Mar 222012
 

Par Abderrahim Kounda et Jean Marie Lemaire, membres du GRIC de Rabat

Problématique

L’être humain naît dans un univers complexe où la part de la mémoire collective est importante. Dans son héritage, il y a aussi du religieux. En le mettant au monde ses parents le lie à un groupe humain ; couleur de peau, culture, religion [1] font partie de l’héritage. Mais le développement physique et psychique de l’enfant lui fait entendre un appel à la liberté et à l’autonomie. Rejet ou choix sont le lot normal du développement humain. Une lutte constante (le jihad Le grand Jihad, lutte intérieure de soi même contre le moi.[2]) entre la conformité à l’héritage, à l’éducation et à l’angoisse de se retrouver seul et l’appel intérieur à exister par lui-même pourra le libérer des particularismes du groupe dans lequel il est né. Il pourra passer des représentations du ou des dieux particuliers au groupe [3], au Dieu unique de tous les hommes et de toute la terre. Ce trajet intérieur l’amène le plus souvent à adhérer à ce qu’il a reçu au moins dans sa pratique habituelle. Souvent il ne cherchera pas et se contentera du modèle familial. Il trouvera parfois dans les modèles existants sa manière d’être religieuse. Mais la révélation intérieure du Dieu unique lui fera parfois dépasser toutes les religions ambiantes [4]. La personne se trouve confronté à un passage de la pratique des rites religieux à un acte personnel de confiance, de foi [5]. Cf. la présentation de la découverte du Dieu par Abraham [6] :

Coran 6,75 -80 Ainsi avons-Nous montré à Abraham le royaume des cieux et de la terre, afin qu’il fût de ceux qui croient avec conviction. Quand la nuit l’enveloppa, il observa une étoile, et dit : ‹Voilà mon Seigneur !› Puis, lorsqu’elle disparut, il dit : ‹Je n’aime pas les choses qui disparaissent. Lorsque ensuite il observa la lune se levant, il dit : ‹Voilà mon Seigneur !› Puis, lorsqu’elle disparut, il dit : ‹Si mon Seigneur ne me guide pas, je serai certes du nombre des gens égarés›. Lorsque ensuite il observa le soleil levant, il dit : ‹Voilà mon Seigneur ! Celui-ci est plus grand› Puis lorsque le soleil disparut, il dit : ‹O mon peuple, je désavoue tout ce que vous associez à Allah. Je tourne mon visage exclusivement vers Celui qui a créé (à partir du néant) les cieux et la terre ; et je ne suis point de ceux qui Lui donnent des associés.› Son peuple disputa avec lui ; mais il dit : ‹Allez-vous disputer avec moi au sujet d’Allah, alors qu’Il m’a guidé ? Je n’ai pas peur des associés que vous Lui donnez. Je ne crains que ce que veut mon Seigneur. Mon Seigneur embrasse tout dans Sa science. Ne vous rappelez- vous donc pas ?

Ainsi se trouve confirmée l’annonce d’Augustin dans les Confessions : « Tu nous éveilles afin que te louer soit un plaisir car tu nous as créés pour toi et notre cœur est sans repos jusqu’à ce qu’il se repose en toi. » Augustin, Confessions, Livre I.1 “tu excitas ut laudare te delectet, quia fecisti nos ad te et inquietum est cor nostrum donec requiescat in te. » Les trois monothéismes affirment que ne se convertissent que ceux que le Dieu a touché intérieurement (Coran 48,4 ; 49,17). Dans ce repos est l’ultime remède de l’homme contre son angoisse [7] congénitale d’être au monde sans pour ni le dominer et encore moins l’assujettir. Les énergies et les forces en présence en lui et en dehors de lui l’empêchent de se clore sur lui-même et l’attirent pour aider sa faiblesse. Sa place dans l’univers peut être réglée par le soupçon ou par la confiance qui lui donne le repos dans l’existence d’un autre qui est bon.

Acte de foi et contenu de la foi

- Acte de foi La foi est don du Dieu qu’Il dépose en l’homme lors de sa création. Elle lui appartient en tant que créature mais non transmise puisqu’elle dépend de la réponse de la personne individuelle. Réponse à un appel venu du plus profond de soi, elle est révélation en lui de ce qu’est la Parole. Non transmise par l’éducation (elle ne transmet que la langue), éveillée par la parole de l’autre, son « logos » en est à la fois le plus bel exemple et sa gloire. Pas de personne humaine sans parole, pas de parole possible sans confiance, pas de puissance possible de la parole sans l’acte de foi en l’autre [8]. Cette parole est relation, elle lui appartient donc comme origine et récepteur mais possède sa propre énergie de relation indépendante. Regard sur l’autre, si elle est aussi un partage, elle donnera une relation avec la personne dans son intégralité (intérieur/extérieur) [9]. Cette foi donne toute force sur le mal [10] . Cette foi délivre des pratiques particulières du groupe auquel appartient l’individu [11]. Elle le met dans la liberté intérieure.
- Idoles et foi La psychologie moderne nous a démontré que l’on pouvait travestir les tabous en dieux et peut être même en le Dieu, mais il s’agit d’une trahison des paroles considérées comme la Révélation par chacune des familles monothéistes. Le texte du Coran sur la foi d’Abraham révèle comment à la vue de puissances créées (les étoiles, la lune, le soleil), l’homme peut être tentée d’en faire des seigneurs voire de les associer au Dieu : « 1 Corinthiens. 8,5 Car, bien qu’il y ait, soit au ciel, soit sur la terre, des qui sont dit dieux et de fait il y a quantité de dieux et quantité de seigneurs. ».

Cette même psychologie nous apprend la difficulté à passer de la religion à la foi personnelle. Le combat du sujet revient toujours entre l’affirmation du soi et le « surmoi », l’organisation sociale. La reconnaissance de la découverte intérieure du Dieu va être confrontée aux modèles existants dans l’héritage. Y adhérer [12] pour ne pas paraître trahir le groupe permet de masquer l’angoisse de l’aventure personnelle. La sortie de l’héritage reçue de naissance ou inculqué par l’éducation passe ensuite par la raison critique qui libère et permet la construction de la personne. Tous ceux qui se reconnaissent comme fils d’Abraham doivent comme lui quitter leur communauté première, quitter le cocon protecteur des identités pour partir en vers une terre nouvelle, « vers toi-même le pays que je te montrerai [13] ».

- Foi et société L’acte de foi n’est donc pas du ressort de la société. Le politique chargé de la régulation sociale peut le reconnaître mais non se l’approprier. Une petite digression est nécessaire : l’héritage du christianisme romain comportait une grande ambiguïté, la confusion des religions et du pouvoir entre les mains de l’empereur comme « pontifex maximus » a entraîné dans l’établissement du culte au IVème siècle à l’instar de tous les autres cultes présents, une présence constante de l’autorité impériale comme régulatrice de la religion chrétienne [14]. Au fur et à mesure de cette emprise, la foi perdit sa notion d’origine d’acte personnel mais un contenu lui fut attribué et lié à des autorités. D’adhésion à un appel personnel, elle devint identifiante à un corps de doctrine régulé par les humains. Ceux ci, s’arrogeant le pouvoir sur le contenu de cette doctrine, peuvent dès lors dire qui est hérétique et excommunier ceux qui refusent d’adhérer au système de représentation commun. L’unité de la foi n’est plus l’unité de l’appel que le Dieu envoie à chacun des êtres humains.

- Foi, mission et dawa Cette logique va culminer dans la crise qui suit la Réforme à partir du VIème siècle. Il va falloir convaincre les partisans de l’autre courant du bien fondé du contenu de « sa foi » et l’argumenter par des autorités, jusques et y compris dans le politique et la violence. La foi est devenue le corps de doctrine d’un groupe particulier qui éventuellement, se sert de la religion comme instrument de pouvoir. Une véritable doctrine de la mission tant intérieure (chez les nations qualifiées de christianisées) qu’extérieure (vers les pays qui ne connaissent pas le Christ sous la forme connue dans le monde occidental) se met en place. Un organe de direction de la papauté prend le nom de « de propaganda fide » (au sujet de la foi devant être propagée, à l’origine du mot français propagande) et des institutions se consacrent à la diffusion du contenu de la foi. La mission moderne vient de voir le jour. Est elle du même ordre que la dawa ? S’agit –il de faire adhérer l’autre parce que son propre salut est en jeu (celui de l’autre et le sien propre) ? On connaît la rapide et durable diffusion des grands courants philosophiques et religieux à partir des grandes routes commerciales ou de la puissance des civilisations qui s’en sont inspirés. Peut on parler de conversion si la personne est poussée à adhérer pour des motifs d’avoir, de représentation sociale et non de son être propre ?

- Pouvoir religieux et pouvoir politique L’un des plus grands débats qui ont déchiré le Moyen Age occidental porte sur la question du double pouvoir [15] : existe-t-il un pouvoir spirituel à côté/ou supérieur du civil ? Les tenants de la théocratie ont répondu bien évidemment par l’affirmative. Le débat fut clos par Marsile de Padoue dans le Defensor pacis qui reprenant les écritures n’a pas trouvé qu’elle prévoyait un pouvoir religieux distinct du civil et s’appuyant sur Aristote, repris par Thomas d’Aquin, avait démontré que la Cité (c’est-à-dire, le Royaume, puis l’Etat) était le lieu où l’homme, animal politique, se réalisait pleinement. Le politique a souvent besoin d’une autorité supérieure dont il serait le vicaire (le calife) sur la terre pour appui dernier. Une autre distinction entre pouvoir religieux et origine du droit serait à promouvoir. Les deux sont souvent confondus, bien qu’ils soient distincts. Toutes les doctrines politiques reconnaissent qu’il est nécessaire de recourir aux sages comme législateurs et régulateurs du contrat commun qui lient les membres d’un même groupe. A ce titre les humains qui ont accepté la conversion et la transformation par l’action du Dieu en eux ont toute leur place comme source du droit mais dans leur sphère d’attention aux principes les plus fondamentaux qui doivent guider l’humanité, la justice, l’amour, le respect etc. Les croyants rappellent que la foi donne une conscience nouvelle qui émet un jugement sans appel quand l’homme dévie de la voie qui le conduit à son plein développement, le bien, le beau, le vrai…

Certains prétendent avoir le monopole d’une connaissance du Dieu certaine et donc contraignante puisque elle appartiendrait à l’ordre de la science,. Mais les Ecritures nous rappellent que le Dieu n’est pas objet de science mais de foi.

La sphère de la connaissance du Dieu révélée en chacun devient un bien commun de la mémoire de l’humanité dans ses différentes composantes par partage, et non comme une proclamation scientifique. Pour le judaïsme, le christianisme et l’Islam Le Dieu est unique et n’est donc en aucun cas réductible à un objet de science qui ne connaît que le multiple et le réitérable. S’il est le Dieu de l’univers, il ne peut être particulier à un groupe. Adhérer à l’identité du groupe ne doit pas entraver la liberté intérieure de chacun. La richesse qu’il apportera au groupe sera infiniment supérieure au trouble passager du changement proposé. Que l’on pense à ce que serait l’humanité sans les troubles apportés par les prophètes, les sages…

- Liberté et foi La découverte du Dieu intérieur unique à chacun est–elle compatible avec les représentations reçues ou d’autres connues ou entrevues paraissent-elles mieux à même de correspondre avec la perception de la foi ? Les croyances de l’entourage reflètent rarement l’éclat de la vérité entrevue ! D’autres ont-ils perçu ou mieux mis en mots et en mémoire cette découverte ? Adhérer à une autre religion devient alors nécessité de conscience et possibilité de réguler adhésion sociétale et activité prophétique de l’Esprit du Dieu unique au cœur de chacun. Selon une présentation qui existe dans le premier Testament (livres de Sagesse), comme il s’agit d’une adhésion qui va se révéler sagesse et mode de vie éthique et structurelle de la personne, la réponse peut être multiple et non religieuse au sens que nous avons introduit. Il se peut que la personne ne se retrouve en aucune des religions existantes. Elle préfèrera un mode de vie à elle dictée personnellement par l’Esprit de sagesse [16]en conformité avec sa propre révélation intérieure. Elle risque de rencontrer la contradiction du politique voire la persécution. Les pouvoirs politiques dont la mission est de maintenir la cohésion de la société dont ils ont la garde considèrent le plus souvent comme dérangeant ce qui trouble l’uniformité des valeurs. La cohésion nationale passe dans beaucoup de doctrines politiques par des croyances communes et des représentations obligatoires.

- Parole sur le Dieu ou parole du Dieu Qui peut parler du Dieu unique ? Peut-on parler de ou sur lui ? Comment parler de lui ? La plupart des humains sans lien réel avec lui tienne un discours sur lui comme d’un objet de l’univers. Les croyants parfois lui donnent une dimension anthropomorphique, voire lui fabrique une image à leur ressemblance. Certes le meilleur témoignage de l’existence et de la puissance du Dieu chez les croyants sont les oeuvres qu’ils produisent et leur vie à sa lumière [17]. Mais la Révélation commune aux trois grands monothéismes utilise une figure particulière ; l’homme (humanité homme et femme) créé par le Dieu à son image. Contempler le Dieu invisible en lui-même peut être possible dans la contemplation de son mystère révélé et explicité dans l’être humain. Cet être est dans son entier parole. Tout en lui appartient à cette sphère. L’être humain est un corps parlant. Et l’objection qu’il est chair tombe devant le mystère de sa création.

(Coran, sourates 15 et 38, 71-77) : « 15.26-34. Nous créâmes l’homme d’une argile crissante, extraite d’une boue malléable. Et quand au djinn, Nous l’avions auparavant créé d’un feu d’une chaleur ardente. Et lorsque ton Seigneur dit aux Anges : “Je vais créer un homme d’argile crissante, extraite d’une boue malléable, et dès que Je l’aurais harmonieusement formé et lui aurait insufflé Mon souffle de vie, jetez-vous alors, prosternés devant lui excepté Iblis qui refusa d’être avec les prosternés. Alors [Allah] dit : “ô Iblis, pourquoi n’es-tu pas au nombre des prosternés ? ” Il dit : “Je ne puis me prosterner devant un homme que Tu as créé d’argile crissante, extraite d’une boue malléable”. – Et [Allah] dit : “Sors de là [du Paradis], car te voilà banni !” . Alors les Anges se prosternèrent tous ensemble,

La trop grande visibilité de la chair venu de la terre peut faire oublier à tous y compris au Satan qu’elle est le siège du souffle/ Parole. Pour le croyant chrétien, c’est l’être humain qui devient le livre par excellence [18], mémoire de la révéléation.

- L’autre et la liberté Si l’A(a)utre est et demeure un autre, il faut attendre de sa liberté une apparition à l’autre. Ainsi peut être révélée ce qu’Il est et non pas ce que je projette sur lui. Le plus grand danger que coure l’homme est l’abandon de la liberté donnée par le souffle/Esprit. En devenant idolâtre ou à tout le moins associationniste ou polythéiste, les dieux multiples proposés par son groupe de naissance lui offrent une image rassurante d’identification au groupe. Mais il rate alors l’être créé à son image. Le premier commandement de la première Torah était de ne pas se faire de dieux à l’image de l’homme, cependant la tentation est tellement forte d’asseoir sa place dans l’univers en déifiant les images proposées par le groupe de naissance pour asseoir l’autorité, l’abondance etc. Toute image, toute statue fixe une vie dans la mort de l’objet.

L’anthropologie proposée par les monothéismes où le Dieu cherche l’homme est considéré comme une menace à son autonomie. Quitter la quiétude et le cocon du groupe pour une aventure incertaine dont la prière comme action du logos/ parole en l’individu est le premier moteur demande la nomadisation intérieure dont se réclame les trois monothéismes : Genèse 12:1 « Yahvé dit à Abram : Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, va vers toi-même, le pays que je te montrerai. » Cette terre que l’on porte avec soi ne peut être une terre géographique. Elle est ce royaume de justice et de paix qui est le fruit que l’homme porte de l’excellence de sa création à partir de la terre et du souffle.

Quitter le royaume de ses parents n’est rien si cela ne nous fait entrer dans la relation homme-femme : « l’homme quittera son père et sa mère et s’attachera à sa femme » Ge 2. Quitter l’héritage pour s’allier avec l’autre qui est la femme pour l’homme et l’homme pour la femme crée un nouveau commencement, une création nouvelle de chacun pour lui-même. La démarche aboutit à l’âge adulte, de lié (par la naissance dans l’héritage), délié (de l’héritage reçu par l’adolescence et la liberté), le passage permet de vivre l’alliance fondatrice d’humanité [19].

Conclusion et ouverture

Il y a lieu de s’interroger sur l’émergence du sujet croyant. La plupart des religieux estime que cela provient d’une bonne instruction dans la religion. Mais l’affirmation radicale du prophétisme du premier testament, selon laquelle le croyant est instruit par Dieu lui-même : « Jérémie 31, 34 Ils n’auront plus à instruire chacun son prochain, chacun son frère, en disant : Ayez la connaissance du Dieu ! Car tous me connaîtront, des plus petits jusqu’aux plus grands, oracle du Dieu, parce que je vais pardonner leur crime et ne plus me souvenir de leur péché. » repris par l’Evangile de Jean : « 6,45 Il est écrit dans les prophètes : Ils seront tous enseignés par le Dieu » renvoie tout prosélytisme et toute dawa à un projet humain. Persuader l’autre de sa vérité revient à mépriser le don du Dieu en chacun. La différence que la foi personnelle révèle du Dieu unique n’est plus objet de louange ou de bénédiction pour le créateur de celle¬-là. En devenant objet de contestation au nom d’une vérité personnelle ou collective, l’oubli et l’amnésie reviennent au premier plan. Se rappeler la création et notre état de créature anoblit l’être humain. Cette proposition d’une universalité radicale peut lui apprendre la fraternité. Sa vérité n’est pas un oubli de la différence de chacun dans un nivellement des croyances mais une exultation de la diversité dans la louange de l’Unique aimée et révélée à chacun. JPEG - 43.7 ko

  1. [1]Religion, La religion est l’ensemble des croyances, sentiments, dogmes et pratiques qui définissent les rapports de l’être humain avec le sacré ou la divinité. Une religion particulière est définie par les éléments spécifiques à une communauté de croyants : dogmes, livres sacrés, rites, cultes, sacrements, prescriptions en matière de morale, interdits, organisation, etc. La plupart des religions se sont développées à partir d’une révélation s’appuyant sur l’histoire exemplaire d’un peuple, d’un prophète ou d’un sage qui a enseigné un idéal de vie. Ce peut être un système social de mise en commun des croyances appartenant à une culture donnée se donnant une doctrine commune et des pratiques rituelles. La psychanalyse a introduit la notion de « surmoi » tendant l’individu à la conformité à un système social d’origine. Le mot دين vient du vocabulaire de la dette.
  2. [2]
  3. [3]Tout groupe humain élabore une réponse à la révélation intérieure manifestée à chacun. Il va en définir les contours en fonction de son histoire et de sa culture. Cette appropriation est aussi une réduction. Dire le Dieu du croyant en communauté conduit parfois à prendre le plus petit commun dénominateur de ceux qui se rassemblent. Le dialogue conduit à la position inverse ; reconnaître l’unicité du Dieu de chacun doit devenir louange de la diversité croyante.
  4. [4]Nous ne rentrons pas volontairement dans le débat qui agite toutes les religions adhérentes au monothéisme : est-il possible qu’un individu quitte l’une d’elles ? La migration d’une confession à l’autre ou vers une autre religion est rarement bien vu.. La vérité unique que chacune d’elles revendique leur rend très difficile voire impossible ce débat entre foi et religion. Débat qui se complique d’autant que comme nous le verrons plus bas le politique s’en mêle. Aujourd’hui depuis le Concile Vatican II (nostra aetate) l’Eglise catholique a comme position officielle la liberté de conscience mais au quotidien cette position est souvent contredite par les croyants et les institutions qui aimeraient se servir de cette liberté quand elle joue en sa faveur mais non inversement (cf l’accueil fait aux demandes de ne plus figurer aux registres de baptême. Elles sont acceptées et figurent à côté de l’acte mais ne sont pas considérées comme valide puisque le baptême est une grâce sans appel et sans retour de l’homme. En ne considérant pas ces demandes comme des apostasies officielles, les institutions s’épargnent la réflexion que nous menons.)
  5. [5]Foi, acte de l’être humain adhérent à l’(A)autre sans prise autre que cet acte. Cet acte est conforme à l’être entier esprit, raison, corps mais ne dépend pas d’eux. En hébreu et en arabe, le fait de croire en le Dieu, إِيمان , אמונה se rattache à une racine signifiant sûreté et sécurité tandis que foi est du côté confiance se fier à…dans la relation.
  6. [6]Cf aussi Mahmoud Hussein, Al Sira T.1 p. 80
  7. [7]Angoisse, état de l’homme dû au manque initial, à la finitude, à la solitude. Bien avant les philosophies occidentales du XXème siècle (Kierkegaard, Sartre) le tragique dans l’humanité sous tend une bonne part de la littérature et de la réflexion cf Victor Hugo, Les Contemplations (1856), « Horror » Depuis quatre mille ans que, courbé sous la haine, /Perçant sa tombe avec les débris de sa chaîne,/Fouillant le bas, creusant le haut, /Il cherche à s’évader à travers la nature, /L’esprit forçat n’a pas encor fait d’ouverture /A la voûte du ciel cachot. /Oui, le penseur en vain, dans ses essors funèbres, /Heurte son âme d’ombre au plafond de ténèbres ; /Il tombe, il meurt ; son temps est court ; /Et nous n’entendons rien, dans la nuit qu’il nous lègue /Que ce que dit tout bas la création bègue /A l’oreille du tombeau sourd. /Nous sommes les passants, les foules et les races. /Nous sentons, frissonnants, des souffles sur nos faces./Nous sommes le gouffre agité ; /Nous sommes ce que l’air chasse au vent de son aile ; /Nous sommes les flocons de la neige éternelle /Dans l’éternelle obscurité. /Pour qui luis-tu, Vénus ? Où roules-tu, Saturne ? /Ils vont : rien ne répond dans l’éther taciturne. /L’homme grelotte, seul et nu. /L’étendue aux flots noirs déborde, d’horreur pleine ; /L’énigme a peur du mot ; l’infini semble à peine /Pouvoir contenir l’inconnu. /Toujours la nuit ! jamais l’azur ! jamais l’aurore ! /Nous marchons. Nous n’avons point fait un pas encore ! /Nous rêvons ce qu’Adam rêva ; /La création flotte et fuit, des vents battue ; /Nous distinguons dans l’ombre une immense statue /Et nous lui disons : Jéhovah ! . Marine-Terrace, nuit du 30 mars 1854 Aujourd’hui », livre VI « Au bord de l’infini », IVème partie du poème XVI
  8. [8]Remarquons au passage que pour les croyants, l’acte de foi en la parole du Dieu révélée dans les Ecritures se relie toujours à cet acte de foi personnel.
  9. [9]La foi pour les croyants privilégie l’écoute. Si la vue s’arrête trop souvent sur le visible et ne recherche pas les signes, l’écoute n’est confrontée qu’à des signes qui lui interdisent toute univocité et l’invite au discernement entre de multiples indices. Une proposition sérieuse dite sur un ton ironique change de sens !
  10. [10]Cf Coran : 3,193 Seigneur ! Nous avons entendu l’appel de celui qui a appelé ainsi à la foi : ‹Croyez en votre Seigneur› et dès lors nous avons cru. Seigneur, pardonne-nous nos péchés, efface de nous nos méfaits, et place nous, à notre mort, avec les gens de bien. 5:93 Ce n’est pas un pêché pour ceux qui ont la foi et font de bonnes oeuvres en ce qu’ils ont consommé (du vin et des gains des jeux de hasard avant leur prohibition) pourvu qu’ils soient pieux (en évitant les choses interdites après en avoir eu connaissance) et qu’ils croient (en acceptant leur prohibition) et qu’ils fassent de bonnes oeuvres ; puis qui (continuent) d’être pieux et de croire et qui (demeurent) pieux et bienfaisants. Car Allah aime les bienfaisants. 6:82 Ceux qui ont cru et n’ont point troublé la pureté de leur foi par quelqu’inéquité ceux-là ont la sécurité ; et ce sont eux les bien-guidés›. 6:99 Et c’est Lui qui, du ciel, a fait descendre l’eau. Puis par elle, Nous fîmes germer toute plante, de quoi Nous fîmes sortir une verdure, d’où Nous produisîmes des grains, superposés les uns sur les autres ; et du palmier, de sa spathe, des régimes de dattes qui se tendent. Et aussi les jardins de raisins, l’olive et la grenade, semblables ou différent les uns des autres. Regardez leurs fruits au moment de leur production et de leur mûrissement. Voilà bien là des signes pour ceux qui ont la foi. 8:2 Les vrais croyants sont ceux dont les coeurs frémissent quand on mentionne Allah. Et quand Ses versets leur sont récités, cela fait augmenter leur foi. Et ils placent leur confiance en leur Seigneur. Cf aussi les nombreux récits de guérison de Jésus où la source reconnue par lui est la foi personnelle du souffrant : Matthieu 8:13 Puis il dit au centurion : Va ! Qu’il t’advienne selon ta foi ! Et l’enfant fut guéri sur l’heure. Matthieu 9:2 Et voici qu’on lui apportait un paralytique étendu sur un lit. Jésus, voyant leur foi, dit au paralytique : Aie confiance, mon enfant, tes péchés sont remis .Matthieu 9:22 Jésus se retournant la vit et lui dit : Aie confiance, ma fille, ta foi t’a sauvée. Et de ce moment la femme fut sauvée. Matthieu 9:29 Alors il leur toucha les yeux en disant : Qu’il vous advienne selon votre foi. Matthieu 13:58 Et il ne fit pas là beaucoup de signes, à cause de leur manque de foi. Matthieu 14:31 Aussitôt Jésus tendit la main et le saisit, en lui disant : Homme de peu de foi, pourquoi as-tu douté ? Matthieu 15:28 Alors Jésus lui répondit : O femme, grande est ta foi ! Qu’il t’advienne selon ton désir ! Et de ce moment sa fille fut guérie. Matthieu 21:22 Et tout ce que vous demanderez dans une prière pleine de foi, vous l’obtiendrez.
  11. [11]Cf la parole de Jésus : Marc 2:27 Et il leur disait : Le sabbat a été fait pour l’homme, et non l’homme pour le sabbat ;
  12. [12]Cette adhésion ne porte pas atteinte à la qualité de la foi personnelle. Elle autorise souvent une certaine relation avec la société ambiante sans entacher la liberté intérieure.
  13. [13]Genèse 12:1 Yahvé dit à Abram : Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, va vers toi même le pays que je t’indiquerai.
  14. [14]Y a-t-il une relation avec la notion d’amir al mouminim ?
  15. [15]Aujourd’hui certains aspects de la laïcité à la française entre dans ce débat
  16. [16]Cela peut aussi s’appuyer sur une spiritualité, mouvement intérieur de tout être qui reçoit la vie sous forme de souffle et qui le pousse à l’accomplissement de son être dans l’unité de la personne. Pour les croyants dans le Dieu unique, cette vie intérieure est modelée par la relation qu’ils entretiennent avec lui. Dans l’Islam la spiritualité prend souvent le nome de Soufisme, ce que la personne a d’unique à exprimer face au mystère du Dieu unique. Cette dénomination est le plus souvent attribuée à la mystique née en Islam, mais en fait on retrouve la même démarche dans le monachisme primitif égyptien ou syrien.
  17. [17]Matthieu 5:16 Ainsi votre lumière doit-elle briller devant les hommes afin qu’ils voient vos bonnes oeuvres et glorifient votre Père qui est dans les cieux.
  18. [18]Jérémie 31:33 Mais voici l’alliance que je conclurai avec la maison d’Israël après ces jours-là, oracle de Yahvé. Je mettrai ma Loi au fond de leur être et je l’écrirai sur leur coeur. Alors je serai leur Dieu et eux seront mon peuple. 2 Corinthiens 3:3 Vous êtes manifestement une lettre du Christ remise à nos soins, écrite non avec de l’encre, mais avec l’Esprit du Dieu vivant, non sur des tables de pierre, mais sur des tables de chair, sur les coeurs.
  19. [19]Remarquons au passage que le plus grand danger pour le lien est l’aliénation, divinisation du lien qui le rend impossible à rompre ou à remettre en question.