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    Actualité du dialogue

    La dévotion mariale est-elle en mesure de rassembler les Libanais

    Gric Internationalpar Gric International10 juillet 2012Mis à jour :27 novembre 2012Aucun commentaireLecture : 6 minutes
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    Le Liban a été spontanément placé sous la protection de la Vierge Marie par l’Église maronite. Le patriarche Élias Hoyeck a fondé en 1904 le sanctuaire de Notre-Dame du Liban pour commémorer le jubilé de la proclamation du dogme de l’Immaculée Conception. La dévotion à Notre-Dame est par ailleurs un trait commun à presque toutes les traditions ecclésiales.

    De leur côté, les musulmans ne cachent pas leur attachement à la Vierge Marie, qu’ils invoquent volontiers et dont ils fréquentent assidûment les sanctuaires, comme Harissa ou Béchouate.

    Bien mieux, depuis quelques années et avec une insistance touchante, le secrétaire général de Dar el-Fatwa, Mohammad Nokkari, tente de populariser l’idée de l’instauration d’une fête mariale commune islamo-chrétienne, qu’il propose de fixer au 25 mars, fête de l’Annonciation ou, à défaut, au 8 décembre, fête de l’Immaculée Conception.

    Dans l’esprit de son promoteur, cette fête serait purement dévotionnelle. Les Libanais chrétiens et musulmans y exprimeraient en commun leur amour pour Notre-Dame, « sittna » Mariam, à l’occasion d’une fête qui serait exclusivement limitée à l’événement de l’Annonciation, dont il existe un équivalent dans le Coran (sourate de Marie), sans toucher au dogme de l’Incarnation, où les divergences entre le christianisme et l’islam sont irréductibles, puisque, pour les musulmans, le Christ est simplement un prophète et non pas, comme le croient les chrétiens, Dieu en personne. Au printemps dernier, l’idée a pris un nouvel élan, à l’occasion de la fête de l’Annonciation, au cours d’une commémoration commune islamo-chrétienne de cette fête, au Collège Notre-Dame de Jamhour.

    Mohammad Nokkari, qui se trouvait à Jamhour, a fait de nouveau applaudir cette idée à Zouk Mikhaël, au cours d’un colloque islamo-chrétien exceptionnel sur le thème de « l’Annonciation » (19-20 octobre). L’événement était organisé à l’Université de Louaizé (NDU) par le Centre libanais de recherches sociétales dirigé par le professeur Abdo Kahi, avec le concours de l’Académie mariale pontificale – société Moyen-Orient, qui se manifestait ainsi pour la première fois dans notre pays.

    Présence du Vatican.

    Pour l’occasion, le secrétaire général de l’Académie mariale pontificale internationale, le capucin Stefano Cecchin, se trouvait au Liban, marquant ainsi l’intérêt spécial de Rome pour tout ce qui touche au dialogue islamo-chrétien.

    Le supérieur général de l’ordre mariamite dont relève la NDU, l’abbé Semaan Abou Abdo, qui est également secrétaire pour le Liban de l’Académie mariale, s’est dépensé deux jours durant pour assurer le succès de ce congrès, auquel ont été associés de grands noms de la recherche mariale au Liban : Mgr Georges Aboujaoudé, archevêque maronite de Tripoli, le Pr Antoine Courban, médecin et philosophe, Sabino Chiala, chef d’une nouvelle communauté monastique à Bose (Italie), Mgr Georges Khodr, métropolite grec-orthodoxe du Mont-Liban, le Dr Tamar Nasrabédian, de la communauté arménienne-orthodoxe, seule théologienne mariale d’Orient, sayyed Hani Fahs, les cheikhs Chafic Jradi et Mohammad Nokkari, le Dr Sami Makarem, spécialiste de la doctrine druze, Jocelyne Khoueyri, fondatrice du Centre Jean-Paul II, le Dr Johnny Awwad, de l’Église presbytérienne, ainsi que Mgr Joseph Absi et les PP. Pierre Najem et Nagi Khalil.

    Un colloque « poupée russe »

    En fait, tout comme une poupée russe, le colloque sur l’Annonciation s’est avéré contenir en lui plusieurs autres colloques. Un premier de nature œcuménique, où les différences théologiques sur Marie dans les doctrines des Églises catholique et orthodoxe ont éclaté au grand jour, marqué par les truculents commentaires du métropolite Georges Khodr, et les allusions inachevées, et pour cause, au courant favorable à la proclamation de Marie « corédemptrice », une doctrine à laquelle croient fermement certains milieux catholiques, mais qui va apparemment à contre-courant de l’effort œcuménique.

    Le second colloque était, lui, un colloque musulman sur l’Annonciation. On y a constaté l’écart substantiel entre l’islam et la doctrine druze, syncrétisme religieux ésotérique qui, sur le plan académique, n’a plus d’autre choix que de s’assumer, dans un monde pluraliste où rien n’est vraiment caché désormais. Un troisième colloque s’est également dessiné en filigrane des réunions. Il était islamo-chrétien cette fois, et a achoppé sur l’inséparable dimension christologique de toute théologie mariale, notamment aux yeux de l’Église orthodoxe, où la Vierge Marie n’est jamais représentée sans son Fils, à de très rares exceptions.

    Un quatrième « colloque à l’intérieur du colloque » s’est également tenu, celui du dialogue entre foi et raison. Il a été illustré de façon éminente par l’intervention du Pr Kahi, qui a tenté, par une démarche philosophique, de retrouver la dynamique du « fiat » de Marie, saisi comme mutation fondamentale de la représentation de Dieu par l’humanité, et passage du « dire » à la promesse qui rend possible l’Incarnation, par la puissance de l’Esprit.

    Une importance exceptionnelle

    Par son contenu directement « religieux », son cachet œcuménique et interreligieux, son caractère universitaire (où donc foi et raison peuvent-elles dialoguer, sinon à l’université ?) et sa dimension internationale, avec la présence de l’Académie mariale pontificale, enfin par sa dimension pratique, avec la proposition d’instauration d’une fête mariale islamo-chrétienne, le colloque de la NDU a revêtu, disons-le encore, une importance tout à fait exceptionnelle.

    Sur le plan pratique, il semble évident que la proposition de création d’une fête commune, pour devenir crédible et possible, doit être approfondie. Son contenu dogmatique devra en particulier être soigneusement défini, si l’on veut éviter un syncrétisme douteux dont personne ne veut.

    Pourtant, il n’est pas interdit de rêver au jour où la dévotion mariale parviendra à rassembler les Libanais. Prenant la parole au cours du colloque, le père Stefano Cecchin devait en souligner le caractère tout à fait exceptionnel. Pour le secrétaire de l’Académie mariale pontificale, la proposition qui figure au cœur du colloque « reflète une fois de plus le rôle que peut jouer la noble terre du Liban qui, avec ce congrès marial, offre au monde entier un signe concret du fruit de paix et d’union qui peut venir du dialogue entre les religions ».

    « Ce n’est pas seulement l’Église catholique, mais le monde entier qui devrait faire bien attention à cet événement, a poursuivi le secrétaire général de l’Académie mariale pontificale, vous êtes tous aujourd’hui, pour nous, un modèle (…). Le fait que vous êtes là non pour parler seulement, mais aussi pour parvenir à une décision concrète en instituant une fête que toutes les religions au Liban pourront célébrer le même jour est pour toute l’humanité un événement exceptionnel. »

    Article paru dans l’Orient Le Jour du mercredi 31 octobre Par Fady Noun, membre du GRIC de Beyrouth

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