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    Expérience du dialogue

    Les évêques allemands: fondements du dialogue avec les musulmans

    Gric Internationalpar Gric International27 octobre 2026Aucun commentaireLecture : 9 minutes
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    Les évêques allemands redéfinissent les fondements du dialogue avec les musulmans

     

    Le document de travail n° 348 de la Conférence épiscopale allemande (DBK)[1], intitulé  « Relations entre chrétiens et musulmans en Allemagne » a été publié en février 2026.  Ce texte, élaboré sur une période de trois ans, a été rédigé par un groupe d’experts sous la direction de l’islamologue Alexander Kalbarczyk. Remplaçant le document de référence de 2003, il actualise l’approche du dialogue interreligieux et fournit des orientations à cet égard. Il comporte cinq chapitres principaux.

     

    Dans l’introduction (chapitre 1 pp.8-13), DBK explique pourquoi une nouvelle étude était nécessaire et ce qu’elle entend faire. Partant du constat qu’avec environ 5,5 millions de personnes, soit environ 6,5 % de la population, les musulmans constituent la deuxième grande communauté religieuse d’Allemagne après les chrétiens, elle présente ce guide comme un nouveau « recueil pour le dialogue » face aux profonds changements de la vie musulmane en Allemagne et du contexte international. En effet,  l’islam s’y est fortement pluralisé et les relations locales entre chrétiens et musulmans ont évolué. Les évêques expliquent que le but de ce travail n’est pas seulement de fournir des connaissances sur l’islam, mais d’aider les acteurs des paroisses, écoles, œuvres sociales et associations à construire des relations concrètes. Aussi, le texte s’inscrit dans la continuité de Nostra aetate : l’Église catholique considère les musulmans avec respect, estime, reconnaît leur foi en Dieu unique et miséricordieux, tout en assumant les différences théologiques et l’histoire parfois conflictuelle entre les deux traditions. L’introduction appelle donc à une perception différenciée : combattre les préjugés et les discriminations, sans ignorer les enjeux liés à l’extrémisme religieux. Le mot « relations » est central : le dialogue repose sur la rencontre personnelle, l’écoute, le respect et la coopération. L’introduction reconnaît également le poids des conflits au Proche-Orient, les expériences de persécution vécues par des chrétiens d’Orient, ainsi que les controverses allemandes sur les mosquées, l’appel à la prière, le voile ou la place de la religion dans l’espace public. Elle demande un débat factuel, sans double standard ni instrumentalisation de l’islam comme symbole d’une prétendue perte d’identité allemande.

     

    Le chapitre 2 (pp. 14–59) pose les fondements théologiques et éthiques de la rencontre entre chrétiens et musulmans Il présente des convergences et différences entre christianisme et islam, sans les minimiser. Il propose une rencontre informée, respectueuse et critique : la rencontre enracinée dans la foi en Dieu, suppose connaissance, écoute, confiance, respect et reconnaissance de l’autre croyant dans son altérité avec estime, capacité d’agir ensemble, notamment pour la dignité humaine et la paix sociale. Reconnaître l’histoire des conflits, des préjugés et des blessures réciproques fait partie d’un dialogue honnête. Il invite à refuser à la fois l’hostilité envers les musulmans et toute banalisation de l’extrémisme religieux. Le texte distingue ensuite cinq formes de dialogue : la vie quotidienne, l’action commune pour le bien commun, l’échange théologique, l’expérience spirituelle et esthétique (visites, prière, jeûne, pèlerinage, etc.), et le dialogue porté par des responsables religieux ou politiques. Sa condition est une liberté religieuse effective, une identité croyante assumée et une disposition à apprendre.

    Il souligne aussi l’apport des chrétiens d’Orient : leurs expériences de coexistence, mais aussi de persécution et de traumatisme, doivent être entendues. Le document demande de ne pas transformer ces souffrances en accusation globale contre « l’islam », tout en les prenant au sérieux dans le travail de vérité et de réconciliation.

    Ce chapitre défend ainsi un dialogue catholique exigeant – ouvert et coopératif, mais théologiquement clair, attentif à la liberté religieuse et aux victimes de violences.

     

    Le chapitre 3 est consacré au développement et à la diversité de la vie musulmane en Allemagne. Ce chapitre plante tout d’abord le cadre social et juridique allemand dans lequel se vivent les relations entre chrétiens et musulmans, il explique aussi le régime allemand de liberté religieuse et les relations entre l’Etat et les communautés religieuses. Il décrit ensuite l’évolution des communautés musulmanes, une réalité en mutation avec le passage d’une communauté à prédominance d’origine turque à une population musulmane fortement diversifié en raison du flux de réfugiés et de migration,  mais qui comprennent aussi des générations nées ou socialisées en Allemagne. Le développement d’institutions musulmanes y est aussi traité avec l’histoire des associations et fédérations de mosquée, les modalités d’appartenance, la formation et le rôle de Imams, les initiatives d’éducation et de société civile, ainsi que les instituts universitaires de théologie islamique.

    Suite à une présentation des diversités internes de l’Islam (sunnites et chiites, ahmadis, alévis, baha’is et yézidis) le texte invite explicitement à ne pas traiter « les musulmans » comme un bloc homogène. L’idée directrice est donc que l’Allemagne est un lieu concret de coexistence, régi par l’État de droit, où le dialogue exige à la fois connaissance des différences, respect de la liberté religieuse et capacité à gérer les conflits sans exclusion.

     

    Le chapitre 4 (pp. 102–161) est le volet le plus concret du document. Il donne des repères[2] pour l’organisation d’une coexistence réelle, dans les relations quotidiennes – voisinage, travail, école, loisirs – et les projets communs d’intérêt général.  Le document aborde une position nuancée[3] dans le débat public au sujet des célébrations multireligieuses, des lieux de culte, des fêtes et le Ramadan, de l’éducation partagée en crèches et écoles, des mariages catholique-musulmans, de l’accompagnement pastoral dans les situations de maladie, de mort et de funérailles.  Il recommande même de clarifier l’objectif de chaque rencontre, de respecter les convictions de chacun, et de privilégier un engagement bénévole et une coopération réelle au service des personnes et du bien commun sans minimiser les différences ni esquiver les conflits[4] . En résumé, la DBK défend une coexistence active : dialogue, coopération et reconnaissance des pratiques musulmanes, mais dans le cadre de la dignité humaine, de la liberté religieuse, de l’égalité et de l’État de droit.

     

    Le dernier chapitre, (Résumé pp. 162–165), reprend les idées directrices du document, et  conclut par une vision à la fois sociale et spirituelle du dialogue.

    Le texte insiste tout d’abord sur le fait que le dialogue n’exige ni de relativiser la foi chrétienne ni de créer une religion commune. Bien plus, il repose d’abord sur des relations humaines concrètes. Il vise une coexistence pacifique et une coopération responsable essentielles à la cohésion du pays. Elles supposent des conditions que le dialogue ne crée pas lui-même : liberté religieuse, État de droit et participation équitable; il peut même aider chaque tradition à mieux comprendre et vivre sa propre foi. Le texte affirme aussi que , depuis Nostra aetate (1965) et le Document d’Abou Dhabi (2019), chrétiens et musulmans sont appelés à une fraternité active: reconnaître la même dignité de chacun, refuser la violence et travailler ensemble à une paix juste.

    La conclusion met en avant trois contributions communes :

    La miséricorde : solidarité concrète avec les pauvres et les vulnérables, jusque dans les institutions sociales.

    L’espérance de la vie éternelle : elle donne sens, consolation et confiance, notamment aux victimes et aux personnes qui souffrent.

    La prière : dans une société saturée de communication et de désinformation, elle rappelle la vérité de la parole, le silence, la responsabilité de vérité de la parole, le silence, la responsabilité devant Dieu.

    1. [1] La Conférence épiscopale allemande (DBK), Relations chrétiennes-musulmanes en Allemagne Christlich-muslimische Beziehungen in Deutschland document de travail n° 348, février 2026, p. 180.                 

      https://www.dbk-shop.de/de/publikationen/arbeitshilfen/christlich-muslimische-beziehungen-deutschland.html#files

      ↩

    2. [2] Repères sur : les salles de prière et la construction de mosquées : le besoin musulman de lieux appropriés doit être pris au sérieux ; l’usage commun d’une église catholique pour la prière musulmane est, en règle générale, déconseillé ; l’appel à la prière : il faut évaluer les cas localement, selon le droit, le voisinage, le volume et la fréquence, en privilégiant des accords concertés ; le Ramadan et les fêtes : invitations, horaires du repas de rupture du jeûne et prescriptions alimentaires doivent être respectés ; l’alimentation halal et l’abattage rituel ; le voile : la ligne directrice est l’autodétermination des femmes – lutte contre les contraintes comme contre les discriminations visant celles qui choisissent de le porter ; l’enseignement religieux islamique, vu comme pouvant contribuer à former des citoyens capables de réflexion critique et de résister aux idéologies extrémistes ; la circoncision des garçons, exposée dans son cadre juridique allemand ; les funérailles musulmanes, avec leurs exigences de rapidité, de simplicité, de lavage rituel et d’inhumation. ↩
    3. [3] Le document encourage des célébrations multireligieuses prudentes et bien préparées : hospitalité dans la prière de l’autre, prières successives, moments de silence, jeûne, pèlerinage ou célébrations comportant des éléments religieux et civils ; des rencontres régulières entre communautés, notamment les visites de mosquées, avec attention aux règles de respect du lieu et au fait que beaucoup de responsables musulmans sont bénévoles ; l’engagement commun pour le bien public : action sociale, accueil des réfugiés, écologie, solidarité locale ; la coopération dans l’aumônerie spécialisée – hôpital, prison, urgences, armée, etc. – en accompagnant le développement d’aumôneries musulmanes ; l’emploi de musulmanes et musulmans dans les institutions catholiques, la diversité étant présentée comme une ressource ; l’éducation commune dans les crèches et écoles catholiques, sans abandonner le caractère chrétien des établissements ; les universités comme espaces de dialogue ; l’accompagnement pastoral des couples et mariages catholico-musulmans, qui demandent une préparation particulièrement attentive.↩
    4. [4] l’apostasie et la conversion, en défendant sans réserve la liberté de changer de religion ; le blasphème et les atteintes aux symboles religieux, en refusant toute violence comme réponse l’hostilité envers les musulmans, contre laquelle les Églises doivent se solidariser ; l’extrémisme, l’islamisme et le salafisme, distingués de l’islam dans son ensemble ;

      les droits des femmes et l’égalité entre les genres, avec attention à la pluralité des interprétations musulmanes et à la critique des pratiques patriarcales ; les mutilations génitales féminines, condamnées sans ambiguïté comme une atteinte grave à l’intégrité des filles et des femmes.↩

    évêque allemands fondements théologiques et éthiques du dialogue musulmans en Allemagne coexistence réelle vision sociale et spirituelle du dialogue
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