Juil 102012
 

Alors que les chrétiens entrent dans le temps du carême, beaucoup de chrétiens et de musulmans comparent volontiers le carême des chrétiens et le Ramadan des musulmans. Qu’en est-il exactement ? Voici un article pour y voir plus clair :

Le carême

Histoire

Le mot vient du latin quadragesima dies, le quarantième jour. Dans l’Église primitive, c’était le temps ultime de préparation des catéchumènes qui étaient baptisés dans la nuit de Pâques. A partir du 4-5ème siècle, sous l’influence de Pierre d’Alexandrie, ce temps de préparation à été proposé aussi à ceux qui allaient recevoir le sacrement de la réconciliation, que l’on appelait « les pénitents ». En effet, très tôt dans l’Église, et notamment à cause des persécutions contre les chrétiens, s’est posé le problème de ceux qui avaient publiquement renié leur foi et qui, après coup, voulaient réintégrer l’Église, ou de ceux qui avaient commis de très lourdes fautes, s’affichant publiquement comme non-chrétiens. Ceux-ci étaient exclus momentanément de la vie de la communauté chrétienne, mais une fois dans leur vie, ils étaient invités à réintégrer la vie de la communauté en faisant publiquement pénitence et en recevant le sacrement de la réconciliation. Ils étaient « admis à la pénitence » au début du carême ; événement marqué par deux gestes publics : l’imposition des cendres et du cilice. Ils recevaient le pardon le jeudi Saint et pouvaient fêter la résurrection du Christ en pleine communion avec la communauté.

Que ce soit pour les futurs baptisés ou pour les pénitents, ce temps d’ultime préparation n’était pas vécu comme un temps de tristesse et de difficulté, mais bien au contraire, comme la fin d’un temps d’épreuve ; un temps de maturation et de formation où pointait déjà la joie du baptême ou de la réconciliation, liée à la joie de Pâque. Et cela portait tellement de fruits que, peu à peu, les autres chrétiens se sont associés à ces deux groupes… ce temps d’approfondissement de la vie chrétienne s’est généralisé. La pénitence publique a disparu progressivement, mais l’habitude d’une célébration d’entrée en carême s’est généralisée si bien qu’en 1091, sous le pape Urbain II la « célébration du jeûne » a été institutionnalisée le mercredi précédent le premier dimanche de carême. On le voit, le carême, n’était pas d’abord conçu comme un temps de privation et de tristesse, mais comme un temps de grâce qui précédait une communion intense avec le Seigneur à travers le baptême où la réconciliation.

De même, aujourd’hui, le temps du carême n’est pas d’abord un temps de privation et de jeûne ; c’est par essence un temps de préparation de nos cœurs à suivre le Christ. Le jeûne, les privations et le partage sont les moyens qui nous sont proposés pour être davantage à l’écoute du Christ qui se révèle dans nos cœurs et à travers les plus pauvres de nos frères. Il nous est proposé d’approfondir le sacrement de notre baptême qui fait de nous des chrétiens engagés à la suite du Christ et pour cela d’ouvrir notre cœur. Nous sommes invités à nous réconcilier avec le Christ. C’est pour cela que le temps du carême ne doit pas être un temps triste, mais réellement un temps où on entre avec joie dans un mystère qui nous dépasse et qui nous emporte : le Christ est ressuscité des morts et nous sommes appelés à le suivre dans cette gloire.

Exemple de réflexions proposées aux chrétiens pour le temps du carême :

La prière :

Un temps de retour à Dieu. Chacun est invité à vivre un renouvellement dans la prière.
-  Est-ce que je prends du temps pour Dieu dans mes journées ? Ou dans ma semaine ?
-  Si je sais lui demander quelque chose quand ça va mal, est-ce que je sais aussi le remercier quand ca va bien ?
-  Comment puis-je en ce temps du carême faire un effort pour me renouveler dans la prière ? En priant plus ? En priant différemment ? En faisant davantage le lien entre la prière et les situations ou les gens rencontrés chaque jour

Le jeûne ou l’abstinence :

-  En apprenant à maîtriser nos habitudes et notre volonté, nous habituons notre cœur à être à l’écoute de celui qui l’on entend pas spontanément : le Seigneur
-  En nous privant de nourriture et en éprouvant la faim, nous prenons conscience de tout ce que Dieu nous donne habituellement dans notre vie.
-  Nous prenons conscience de la chance que nous avons d’avoir à manger chaque jour, sans même y penser. Alors que tant de gens à travers le monde éprouvent la faim quotidiennement.
-  L’abstinence de viande aujourd’hui n’a plus grande signification, alors que le poisson est devenu aussi cher que la viande. Mais ce peut être l’abstinence de choses auxquelles on se juge trop attaché (boisson, tabac, habitudes diverses). Quel effort suis-je prêt à faire en ce domaine ?

Le partage :

-  Le temps du carême est aussi un temps de partage : ouvrir nos horizons culturels et sociaux : pourquoi ne pas en profiter pour inviter tel ou tel copain que nous n’avons jamais invité ? Parler avec celui ou celle à qui nous n’avons jamais adressé la parole ?
-  C’est un temps de partage matériel : donner du temps, donner un coup de main, donner un sandwich, donner un peu d’argent…
-  Lorsque nous avons décidé de jeûner et que notre estomac gargouille, nous sommes plus enclins à penser à ceux dont l’estomac crie famine : pourquoi ne pas donner le prix du repas que nous avons décidé de supprimer à ceux qui n’ont rien ?

Le ramadan

Origine du jeûne

Le jeûne existait bien avant l’Islam. Il était très présent dans les traditions juives et chrétiennes, mais aussi dans les religions polythéistes et notamment à la Mekke. Après l’Hégire, Muhammad, à l’invitation des juifs de Médine (qui avaient le jeûne du Yom Kippour le 10 du mois de Tichri), instaure le jeûne du dixième jour (°ashurâ) du mois sacré. En l’an deux de l’Hégire, il le remplace par un jeûne d’une durée d’un mois, durant le mois de la révélation. (Coran 2, 185) Les 28 ou 29 jours de Ramadan deviennent une longue commémoration de la descente du Coran.

Le jeûne dans le Coran

« Ô vous qui croyez ! Le jeûne vous est prescrit comme il a été prescrit aux générations qui vous ont précédés – Peut-être craindrez-vous Dieu -. Jeûnez durant les jours comptés. Celui d’entre vous qui est malade ou qui voyage jeûnera ensuite un nombre égal de jours. Ceux qui pourraient jeûner et qui s’en dispensent devront en compensation nourrir un pauvre. Celui qui, volontairement, fera davantage y trouvera son propre bien. Jeûner est un bien pour vous, peut-être le comprendrez-vous. Le Coran a été révélé durant le mois de Ramadan. C’est une direction pour les hommes ; une manifestation claire de la Direction et de la Loi. Quiconque d’entre vous verra la nouvelle lune jeûnera la mois entier. Celui qui est malade ou celui qui voyage jeûnera ensuite un même nombre de jour. Dieu veut la facilité pour vous, il ne veut pas, pour vous, la contrainte. Achevez cette période jeûne, exaltez la grandeur de Dieu qui vous a dirigés. – Peut-être serez-vous reconnaissants –

 

Je suis proche, en vérité. Quand mes serviteurs t’interrogent à mon sujet ; je réponds à l’appel de celui qui m’invoque, quand il m’invoque. Qu’ils répondent donc à mon appel ; Qu’ils croient en moi. – Peut-être seront-ils bien dirigés – La cohabitation avec vos femmes vous est permise durant la nuit qui suit le jeûne. Elles sont un vêtement pour vous, vous êtes, pour elles, un vêtement. Dieu savait que vous vous lésiez vous-mêmes ; il est revenu vers vous il vous a pardonné. Cohabitez maintenant avec vos femmes. Recherchez ce que Dieu vous a prescrit. Mangez et buvez jusqu’à ce que l’on puisse distinguer à l’aube un fil blanc d’un fil noir. Jeûnez, ensuite, jusqu’à la nuit. N’ayez aucun rapport avec vos femmes lorsque vous êtes en retraite dans la mosquée. Telles sont les Lois de Dieu ne les transgressez pas. » (Cor 2, 183-187)

Observance du Ramadan

Le jeûne a donc lieu chaque année pendant le mois lunaire du Ramadan et tout musulman doit s’en acquitter sauf en cas de maladie, de voyage (moins aujourd’hui avec les meilleurs conditions), de grossesse avec allaitement ou de grand âge. Dans la mesure du possible, on doit rattraper le jeûne que l’on n’a pas pu le faire.

Rites publics du Ramadan

Dans la vie quotidienne, le jeûne est plus difficile à vivre en été qu’en hivers, parce que le jour est beaucoup plus long. Dans certains pays traditionalistes, une police des mœurs est chargée de le faire respecter. La pratique est beaucoup suivie, en tout cas publiquement. Ceux qui veulent boire ou manger le feront en privé. En France, c’est aussi une manière de se reconnaître et de se dire musulman, plus que les prières quotidiennes, moins suivies. La date culminante est la nuit du 26ème au 27ème jour, la « nuit du décret » ou de la destinée : « Oui, nous l’avons fait descendre pendant la nuit du Décret. Comment pourrais-tu savoir ce qu’est la nuit du décret. La nuit du Décret est meilleure que mille mois. Les anges et les esprits descendent cette Nuit avec la permission de leur Seigneur pour régler toute chose, Elle est paix et salut jusqu’au lever de l’aurore. » (97,1-5) Chaque soir la mosquée indique quelle sera l’heure de la rupture du jeûne et le jeûne laisse la place à la convivialité et la fête. Les repas ont une autre valeur qu’à leur habitude. A la fin du mois, il y a la grande fête de la rupture du jeûne (°îd al- fitr) qui clos le mois de Ramadan et commence le mois suivant.

Valeur morale et religieuse

D’après les textes musulmans, le jeûne fortifie l’estomac, il fait connaitre aux riches combien la faim et la soif font souffrir, ce qui leur permet de devenir compatissant envers les pauvres, Il habitue l’homme à la constance pour supporter l’adversité, parce que le jeûneur arrive à délaisser boisson et nourriture pendant toute la journée. Il emplit l’âme des jeûneurs de fidélité au devoir et de crainte révérencielle, parce que le jeûneur n’a pas d’autre surveillant qu’Allâh et, donc, éprouve quelques craintes à commettre les péchés, car il sait qu’Allâh se tient informé de lui.

Carême et Ramadan en France

Bien que carême et ramadan comportent de nombreux points commun, il est intéressant de noter que dans la pratique, le Ramadan constitue pour beaucoup de musulman un signe d’appartenance identitaire : une manière de dire son appartenance à la foi musulmane. De ce point de vue, le carême ne constitue pas un signe fort d’appartenance au christianisme, il n’est que la préparation à un autre signe plus essentiel : la fête de Pâque, jour de la résurrection de Jésus, précédé par la commémoration de sa mort (Vendredi saint) et du dernier repas qu’il a pris avec ses disciples (jeudi saint) où les chrétiens célèbrent la fête de l’eucharistie.

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