Oct 122016
 

Evoquée trente quatre (34) fois, Marie est la seule femme nommée dans les textes coraniques, principalement dans la sourate (19)  Maryam, portant son nom et qui lui est entièrement consacrée, contenant le récit détaillé de l’Annonciation, la Visitation et l’enfantement virginal du prophète Jésus.

Marie est en outre mentionnée dans les sourates Les croyants (Al- Muminun) (4), L’interdiction (Al- Tahrim) (5) et Le fer (Al – Hadid) (6).

La sourate «  La famille d’Imran » (Al-Imrân) relate la nativité de Marie fille d’Imrân ; comme il est dit dans la révélation coranique sa mère Anna (Hanna) l’a dédiée au service du temple ayant fait le vœu de la vouer au culte de Dieu. On atteste dans cette même sourate l’insistance sur son élection divine :

« Ö Marie Dieu t’a élue, il t’a rendue pure et t’a choisie de préférence à toutes les femmes de l’univers. »    (Sourate 3-42)

Marie est d’ailleurs considérée (avec Jésus) comme un seul et même signe (Äya) envoyé par Dieu à l’ensemble de l’humanité. Un mot qui revêt dans la langue arabe de multiples significations dont miracle, merveille créée par Dieu ou encore signe invitant tout croyant à réfléchir sur le sens ultime de la création. De ce fait Marie devient le signe, le symbole du dévouement absolu, ce qui fait du miracle de Marie un centre d’intérêt commun, un trait d’union entre les fidèles chrétiens et les musulmans.

La vierge Marie est aussi assez présente dans les hadiths les plus connus dans la tradition musulmane et chez les exégètes musulmans à l’instar de Tabari qui a affirmé que Marie fut des nombres des dévouées :

« Parmi les femmes ceux qui sont meilleures moralement et spirituellement, Ilya Marie. »

Selon Musnad Ibn Hanabl Marie était « la reine de toutes les femmes au paradis. »

Al Qurtubi disait qu’elle sera «  parmi les premières à entrer au paradis avec les prophètes. »

Aussi Al Tirmidhi parlait du premier rang de Marie.

Le prophète Mahomet (Mohamed) avait lui même déclaré que la dame des femmes (al-sayda) du monde est Maryam fille d’Imran (Marie), puis Fatima (sa fille bien-aimée), khadija bent khouwaylid( sa première épouse) et enfin Asya(femme du pharaon).

Lors de la mort de Fatima, celle-ci aurait déclaré :

« Je surpasse toutes les femmes excepté Maryam (Marie) ».

Marie fait à ce titre partie des femmes considérées comme parfaites dans la tradition islamique.

Ce statut distingué et accordé à Marie dans le coran et dans les hadiths lui a fait acquérir une place prépondérante dans le cœur des musulmans qui se traduit par différents aspects de vénération mariale en participant aux pèlerinages et aux jours de fêtes consacrées à Marie.

En effet elle présente pour les musulmans l’exemple de la femme pieuse et humble. Sa piété et sa vertu deviennent l’emblème même de la foi en Dieu. Ce qui la rend un modèle pour tous ceux qui aspirent au degré de complétude morale et d’accomplissement spirituel. Elle symbolise pour les musulmans la dévotion, le recours à Dieu, l’obéissance à sa parole, l’aptitude au silence et à l’écoute, la sereine acceptation du décret divin (vu qu’elle n’a pas demandé de signe ou de preuve à l’annonce de la nouvelle) et la patience ; ce qui lui a permis de développer un lien avec fort avec son créateur.

  • Marie incarne alors le modèle coranique du parfait croyant.

 

L’image mariale explique donc au parfait croyant que s’il se mettait en état d’abstention Dieu lui confèrerait sa Grâce telle Marie à qui Dieu a envoyé sa propre nourriture et son messager. La Vierge a manifesté un abandon total à la volonté divine, pour cette raison elle forme un lien entre les parfaits croyants et les fidèles des deux familles religieuses qui la considéraient comme l’icône de vie spirituelle et pure.

Marie est tenue en haute estime grâce à sa piété et sa chasteté. Effectivement, les musulmans lui accorde un statut important étant donné qu’elle est aux yeux de l’islam la plus parfaite de toutes les femmes qui ont été et qui seront créées ayant reçues tant d’attention divine.

D’ailleurs le nom de Marie est assez fréquent chez les femmes musulmanes (nom symbolique).

C’est pourquoi les musulmans entreprennent souvent des pèlerinages aux sanctuaires mariaux spécialement à Fatima au Portugal, en Espagne, à Lourdes, en Irak et en Egypte où les femmes musulmanes qui veulent tomber enceintes viennent prier dans l’église de Sainte- Marie de Zeitoun (Zaytoun), dans un quartier du vieux Caire ; ou qui venaient pour une bénédiction de Marie qui les appelle à travers des apparitions.

Dans le monastère Dir El Adra, à Minya (en Egypte), tant de musulmans que de chrétiens viennent allumer des cierges pour commémorer le séjour de la Sainte famille lors de sa fuite en Egypte. Dans ce même monastère, on acquiert la bénédiction en touchant la représentation peinte de Marie qui incarne pour les musulmans la mère dévote, pieuse, chaste, dévouée, patiente et soumise à l’ordre divin.

Pour cette même raison les musulmanes d’Irak font intervenir Marie dans leur vie sociale et encore privée. Elles prient pour Marie et la sollicitent afin de les bénir et les aider à tomber enceinte ou à régler leurs problèmes conjugaux ou mettre de l’ordre dans leurs vies intimes comme l’explique Amir Jajé. O.P (professeur à la faculté de théologie à Bagdad et le conseiller pontifical pour le dialogue interreligieux depuis 2012).

Encore au Liban les chrétiens et les musulmans se rassemblent autour de la figure commune de la Vierge Marie en organisant des rencontres ou des initiatives conviviales, festives, baptisées : «  ensemble pour Marie », permettant de faire le lien entre les traditions musulmanes et chrétiennes (on peut citer dans ce cadre et à titre d’exemple le Zenit ou l’Efesia au Liban) par le biais de la figure mariale qui se dévoile comme étant un emblème d’unité entre ces deux familles religieuses.

Lourdes aussi accueille chaque année plusieurs centaines de pèlerins musulmans.

La ville de Fatima au Portugal abrite à son tour un autre sanctuaire marial rassemblant fidèles chrétiens et musulmans. Ce lieu de Notre Dame de Fatima est symbolique en l’occurrence de la réunion des deux prénoms saints à savoir celui de Marie mère de Jésus et celui de Fatima la fille du prophète Mahomet, chacune portant le signe d’une religion monothéiste en communion autour de la figue mariale.

On souligne parallèlement l’accueil enthousiaste que les musulmans d’Afrique réservent à la statue pèlerine de Notre Dame de Velankani en Inde où elle est priée et respectée par certains hindous et bouddhistes du moment qu’elle incarne l’archétype de la mère aimante et dévouée.

La maison de la Vierge à Ephèse sur le mont Coressos compte en plus un lieu de rencontres entre chrétiens et musulmans.

Ainsi Marie présente une figure de l’échange et de la rencontre qui demeure commune aux traditions chrétienne et musulmane dans lesquelles elle incarne l’archétype de la croyante exemplaire de nature pure et exempte de tout péché.

Pour cela la figure de la vierge est très présente dans la littérature mystique de l’islam où la notion de la virginité de Marie constitue une exigence de purification de l’âme et un prélude à tout cheminement spirituel.

Marie est parfois décrite comme une nouvelle Ève qui s’abandonne totalement à la volonté divine.

Le lieu vers l’Orient ou l’ange Gabriel lui révèle sa destinée fut un sujet de nombreux traités mystiques pour certains théosophes, tel Shahab Al Din Sohrawardi qui le considère comme étant le berceau d’une nouvelle naissance.

Jalel Al Din Rumi a lié le palmier à toute une symbolique de désert : lieu de rencontre directe et dépouillée de tout artifice avec le divin où la nudité du lieu évoque aussi la relation originelle entre Dieu et l’homme.

Marie est donc le signe du rappel des origines de l’homme et par la même de son destin spirituel.

En définitive, il convient de dire que la Vierge Marie est le «  fil d’Ariane » qui permet de faire le lien entre l’islam et le christianisme à travers cette figure commune qui incarne la sagesse originelle et universelle ce qui a permis à l’une des grandes figures intellectuelles et spirituelles du siècle dernier, le poète et philosophe suisse Frithjof Schuon de la considérer comme la mère de tous les prophètes, cette fidèle servante de Dieu dans les deux religions et figure centrale de la continuité entre les traditions musulmane et chrétienne.

Juin 302016
 

Le texte qui suit n’a aucune prétention scientifique, il n’est pas un essai d’étude comparative sur la place de Marie dans le Coran et dans les Evangiles. On n’y trouvera aucune approche exégétique des textes de référence. Il s’agit ici simplement de la réflexion d’un chrétien catholique qui relit les versets du Coran concernant Marie, en étant attentif aux échos qu’ils éveillent dans sa foi et dans sa piété nourries de la Bible et de la Tradition de l’Eglise catholique. J’ai retenu cinq de ces échos.

 

  1. Marie est consacrée à Dieu par sa mère, dès avant sa naissance et préservée des attaques de Satan. Mon Seigneur, je te consacre ce qui est dans mon sein ; accepte-le de ma part. Et elle ajoute : Je l’appelle Marie, je la mets sous ta protection, elle et sa descendance, contre Satan le réprouvé (3 :35-36). En effet, Satan est toujours à l’affût pour tromper les hommes et les détourner de Dieu, mais contre Marie il ne peut rien. (On peut rappeler ici le hadîth célèbre : « Tout fils d’Adam, nouveau-né, est touché par Satan, sauf le fils de Marie et sa mère »). Dans le Livre de la Genèse, Dieu s’adresse ainsi au serpent, symbole de Satan le tentateur : Je mettrai une hostilité entre toi et la femme, entre ta descendance et la sienne. Elle t’écrasera la tête (Gn 3 :15). Et à l’autre extrémité de la Bible, au chapitre 12 de l’Apocalypse, l’antique serpent, le diable, le Satan, essaie d’attaquer la femme qui accouche et de dévorer son fils nouveau-né, mais il échoue dans sa tentative. C’est à partir de ces textes que s’est élaborée, dans l’Eglise catholique et dans l’orthodoxie, la foi en l’ « Immaculée Conception », c’est-à-dire le privilège accordé à Marie de n’avoir pas été atteinte par les séquelles de la faute originelle.
  2.  Dans la sourate Âl `Imrân, les anges disent : « Ô Marie, Dieu t’a choisie et purifiée ; il t’a choisie de préférence à toutes les femmes » (3 :42). Dans l’Evangile de Luc, Gabriel salue Marie en ces termes : Réjouis-toi, toi qui as la faveur de Dieu (Lc 1 :30), une formule qui n’est utilisée nulle part ailleurs dans la Bible quand intervient un messager de Dieu. Et quand Marie visite sa cousine Elisabeth, celle-ci lui dit : Tu es bénie plus que toutes les femmes, béni aussi est le fruit de ton sein (Lc 1 :42). Et ces paroles ont été insérées dans la prière à Marie la plus souvent répétée depuis des siècles, par les catholiques de tout âge et de toute condition : « Je te salue, Marie, pleine de grâce, le Seigneur est avec toi ; tu es bénie entre toutes les femmes, et Jésus ton enfant est ».
  3. Dieu annonce à Marie la Bonne Nouvelle d’une Parole (kalima) émanant de lui. Son nom est le Messie, Jésus fils de Marie, illustre dans ce monde et dans la vie future (3 :45). Indépendamment des interprétations que les commentateurs ont données de ce verset, la Parole émanant de Dieu est ici identifiée à Jésus, fils de Marie. Comment ne pas rapprocher ce verset de ce que je trouve au début de l’Evangile de Jean : Au commencement était le Verbe (kalima), et le Verbe était auprès de Dieu… Et le Verbe s’est fait chair, et il a habité parmi nous. Et dans l’Evangile de Luc, l’annonce faite par l’ange à Marie : Tu concevras et tu enfanteras un fils, et tu lui donneras le nom de Jésus. Il sera grand et sera appelé fils du Très-Haut… Il régnera pour toujours sur la famille de Jacob, et son règne n’aura pas de fin (Lc 1 :35).
  4. Nous avons fait du fils de Marie et de sa mère un Signe (Âya) (23 :50). Nous avons fait d’elle et de son fils un Signe pour les mondes (21 :91). Ici nous retrouvons le chapitre 12 de l’Apocalypse que j’ai déjà mentionné : Un grand Signe apparut dans le ciel : une femme vêtue du soleil, la lune sous les pieds, et sur la tête une couronne de douze étoiles. Elle était enceinte et elle criait dans les douleurs de l’enfantement (Ap 12 :1-2). (Ces douleurs ne sont pas mentionnées dans les Evangiles, mais la sourate Maryam du Coran les décrit) (19 :23-25). Par définition, un signe est destiné à nous faire pressentir une réalité, une vérité ; il demande pour cela un travail d’interprétation qui ne peut évidemment pas être entrepris ici. Retenons simplement que ce Signe commun à nos textes sacrés, à propos de Jésus et de Marie, est une invitation à réfléchir et à chercher ensemble.
  5. La virginité de Marie : Et celle qui était restée vierge (21 :91). Elle dit : Comment aurais-je un fils, quand aucun homme ne m’a touchée et que je ne suis pas prostituée ? (19 :20). Evangile de Luc : Comment cela se fera-t-il, puisque je ne connais pas d’homme ? (Le terme connaître a ici le sens biblique de relations charnelles). Le Coran affirme avec force et à plusieurs reprises la virginité de la mère de Jésus, rejoignant en cela la foi des chrétiens qui s’exprime sous le vocable de « La Vierge Marie ».

 

Marie préservée des séquelles de la faute originelle, choisie parmi toutes les femmes, vierge, mère de Jésus, signe pour les mondes : nous avons là de solides points d’appui dans nos traditions respectives pour faire route ensemble. De fait, autant il est difficile de nous retrouver autour de la personne de Jésus, à cause des graves différences qui existent entre le Jésus des Evangiles et celui du Coran, autant Marie rend possible un dialogue fructueux entre croyants de l’Islam et disciples de Jésus. Notre rencontre de ce matin en est un exemple.

Toutefois, ni les Evangiles ni le Coran ne disent tout de Marie. De plus, ce qu’ils nous en disent conserve une part de mystère. Nous devons nous en réjouir. Ils laissent ainsi place à nos pourquoi ? à nos comment ? ils laissent aussi un espace à la contemplation. Cette part de mystère qui entoure nos textes fondateurs, mais aussi les échos qu’ils se renvoient les uns aux autres, tout cela nous incite à cheminer ensemble, à rechercher ensemble les significations profondes des mots que nos traditions nous ont légués et dont nous sommes loin d’avoir épuisé la richesse.