Juil 102012
 

Le baptême de Magdi Allam par le pape Benoît XVI (suivi de déclarations de ce dernier contre l’islam) et la sortie du dernier livre de Mohamed Talbi où celui-ci prend des positions très claires contre toute possibilité de dialogue avec les chrétiens, ont poussé le groupe du GRIC de Tunis a faire la déclaration suivante :

Une publication récente de Mohamed Talbi, Pour tranquilliser mon coeur [1],(Liatma’inna Qalbî) et la médiatisation faite autour du baptême d’un musulmans lors des célébrations de Pâques à Rome, ne peuvent nous laisser indifférents, nous, membres du Gric et nous donnent l’occasion de redire notre volonté de dialogue islamo-chrétien dans le respect total de l’autre. L’idéal qui a présidé à la formation de ce groupe de recherche en 1977, par un petit noyau d’amis chrétiens et musulmans est resté intact au cours des années : partager notre foi commune et différente, proposer aux hommes de notre temps le message spirituel dont nos religions sont héritières, œuvrer pour un vivre ensemble harmonieux et donc contribuer à la Paix. C’est pourquoi nous ne pouvons rester silencieux quand des propos veulent opposer et diviser les hommes de bonne volonté, ou quand des gestes favorisent la confrontation ou la polémique stérile.

Notre Respect têtu [2] consiste en une reconnaissance sans faille de la foi de l’autre, comme le stipule notre charte : « Si parfaite que soit la Parole fondatrice de notre foi, nous ne pensons pas que la connaissance que nous en recevons épuise les richesses de cette Parole et du mystère de Dieu. C’est pourquoi nous pensons que, d’une part, notre certitude de foi implique nécessairement une recherche sans fin de la vérité, à l’aide de la lumière de Dieu, et que d’autre part, d’autres approches de la vérité que la nôtre, à partir d’une autre Parole que celle qui fonde notre foi, sont légitimes et peuvent être fécondes pour nous. Autrement dit, le musulman reconnaît la validité et la fécondité de la foi et de la recherche chrétienne, et le chrétien reconnaît la validité et la fécondité de la foi et de la recherche musulmane. » Ou comme le préconise le Coran : « O vous qui croyez ! soyez lucides lorsque vous vous engagez dans le chemin de Dieu ; ne dites pas à celui qui vous offre la paix : ‘ Tu n’es pas croyant ‘(4,94) ». Ce respect têtu n’est ni angélisme, ni vœu pieux, il ne cache aucune arrière- pensée, il dit seulement, dans l’humilité que Dieu n’est pas moins proche de l’autre que de moi-même. Alors dans ces conditions un dialogue vrai est possible.

Les religions ont-elles assez enseigné la fraternité universelle et assez promu une culture de la solidarité ? Nous avons à donner ensemble, en tant que croyants, une réponse vivante à travers le dialogue sous toutes ses formes, c’est-à-dire risquer sans crainte d’accueillir l’autre, de le rencontrer, de partager avec lui nourriture spirituelle, expériences et projets. Ceci permet de concrétiser les forces de réconciliation, les désirs de Paix, il aide à la cohabitation, à trouver ce qu’il y a d’universel à l’espérance humaine et que traduisent les mots de paix, de justice, d’amour et de vérité. Chaque jour, nous avons à renouveler en nous cette volonté d’aller vers les autres, animés des meilleurs sentiments et des meilleures pensées. Le dialogue est un chemin où nous faisons route ensemble vers ce qui nous grandit. Il nous tire en avant et nous invite à devenir meilleurs, en développant en nous cette capacité à sortir de nous-mêmes pour construire un monde plus respectueux de chaque homme et de ses valeurs propres. Il nous rend plus humains et plus frères les uns des autres. Nous croyons fermement que c’est cela dont notre monde a besoin, et c’est cela notre invincible espérance [3].

  1. [1]Livre de M Talbi, Ceres Editions, Tunis, Octobre 2007.
  2. [2]Titre d’un livre de M Talbi, et Olivier Clément, Nouvelle cité, Paris, 1989.
  3. [3]Titre d’un livre de Christian de Chergé, Bayard Editions/Centurion, Paris, 1997

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