Miséricorde Par Gric Tunis

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Avr 052016
 

Dans l’actualité brûlante que nous vivons, marquée par des attentats terroristes qui meurtrissent les corps et heurtent les âmes, semant hébétude et trouble, souvent instrumentalisés pour stigmatiser certaines catégories de population, nous ne pouvons rester sans réaction face à des textes envoyés au Pape par un membre du clergé catholique, textes qui ne correspondent pas à la réalité, risquent de semer le doute dans l’esprit inquiet de certains chrétiens et vont à l’encontre de ce que pense aujourd’hui l’Eglise catholique.

Ces lettres tentent de démontrer –citations à l’appui-que le Coran ne peut qu’engendrer la violence. Certes, aucun croyant ne peut occulter la question des liens entre la violence et le sacré ou la balayer d’un revers de main. Mais qui peut aujourd’hui nier que tous nos textes Premier Testament, Deuxième Testament, Coran contiennent des éléments de violence pour qui en fait une lecture hors leur contexte. Ne nous prêtons pas au jeu vain de citation contre citation. Apprenons tous à lire nos textes sans céder à la tentation de  «  la lettre brute » selon l’expression de l’historien du Judaïsme J.C.Attias, mais en nous mettant sincèrement à l’écoute de ce que Dieu veut nous dire aujourd’hui. Or en lançant l’année 2016, jubilé de la Miséricorde le Pape François nous invite à redécouvrir le sens de ce mot :

La miséricorde, c’est se laisser toucher par le malheur d’autrui et agir en conséquence. Rien à voir avec un sentiment vague ou une mièvrerie affective ! La miséricorde nous saisit aux tripes, comme l’indique l’étymologie du mot grec qu’on traduit souvent par compassion. Elle nous bouleverse de l’intérieur. La miséricorde est l’attribut de Dieu par excellence, pour les chrétiens et pour les musulmans. La fétiha , profession de foi des musulmans, et toutes les sourates du Coran sauf une commencent par « au nom d’Allah, le Tout Miséricordieux, le Très Miséricordieux » utilisant le terme al rahim, ; racine commune à l’arabe et à l’hébreu évoquant l’amour de la mère ; ce terme se rencontre cent quinze fois dans le Coran ( cent quatorze fois le terme se rapporte à Dieu et une fois au Prophète :sourate 9 verset 128) . Un musulman sincère peut-il se comporter en contradiction avec l’attribut fondamental de Dieu ? Non !

Le 4 février 2016, le cardinal Jean-Louis Tauran, responsable au Vatican du Dialogue inter-religieux terminait ainsi le texte bilan pour l’année 2015 : « En conclusion, il faut réaffirmer que le dialogue avec les religions non-chrétiennes demeure l’un des grands défis pour le monde d’aujourd’hui, et en particulier, pour les responsables religieux. Il me semble que celui-ci doit affronter trois défis. Le premier est le défi politique : conjuguer identité et ouverture, en surmontant les préjugés et les peurs. Il s’agit également de reconnaître les traditions réciproques qui ont une valeur propre. En second lieu, le défi intellectuel, qui concerne le patrimoine théologique et la rencontre avec la modernité. Nous devons nous aider les uns les autres à pratiquer le discernement et à ne pas négliger les nouveaux courants de pensée théologique et spirituelle. Enfin, le défi spirituel : dans le monde d’aujourd’hui, plus sensible aux témoins qu’aux maîtres, nous devons reconnaître le message de paix de toutes les religions. En appelant à la fraternité, elles permettent de regarder vers l’avenir avec moins de perplexité et de peur. En tant que chrétiens, nous devons vivre la dimension de l’accueil et du pardon, facteur de renouveau de la société, en particulier en cette année de la miséricorde. »

 Voilà les défis auxquels nous sommes tous confrontés, chrétiens et musulmans, en gardant présent à la mémoire le verset 63 de la sourate dite « le critère » : Ceux qui vénèrent le Miséricordieux sont ceux qui vont par la terre modestement et qui, lorsque des ignorants les interpellent disent : Paix !

Et le défi commun à tous les hommes est celui de l’infini respect de la vie, comme l’a rappelé à maintes reprises le philosophe Alain : « Il faut prêcher sur la vie, non sur la mort, répandre l’espoir et cultiver en commun la joie, vrai trésor humain. C’est le grand secret des sages et ce sera la lumière de demain »

La sculpture qui illustre l’article est l’œuvre de Roland Machet : http://roland-machet.fr/