette perte, rendant hommage à celui qui fut aussi curé de l’église Saint-Georges, à Aley. Selon les témoignages unanimes, il n’avait de cesse d’appeler au dialogue, de défendre les libertés et de condamner toute violation des droits humains.

L’ancien ministre Tarek Mitri, qui faisait partie du jury chargé d’évaluer les soutenances de thèse du P. Massouh à Paris et à Rome, a salué en lui, sur son compte Twitter, « son amabilité en même temps que sa fermeté, son courage en même temps que sa pondération ». Joint par L’Orient-Le Jour, M. Mitri a rendu hommage à « un constructeur de ponts, enraciné dans sa tradition chrétienne, mais ouvert à l’islam et désireux de faire établir des rapports fraternels entre les membres des deux communautés ». « Il avait conscience des différences majeures qui séparent les deux religions et ne cherchait pas à les unir, mais contrairement à bien d’autres, il s’employait à mettre en relief leurs éléments de rapprochement », observe l’ancien ministre. Et d’insister, par ailleurs, sur « le rôle qu’a joué le P. Massouh dans la réconciliation de la Montagne, déployant ses efforts pour que les chrétiens revenus dans les régions qu’ils avaient fuies renouent au mieux leurs relations quotidiennes avec les habitants druzes ». Dans ce cadre, M. Mitri a indiqué à L’OLJ qu’il venait d’effectuer sa visite de condoléances auprès de la famille du disparu, relevant que « ce sont autant les chrétiens que les druzes qui sont venus exprimer leur tristesse ». Et d’ajouter que le P. Massouh « était en outre une figure appréciée tant par les intellectuels que par les simples gens », estimant que « cela n’est pas fréquent, vu que lorsqu’on est immergé dans les recherches et les ouvrages, il n’est pas aisé d’être proche des gens ».

Dialogues
Abbas Halabi, président de la Commission nationale du dialogue islamo-chrétien, relève, lui aussi, l’ouverture de cet homme de dialogue, de science et de religion en direction de la communauté druze, affirmant qu’« après la fin de la guerre de 1990, il a encouragé les chrétiens à retourner à Aley, œuvrant à améliorer leurs relations avec les dignitaires et les familles druzes ». M. Halabi se souvient par ailleurs de « son dynamisme lors des différents colloques et conférences auxquels il participait, notamment au sein du groupe de dialogue entre Danois et Arabes qui s’est créé après la publication au Danemark de caricatures représentant le prophète Mahomet (2006) ».

En réponse à une question sur la position du P. Massouh à l’égard du conflit syrien, M. Halabi affirme à L’OLJ qu’ « il jugeait que ce n’est pas à travers la coalition des minorités que les chrétiens peuvent obtenir des garanties (en allusion au soutien des chrétiens au régime alaouite en place en Syrie), mais plutôt à travers leur ouverture au monde arabe et à l’islam ».

Le vice-président du Renouveau démocratique (fondé par Nassib Lahoud), Antoine Haddad, explique, dans le même sillage, que cet humaniste « critiquait les choix identitaires, estimant que la peur de l’autre et le repli sur soi entraînent une réclusion qui va à l’encontre de la citoyenneté ». « Lui-même né en Syrie, le P. Massouh stigmatisait, sur un autre plan, le régime syrien, pour l’oppression qu’il exerçait sur son peuple, dont il défendait avec acharnement les droits humains », ajoute M. Haddad.

Plus généralement, le vice-président du Renouveau démocratique affirme que le P. Massouh « n’était pas seulement un homme religieux dont le rôle est de guider, mais aussi un militant qui œuvrait au changement ». « Il critiquait ainsi le comportement de certains chrétiens et musulmans pour qui la religion revêt un caractère sociétal plutôt que spirituel, et les appelait à s’ouvrir vers un État laïc où régnerait la raison et la justice », note enfin M. Haddad.