Juil 102012
 
dimanche 17 septembre 2006
par henri.delahougue
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A la lecture de ce texte de sept pages, il me semble que : D’une part, le texte est complexe, si bien que les journalistes ont fait des amalgames que le pape n’a pas fait. C’est d’abord une conférence qui, dans l’esprit de l’encyclique du Pape Jean-Paul II, Fides et Ratio, tente de réconcilier la raison moderne et la foi. Le texte de Manuel II ne sert que « d’avant-propos » de la conférence, il ne consitue pas du tout l’essentiel du propos du pape.

Cependant, en faisant référence à cette controverse du 14ème siècle, le pape laisse évidemment suggérer quelques “rapprochements ” qu’il n’a pas fait, mais que les médias se sont empressés de faire : le christianisme est la religion de la raison tandis que l’islam est la religion du Jihad. Voulait-il faire allusion aux discours des musulmans fondamentalistes ? N’a-t-il pas mesuré l’impact que pourrait avoir son discours ? Difficile de se prononcer sur l’attention. D’après les dernières déclarations du Porte Parole du Vatican, il semble que le pape n’a jamais souhaité parler de l’islam en général, ni même remettre en cause les bonnes relations existantes entre chrétiens et musulmans.

En tout cas le fait d’avoir pris comme point de départ un texte historique sans le resituer et le réinterpréter dans un contexte précis soulève de graves ambiguïtés : Il aurait fallu en effet rappeler plusieurs points pour équilibrer le discours : Rappeler d’abord combien l’opinion théologique de la transcendance de Dieu sur la pensée humaine a été largement partagée dans la pensée chrétienne à différentes époques (querelle nominaliste, théologie apophatique…) ; Rappeler qu’un siècle après la controverse de Manuel II, les chrétiens utilisaient eux-aussi l’argument de la force militaire dans les controverses anti-musulmanes : lors qu’ils expliquent que, comme signe de satisfaction de Dieu lors de la reconquista espagnole, Dieu a donné aux chrétiens la découverte du Nouveau Monde,… Plus grave encore, en ne resituant pas le texte de Manuel II dans son contexte, le pape laisse sous-entendre que l’analyse de T. Khoury expliquant que l’islam ne peut pas être compatible avec la raison à cause du principe de Transcendance, serait valable pour l’islam de tout temps. _ Or c’est oublier qu’une bonne partie de sa philosophie médiévale, le christianisme la doit à l’islam qui lui a permit de redécouvrir Aristote, Platon et bien d’autres auteurs… C’est généraliser une interprétation très minoritaire du Jihad comme « guerre sainte » et notamment l’opinion du Zahirite Ibn Hazm (994-1063), alors que celui-ci s’est opposé à la très grande majorité des écoles théologiques musulmanes de son époque. C’est ne pas tenir compte de tous les penseurs qui à la suite de Muhammad ’Abduh prônent et mettent en place un renouveau de la pensée musulmane à partir de la raison, etc.

Bref, le texte principal ne comprend rien “en soi” qui aille contre l’islam. Ce n’est pas une déclaration contre l’islam ; la réflexion sur l’impact de la modernité sur la raison est même très intéressante. Mais le point de départ à partir d’une controverse islamo-chrétienne du XIVème siècle non seulement n’aide pas à la réflexion qui suit, mais porte un préjudice, à travers ce qui est véhiculé dans les médias de ce discours, aux relations entre musulmans et chrétiens. Le pape a oublié qu’il n’était plus professeur d’université et que ses paroles avaient un écho universel. Il n’a pas pris le temps de se faire conseiller sur ce sujet délicat (citant par exemple la sourate 2 comme étant une sourate du début de la révélation, alors que c’est une sourate médinoise), ni même sur l’impact médiatique que pouvait avoir son discours. C’est donc, une maladresse du pape, qui, même si elle ne justifie pas certains articles polémiques de personnes qui n’ont pas lu le texte, a choqué et heurté de nombreux musulmans dans le monde, je le regrette.

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