Appel à la fraternité par GRIC Tunis

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Oct 312020
 

Nous musulmans et chrétiens du GRIC de Tunis sommes profondément émus et tristes après les drames affreux de Conflans Sainte Honorine, de Nice, mais aussi d’Avignon*.

Tristes parce que ces événements sont à l’opposé de ce qui fait notre foi aux uns et aux autres. Le Coran dit « Mon Seigneur est miséricordieux et aimant » (11,90) ; ou aussi : Ne dites pas à celui qui vous offre la Paix : Tu n’es pas croyant ! » (4,94) et encore « Votre Seigneur s’est prescrit à lui-même la miséricorde » (6,54), sans oublier : « Voici quels sont les serviteurs du miséricordieux : ceux qui marchent humblement sur la terre et qui disent ‘Paix’ »(25,63).

Les catholiques entendent le jour de la Toussaint résonner ces mots : Heureux les doux, heureux ceux qui ont faim et soif de justice, heureux les miséricordieux, heureux les cœurs purs, heureux les artisans de paix (Mt 5,4-9). Nul opprobre sur l’autre, mais des appels à vivre en Paix.

Tristes parce que ces événements sont à l’opposé de ce que nous vivons. Nos fois sont différentes, mais nous croyons au même Dieu essayant tous de tendre vers lui, même si nos chemins sont différents. Faire découvrir à l’autre ce qui nous fait vivre, apprendre de l’autre à purifier notre relation à Dieu, cela est non seulement possible mais crée des liens d’amitié personnelle et sociale.

Tristes parce qu’en tant que croyants, mais aussi en tant qu’êtres humains tout simplement, nous croyons que la vie est sacrée. L’injonction faites aux hommes depuis la nuit des temps « tu ne tueras point » serait-elle devenue inaudible ? Et la souffrance n’a pas de religion : les tueurs comme les victimes ont un père, une mère, des frères et sœurs qui pleurent.

Tristes parce que ces actes barbares propagent des idées fausses sur les religions, très loin de ce que vit l’énorme majorité des croyants, qu’ils tentent de dresser les communautés les unes contre les autres et qu’ils font alors se lever des illégitimes justiciers des deux côtés.

Tristes parce que l’un des tueurs est un jeune tunisien et que nous avons pris notre part à la réflexion sur les causes de la dérive islamiste en publiant des articles sur ce sujet (en particulier : « Nouvelles formes de religiosité et radicalisation violente des jeunes tunisiens » par Samia Lajmi Chabchoub, ou « Le concept de non-violence, dans différents contextes religieux » par Nadia Ghrab-Morcos), en organisant des tables rondes sur le thème « Ensemble contre la violence ». Et la Tunisie n’a pas été épargnée par des attentats commis par ses enfants, sur son sol.

Mais nous sommes aussi pleins d’espérance.

Nous n’ignorons pas le poids de l’histoire, ni les difficultés économiques, ni les troubles du cœur humain. Mais nous pensons qu’il y a le meilleur quelque part, au fond de tout homme. Parents, enseignants, hommes politiques, ne blessons pas les enfants et les jeunes, formons-les à l’esprit critique, donnons l’exemple d’une vie en accord avec nos principes, offrons-leur une vie digne, et ne les utilisons pas à des fins idéologiques. Orientons, accompagnons les tendances passionnelles vers plus d’humanité. Tout cela est déjà en route, ne renonçons pas.

Nous sommes pleins d’espérance parce que de plus en plus nous reconnaissons que nous avons des racines communes et profondes humainement bien sûr, mais aussi philosophiquement, scientifiquement, et aussi parce que l’avenir pour protéger la planète ne pourra se faire qu’ensemble.

Nous sommes pleins d’espérance devant toutes les femmes et tous les hommes en recherche spirituelle –et ils sont nombreux-car celle-ci conduit nécessairement au progrès de l’humanité entière. Ayons le courage de parler, mais aussi le courage d’écouter, car chaque femme, chaque homme que nous rencontrons a quelque chose à nous dire, en particulier de Dieu.

Nous sommes pleins d’espérance parce que l’immense majorité des croyants regarde l’autre différent comme étant aimé de Dieu, parce que des musulmans ont le courage –oui aujourd’hui il est parfois risqué de le faire- d’affirmer que la religion n’autorise pas à tuer au nom de Dieu, parce que des musulmans prennent soin des chrétiens et que des chrétiens prennent soin des musulmans.

Nous ne vivons pas dans les nuages mais essayons seulement de penser et d’agir dans la vie quotidienne selon l’appel à la fraternité voulu par Dieu dans nos deux religions. Et Dieu ne saurait se contredire.

*Quelques heures après l’attentat à Notre Dame à Nice, un jeune français, identitaire, a attaqué au couteau un commerçant maghrébin. Il a été tué par la police.

De la vie ou de la mort ? Qui décide ? Par GRIC Tunis

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Avr 032015
 

Mardi 18 mars attentat terroriste au musée du Bardo : 24 morts,

Vendredi 20 mars attentat contre deux mosquées chiites à Sanaa,

Mardi 24 mars un pilote de A320 entraine avec lui 150 personnes à la mort,

Jeudi 26 mars, Farakhunda, une jeune étudiante Afghane de 27 ans en Master de sciences Islamiques, lynchée à Kaboul, brûlée vive et jetée à la rivière sur une simple rumeur : « Elle a brûlé une copie du Coran »,

De la Jordanie au Pakistan, de l’Arabie Saoudite aux Etats-Unis, le nombre d’exécutions capitales, suite à des décisions de justice, est en très forte hausse dans le monde.

  Nous, groupe de Tunis, constitué à parité de chrétiens et de musulmans, avons été bouleversés, stupéfaits et révoltés par l’assassinat des touristes au musée du Bardo par des jeunes vivant auprès de nous. Le rapprochement avec toutes les morts dans le monde, données par des hommes à d’autres hommes s’est imposé comme une évidence. Même, et peut-être surtout, parce qu’il s’agit d’évidences, nous tenons à redire nos convictions profondes.

 Que ce soit à travers l’un des dix commandements donné à Moïse : Tu ne commettras pas de meurtre (Exode 20,13) ou la sourate du Coran : quiconque tue une vie, c’est comme s’il tuait l’humanité ; et celui qui sauve une vie, c’est comme s’il avait sauvé tout le genre humain (S5, 32), nos religions nous enseignent que la vie est une chose sacrée, qui nous a été donnée et que le début comme la fin ne nous appartiennent pas.

   Tuer quelqu’un c’est décider que cet être n’a plus le droit d’exister. Qui peut en décider ? Ceux qui cèdent à leur désir de pouvoir absolu, à leur vertige de puissance, à leur soif de célébrité ou à leur désespoir? Ceux qui se pensent l’instrument de la justice divine ? Ou simplement ceux qui appliquent la « justice des hommes » ?

   Chaque homme contient une parcelle de Dieu ; toute image de l’autre renvoie à la conception que j’ai de Dieu. Aucune de nos religions ne peut accepter le crime au nom de Dieu parce que ce serait une contradiction abominable. Ces jeunes qui se laissent embrigader ne sont-ils pas les assassins de Dieu ?

Nous, croyants de nos deux religions, sommes-nous attentifs à l’image que nous donnons de Dieu. Ne sommes-nous pas responsables de la lecture que nous faisons ou laissons faire de nos textes ? Nos familles, nos écoles, nos sociétés ont-elles cessé de dire que la vie est le bien le plus cher et le plus sacré  et donc banalisé le crime?

   Le maintien de la peine de mort dans de trop nombreux pays ne laisse-t-il pas penser que la vie n’est pas un droit inaliénable ?

 

   Dimanche 29 mars, à Tunis, des dizaines de milliers d’hommes de femmes, d’enfants, accompagnés de chefs d’Etat sont venus dire non au terrorisme et à la violence, manifestant ainsi leur volonté de défendre la vie de tous. Mais l’émotion passée, il faut prévenir tous ces actes de mort. Dans un débat au forum social mondial de Tunis dans l’atelier  « Religion et culture : facteurs de conflits ou chemin de dialogue » de jeunes étudiants, conscients de la nécessité d’un autre regard sur les textes fondateurs des religions remarquaient avec amertume que le dialogue des intellectuels ne modifie pas le comportement de Monsieur-tout-le-monde. Devrons-nous alors nous taire ? Plus que jamais nous pensons que notre devoir est d’aider modestement chacun à réfléchir et donc à grandir, (car une société qui n’a pas d’idéaux, n’arrivera pas à construire un vivre ensemble harmonieux) et de rappeler que la vie est un don sacré et inaliénable.