Juin 042019
 

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Lors des deux premières tables rondes organisées par le GRIC Tunis, dans le cadre d'”Ensemble avec Marie”, les différents invités ont parlé de Marie, modèle de foi et de fidélité en Dieu et dénominateur commun entre la chrétienté et l’islam. L’année dernière, les différentes interventions se sont articulées autour de la thématique “Ensemble contre la violence”. La rencontre de cette année a porté sur le thème “Ensemble vers la non-violence”.

La non-violence refuse les situations d’injustice; elle consiste à les combattre, mais par des moyens de lutte toujours soucieux à la fois de la défense de l’opprimé et du bien de l’adversaire.

Dans un premier temps Nadia Ghrab a présenté la non-violence dans différents contextes religieux : Avec Gandhi : l’émergence du concept de non-violence à partir de l’hindouisme, Martin Luther King; la non violence à la lumière du christianisme, Jawdat Said; la non-violence à la lumière de l’islam.

Nous avons ensuite proposé un échange avec le public sur cette approche de résolution des conflits, à l’échelle individuelle, sociétale ou mondiale.

De nombreuses questions ont été soulevées. Quelques-unes sont évoquées ici. L’intégralité de la rencontre est jointe en message audio.

* Actuellement, avec le nouvel ordre mondial, sommes-nous en train d’aller vers la violence ou la non-violence ?

Il y a de nos jours à la fois des manifestations de violence, par exemple le mouvement des gilets jaunes en France, mais également de non-violence comme ce qui se passe actuellement en Algérie. Le comportement des Algériens s’explique peut-être par la “décennie noire” qu’ils ont vécus, qui a montré que la violence ne mène à rien et qu’il est peut être judicieux d’explorer une autre voie, celle de la non-violence.

* La non-violence a-t-elle eu des avancées significatives avec la place plus importante de la femme dans les sphères du pouvoir ?

Les “femmes de pouvoir” n’ont pas nécessairement favorisé la non-violence. On pense notamment à Madeleine Albright, Indira Ghandi, Margaret Thatcher … Il est possible que cela s’explique par le fait qu’une fois au pouvoir, elles doivent “apporter la preuve” de leur intransigeance

* Quelles relations y-a-t-il entre non-violence et paix ?

En fait, la paix est un objectif alors que la non-violence est le chemin, la voie, menant (on l’espère) à la paix.

* La violence n’est-elle pas parfois légitime ?

Dans une contribution majeure à l’étude du politique, Norbert Elias a ainsi tenté de comprendre pourquoi et d’expliquer comment, dans les années 1930 et 1940, une majorité d’Allemands a pu accepter l’extermination des juifs d’Europe et, pour nombre d’entre eux, y participer activement.  L’évolution de la société allemande dans un sens d’inégalité et d’injustice expliquerait cet embrigadement.

Jean-Marie Muller, philosophe français,   directeur des études à l’Institut de recherche sur la résolution non-violente des conflits, considère pour sa part que la violence est nécessaire, mais pas légitime. Mais alors, qui peut décréter ce qui est nécessaire et ce qui est légitime ?

 

* Quelles sont les voies de la non-violence ?

Les voies de la non-violence sont multiples.

– Khan Abdul Ghaffar Khan (dirigeant politique et spirituel pachtoune, connu pour son opposition non violente à la domination britannique à la fin du règne de l’empire sur le sous-continent et allié de Ghandi est l’un des grands représentants de la non-violence islamique) a ainsi formé et levé une armée de 150 000 individus désarmés, qui avaient fait pression sur l’armée britannique par la force de leur nombre.

– Dans un monde où il y a une socialisation à la violence (télévision, dessins animés, jeux vidéos ..), il est nécessaire d’éduquer à la non-violence. L’apprentissage doit débuter dès le plus jeune âge, les parents devant faire preuve d’autorité (qui fait grandir) et non pas d’autoritarisme (qui écrase et crée de la dépendance). Mais comment éduquer à la non-violence dans un pays en guerre, soumis à la violence et où l’enfant est dans une logique de vengeance ? En fait, la non-violence doit nécessairement s’accompagner d’une justice pour tous.

– Une autre voie pour la non-violence est le rêve, le fameux “I have a dream” de Martin Luther King. Est-il nécessaire de rappeler qu’aussi bien Ghandi que King n’ont pas été témoin des retombées positives de leurs actions non-violentes ? Ils ont essayé de croire en un monde meilleur, qui est venu après leurs décès. Il est donc nécessaire, à l’instar de ces deux grands hommes, d’avoir le courage de rêver à un monde meilleur, même si nous ne serons plus là pour le voir. (Faut-il rappeler que de nombreux prophètes ont été maltraités, persécutés, dénigrés, réfutés, avant que leur pensée ne soit adoptée par des milliers voire des millions d’individus).

– Enfin, s’il est nécessaire de rêver, il faut également agir. On peut commencer par se considérer comme un instrument de paix, dans sa famille, dans son quartier… La non-violence doit habiter nos cœurs et imbiber ainsi nos comportements quotidiens les plus banals. Adopter une conduite non-violente au volant est une manière très concrète de s’entraîner à cela !

 

Ensemble vers la non violence audio

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