Que me reste-t-il de Marie ? Par Jean Fontaine, Père Blanc

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Nov 132017
 

 

 

Pourquoi un tel titre ? Comme tous ceux de ma génération, j’ai appris dans mon enfance plein d’histoires merveilleuses sur Marie, la mère de Jésus. Entre temps, deux facteurs ont joué un rôle. D’abord les nouvelles méthodes pour lire les livres sacrés. Ensuite, les avancées des sciences. Ce seront les deux parties de cet exposé. Voici maintenant où j’en suis.

 

La lecture des Écritures.

L’archéologie nous apprend que la naissance de Jésus était ordinaire. Les maisons étaient semi-troglodytiques. Pour accoucher, Marie est passée dans la pièce creusée dans la roche, là où se trouvent les denrées, laissant les autres personnes dans la première pièce.

Les premiers chrétiens ne se sont pas intéressés à Marie. En bons sémites, ils n’estimaient pas beaucoup la femme. En outre, parmi les femmes qui entouraient Jésus, Marie de Magdala, ou bien les deux sœurs Marthe et Marie, étaient plus intéressantes. Marie n’est pas nommée dans les lettres des apôtres, ni dans le premier évangile publié, attribué à Marc. Il en est de même du quatrième évangile, attribué à Jean, et composé à Antioche par une communauté non fondée par un apôtre, et qui l’appelle toujours « la mère de Jésus ». Ce sont seulement les deux autres, attribués à Matthieu et Luc, qui parlent de Marie à propos de l’enfance de Jésus.

Comme instrument de base, je m’appuie sur la déclaration de la Commission biblique pontificale du 15 avril 1993 (134 p.). Le texte présente treize approches possibles de la Bible et des évangiles. Puis, s’appuyant sur la philosophie, il note les trois sens possibles des livres saints dans l’Église. Fort de ce soutien et ayant eu recours à des travaux de spécialistes parus depuis, j’en conclus que nous ne savons presque rien de certain sur la vie de Marie. Ce qui se trouve dans les deux évangiles déjà cités est une relecture de l’Ancien Testament, tout comme ce sera le cas pour la résurrection. On ne sait pas : on se dit alors que l’Ancien Testament a dû annoncer ce qui allait se passer. Ainsi l’annonciation n’a aucune réalité historique, mais symbolique et mystique surtout, tout comme les bergers et les mages, sans oublier la fuite en Égypte et le massacre des enfants de Bethléem. Joseph est nommé « époux de Marie ».

 

Les sciences modernes

D’abord l’évolution, citée explicitement par le pape François dans son encyclique sur l’écologie. La matière produit la vie, qui produit l’être humain, qui produit l’intelligence puis la conscience, qui produit Dieu. Si les premiers humanoïdes se détachent de l’animal vers 240.000 avant notre ère, l’homme a pensé à l’au-delà vers 40.000, ensuite il a inventé les dieux vers 10.000, pour produire le monothéisme vers 1300 avec Akhénaton. Dans cette lente série, lequel d’entre eux aurait eu une conscience si précise de Dieu qu’il lui aurait désobéi ? Le péché originel est absent de la Bible et des Évangiles. Aucune explication globale du péché originel n’a obtenu d’approbation inconditionnelle. Le second concile du Vatican a écarté le texte le concernant sans même le discuter. Un colloque convoqué par Paul VI en 1966 n’a pas surmonté le malaise. La catéchèse proposée par Jean Paul II en 1986 n’a pas eu d’écho. Le catéchisme de l’Église catholique, édité en 1992 (650 pages), manifeste une incohérence évidente : quand il parle du péché en général, il affirme que celui-ci est un acte commis, volontaire, d’un être libre ; mais quand il arrive au péché originel, il dit que c’est un acte acquis. Dans ce cas, il est difficile d’admettre le péché originel, autrement dit la faute du premier homme dont je serai puni encore maintenant. Tout au plus, peut-on parler du péché inaugural. Conséquence directe pour Marie. Comment est-elle préservée de quelque chose qui n’existe pas ? St Thomas d’Aquin et ses prédécesseurs hésitent. À partir du 15e siècle, la piété des fidèles et des théologiens devient plus précise. En 1848, le pape déclare l’Immaculée conception de Marie comme un dogme.

Ensuite après la mort. Dieu est Amour. L’amour est une onde. Dieu est donc l’onde primordiale qui permet à l’univers d’exister. Quand on meurt, ce qui reste de nous est transformé en onde. En 1950, le pape, en proclamant le dogme de l’Assomption de Marie, demande aux catholiques de croire que « Marie est entrée directement dans la gloire de Dieu avec son âme et son corps ». Pourquoi a-t-il fallu près de vingt siècles pour en faire une vérité de foi ? Que connaissons-nous aujourd’hui de ce que devient le corps ? Je ne sais pas.

 

Conclusion

Que me reste-t-il alors ? La braise vive de la foi, dégagée des scories et de la cendre des traditions populaires, le buisson ardent. Marie est la mère de Jésus, cet être fantastique. Si l’Incarnation a un sens, Jésus doit être vrai homme. Selon les évangiles, dans quatre épisodes, Marie ne comprend pas ce qui lui arrive :

  • d’abord, comment concevoir un enfant si, au moment où l’ange lui parle, elle n’a pas de relations sexuelles ? Au Concile du Latran de 649, plus de six-cents ans après la vie terrestre de Jésus avec Marie, l’Église affirme que Marie est demeurée vierge, mais cette conviction ne sera jamais érigée en dogme. Joseph Ratzinger écrit : « La filiation divine de Jésus ne repose pas, d’après la foi de l’Église, sur le fait que Jésus n’a pas eu de père humain ; la doctrine de la divinité de Jésus ne serait pas remise en question, si Jésus était issu d’un mariage normal. » (Foi chrétienne hier et aujourd’hui, Paris, Mame, 1969, p.192) ;
  • ensuite, au Temple quand Jésus a douze ans : « Pourquoi nous as-tu fait cela ? » ;
  • puis, à Cana, elle interpelle Jésus qui lui répond : « Femme, que me veux-tu ? » ;
  • enfin, plus tard, avec ses frères, elle vient le chercher déclarant qu’il est fou.

Cette femme qui ne comprend pas, je l’aime beaucoup. Elle fait partie des miens. Elle est mon guide dans les moments difficiles. Surtout, elle est restée fidèle au moment où son fils meurt dans des conditions atroces à la fleur de l’âge et, après sa mort, où elle reste avec les disciples désemparés.

Je m’appelle Jean-Marie. Une de mes sœurs s’appelle Marie. Mes quatre frères et mon autre sœur portent Marie comme deuxième prénom. Notre mère savait-elle que Marie avait une conscience et une liberté qui ont marqué l’humanité ? Cette conscience et cette liberté lui ont permis de sortir du cadre sémitique dominé par l’homme. Elle a laissé son fils lier des amitiés féminines sans y interférer. Elle a donné naissance à un enfant différent (Je pense aux mamans d’enfant autiste ou trisomique). Toutes les mères peuvent se reconnaître en elle, comme tous les fils peuvent se reconnaître en Jésus.

Voici maintenant la traduction française d’un cantique confrérique que tous les Tunisiens connaissent et chantent :

Sur le fils de Marie

 

Sur le fils de Marie, que soit la paix de Dieu sur le fils de Marie.

1   Gloire à celui qui l’a formé et créé

dans le sein de sa mère fille vierge.

Personne ne saurait dire qui est son père.

C’est qu’il émane de l’Esprit, l’unique, l’éternel.

2   Elle leur dit : « Posez-lui la question (qui vous taraude) ».

Ils dirent : « Qui est ton père le pudique ? »

Il leur répondit : « Je participe de l’Esprit tout-puissant

Je suis Jésus pour celui qui veut être sauvé. »

3   On lui dit : « Qui lui a enseigné et appris ? »

Elle dit : « Mon généreux Seigneur lui a donné,

lui a enseigné la science et l’a sauvé,

et lui a confié les mers de la science. »